Un avant goût de printemps

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Je sais rien n’est officiel,

Le printemps n’a pas encore ouvert ses ailes…

Il se prépare,

M’explique la mare

Et s’il se fait attendre

C’est pour mieux nous surprendre!

Il rit de nous voir si frileux

Emmitouflés sous nos bonnets pluvieux

C’est pour cela que ce matin

Matin coquin, matin mutin

J’avais envie de lui écrire

Et de lui dire en poésie

Que nous sommes prêts à l’accueillir….

Allez printemps! Prends ton envol!

Les amoureux, les cœurs frivoles,

Et les enfants, tous se désolent

Dans nos jolies cours d’école…

Allez printemps! Prends ton envol!

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Corps à corps

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Grand corps malade ou “corps français traditionnel”?

Mon cÅ“ur lui bat plutôt au rythme de ces mots…

A faire passer à Gérard Longuet…

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Dis maman…

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Conversation dans le métro…entre fille et mère…

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“Dis maman, est-ce que deux femmes peuvent se marier?

- Oui, c’est possible.

- Et comme ça, elles peuvent avoir 2 fois plus de bébés!

- Pourquoi?

- Ben, elles ont deux ventres!

- Pour “faire” un bébé, il faut toujours un homme et une femme.

- Même si les deux femmes font l’amour?

- Oui, même si elles s’aiment. Deux femmes peuvent vivre en couple mais ensemble, elles ne peuvent pas avoir d’enfant.Un bébé vient de la rencontre d’un spermatozoïde “homme” et d’un ovule “femme”.

- Alors elles peuvent trouver un bébé abandonné?

- Oui, l’une des deux femmes peut adopter un enfant qui n’a plus de mère ou de père et toutes les deux décident de l’aimer et l’élever, comme leur propre enfant.

- Mais alors, l’une des deux femmes, c’est comme le papa?

- Non, elles sont toutes les deux des femmes donc des mamans, elles ne peuvent pas être “papa”. Un papa, c’est forcément un homme.

- Comme papa?

- Oui, comme papa, ou comme ton oncle, ou comme ton grand-père…Allez, on est arrivé, on descend là!”

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Portraits de femmes

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XXVIII – Le Serpent qui danse

Que j’aime voir, chère indolente,
De ton corps si beau,
Comme une étoffe vacillante,
Miroiter la peau!

Sur ta chevelure profonde
Aux âcres parfums,
Mer odorante et vagabonde
Aux flots bleus et bruns,

Comme un navire qui s’éveille
Au vent du matin,
Mon âme rêveuse appareille
Pour un ciel lointain.

Tes yeux, où rien ne se révèle
De doux ni d’amer,
Sont deux bijoux froids où se mêle
L’or avec le fer.

A te voir marcher en cadence,
Belle d’abandon,
On dirait un serpent qui danse
Au bout d’un bâton.

Sous le fardeau de ta paresse
Ta tête d’enfant
Se balance avec la mollesse
D’un jeune éléphant,

Et ton corps se penche et s’allonge
Comme un fin vaisseau
Qui roule bord sur bord et plonge
Ses vergues dans l’eau.

Comme un flot grossi par la fonte
Des glaciers grondants,
Quand l’eau de ta bouche remonte
Au bord de tes dents,

Je crois boire un vin de Bohême,
Amer et vainqueur,
Un ciel liquide qui parsème
D’étoiles mon cÅ“ur!

Charles Baudelaire

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Oh la vache!

En famille, Enquêtes pédagogiques, actualité 2 commentaires

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Cliquez sur l’image pour avoir le son!

Et pour les petits curieux qui souhaitent réviser avant de se rendre au salon de l’agriculture, suivez le guide! Pascal Pick historien paléontologue nous raconte l’évolution de la biodiversité, du premier chien domestiqué à notre amie la vache! Sur mon autre blog…

Séquences pédagogiques

;-)

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Après le désordre…

Action, En famille, la parole aux parents 1 commentaire

Après le désordre…

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Bonnes vacances!

Profitez

Lambinez

Rêvez

Rêvasser

Sortez

Dansez

Chantez

Aimez

Marchez

Respirez

Découvrez

Savourez

Dégustez

Languissez

d’autres idées en commentaires?

;-)

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Eloge du désordre

Formation continue, La classe en direct, humour 3 commentaires

Demain, dernier jour de classe et accueil de stagiaire en observation…Bon, alors, là il y a les progressions de français, ici sous le 1er tas de droite face à la pile du bas, les évaluations de maths. Dans le coin supérieur gauche sous le fichier de conjugaison, vous trouverez les dernières productions d’écrits en phase de réécriture et juste en dessous les comptes rendus d’expériences…Bon ben, je crois que tout est là…

Bienvenue chez les CM1!

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Gérer l’ordre et le désordre, une véritable compétence à acquérir pour exercer pleinement  le métier d’enseignant

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La violence et le bonheur

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Plus un enfant souffre et plus il faut l’aimer

Plus la violence est là et plus il faut l’accueillir.

Qui n’a jamais souffert?

Qui n’a jamais senti cette vague de violence le submerger?

La violence appartient à chacun de nous, elle est en chacun de nous, tapie, muette ou vive et irrépressible. La violence est un cri, un symptôme, une ultime pulsion de vie, un dernier rempart contre l’inhumanité.

Lutter “contre” la violence c’est détruire ce dernier rempart, c’est nier la maigre part de vie qui est à sauver, c’est bâillonner l’espoir de re-naissance et d’éducabilité, c’est refuser d’aimer celui qui tant besoin qu’on l’aime.

Alors quoi, on laisse faire? On applaudit? On se berce d’illusions? On fait comme si de rien n’était? On donne raison à la violence et on oublie les victimes de cette violence?

