exercice sur les figures de style

Pour compléter l’article sur le bon usage des figures de style, je vous propose ce petit exercice (que j’ai donné en devoir à mes élèves) . Il permet certes de voir si vous êtes au point sur leur identification mais constitue surtout un entraînement au commentaire puisque l’essentiel repose sur l’interprétation.

« A qui la faute ? »

Tu viens d’incendier la Bibliothèque ?
- Oui.
J’ai mis le feu là.


- Mais c’est un crime inouï !
Crime commis par toi contre toi-même, infâme !
Mais tu viens de tuer le rayon de ton âme !
C’est ton propre flambeau que tu viens de souffler !
Ce que ta rage impie et folle ose brûler,
C’est ton bien, ton trésor, ta dot, ton héritage
Le livre, hostile au maître, est à ton avantage.
Le livre a toujours pris fait et cause pour toi.
Une bibliothèque est un acte de foi
Des générations ténébreuses encore
Qui rendent dans la nuit témoignage à l’aurore.
Quoi! dans ce vénérable amas des vérités,
Dans ces chefs-d’oeuvre pleins de foudre et de clartés,
Dans ce tombeau des temps devenu répertoire,
Dans les siècles, dans l’homme antique, dans l’histoire,
Dans le passé, leçon qu’épelle l’avenir,
Dans ce qui commença pour ne jamais finir,
Dans les poètes! quoi, dans ce gouffre des bibles,
Dans le divin monceau des Eschyles terribles,
Des Homères, des jobs, debout sur l’horizon,
Dans Molière, Voltaire et Kant, dans la raison,
Tu jettes, misérable, une torche enflammée !
De tout l’esprit humain tu fais de la fumée !
As-tu donc oublié que ton libérateur,
C’est le livre ?
Le livre est là sur la hauteur;
Il luit; parce qu’il brille et qu’il les illumine,
Il détruit l’échafaud, la guerre, la famine
Il parle, plus d’esclave et plus de paria.

Ouvre un livre. Platon, Milton, Beccaria.
Lis ces prophètes, Dante, ou Shakespeare, ou Corneille
L’âme immense qu’ils ont en eux, en toi s’éveille ;
Ébloui, tu te sens le même homme qu’eux tous ;
Tu deviens en lisant grave, pensif et doux ;
Tu sens dans ton esprit tous ces grands hommes croître,
Ils t’enseignent ainsi que l’aube éclaire un cloître
À mesure qu’il plonge en ton cÅ“ur plus avant,
Leur chaud rayon t’apaise et te fait plus vivant ;
Ton âme interrogée est prête à leur répondre ;

Tu te reconnais bon, puis meilleur; tu sens fondre,
Comme la neige au feu, ton orgueil, tes fureurs,
Le mal, les préjugés, les rois, les empereurs !
Car la science en l’homme arrive la première.
Puis vient la liberté. Toute cette lumière,
C’est à toi comprends donc, et c’est toi qui l’éteins !
Les buts rêvés par toi sont par le livre atteints.
Le livre en ta pensée entre, il défait en elle
Les liens que l’erreur à la vérité mêle,
Car toute conscience est un nœud gordien.
Il est ton médecin, ton guide, ton gardien.
Ta haine, il la guérit ; ta démence, il te l’ôte.
Voilà ce que tu perds, hélas, et par ta faute !
Le livre est ta richesse à toi ! c’est le savoir,
Le droit, la vérité, la vertu, le devoir,
Le progrès, la raison dissipant tout délire.
Et tu détruis cela, toi !

- Je ne sais pas lire.

Victor Hugo, L’année terrible

Le but est donc d’identifier les dix figures de style différentes surlignées en gras et d’en proposer une interprétation qui ne soit pas la simple explication du sens de la phrase!

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Les frères et soeurs dans les Contes de Perrault

Une de vos camarades me demandait, dans un de ses messages, quel était le rôle des frères et des soeurs dans les Contes et s’il ne fallait y voir que “des opposants aux héros qui les pousseraient à aller de l’avant”

La question est intéressante et mérite que l’on s’y attarde un peu (d’autant plus que je n’ai pas le souvenir d’avoir vu passer une telle question au bac - pourquoi pas cette année?).

