« Monsieur, je ne comprends pas… »

La musique face aux défis de l’apprentissage

Les défis à relever sont nombreux, et l’un des plus grands est, sans aucun doute, d’adapter son enseignement à l’arc-en-ciel de profils qui composent nos classes, notamment d’enfants précoces, atypiques ou souffrant de troubles de l’apprentissage.

music-crab

Ces enfants, un peu plus que les autres, se retrouvent en souffrance et situation d’échec dans un système éducatif normé qui ne sait pas et/ou n’est pas toujours en mesure de répondre efficacement à leurs besoins, malgré la bonne volonté des enfants ainsi que l’énergie et les efforts que nous déployons.

C’est je crois une évidence : la clé de leur épanouissement repose sur la reconnaissance des différences, propres à chacun, leur individualité au sens large et ainsi la mise en œuvre de parcours personnalisés. Voilà le monde idéal dans lequel j’aimerais vivre. La réalité, elle, est autre : à moins d’avoir le don d’ubiquité, un seul enseignant ne peut se démultiplier par 20–25–30 élèves pour apporter à chacun d’entre eux un enseignement adapté.

« Monsieur, je ne comprends pas… »

Lequel d’entre vous, chers collègues, n’a par ailleurs jamais entendu cette phrase ?

Les définitions théoriques propres au solfège manquent de sens pour les enfants car souvent déconnectées de l’écoute musicale et de l’expression individuelle. « Solfège », ce mot qui à sa seule prononciation effraie, alors même qu’il est nécessaire pour maîtriser la musique.

Face à ces constats, aux frustrations liées, et pour pallier les multiples blocages qui en découlent, nous rusons, nous innovons à grands renforts d’outils pédagogiques et parfois d’initiatives personnelles : ateliers d’improvisations, de compositions, exercices stimulant la créativité et l’imaginaire… Le challenge de vouloir rendre l’apprentissage du solfège efficace mais (!) amusant, m’a ainsi poussé à créer une méthode d’exercices ludiques qui, à mon grand bonheur, offraient de bons résultats en cours et auprès des élèves.

Quelle fierté ! Quelle joie et satisfaction du travail accompli, lorsque nous observons les progrès et le plaisir sur le visage des enfants, et que la reconnaissance de leurs parents nous est accordée !

Poussé par mes collègues et certains parents à « mettre en forme » cette méthode, je n’étais franchement pas partant à l’idée qu’un énième ouvrage pèse dans le sac de mes élèves et prenne la poussière sur les étagères. Je préférais une méthode évolutive avec les besoins et l’apprentissage de chacun d’entre eux, qui ne soit pas figée dans un livre.

Un jour en classe, je demande une nouvelle fois, à l’un de mes élèves, de ranger son téléphone portable. L’idée a germé à ce moment précis : intégrer cette « méthode » dans le téléphone, sous la forme d’une application, que je nommais Music Crab en référence à la marche en crabe des doigts sur le clavier du piano. Le téléphone, habituellement source de conflit n’en était plus une et rendait ludique l’apprentissage du solfège !

La Musique, langage universel

Lors de son premier cours, l’un de mes élèves adultes, d’origine congolaise et polyglotte, m’a avoué s’être inscrit pour apprendre une nouvelle langue (sa 7e) : la Musique.

Quel plus beau nouveau défi pouvait-il m’offrir ?

Une chronique d’Éric Zorgniotti

Créateur de Music Crab

Commentaires

commentaires

Répondre

Vous n'êtes pas un bot hein ? *