Comme chaque enseignant, comme chaque parent, comme chaque citoyen, je vis avec cette violence, je la subis ou je l’exerce, je la contourne ou je l’affronte. Je tente de faire avec. Faire avec, c’est accepter sans passivité, sans sentimentalisme, sans mollesse et sans démagogisme. C’est être capable de dire Non, tu vois, là, tu as fais du mal et tu te fais du mal. Je ne peux pas te laisser agir ainsi. Mais je suis là et je t’entends.

Il ne faut pas nier la violence, il faut la nommer chaque fois qu’elle se présente, la reconnaître chaque fois qu’elle s’immisce dans nos vies, il faut l’entendre et la voir en face. Il faut être là, à côté d’elle, avec elle et surtout pas contre elle.

Être là.

Ne pas juger l’enfant mais lui ouvrir d’autres voies d’expression. La violence ne s’extrait pas comme une dent. Elle s’approche avec douceur, elle s’apprivoise avec tendresse, elle se confie avec empathie. Il faut enseigner le bonheur à ceux qui souffrent et font souffrir.Enseigner le bonheur et enseigner avec bonheur.

Oui, le bonheur.

Des cours de bonheur à l’école, voilà ce que je proposerais comme piste de travail si je devais participer aux futurs états généraux sur la violence.

D’autres articles sur le même thème:

http://www.gifsanimes.net/fleches/web160.gif

  1. L’école pour vivre ensemble
  2. La violence sans tabou
  3. Médiations éducatives (1)
  4. Médiations éducatives (2)
  5. De l’acte violence à l’acte d’écriture
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Le sentiment amoureux

En famille, Enquêtes pédagogiques, Pensée du jour, morceaux choisis, vidéo 0 commentaire

Un article à consulter en ces jours amoureux sur le blog de mes Séquences pédagogiques…l’amour à l’école, drôle d’idée?

Et pourquoi pas ;-)

http://lewebpedagogique.com/images/ostiane3.jpg

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Expo en ligne

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Travaux d’artistes et compétences techniques

Venez admirer les œuvres des élèves sur leur Culturo-Blog!

Une expo intitulée “Forêt de gratte-ciel”

En cliquant ici…bon voyage!

Et si le coeur vous en dit…laissez-leur un petit message :-)


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Mano solo, je ne t’oublie pas

Hors sujet, actualité, morceaux choisis, tribune libre, vidéo 0 commentaire

Lu (et approuvé)  hier dans le Nouvel Obs:


“Une colonne! Une seule colonne pour annoncer le décès de Mano Solo! Quelle plaisanterie, et macabre! Un grand chanteur français vient de mourir, et voilà la place que le Nouvel Obs lui consacre! A côté de ça, il y a quelques temps, des tartines sur Johnny Hallyday! Je sais bien qu’on ne peut les situer sur le même plan: Johnny dit quelque chose de la société française, alors que pour Mano Solo il s’agit de poésie. Et je sais que la poésie n’est pas -pour reprendre une expression journalistique- un sujet “très sexy” C’est bien là tout le malheur de n’avoir qu’une colonne réservée à Mano Sol!

J-A Mazaud (internet)”


Je n’ai rien contre Johnny, je suis même assez fan, mais le fait est que le silence qui entoure la disparition de Mano Solo est troublant et révèle lui aussi, d’une certaine manière, un je ne sais quelque chose évocateur de la société française…

Mano, joue encore pour nous, chante pour nous, moi je te trouve très sexy!


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Correspondance autour de la lecture…

En famille, La chronique de Laurent Carle, la parole aux parents 3 commentaires

Ce matin, dans ma boite mail, un courrier envoyé par Laurent Carle faisant état d’une lettre qu’ une maman déboussolée vient de lui adresser. Avec son autorisation je souhaite aujourd’hui vous faire part de cette correspondance tant elle illustre bien des inquiétudes et soulève bien des questions liées à l’apprentissage de la lecture et aux enjeux qui en découlent…Je leur laisse donc la parole et la reprendrait en fin d’article sous forme d’une petite vidéo tournée en collaboration avec l’équipe du Web pédagogique.

Et maintenant…bonne lecture ;-)


Mercredi, 3 février,

Bonsoir,

Je me permets de vous adresser ce mail car je suis une maman désemparée. J’ai une petite fille 4 ans. Là, elle vient d’avoir son « carnet ». Il est noté qu’elle a sans cesse besoin d’être rassurée et qu’elle n’est pas assez active à l’oral. Je pense qu’elle est stressée à l’idée de décevoir si elle se trompe (elle est très sensible). Comment faire pour l’aider ? De plus, aujourd’hui on a joué à la maitresse. J’ai essayé de lui apprendre des lettres (elle en connait déjà) et lui ai expliqué qu’en les « mélangeant » ça faisait des mots. Je lui ai fait un B et lui ai nommé la lettre 5 ou 6 fois.

http://corigif.free.fr/alphabet/alphadanserouge2/img/alpha_002.gif

source

Elle m’a écouté et quand je lui ai demandé le nom de la lettre, elle m a regardé comme si je venais de mars et n’a pas su me répondre (je lui avais dit 30 sec avant). Même quand elle arrive à retenir, 10 minutes après elle ne sait plus.

Est ce normal ? Est ce que je lui en demande trop ?

J’ai vraiment besoin d’un avis car en plus quand ça se passe comme ça, je m’énerve et après je culpabilise.

Merci de votre réponse.

Cordialement.