Prenons tout d’abord les quelques exemples que l’on trouve dans les contes afin de nourrir notre réflexion sur le sujet:

Le premier constat que l’on peut faire est que cette catégorie de personnages est assez peu représentée (ce qui ne veut pas dire pour autant qu’ils ne sont pas importants!) De fait, on ne peut se pencher que sur cinq contes: Cendrillon, La Barbe bleue, Riquet à la Houppe, Le petit Poucet, Maître chat. Vous me direz que sur onze, c’est déjà pas mal! Seulement, pour certains des contes cités, leur rôle est assez minime.

Voyons, maintenant, leurs caractéristiques dans chacun des Contes:

- les soeurs de Cendrillon sont assez laides tant physiquement que moralement. Cependant, on peut penser que lorsqu’elles se comportent mal avec Cendrillon, c’est plus par sottise qu’autre chose. De fait, elles n’hésitent pas à lui demander de l’aide pour se préparer et répondent de bonne grâce à ses questions au retour du bal. Bien sûr, elles demandent pardon à la fin pour leur comportement désagréable.

- La soeur Anne dans la Barbe bleue a conservé des rapports harmonieux (ou intéressés?) avec sa soeur puisqu’elle jouit des richesses de celle-ci et monte en haut de la tour pour avertir sa soeur de la venue de leurs frères. Quant à ces derniers, ils sauvent effectivement leur soeur en tuant la Barbe bleue.

Dans Riquet à la Houppe, la jeune fille belle mais sotte entre en concurrence avec sa soeur, intelligente mais laide. Cependant, ce sont les circonstances et les autres personnages qui font qu’il y a rivalité entre les deux soeurs car celle qui est laide n’a pas l’intention délibérée de nuire à sa soeur.

Dans le maître chat, le héros a deux frères qui se voient dotés d’un héritage plus conséquent et plus utile, à première vue, en raison du droit d’aînesse. Mais là encore, les frères n’y sont pour rien.

Enfin, les frères du petit poucet ont une place privilégiée dans la famille mais n’agissent à aucun moment.

A la fin de ce parcours, peut-on encore affirmer que les frères et soeurs sont des opposants aux héros? Cela me paraît bien hasardeux, d’autant plus que lorsque l’on emploie le terme d’”opposant”, cela renvoie au schéma de Greimas et désigne les personnages qui empêchent le héros d’atteindre son but. Or, dans les Contes, les frères et soeurs n’agissent pas! Aussi, me semble-t-il plus juste d’affirmer qu’ils ont surtout comme fonction de mettre en relief les qualités intrinsèques du héros, faisant office de négatif (photo inversée). Bien sûr, le fait qu’ils ne soient d’aucune utilité pour la plupart va nécessairement conduire le héros à se prendre lui-même en charge puisqu’il ne peut compter sur leur secours. Seule exception à la règle: les frères et la soeur dans la Barbe bleue qui viennent effectivement en aide à leur soeur. Cependant, là encore on constate que c’est parce qu’ils sont devant le fait accompli qu’ils agissent, la soeur cherchant sans doute autant à se sauver elle-même que sa soeur et les deux frères, ayant été invités au préalable, ne pouvant que défendre leur soeur sur le point d’être assassinée.

Du bon usage des figures de style

Les figures de style sont la figure de proue du commentaire et beaucoup d’élèves se sentent obligés d’en voir partout (ce qui se conçoit aisément étant donné leur grand nombre).

Seulement, là où le bât blesse, c’est lorsque votre commentaire se transforme en simple interrogation sur les figures de style. Je m’explique. Fort d’en avoir repéré pléthore, il vous arrive de vous contenter de leur seule identification, comme si vous aviez tout dit! Du coup, le correcteur est tenté de mettre dans la marge: “et alors?”.

