Question de maman

13 10 2008

Je dînais l’autre soir avec une jeune maman dont le fils aîné est en maternelle, dans une école que je ne connais pas.

Une maman super active avec des horaires très compliqués.

Une maman véritablement concernée par la scolarité de son fils.

Une maman soucieuse de trouver un juste équilibre entre boulot et maison.

Une maman d’élève débutante, hésitante, ne sachant pas très bien quels sont ses droits et ne connaissant que très peu les us et coutumes d’usage à l’école.

Bref, une maman comme des milliers d’autres qui, même « invisible » aux yeux de l’école, existe bel et bien.

Mais une maman à qui on n’a même pas pris la peine de dire que oui, elle peut à tout moment demander à être reçue par la maîtresse. Le b et a ba du premier pas totalement éclipsé!

Cela nous paraît évident, à nous autres enseignants, que les parents peuvent solliciter un rendez-vous s’ils le souhaitent. Mais cette évidence est loin d’être évidente pour certains parents qui, au quotidien, n’ont pas la possibilité d’être là à 8h20 ou à 16h30, leur emploi du temps imposant un rythme décalé par rapport au rythme scolaire.

Pour ces parents, comment établir le contact si l’enseignant lui-même ne vient pas au devant?

Comment s’y prendre? Vers qui se tourner? A qui s’adresser? Quel jour et à quelle heure?

Sans cahier de liaison, c’est sûr, il n’est pas évident de correspondre! Sans explication claire sur ce sujet lors de la réunion de début d’année, c’est certain, on peut même en déduire que le sujet n’est pas d’actualité…

VRAIMENT, l’école, vis à vis des parents a encore de vraies questions à se poser et de sérieuses réponses à trouver. ( Une belle occasion d’échanges entre les deux parties sur les besoins des uns et des autres, les insuffisances existantes, les améliorations à suggérer…)

Comment accueillons-nous nos familles?

Qu’attendons-nous d’elles?

Quel type de relation cherchons-nous à établir?

Comment les intègrons-nous au projet d’école?

Quelle place leur accordons-nous dans la vie de classe?

Je suggère une piste pour les prochaines formations des enseignants…mettre en place un module spécial « dialogue et communication entre l’école et les familles pour repenser la relation enseignants-parents »




Devenir un E-expert

27 09 2008

                                  E-parent

                                                                     E-enseignant

    E-élève

                       E-école

                                                   E-citoyen

Nous vivons tous dans l’E-univers!      

Sommes-nous pour autant de bons E-ternautes??

Un module pour tout savoir sur l’E-attitude !

Un site d’utilité publique…un tutoriel édité par le « Réseau Education Médias »

Décidément, ces Canadiens…toujours aussi bons communiquants…

Interactif et pratique, en un clic! ICI!

 




L’échec scolaire, les familles et l’école

23 09 2008

DEMAIN MERCREDI 24 SEPTEMBRE 2008

Le site pour toutes les infos

Refonder l’Ecole pour G. de Vecchi

« Ce n’est pas en recherchant la culpabilité de chacun que nous règlerons le problème de l’échec scolaire ! Et celui-ci n’est pas une fatalité. Mais ce ne sont pas les aides ponctuelles qui allongent encore un peu plus le temps scolaire journalier, déjà bien rempli, qui vont régler le problème. Cela implique non pas une adaptation mais une refondation de tout le système scolaire ». Gérard de Vecchi nous y appelle et montre des pistes sur le blog de la 1ère Journée du refus de l’échec scolaire.

Rappelons que cette journée de mobilisation nationale se tient à Paris le 24 septembre. Il reste encore quelques places!

Pour participer à la journée: Entrée gratuite. cliquez ici.

Attention ! nombre de places limité.

Et si on s’y retrouvait?!

 

 




Le jardinier pédagogue (Intro Bis)

8 09 2008

Ce n’est pas en tirant sur la queue d’un têtard

qu’on le fait devenir grenouille plus vite.

Édouard Claparède (1873-1940)

 

 

L’échec scolaire est un problème qui préoccupe grandement les sociétés dites développées. Alors que toutes les conditions de réussite dont les enseignants rêvaient naguère sont apparemment réalisées, un grand nombre d’enfants fréquentent l’école à reculons “parce qu’il le faut bien” et un nombre considérable d’élèves ne profitent que peu ou pas du tout des cours qui leur sont dispensés. En France, on parle de 150 000 (1) laissés-pour-compte, qui sortent du cursus scolaire en sachant à peine parler, lire et écrire, ou même penser de façon rationnelle, ce qui provoque des difficultés humaines et des coûts sociaux exorbitants. D’autre part, beaucoup d’enfants de milieux dits privilégiés se réfugient dans une bulle de gadgets technologiques ou de “paradis” dangereux, et sabotent leur cursus scolaire.