Isabelle

Jeudi, 4 février,

Bonjour Isabelle,

Vous vous interrogez fort à propos, au bon moment, et vous vous posez les bonnes questions à propos de l’effarement de votre fille, quand elle est confrontée à l’enseignement des lettres de l’alphabet. Elle est à l’âge où se décide le style de rapport que la future écolière établira prochainement avec l’écrit. Les premiers contacts déterminent si, plus tard, elle aimera ou détestera lire. Quand elle vous écoute nommer les lettres (vous lui présenteriez des syllabes, ce serait pareil,) et vous regarde comme une martienne, elle se trouve en état de surcharge cognitive devant une information non pertinente, « extraterrestre ». Les fusibles de protection, heureusement, coupent le courant. Ce qui n’a pas de sens ne peut pas être compris. On ne peut pas apprendre quelque chose qu’on ne comprend pas parce que ça n’a aucun sens.

Et lire, c’est comprendre, seulement comprendre, c’est tout.

On peut commencer à apprendre à lire à tout âge. Par contre, on ne doit pas commencer à enseigner la lecture prématurément. Apprendre, ne signifie pas recevoir un enseignement. Il convient de bien distinguer enseigner et apprendre. On peut être enseigné et ne pas apprendre, comme les élèves « en échec scolaire ». On peut apprendre sans être enseigné, comme les autodidactes. On peut être enseigné et apprendre à lire en dehors des leçons de lecture. Les « méthodes de lecture » sont très utiles aux maîtres pour enseigner la syllabation. Elles ne sont pas nécessaires aux élèves pour apprendre à lire. La plupart des adultes bons lecteurs sont d’anciens écoliers, autodidactes en lecture, qui se sont appris à lire malgré l’enseignement reçu. Pour être un maître de lecture efficace, mieux vaut être lecteur soi-même, un lecteur qui aime lire. D’ailleurs, l’un va avec l’autre.

Ceux qui aiment lire, lisent vite et facilement, prennent plaisir à aider et accompagner les enfants dans leur conquête de la lecture. Ceux qui n’aiment pas lire, lisent lentement et difficilement, parce qu’ils portent les séquelles de la syllabation enseignée par une « méthode ». Ils dispensent un enseignement de lecture fastidieux et rebutant. Dans ce cas, il est préférable de passer la main. Sinon, on croit transmettre la lecture et on ne transmet que le dégout qu’on en a. Le premier critère pour être un « bon prof » est d’aimer lire.

Pour comprendre ce qui arrive aujourd’hui à votre fille, essayons d’imaginer une situation semblable chez un adulte.

Supposons que, à ce jour, pour des raisons qui tiennent à votre histoire et à votre parcours personnels, vous n’ayez jamais vu personne rouler à bicyclette, ni même vu, de près ou de  loin, une vraie bicyclette, sauf en illustration sur du papier. Un parent proche ou un ami, sincère et dévoué, s’attellerait à la tâche de combler cette lacune et entreprendrait de vous apprendre. Il vous présenterait au fur et à mesure, à l’occasion et peu à la fois, par précaution, le guidon, la selle, un rayon, un maillon de chaine, une dent de pignon, un câble, une valve, une chambre à air, bref, la liste complète des pièces, vous expliquant, pour chacune, sa nature et sa fonction mécanique. Il vous les nommerait et vous demanderait de les répéter sur-le-champ, plusieurs fois, vérifierait, ensuite, que vous les avez bien gardées en mémoire, quelques minutes plus tard.

C’est d’ailleurs ainsi qu’on procède dans les leçons de lecture « méthodiques », jour après jour, unité après unité, parce que la théorie pédagogique dominante postule que lorsque toutes les unités élémentaires du catalogue des sons et toutes les règles de correspondance auront été acquises, mémorisées une à une, il ne restera plus à l’élève qu’à faire la synthèse de ces éléments séparés. Enfantin, mon cher Watson ! Mais peu pertinent, incongru et franchement anti-pédagogique ! Est pédagogique, ce qui est profitable à l’enfant et à lui seul, ce qui a du sens, une réalité fonctionnelle, ce qui apprend à faire en faisant, « en situation », ce qui est en harmonie avec l’intérêt et les intérêts de l’enfant, ici et maintenant. Comme dit Philippe Meirieu, « apprendre, c’est faire ce qu’on ne sait pas encore faire, pour apprendre à le faire ».

Est pédagogique ce qui permet à l’enfant de conquérir son autonomie pour se soustraire à la tutelle de l’adulte, d’abord, du « marché », par la suite. Les méthodes de « lecture » ne sont pas des armes pour la conquête de cette autonomie. La lecture, la vraie, permet au lecteur d’entrer dans le monde de la pensée libre, dans le jeu social démocratique, d’y trouver place et d’y prendre sa part. Le chemin de la démocratie passe par l’autonomie et la liberté de pensée.

Un déchiffreur dressé à « décoder », par une méthode – toutes dressent, aucune n’est libératrice -, n’est ni penseur, ni lecteur libre. Il n’est même pas lecteur. [...]