De fait, il ne faut jamais perdre de vue que les procédés ne sont là que pour construire du sens et que, non accompagnés d’une interprétation en rapport avec le texte étudié, ils ne valent pas grand chose, voire pire, rendent votre devoir illisible puisque dépourvu d’idées.

Mon conseil en la matière est donc de vous limiter dans l’apprentissage de ces figures; mieux vaut en connaître moins mais bien les maîtriser afin de pouvoir en dégager un sens précis.

C’est pourquoi, dans un prochain article, je vous transmettrai la liste de figures qui me semble largement suffisante pour aborder l’épreuve.

Sujets de l’EAF (Nouméa)

Chaque année, des hordes d’élèves (enfin, juste mes élèves) me demandent quel objet d’étude est pressenti pour les épreuves de fin d’année: “Madame, d’après vous…”. Certes, Mme Colas rime avec Mme Irma mais la comparaison s’arrête là puisque je n’ai aucun don de voyance, même pas un soupçon. Quant aux pronostics hasardeux, basés sur des statistiques, je les laisse aux autres.

Aussi, à mon niveau, je ne peux que vous transmettre les sujets tombés cette année, lesquels peuvent être une base de travail intéressante, une manière de voir  quels types de question peuvent être posées.

Pour ce qui est de Nouméa cette année, je vous renvoie donc à cette adresse pour les consulter:

http://www.ac-noumea.nc/lettres/BacDnB2007/cadBacDnb07.htm

- les séries littéraires ont eu à composer sur le théâtre

- les séries S et ES sont tombées sur la poésie

- les séries technologiques ont eu le privilège de traiter un sujet sur le roman, le nouvel objet d’étude.

littérature: sujets du centre “Santiago du Chili”

Pour les derniers sujets tombés, voici ceux de Santiago du Chili.

Une fois n’est pas coutume, ce sont Ovide et Perrault qui sont tombés. En espérant que cette tendance se maintienne pour la session de juin en métropole!

Je ne mets ici que les sujets sur Perrault et Doré, attendu qu’Ovide n’est malheureusement plus au programme.

Question 1  (8 points)

Dans une des préfaces aux Contes de Charles PERRAULT, on peut lire que les contes « renferment tous une morale très sensée ». Votre lecture de l’Å“uvre confirme-t-elle ces propos ?

Question 2 (12 points)

Comment les personnages féminins sont-ils représentés dans les Contes de Charles PERRAULT et les gravures de Gustave DORÉ qui les illustrent ?

 

Ces sujets plutôt classiques n’offrent pas de difficultés particulières.

Pour le premier, je vous renvoie à mes différents articles sur les moralités, notamment tout ce qui concerne les décalages entre le récit et la moralité qui l’illustre.

Pour le second, le seul écueil à éviter était de traiter Perrault et Doré sans les confronter, ce qui n’offre guère d’intérêt et ne correspond pas aux objectifs de l’épreuve. Il s’agissait donc de montrer la diversité des personnages féminins, leur représentation stéréotypée, leur place dans l’action mais aussi que Doré ne retenait pas l’aspect satirique des Contes.

Sujets de littérature 2007 (Nouméa)

Comme vous le savez déjà, tout le monde ne compose pas en même temps. Aussi, suis-je en mesure de vous livrer les sujets tombés à Nouméa cette année.

Je me contente de noter ceux relatifs à Diderot, le premier auteur ayant été choisi, Ovide, n’étant plus au programme.

Ce peut être pour vous l’occasion de vous entraîner. A noter, par ailleurs, que ce n’est pas parce que ces sujets sont tombés qu’il ne peut pas y avoir des questions similaires pour l’épreuve de cette année!

1- Quelle place et quelles fonctions attribuez-vous à l’auberge dans Jacques le Fataliste et son maître? (8 points) 

2- Que raconte l’oeuvre Jacques le fataliste et son maître? (12 points)

Je trouve la première question assez classique et elle n’a pas dû poser trop de problèmes dans la mesure où toutes les fonctions ne sont pas nécessairement attendues. Par contre, la deuxième question peut sembler assez vague et surtout conduire l’élève à se contenter d’un récit, d’un résumé là où il faut surtout, à mon sens, montrer les différents niveaux de narration: récit-cadre, histoire de Jacques, histoire du maître. 

méthode du commentaire: la rédaction du développement

Dans notre parcours concernant la méthode du commentaire, il ne reste plus qu’à voir la rédaction du développement.