 

L’État et la société civile ont mis en place des dispositifs innombrables pour tenter d’améliorer cette situation déplorable, mais les succès sont minces selon l’estimation des adultes engagés dans ces actions. La stratégie des structures de “remédiation” consiste le plus souvent à permettre aux enfants de bénéficier de structures allégées – fort onéreuses, au demeurant – et à tenter de leur faire absorber le programme scolaire de leur niveau d’âge. Mais ont-ils réellement les compétences nécessaires pour absorber cette potion ? Des officines à but lucratif se sont ruées sur le fromage de l’aide aux élèves en difficulté, mais leurs préoccupations clairement financières ne concernent pas le problème. On peut imaginer que leur objectif de départ fut louable, mais le fait d’être lucratives pour l’investisseur les a rendues inabordables pour un grand nombre.

 

Ce sont les familles les plus nanties, qui, persuadées que pour réussir il faut savoir avant l’école et plus qu’à l’école, se sont appropriées ces officines. En vacances, combien d’enfants au parcours irréprochable, scolarisés dans des écoles de renommée, se voient inscrits d’office dans des stages non pas de remise à niveau, mais d’anticipation sur le niveau à venir ! Ainsi, l’écart se creuse : ceux qui sont en difficulté le restent et ceux qui réussissent plutôt bien deviennent excellents ! Les dispositifs de lutte contre l’échec scolaire, qu’ils soient publics, associatifs ou privés, parviennent, à force de contrainte à faire accomplir quelques progrès dans le maniement des savoirs élémentaires, appelé aussi “socle commun”. Mais ces procédures ne me semblent pas adéquates et peu rentables par rapport au capital humain (et financier) engagé. Pour tenter de mieux cerner ce qui explique ce demi, quart ou trois-quarts d’échec du soutien scolaire, je vais utiliser une comparaison avec le monde du jardinage.

 

 Voilà donc un jardinier débutant et peu avisé qui entreprend de cultiver les 2 000 m2 de la maison qu’il vient d’acquérir. En bon rurbain tout neuf, il pense que dame Nature est généreuse et qu’il suffit de lui confier quelques graines arrosées copieusement pour qu’elle donne de beaux fruits et de beaux légumes. Las ! il doit déchanter au mitan de l’été ; il y a belle lurette que ses fraises ont été dévorées par les limaces, ses choux par les piérides, ses pommes de terre ruinées par le mildiou. Les plantes épargnées sont malingres, les petits pois microscopiques, les poireaux étiques et les salades chlorotiques. Notre gaillard se lance alors dans la remédiation. La chimie agroalimentaire lui offre un éventail suffisant de poisons pour qu’il achève les rescapés du désastre.

 

Son erreur ? Ne pas avoir – bien avant de planter ou de semer, – analysé son sol, désherbé, défoncé le sol, bêché, biné, râtelé, fumé, éliminé les vers blancs et autres voraces, introduit des antiparasites naturels, installé un réseau commode d’irrigation.

 

Il me semble que notre école commet le même type d’erreurs, avec la complicité involontaire des parents et celle plus déterminée de certains médecins et des géants de l’industrie pharmaceutique (2). On veut « forcer le légume » sans trop se préoccuper du terrain. On saute les étapes, on oublie totalement les exigences d’un développement naturel et harmonieux. On fait appel à la science et à la technologie pour réparer les dégâts, en pensant que ce sont des remèdes-miracles : fatale illusion qui masque les vrais problèmes. Moins l’enfant absorbe, plus on tente de le gaver. On ne perçoit pas les erreurs qui le détraquent. On néglige le désarroi provoqué par une telle pression psychologique, par une telle exigence de réussite dans des domaines si spécifiques.

 

Les parents et les enseignants de terrain invoquent fréquemment une origine unique à l’échec scolaire : les « conditions socioculturelles » que connaissent les enfants et qui expliqueraient à elles seules les inégalités constatées. Ces paramètres sociaux donnent l’impression de relever d’un domaine qui échappe à l’école et la tentation est forte d’en prendre acte et d’effectuer un tri social en contradiction complète avec les objectifs que devrait se donner l’école : offrir des chances égales de réussite à tous les enfants. Cela évite de procéder à une analyse plus précise des causes de l’échec, analyse qui permettrait de pratiquer la prévention nécessaire.