Voici ce que disait Alain, en 1930 :

« Quand je suis dans l’autobus, je m’amuse, comme chacun fait, à lire les réclames collées sur le verre et qui se montrent à l’envers ; je suis alors semblable à un illettré ; car je reconnais aisément chaque lettre, mais l’ensemble du mot m’est tout à fait étranger. J’épelle, mais je n’ai jamais cette perception instantanée qui me permet de reconnaître un mot comme on reconnaît un visage. Et si j’avais coutume d’examiner un visage par parties, le menton, le nez, les yeux, jamais je ne reconnaîtrais un visage. Au reste, si la règle de nos pensées était d’aller du détail à l’ensemble, nous ne penserions jamais rien, car tout détail se divise, et cela sans fin. L’esprit d’ensemble, c’est l’esprit. Ainsi, il se peut bien qu’épeler soit un très mauvais départ… »

La pièce, détachée de la bicyclette et de son contexte, hors de son emploi, abstraite, bien que tangible, peut-elle avoir du sens, vous dire quelque chose, vous parler ? Si, bien que cela ne vous apporte aucune satisfaction personnelle, par un immense effort de mémorisation, heureuse de faire plaisir à votre instructeur, vous parveniez, à peu près, à retenir la nomenclature, sauriez-vous rouler à bicyclette ? *

Le rôle des parents n’est pas d’enseigner les composants linguistiques de la langue écrite. D’ailleurs, ce n’est pas non plus en procédant de cette manière que les enseignants, professionnels de la lecture, peuvent enseigner efficacement la lecture à l’école. Le rôle des parents est simplement de donner le gout de la lecture, entre autres, en montrant comment ils s’y prennent pour lire. C’est aussi ce que devraient faire les enseignants en école maternelle, plutôt que s’occuper à « mettre en place les pré-requis ».Lire, à haute voix, pour l’enfant, des histoires qui font rêver, dans les albums et livres pour enfants de cet âge, lire pour soi, en silence, pour qu’elle voit, sans entendre, ce que c’est que lire, adulte, des livres, des romans, ainsi que les écrits usuels de la vie quotidienne.

Autrement dit, il s’agit d’accompagner l’enfant sur ce chemin, dans la réalité de l’écrit authentique, – non dans de l’écrit scolaire, simulé, fictif, exclusivement destiné à enseigner des unités de langue décomposées – comme on l’accompagne sur les trottoirs du quartier, pour apprendre la ville, en lui montrant, en faisant, en lui donnant la main, sans la soumettre à des impératifs, qui ne sont pas compréhensibles à son âge. Les unités de langue élémentaires, abstraites, ne peuvent être assimilées et retenues que par quelqu’un qui sait déjà lire et écrire. Car, elles ne sont pas des unités de lecture, contrairement à ce que disent les méthodes. L’enseignement de la lecture à l’unité est une énorme tromperie, un abus didactique sur mineur.

Ce n’est pas parce qu’on est à l’école, par devoir et par gratitude pour l’école, qu’il faut apprendre à lire. C’est dans le but d’apprendre à lire pour soi, en collectivité, que l’école existe et qu’on y va. Sans la nécessité sociale de s’instruire et de se former, point d’école. Comme la bicyclette, la lecture est une activité sociale, une pratique « de terrain », un mode d’échange, un média, un savoir-faire, non une connaissance scolaire abstraite. Imaginez-vous apprenant à rouler à bicyclette, à l’unité, roue après roue ! Ça roulerait ? Les premiers rapports entre l’enfant et la lecture ne peuvent qu’être ludiques, comme pour la bicyclette. D’ailleurs, il en est de même pour nous. Nous ne lisons pas un roman qui ne nous plait pas. Voyez le bouquin « Comme un roman » de Daniel Pennac.

On n’enseigne pas ce qu’on sait, on enseigne ce qu’on fait.

Ne lui enseignez plus la lettre, ni la syllabe, allumez le feu, soufflez sur la braise, transmettez l’esprit, lisez avec ! Mieux, lisez pour elle !

Bon courage et bonne lecture à deux, sans leçon.

Laurent CARLE

* « En segmentant les savoirs pour les rendre progressifs et accessibles, on risque de leur faire perdre toute attractivité : autant un problème complexe peut stimuler la curiosité et déclencher une recherche, autant l’acquisition, palier par palier, de « bases », dont on n’entrevoit aucune utilisation future peut décourager, voire dissuader durablement… Autant la joie de comprendre « comment ça marche »  peut réconcilier avec les savoirs, autant l’acharnement sur des procédures abstraites peut écarter pour longtemps tout espoir de trouver un plaisir intellectuel à l’école… »

Philippe Meirieu, Lettre aux grandes personnes sur les enfants d’aujourd’hui, Rue du monde, 2009

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Dictée “Les 2 font la paire”

Action, En famille, Formation continue, morceaux choisis 2 commentaires

Ce matin, atelier pédagogique en réseau pour les enseignants du cycle 3

Thème de travail…l’orthographe…

Je pensais introduire la matinée en leur proposant cette petite dictée..

“Monsieur Lamère a épousé Mademoiselle Lepère.
De ce mariage, est né un fils aux yeux pers*.

Monsieur est le père, Madame est la mère et bien sûr ces deux là font la paire.

Le père, quoique père, est resté Lamère, mais la mère, avant d’être Lamère était Lepère.

Le père est donc le père sans être Lepère, puisqu’il est Lamère et la mère est Lamère, bien que née Lepère.

Aucun des deux n’est maire. N’étant ni le maire ni la mère, le père ne commet donc pas d’impair en signant Lamère.

Le fils aux yeux pers de Lepère deviendra maire.

Il sera le maire Lamère, aux yeux pers, fils de Monsieur Lamère, son père, et de Mademoiselle Lepère, sa mère.

La mère du maire meurt et Lamère, père du maire, la perd. Aux obsèques, le père de la mère du maire, le grand-père Lepère, vient du bord de mer, et marche de pair avec le maire Lamère, son petit-fils.

Les amis du maire, venus pour la mère, cherchent les Lamère, ne trouvent que le maire et Lepère, père de la mère du maire, venu de la mer, et chacun s’y perd !”

(*pers = de couleur indéfinissable)

Souhaitez-moi bonne chance!