Là encore, la rigueur est de mise! De fait, l’exercice du commentaire relève de l’argumentation, au même titre que les autres travaux d’écriture. Aussi, pour bien se faire comprendre, faut-il proposer un parcours de lecture cohérent et aisément identifiable par le correcteur. C’est donc ici que les axes de lecture et sous-thèmes qui l’accompagnent prennent tout leur sens et il n’est pas question de développer une idée qui n’a strictement rien à voir avec ce qui est annoncé. Pour prendre une image empruntée aux mathématiques, agir de la sorte en français serait aussi efficace que d’appliquer le théorème de Thalès là où il faut prendre celui de Pythagore: un non sens!

Fort de cette idée, vous allez donc vous lancer dans la rédaction, directement sur la copie (vous n’auriez pas le temps de recopier et les brouillons, même s’ils ne comportent aucune marque, sont interdits dans la copie qui est le seul document transmis au correcteur!).

La première exigence va être de rendre lisible votre parcours de lecture (voici la méthode de rédaction pour une seule partie):

- chaque axe commence par un “chapeau” ou paragraphe introduisant l’idée principale et les sous-thèmes qui vont la développer.

- au début de chaque paragraphe, vous devez mentionner le sous-thème que vous abordez.

- à la fin de chacun des paragraphes, il vous faut rappeler le sous-thème que vous avez traité.

- à l’issue de cette première partie, il convient de rédiger un dernier paragraphe qui précise à nouveau l’idée principale qui vient d’être développée ainsi que les sous-thèmes et qui propose une transition avec l’idée principale qui suit.

La disposition a aussi son importance!

- Attention à ne pas sauter de ligne entre les paragraphes d’une même partie.

- Par contre, il faut passer au strict minimum une ligne entre l’introduction et la première partie, entre chacune des parties et entre la dernière partie et la conclusion.

Le dernier point concerne l’élaboration interne de chacun des paragraphes développant un sous-thème:

- il doit comporter des citations précises ( quelques mots ou expressions et non un passage entier du texte!) identifiables grâce aux guillemets (honnêteté intellectuelle oblige), pour lesquelles toute modification doit être signalée entre crochets. Enfin, n’oubliez pas de préciser le n° de ligne ou de vers pour orienter votre correcteur.

- chaque citation doit être accompagnée d’une identification tout aussi précise du procédé ou de la classe grammaticale.

- Ces citations doivent illustrer une interprétation, soit une idée, cohérente avec ce que vous voulez montrer et explicite (ce n’est pas au correcteur d’imaginer ce que vous avez bien pu vouloir dire ou d’évaluer la pertinence de ce relevé en fonction de ce que vous voulez démontrer)

- pour ce qui est de la hiérarchisation de ces trois étapes, il est bon de varier pour éviter la monotonie. Pour autant, il est souvent maladroit de commencer par la citation et cela vous fait souvent commettre des fautes de construction de phrase. Aussi, commencez soit par l’idée, soit par le procédé:

ex:

Par la métaphore de la “rose” présente au vers X et permettant d’associer la fleur à la vie, l’auteur veut souligner que cette dernière est fragile et éphémère. (procédé+citation+interprétation)

ou

L’auteur présente la vie comme un trésor fragile et éphémère comme la métaphore de la “rose” ligne X associant la fleur à la vie le laisse entendre. (interprétation+procédé+citation)

EAF: la rédaction de la conclusion

Un autre passage qui n’est pas à négliger, et que je vous conseille de rédiger au brouillon en même temps que l’introduction, est la conclusion. De fait, c’est la dernière impression que vous laisserez à votre examinateur!