 

Je vais tenter, dans les lignes qui suivent, de pointer quelques insuffisances et proposer, quand cela est en mon pouvoir, quelques pistes susceptibles d’améliorer la situation. Brièvement, car mon propos n’est pas d’écrire un ouvrage qui se voudrait exhaustif. J’aborderai quelques domaines – et il en existe d’autres – dans lesquels j’ai pu noter des oublis ou des carences causant de grands dommages. Je proposerai de travailler dans ces domaines pour aider les enfants à surmonter leurs difficultés, et je suggérerai quelques pratiques issues de mon expérience.

  

La première partie évoquera la socialisation, la transmission, l’acquisition des habitus sociaux, et aussi les valeurs qui nous permettent de vivre harmonieusement avec nos semblables. Je parlerai ensuite des insuffisances linguistiques, obstacle essentiel auquel j’ai consacré un ouvrage (3) ; ce livre aborde aussi d’autres domaines qui seront évoqués ici. Une troisième partie sera consacrée à la construction des notions liées au temps et à l’espace, ces repères qui sont indispensables à tout projet d’apprendre, de faire ou de vivre. Dans une quatrième partie, je tenterai de pointer ce qui est nécessaire pour entrer dans le domaine des sciences : esprit d’observation, connaissance du milieu, accession à l’abstraction, compétences de classement et de hiérarchisation, et aussi capacité d’émerveillement, curiosité, acquisition des démarches scientifiques. Une cinquième partie parlera du monde de la technique. Viendra alors l’étude des domaines artistiques : la musique avec ses rythmes et ses mélodies, les arts graphiques qui enseignent la composition, l’harmonie des formes et des couleurs, la joie du beau (4). La dernière partie sera consacrée à tous les problèmes liés au développement corporel : alimentation, hygiène de vie, pratique de sports collectifs et d’activités sportives douces permettant de s’épanouir dans le plaisir du corps découvert.

 

Christian Montelle,

Ornans, Août 2008

Diffusion libre

                                     A SUIVRE…

 

 

 


(1)  Chiffre à prendre avec des pincettes car il a été utilisé de façon polémique. Lancé durant la campagne présidentielle de 2007, il demande à être précisé. Mais 10 000 enfants sans avenir représentent déjà un scandale.

(2) Voir par exemple L.H. Diller, Coca-Cola, MacDonald’s et Ritaline : http://www.google.fr/search?hl=fr&q=diller+ritaline&btnG=Recherche+Google&meta=

(3) Christian Montelle, La parole contre l’échec scolaire, La haute langue orale, l’Harmattan, Paris, 2005

(4) A thing of beauty is a joy for ever, John KeatsEndymion. “Rencontrer la beauté nous emplit d’une joie éternelle.” à condition que nous sachions la reconnaître, bien sûr !

 

 




A vos marques, prêts…

29 08 2008

…c’est la rentrée !

Derniers préparatifs, courses en tous genres, pendules à remettre à l’heure…il faut faire vite pour arriver le jour J dispo, frais et prêt…

Prêt ? On n’est jamais totalement prêt pour ce genre de retour à la réalité scolaire. Ni les enfants, ni les parents ! Et je sais de quoi il retourne étant à la fois enseignante et mère de 4 enfants, donc de 4 élèves scolarisés du CP au lycée. Tout au plus, me permettrai-je de donner quelques pistes.

1/ Une rentrée réussie car attendue. La belle affaire…pourtant, quand on y réfléchit, après deux mois de vacances, les enfants sont souvent heureux de retrouver leurs camarades. Un coup de téléphone à Delphine et Marinette, un rendez-vous à la piscine avec Paul et Virginie, juste avant la rentrée, voilà une manière ingénieuse de rétablir le lien social si motivant à l’école. Gentils parents que nous sommes, et si nous organisions un petit goûter préscolaire ? Une entrée en matière ludique et pédagogique, une après-midi spéciale fête de la rentrée !

2/ Une rentrée réussie car préparée. Arriver le jour J avec tout ce qu’il faut dans son cartable, c’est un bon point de gagné. Parole d’instit’ ! Là encore, on peut faire preuve de ruse, pour que le parcours du combattant ne se transforme pas en bataille familiale à la caisse enregistreuse. Il y a les sentimentaux qui veulent à tous prix garder leur vieille trousse fétiche. Qu’à cela ne tienne, s’il y a tout ce qu’il faut à l’intérieur! Bien au contraire, les bons souvenirs jalousement gardés permettent de mieux affronter l’inconnu. A l’inverse, de nombreux enfants n’échappent pas à l’effet  mode et marque. Et là, le porte-monnaie fait triste mine. Négociations obligées! « OK pour l’agenda Bidule mais pas de gomme à paillettes. » Un conseil, selon son âge, il est bon de  magasiner avec votre enfant, non pour qu’il choisisse, mais pour qu’il passe en revue son matériel, liste en main. Une première approche de la responsabilité partagée.