;-)

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Dicton du Mois

Cluture, morceaux choisis, vidéo 3 commentaires

http://www.gifsmaniac.com/gifs-animes/meteo/pluies/meteo-pluies-15.gif

Si l’hiver est chargé d’eau l’été n’en sera que plus beau!

http://www.gifsmaniac.com/gifs-animes/meteo/soleil/meteo-soleil-10.gif

En attendant l’été et pour profiter de la situation…chantons donc en Anglais, en cÅ“ur et en famille…

“Rain, rain, go away!”

And now…

Repeat again

;-)


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2 ans déjà

Parole d'instit', Pensée du jour 4 commentaires

Un jour spécial aujourd’hui, un jour anniversaire! Et oui, cela fait deux ans qu’ensemble nous bloguons.

Deux ans déjà!


Souvenirs, souvenirs…Petit tour dans mes archives…

Flash back!

  • Mon tout premier article…intitulé Préface

« L’école primaire, ne parvient pas, malgré la conscience professionnelle de son corps enseignant, à réduire des difficultés pourtant repérées très tôt chez certains élèves et qui s’aggraveront tout au long de leur parcours scolaire. »

Extrait du bilan du H.C.E (Haut Conseil de l’Education)  paru dans la presse du vendredi 24 Août 2007

Si vous souhaitez lire ou relire la suite de cette Préface, rendez-vous…par ici

  • Un 1er billet “A la une”, paru également un peu plus tard dans Le Monde de l’éducation

1er commentaire aussi dans…Attali, le nouvel Attila ou comment transformer l’école en une plateforme économico-financière.

  • Des rencontres avec d’autres acteurs-passeurs de savoirs
  1. La chronique de Christian Montelle
  2. La tribune de Laurent Carle
  3. Des portraits d’hommes et de femmes d’ici ou d’ailleurs
  • La naissance de deux autres blogs
  1. Le blog de mes élèves “Biblio-Blog” rebaptisé cette année “Culturo-Blog des CM1/CM2″
  2. Mes Séquences pédagogiques en ligne. Un billet hebdo sur un thème précis. Niveau Primaire/Collège/lycée
    Et tant d’autres visages croisés entre les fils du Web; tant de liens crées, de compétences enrichies; tant de discussions hardies et de débats d’idées; tant de nouveaux horizons parcourus et de découvertes pédagogiques.

    2 ans…
    2 ans de blog et de bonheur
    MERCI

    ;-)

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Etre pédagogue, être libre…

La chronique de Laurent Carle 0 commentaire

A l’heure où nos établissements, nos fonctions, nos rôles et nos missions sont bouleversés par de nouvelles dispositions et organisations, la question que soulève Laurent Carle dans ce texte me semble assez centrale non seulement pour les enseignants mais pour tous les cadres d’éducation qui s’interrogent sur la compatibilité entre liberté pédagogique et responsabilité éthique et professionnelle. Je lui laisse donc bien volontiers la parole…une parole qui interpelle nos pratiques, nos postures et nos gestes.

Être pédagogue suppose anticonformisme et insoumission.

Je ne parle pas d’insoumission à la hiérarchie ou aux lois, mais à la règle individualiste du chacun pour soi, aux préjugés, aux idées reçues de la tradition, aux rituels sacrés du groupe, à la vénération pour les objets du culte scolaire, aux croyances sans examen, aux habitudes de pensée et de faire acquises pendant les années de scolarité obligatoire au contact de professeurs conformes. Je parle de libération intellectuelle.

Il n’y a pas de pédagogie sans liberté. Un éducateur professionnel doit être un acteur penseur libre. On l’est rarement au départ. Il faut le devenir. C’est parfois douloureux, c’est toujours difficile.

Être libre, c’est penser différemment et faire autrement.

Pour les professionnels de l’éducation (enseignants et encadrement compris), la liberté pédagogique, ce n’est pas la possibilité de choisir sa méthode sur le plateau présenté par l’offre commerciale. C’est la capacité de discerner les actes didactiques concordants avec l’intérêt de l’enfance, de prendre en compte la diversité et les intérêts des enfants présents dans la classe, de connaître la psychologie des apprentissages et la volonté de placer l’enfant au centre du dispositif éducatif.

Pour réussir cette œuvre d’émancipation de soi, il ne suffit pas de se délivrer de l’emprise des dogmes de la doctrine dominante, il faut parfois aussi mener bataille contre ses propres croyances. Double sacrilège, double conflit cognitif, double révolution, institutionnelle et personnelle !

LAURENT CARLE

Je reprends bien volontiers ces termes: “Un éducateur professionnel doit être un acteur penseur libre. C’est parfois douloureux, c’est toujours difficile”…

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Albert Camus, une certaine idée de l’école

Cluture, Enquêtes pédagogiques, actualité, citation, vidéo 1 commentaire

Le 4 janvier dernier marquait le cinquantième anniversaire de la disparition d’Albert Camus, homme de lettres, homme d’idées, homme engagé, homme révolté, homme avant tout et par dessus tout. Ce billet est un hommage à son humanité et son humilité et à une certaine idée qu’il se faisait de l’école, de l’éducation, du savoir. Voici la lettre qu’il adressa à son instituteur au lendemain de son prix Nobel: (discours en lien)

19 novembre 1957

Cher Monsieur Germain,

J’ai laissé s’éteindre un peu le bruit qui m’a entouré tous ces jours-ci avant de venir vous parler de tout mon cÅ“ur. On vient de me faire un bien trop grand honneur, que je n’ai ni recherché ni sollicité. Mais quand j’en ai appris la nouvelle, ma première pensée, après ma mère, a été pour vous. Sans vous, sans cette main affectueuse que vous avez tendue au petit enfant pauvre que j’étais, sans votre enseignement, et votre exemple, rien de tout cela ne serait arrivé.
Je ne me fais pas un monde de cette sorte d’honneur. Mais celui-là est du moins une occasion pour vous dire ce que vous avez été, et êtes toujours pour moi, et pour vous assurer que vos efforts, votre travail et le cÅ“ur généreux que vous y mettiez sont toujours vivants chez un de vos petits écoliers qui, malgré l’âge, n’a pas cessé d’être votre reconnaissant élève. Je vous embrasse de toutes mes forces.