Celle-ci doit se faire en deux étapes:

- dans un premier temps, il convient de rappeler les étapes de votre parcours de lecture. Pour cette phase, essayez de trouver des formulations différentes que celles déjà utilisées dans le développement. De plus, il ne faut surtout pas mentionner les sous-thèmes, l’idée principale suffisant. Enfin, même si vous vous apercevez que vous avez oublié une idée, inutile de la placer ici - d’où la nécessité de la rédiger auparavant ;-) - cela reviendrait à dire que vous n’avez pas bien cerné la démarche du commentaire ou n’en avez pas bien eu une vision d’ensemble.

- dans un second temps, il convient de proposer une ouverture appelé aussi élargissement. A ce sujet, plusieurs possibilités s’ouvrent à vous en fonction, notamment, du genre étudié. Par exemple, vous pouvez très bien parler de l’oeuvre d’où est tiré l’extrait si vous la connaissez ou bien d’une autre oeuvre du même auteur. Vous pouvez encore élargir sur le mouvement littéraire ou bien un autre livre qui traite du même sujet. En définitive, le but est de parler de quelque chose de différent que le texte pour montrer qu’il est une source inépuisable de réflexion littéraire.

“Stances à Marquise” de Corneille

Afin de poursuivre l’étude du thème de “la fuite du temps” en poésie, voici quelques notes de lecture sur ce poème qui manque légèrement de courtoisie!

Pierre Corneille (1606-1684)
“Marquise, si mon visage…”, 1658
 
Marquise, si mon visage
A quelques traits un peu vieux,
Souvenez-vous qu’à mon âge
Vous ne vaudrez guère mieux.
 
Le temps aux plus belles choses
Se plaît à faire un affront:
Il saura faner vos roses
Comme il a ridé mon front.
 
Le même cours des planètes
Règle nos jours et nos nuits:
On m’a vu ce que vous êtes;
Vous serez ce que je suis.
 
Cependant j’ai quelques charmes
Qui sont assez éclatants
Pour n’avoir pas trop d’alarmes
De ces ravages du temps.
 
Vous en avez qu’on adore;
Mais ceux que vous méprisez
Pourraient bien durer encore
Quand ceux-là seront usés.
 
Ils pourront sauver la gloire
Des yeux qui me semblent doux,
Et dans mille ans faire croire
Ce qu’il me plaira de vous.
 
Chez cette race nouvelle,
Où j’aurai quelque crédit,
Vous ne passerez pour belle
Qu’autant que je l’aurai dit.
 
Pensez-y, belle Marquise;
Quoiqu’un grison fasse effroi,
Il vaut bien qu’on le courtise

Quand il est fait comme moi.

1ère strophe: l’apostrophe liminaire, “Marquise” permet au lecteur d’identifier la destinatrice, Thérès Gorla, une actrice que le dramaturge a courtisée sans succès. Ensuite, le poète use d’une concession “si mon visage…” qui justifie, à première vue, les réserves de la Marquise. Corneille semble comprendre que l’action du temps sur sa personne ait pu rebuter celle-ci bien qu’il s’empresse de minimiser cette action en utilisant “quelques” et “un peu”. Mais dès le troisième vers, il la met en garde avec l’impératif “Souvenez-vous” qui n’est pas sans rappeler le “memento mori” (souviens-toi que tu vas mourir) et, par la comparaison, se place sur le même plan que la Marquise: ils sont tous les deux égaux face aux ravages du temps qui se manifestent par la vieillesse comme l’indique l’adjectif “vieux” et le CC de temps “à mon âge” et la dégradation physique suggérée par le nom “visage”. En définitive, ce n’est qu’une question de temps et le futur “vous ne vaudrez” montre bien que l’action du temps est immuable.