ALBERT CAMUS

Dans son roman posthume “Le Premier homme” auquel travaillait Albert Camus au moment de mourir, l’auteur évoque avec tendresse et émotion ses souvenirs d’enfance, comme s’il n’avait encore que 6 ans ou 11 ans…Ce n’est qu’en 1994 que le texte sera publié sous sa forme initiale de brouillon inachevé rendant ainsi encore plus palpables les accents autobiographiques.

Morceaux choisis:

(…) Ensuite c’était la classe. Avec M. Bernard, cette classe était constamment intéressante pour la simple raison qu’il aimait passionnément son métier. Au-dehors, le soleil pouvait hurler sur les murs fauves pendant que la chaleur crépitait dans la salle elle-même pourtant plongée dans l’ombre des stores à grosses rayures jaunes et blanches. La pluie pouvait aussi bien tomber comme elle le fait en Algérie, en cataractes interminables, faisant de la rue un puits sombre et humide, la classe était à peine distraite. Seules les mouches par temps d’orage détournaient parfois l’attention des enfants. Elles étaient capturées et atterrissaient dans les encriers, où elles commençaient une mort hideuse, noyées dans les boues violettes qui emplissaient les petits encriers de porcelaine à tronc conique qu’on fichait dans les trous de la table. Mais la méthode de M. Bernard, qui consistait à ne rien céder sur la conduite et à rendre au contraire vivant et amusant son enseignement, triomphait même des mouches. Il savait toujours tirer au bon moment de son armoire aux trésors la collection de minéraux, l’herbier, les papillons et les insectes naturalisés, les cartes, qui réveillaient l’intérêt fléchissant de ses élèves. Il était le seul dans l’école à avoir obtenu une lanterne magique et, deux fois par mois, il faisait des projections sur des sujets d’histoire naturelle ou de géographie. En arithmétique, il avait institué un concours de calcul mental qui forçait l’élève à la rapidité d’esprit. Il lançait à la classe, où tous devaient avoir les bras croisés, les termes d’une division, d’une multiplication ou parfois d’une addition un peu compliquée. Combien font 1267 + 691. Le premier qui donnait le résultat juste était crédité d’un bon point à valoir sur le classement mensuel. Pour le reste, il utilisait les manuels avec compétence et précision… Les manuels étaient toujours ceux qui étaient en usage dans la métropole. Et ces enfants qui ne connaissaient que le sirocco, la poussière, les averses prodigieuses et brèves, le sable des plages et la mer en flammes sous le soleil, lisaient avec application, faisant sonner les virgules et les points, des récits pour eux mythiques où des enfants à bonnet et cache-nez de laine, les pieds chaussés de sabots, rentraient chez eux dans le froid glacé en traînant des fagots sur des chemins couverts de neige, jusqu’à ce qu’ils aperçoivent le toit enneigé de la maison où la cheminée qui fumait leur faisait savoir que la soupe aux pois cuisait dans l’âtre. Pour Jacques, ces récits étaient l’exotisme même. Il en rêvait, peuplait ses rédactions de descriptions d’un monde qu’il n’avait jamais vu, et ne cessait de questionner sa grand-mère sur une chute de neige qui avait eu lieu pendant une heure vingt ans auparavant sur la région d’Alger.


(…) Seule l’école donnait à Jacques et à Pierre ces joies. Et sans doute ce qu’ils aimaient si passionnément en elle, c’est ce qu’ils ne trouvaient pas chez eux, où la pauvreté et l’ignorance rendaient la vie plus dure, plus morne, comme refermée sur elle-même; la misère est une forteresse sans pont-levis.


(…) Non, l’école ne leur fournissait pas seulement une évasion à la vie de famille. Dans la classe de M. Bernard du moins, elle nourrissait en eux une faim plus essentielle encore à l’enfant qu’à l’homme et qui est la faim de la découverte. Dans les autres classes, on leur apprenait sans doute beaucoup de choses, mais un peu comme on gave les oies. On leur présentait une nourriture toute faite en les priant de vouloir bien l’avaler. Dans la classe de M. Germain , pour la première fois ils sentaient qu’ils existaient et qu’ils étaient l’objet de la plus haute considération: on les jugeait dignes de découvrir le monde. Et même leur maître ne se vouait pas seulement à leur apprendre ce qu’il était payé pour leur enseigner, il les accueillait avec simplicité dans sa vie personnelle, il la vivait avec eux, leur racontant son enfance et l’histoire d’enfants qu’il avait connus, leur exposait ses points de vue, non point ses idées, car il était par exemple anticlérical comme beaucoup de ses confrères et n’avait jamais en classe un seul mot contre la religion, ni contre rien de ce qui pouvait être l’objet d’un choix ou d’une conviction, mais il n’en condamnait qu’avec plus de force ce qui ne souffrait pas de discussion, le vol, la délation, l’indélicatesse, la malpropreté (…)

D’autres extraits:

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Humeur du jour

Cluture, Pensée du jour, citation 3 commentaires

“Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin”
Proverbe africain

Et vous, quel est votre slogan du jour?

Avez-vous une devise personnelle ou un dicton préféré?