2ème strophe: Ici, le poète semble aborder le thème de la fuite du temps de façon plus générale en employant le superlatif “aux plus belles choses”. Par conséquent, même s’il reconnaît la beauté de la marquise, il cherche aussi à ne pas faire d’elle une exception. Les vers, écrits au présent de vérité générale, sonnent comme une sentence et soulignent toujours le caractère immuable du temps. Le choix du verbe “se plaît” laisse paraître toute l’amertume de Corneille qui semble prendre plaisir à penser que la Marquise va devoir affronter le temps comme tout un chacun, ce qui est confirmé par le nom “un affront”. Faut-il aller jusqu’à dire que la suite manque d’originalité? La reprise des poncifs métaphoriques le laisse supposer, “faner” étant associé à la vieillesse et “roses” à la beauté éphémère. Et, au cas où la Marquise n’aurait pas compris, il fait une nouvelle comparaison entre lui et elle, beaucoup plus explicite où il lui promet des rides. L’alternance futur “saura”, passé composé “a ridé” indique juste que cette dégradation physique n’est qu’une question de temps.

3ème strophe: Ici, la généralisation indiquée par “même” se fait encore plus grande et Corneille d’utiliser une image convenue mais plus concrète du temps qui passe “le cours des planètes”. Il exprime toujours cette loi universelle au présent et insiste sur l’idée de régularité avec le verbe “règle” et les COD “nos jours et nos nuits” ce qui ajoute un sentiment de fatalité. Ensuite, par l’intermédiaire d’un chiasme avec un jeu sur les temps, Corneille lie son destin à celui de la Marquise, tout en se mettant en valeur, prétextant qu’il a été beau comme cette dernière et qu’elle deviendra plus laide. Dans la mesure où rien n’est moins sûr, l’égalité n’existant pas en matière de vieillesse, on peut y voir une forme de méchanceté de la part de l’auteur.

4ème strophe: Dans cette strophe, l’auteur affirme clairement sa supériorité sur la Marquise, en raison de son statut de poète. Ce changement est indiqué par l’adverbe d’opposition “Cependant” et le passage à la 1ère pers du sg alors qu’il utilisait la 1ère pers. du pluriel dans la strophe précédente avec “nos”. Le nom “charmes” recouvre une double acception qui va permettre au poète de se distinguer. Il s’agit bien sûr de la beauté, celle de la jeune femme, mais il désigne aussi le chant au sens étymologique et par conséquent la poésie et ses pouvoirs mis en évidence par l’adjectif mélioratif “éclatants”. Corneille, à ce sujet, fait preuve de fausse modestie en utilisant l’adverbe “assez”. D’ailleurs, la proposition de but “pour n’avoir pas trop d’alarmes” relève de la litote, le poète cherchant à nous dire que son avenir est assuré si bien qu’il peut nier les “ravages du temps”.

5ème strophe: Cette strophe développe la précédente. Les charmes de Ronsard sont associés à l’idée de durée avec l’expression “durer encore” dans laquelle l’adverbe ne fait que prolonger l’action. A contrario, ceux d’Hélène sont sous l’emprise du temps et la subordonnée au futur antérieur “quand ceux-là seront usés” ne fait que le souligner. Du coup, les destins sont bien antithétiques et le rapport de force “adore” / “méprisez” devrait bien pouvoir s’inverser.

6ème strophe: elle développe le thème du pouvoir du poète et de la poésie en lui conférant un sentiment d’éternité grâce à l’utilisation du futur et au CC de temps “dans mille ans”. Le poète a donc la capacité de rendre célèbre “sauver la gloire” quand bien même la personne ne le mériterait pas vraiment “faire croire”. Corneille élève d’ailleurs son statut à celui d’une divinité avec les verbes “sauver” et “croire”. Seulement, tout cela a un prix et l’amour devient une condition: “des yeux qui me semblent doux”. Il clôt la strophe sur une menace à peine déguisée: “ce qu’il me plaira de vous”, laissant entendre que si la Marquise du Parc continue à le mépriser, il pourra très bien dresser un portrait péjoratif de cette dernière.

7ème strophe: il ouvre cette strophe en évoquant sa gloire future avec les GN “cette race nouvelle” et “quelque crédit”. Pour cette dernière expression, il fait encore preuve de fausse modestie à son sujet. De plus, il réitère sa menace en faisant usage de la restriction; tout le pouvoir revient au poète qui, par son art “je l’aurai dit” garantit la beauté éternelle. Tout ceci est confirmé par le verbe “passerez pour” qui fait écho au “croire” de la strophe précédente.