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Parents partenaires

En famille, la parole aux parents, vidéo 0 commentaire
  • Une jolie maison à visiter…Rencontre avec Anne Buisson


Le site de l’association

Sur les bancs de l’école

  • Je profite de cet article pour mettre également en avant une autre association qui Å“uvre pour le lien avec les familles. Il s’agit du Café des parents. De nombreuses rencontres et conférences y sont organisées. A noter dans vos agendas…la soirée du mardi 26 janvier pour mieux cerner les troubles d’apprentissage et le rôle de l’école. Pour en savoir davantage, n’hésitez pas à visiter leur site.



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Conte d’ici et d’ailleurs

Cluture, La chronique de Christian Montelle, morceaux choisis 1 commentaire

Suite au billet précédent sur la philosophie à l’école, Christian Montelle, très attaché au récit et au mythe fondateur m’a fait parvenir ce conte venu d’ailleurs dont il nous offre plusieurs lectures…dont une philosophique. Je lui laisse la parole…

Qui est le plus grand ? est un conte esquimau du Nord de la Sibérie. Il a été raconté par le conteur Yuit Kivagme, “vieux chasseur aux pieds gelés”.  Il a été recueilli entre 1933 et 1943 par la première institutrice de Tchoukotka, Katerina Semienova Sergeeva.

Voici le texte tel qu’il a été traduit :


La lune au rond visage parcourait le ciel en traîneau et se vantait :

- Je suis plus gaie et plus grande que le soleil lui-même !

Un minuscule lac, au milieu de la toundra, l’entendit et dit :

- Tu n’es qu’une vantarde ! Regarde-moi et tu verras que je suis le plus grand !

La lune se pencha sur le lac et y découvrit son reflet. Le lac poursuivit :

- Vois, je suis plus grand que toi puisque tu peux te loger chez moi !

Les deux antagonistes se disputèrent tant qu’ils réveillèrent le lemming, Sikiq, qui sortit de son terrier Il s’étira, bâilla en ouvrant si largement la bouche que son œil gauche se ferma. Il regarda d’un œil le lac, puis la lune et constata :

- En fait, le plus grand de tous est mon œil droit puisqu’ils y entrent ensemble, le lac et la lune !

La chouette qui volait par-là ricana. Elle s’empara du lemming, l’engloutit et dit :

- Heureusement que mon cou supporte une tête très intelligente. La lune a pris place dans le lac, le lac et la lune se sont installés dans l’œil du lemming et celui-ci habite désormais dans mon estomac !

à votre avis, lequel d’entre eux est le plus grand ?

1 Lecture structurale:

Dans la classification internationale ce conte porte le numéro 2031. Il peut être décomposé suivant les séquences suivantes :

  • Situation initiale : La lune parcourt le ciel.
  • Déclencheur : La lune se vante d’être plus grande que le soleil lui-même. Elle chante.
  • Chaîne : Soleil — Lune — Lac — Lemming — Harfang.
  • Chant en randonnée suivant une structure en échelle.
  • Question finale : Qui est le plus grand ?

Une première écoute fera apparaître l’égocentrisme de tout être. Chacun se croit le plus grand de l’univers et juge le monde extérieur à son aune. Cette lecture, que l’on pourrait appeler moraliste, est celle que certains scripteurs comme Charles Perrault et Jean de La Fontaine ont proposée pour les contes populaires. À leur suite, les pédagogues réduisent souvent leur approche des textes de la tradition orale populaire à une interprétation* moralisante.

2/ Lecture scientifique:

  • À la question qui clôt le conte, un enfant de moins de cinq ans répond :
  • - C’est la chouette, puisqu’elle mange tout le monde !
  • Le scientifique, possédant des connaissances rationnelles, répond :
  • - Le soleil est le plus grand, bien sûr !
  • ou alors :
  • - Ces éléments ne sont pas du même ordre ; on ne peut les comparer.

Chacun d’eux a perçu le conte sous l’angle de la science, selon son propre niveau. Chacun a avancé son interprétation* en tenant compte de son expérience de la réalité. C’est ce travail et ce point de vue qui sont importants, non la validité de la réponse.

Une première écoute fera apparaître l’égocentrisme de tout être. Chacun se croit le plus grand de l’univers et juge le monde extérieur à son aune.

Cette lecture, que l’on pourrait appeler moraliste, est celle que certains scripteurs comme Charles Perrault et jean de La Fontaine ont proposée des contes populaires. A leur suite, les pédagogues réduisent souvent leu rapproche des textes de la tradition orale populaire à une interprétation moralisante.

3 /Lecture géographique ou documentaire:

Cette randonnée possède un caractère documentaire qui peut orienter une autre lecture.

La toundra est un milieu de vie difficile, en Sibérie, à l’extrême nord de la Scandinavie et au nord du Canada. C’est un endroit semé de lacs où la végétation est essentiellement constituée de mousses, de lichens, d’airelles et de bouleaux nains.

Là vivent d’innombrables lemmings, petits écureuils rayés à queue touffue, à tête de marmotte, avec des bajoues et de petites oreilles cachées dans leur fourrure.

Ces petits rongeurs sont la nourriture du harfang, grande chouette à plumage blanc tâché de sombre, qui les suit dans leur migration à travers la toundra.

Nous voyons vivre ici tout un écosystème très cohérent qui constitue une introduction au biotope arctique.

4/ Lecture du temps:

Et voilà qu’une réponse nouvelle apparaît : les cinq éléments sont des marqueurs de temps :

  • Le soleil marque la belle saison et le déroulement de l’année.
  • La lune marque les mois. Elle est plus stable en zone arctique que le soleil
  • Le lac dont les eaux sont solides ou liquides marque les saisons.
  • Les migrations de lemmings, très impressionnantes, constituent pour les habitants du Grand Nord des signes très clairs, sur l’approche du grand hiver.
  • Quant au harfang, il change de plumage avec les saisons : de blanc tacheté de brun en hiver il devient beige en été.

5/ Lecture mythographique:

Un adulte esquimau, qui connaît bien la mythologie de son peuple, répond à la même énigme :

- Tous ces éléments sont équivalents !

En effet, le soleil est la femme bénéfique, qui amène la fécondité. La lune est un être masculin, frère incestueux du soleil, marqué au visage par sa sœur, condamné à régler la fécondation des plantes, des animaux et des femmes de la terre. Le lac est le garant de la fécondité de la terre. Le lemming est l’équivalent de notre lapin, symbole de féminité et de fécondité. La chouette harfang est le symbole de la sorcière, femme à l’intelligence féconde.

Nous avons bien là cinq facettes complémentaires de la fécondité.

6/ Lecture philosophique:

Les Anciens Sages discutent de la signification du miroir et du reflet : la lune, reflet du soleil, se mire dans le lac, œil de la terre, qui est réfléchi à son tour par l’œil de l’écureuil ; le harfang réfléchit avec sa grande intelligence, qui est reflet du monde.

Le reflet pris pour la réalité est l’un des grands thèmes du questionnement philosophique. La parabole de la caverne de Platon en est l’expression la plus connue. Nombreux sont les contes à rire dont le héros confond la lune reflétée dans l’eau avec un fromage.

Cette lecture à préoccupation philosophique me semble, au contraire de la lecture mythologique, tout à fait accessible aux enfants. Leurs réponses seront souvent inattendues, mais, en y réfléchissant bien, on les trouvera parfois d’une sagesse étonnante. L’important est qu’ils aient réfléchi sur un des aspects fondamentaux de l’organisation du monde, qu’ils ne perçoivent que les apparences, le reflet de la réalité. Ils renonceront définitivement à tout dogmatisme .

Voilà une approche intuitive de la parabole de la grotte chez Platon et une ouverture sur la relativité et le relativisme. Premières pierres de sagesse

7/ Lecture symbolique:

  • Le soleil est le symbole de l’intelligence cosmique. Pour les Samoyèdes, il est l’un des deux yeux de Num, le Ciel. Il est l’œil droit, correspondant à l’activité et au futur.
  • Un autre Å“il est la lune. Il correspond au passé et à la mémoire. La lune, astre des nuits, évoque métaphoriquement la beauté et aussi la lumière dans l’immensité ténébreuse. Mais cette lumière n’étant qu’un reflet de celle du soleil, la lune est le symbole de la connaissance par reflet, c’est-à-dire de la connaissance théorique, conceptuelle, rationnelle.
  • Le lac est l’œil de la terre (en arabe, en slovaque, le même mot désigne l’œil et le lac ou la source : aïn, oziero).
  • Le lemming, comme le lapin, est lié au symbolisme de la lune et des eaux fécondantes et régénératrices, au symbolisme du renouvellement perpétuel de la vie sous toutes ses formes. Ce monde lunaire est celui du grand mystère où la vie se refait à travers la mort. C’est dans son Å“il que l’écureuil du conte saisit lune et lac.
  • La chouette, oiseau nocturne en relation avec la lune, est le symbole de la connaissance rationnelle, perception de la lumière par reflet, s’opposant à la connaissance intuitive, perception directe de la lumière solaire. Elle symbolise la réflexion qui domine les ténèbres et qui est souvent représentée par ses yeux.

Cette lecture fait ressortir la permanence du motif de l’œil, qui souligne chaque élément du conte. Or, celui qui a des yeux désigne expressément, chez les Esquimaux, le chaman, le clairvoyant.

Ce petit conte, si anodin en apparence, aura donc une autre signification pour le Grand Initié qui répondra à la question :

- Qui est le plus grand ?

- Personne, car chacun constitue une facette de la Connaissance suprême.

Bien sûr, un jeune enfant ne peut pas atteindre ces sommets de la connaissance. Mais on peut attirer son attention sur les détails comme l’œil. Cela aura deux avantages :

  • - l’introduire dans le monde du langage poétique et métaphorique ;
  • - lui faire deviner le monde si important des symboles et du langage symbolique.

8/Autres lectures:

On pourrait également effectuer des lectures sémiotiques*, des lectures psychanalytiques (à partir des travaux de Sigmund Freud, d’Alfred Adler ou de Gustav Jung, par exemple), des lectures comparatives avec des versions de ce conte issues d’autres cultures, et bien d’autres encore.

Ce que j’ai voulu montrer ici, c’est la richesse des contes populaires, Les conteurs qui transmettent une randonnée ne passent pas seulement un bon moment avec eux, mais font découvrir à leurs auditeurs toute une connaissance précieuse.

Dans une situation normale d’écoute de contes, celle où le conteur est entouré de représentants de toutes les classes d’âge, cette lecture se réalise aussitôt par les commentaires qui suivent le conte. L’enfant a le droit de proposer sa propre interprétation*. En écoutant celles des adultes, il apprend que la vérité est multiple et acquiert ainsi une écoute critique. Il faut essayer au maximum de retrouver ces conditions si on raconte dans un milieu scolaire.

Avec des jeunes enfants, l’adulte doit faire découvrir les sens naturellement, intuitivement, par de multiples répétitions de l’histoire et des compléments documentaires bien choisis, et non en imposant sa propre interprétation.

La lecture verticale est très proche du travail de l’archéologue qui, à chaque strate, découvre une nouvelle phase du passé du monde. À chaque écoute, le conte livre de nouveaux sens, aussi bien à celui qui le dit qu’à celui qui l’écoute.

Découvrez également Paroles de conteuse par Edith MONTELLE

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