8ème et dernière strophe: en ouvrant la strophe par un impératif, la mise en garde se fait plus pressante. Quant à l’apostrophe “belle marquise”, elle semble plutôt ironique et résumer les données du chantage. Ensuite, le poète use d’une concession qui semble tout aussi ironique “quoiqu’un grison fasse effroi” étant donné la façon dont il s’est encensé précédemment. En définitive, l’inversion des rôles est consommée puisqu’il n’est plus question de séduire la Marquise mais le poète lui-même: “on courtise” est en écho avec le “on adore” qui précède. Aussi est-il tout logique que le mot de la fin soit le pronom personnel de 1ère personne du sg “moi” qui célèbre et consacre définitivement le poète alors que c’était la jeune femme qui ouvrait le poème.

Attention, même si j’ai essayé d’être la plus exhaustive possible, sachez qu’il reste encore des choses à dire sur le poème, des procédés à identifier, des interprétations à approfondir. J’espère seulement que ces remarques vous aideront à alimenter votre réflexion.

Le commentaire organisé: la rédaction de l’introduction

Cette première étape du devoir doit être particulièrement soignée ( de même que la conclusion sur laquelle nous reviendrons ultérieurement) puisqu’il s’agit du premier contact que le correcteur va avoir avec votre sujet d’écriture.

Sans viser l’originalité, dans la mesure où les informations attendues sont assez canoniques, il est préférable de chercher à donner à son introduction un certain dynamisme. De fait, toujours commencer par des formules du type “ce texte…” ou bien par les dates d’un auteur peut sembler lassant. Aussi est-il bon d’amener le texte par des voies différentes, en le rattachant à des poncifs littéraires par exemple ou à un élément de la biographie de l’auteur, si vous la connaissez.

Pour ce qui est des informations indispensables, il convient de situer l’auteur dans son contexte historique et surtout littéraire en précisant à quel mouvement ou courant il appartient ou du moins auquel il pourrait être rattaché. Ensuite, il vous faut préciser l’oeuvre de laquelle le texte est tiré et, si vous en avez la possibilité, la présenter. Après coup, votre attention doit se porter sur l’extrait étudié; pour ce qui est de sa place dans l’oeuvre (ce que l’on appelle généralement la situation du passage), vous pouvez et même devez vous aider du paratexte c’est-à-dire de tous les éléments qui entourent le texte. Il vous faut aussi préciser le genre du texte voire son registre dominant même si quelquefois ce dernier point peut faire l’objet d’une partie. Après cela vient l’annonce de la problématique (cependant, ce point est controversé si bien que des correcteurs en acceptent l’absence) qui va avoir pour objectif de montrer sous quel angle vous allez aborder l’étude du texte et permettre d’annoncer le plan de façon plus naturelle, chaque axe étant un élément de réponse permettant de répondre à cette question initiale (ou problématique). Pour ce dernier point qu’est l’annonce des grands axes structurant votre développement, essayez de vous entraîner à trouver d’autres formules que “dans un premier temps; dans un deuxième temps…” même si elles ne vous pénaliseront pas d’autant plus si le développement qui suit est convaincant.

Pour bien mémoriser tout cela, résumons les étapes:

- une amorce générale

- la présentation de l’auteur et de l’oeuvre

- la présentation de l’extrait

- la problématique

- l’annonce des axes

Bien que semblant conséquentes, ces consignes ont l’avantage de bien guider votre travail (ce qui n’est pas toujours le cas pour le sujet d’invention). Aussi, rien de tel que l’entraînement, lequel peut aussi passer par la lecture approfondie et analytique d’introductions déjà rédigées que vous trouvez dans les annales. A vous d’exercer votre regard critique sur ces dernières pour voir si elles correspondent bien aux exigences. Cet autre exercice est toujours formateur!