3/ Une rentrée réussie car pas comme les autres. Les rituels sont extrêmement structurants et rassurants pour les enfants les plus angoissés. Sans les supprimer, il est souhaitable de les faire évoluer. D’une rentrée sur l’autre, les enfants grandissent et aiment voir leurs privilèges s’accroître. « Bon, cette année, c’est du sérieux, tu entres à la grande école. Et bien aujourd’hui tu as droit à Ton Pass Biblio Perso. Je t’emmène choisir un livre, et à chaque fois que tu le décideras, nous l’échangerons. Voilà un exemple parmi des milliers. En fonction de l’âge et des goûts de chacun, il est bon de proposer un petit quelque chose de gratifiant et de valorisant, parce que « Grandir, c’est bien ! »

4/ Une rentrée réussie car apaisée. Au diable les sales notes de l’an passé, on efface l’ardoise et on se donne les moyens d’y dessiner un joli sourire d’écolier. Etre parent d’élève, pas si facile. Aujourd’hui, on attend tellement de  la réussite  de nos enfants. L’école de la réussite ou celle de l’échec ? Et si nous abordions l’école autrement ? Exigence n’exclue pas bienveillance. Dire à son enfant qu’il faut du temps pour progresser, qu’il est nécessaire de se tromper pour comprendre, que les efforts ne sont pas payants immédiatement, qu’il reste un enfant merveilleux sans obligation d’être un élève parfait, dire ces choses là permet à l’enfant d’entrer dans la peau d’un élève serein. Un petit conseil de mam’instit’: pas de carotte à la bonne note, mais plutôt des encouragements mille fois répétés.

5/ Une rentrée réussie car la vie continue! Si l’enfant et les parents vivent mal cet instant c’est qu’il signifie rupture. Finis les promenades improvisées, le farniente en famille et les repas partagés. Le temps de la rentrée sonne souvent comme le glas familial. Il faut donc veiller à ce que l’enfant continue de vivre sa vie d’enfant en partageant avec sa famille des moments particuliers, sans aucun rapport avec l’école. Il n’y a pas que l’école dans la vie ! Parole de maman ! Attention à certains emplois du temps surbookés de nos chers bambins, reflets de nos propres agendas d’adultes ! Le temps passé ne reviendra plus. Passons-le aussi avec eux, pas uniquement à côté d’eux. Une astuce amusante et réconfortante: afficher quelque part, à côté de l’emploi du temps scolaire, un petit tableau de rendez-vous. « Lundi j’aimerai déjeuner avec papa. Mercredi je voudrais aller au square avec Lulu. Jeudi je prendrais bien ma revanche au scrabble. Dimanche matin, s’il vous plaît, laissez-moi dormir… »

Alors, à vos marques, prêts, vive la rentrée !

Article paru dans le magazine parental « Côté mômes »




Teaser de rentrée

27 08 2008

Comme promis, une petite production artisanale sur le thème « l’Ecole expliquée aux parents », à paraître sous forme de série à partir du 4 septembre.

L’entrée à La Grande Ecole, au Collège ou au Lycée suscite bien des inquiétudes chez les enfants…mais aussi chez leurs parents. S’il peut s’avérer utile d’être inquiet, au sens de « en attente », la peur elle, peut vite générer des angoisses voire même dégénérer en phobies scolaires. Une fois encore, je crois aux vertus du dialogue. Il assainit les relations et ouvre la voie à une meilleure compréhension des autres et de soi-même.

Une manière directe, moderne et conviviale de nouer un lien avec les familles. Quelques enseignants triés sur le volet…(je blogue…je blague quoi!) se sont livrés à l’exercice avec comme objectif de répondre à des questions pratiques sur la vie scolaire, les enjeux éducatifs, les problématiques relatives à L’Ecole, au Collège, au Lycée.

Aujourd’hui, un petit avant goût avec cette bande annonce tournée avec Fabien et Marc en juillet en collaboration avec:

Merci Vincent pour cette chouette idée!

5-4-3-2-1 Silence…ça tourne!

http://www.dailymotion.com/videox65mrb



Ecole et paradoxes

25 08 2008

 

Allez, quand faut y aller…faut y aller! 

 

L’heure de la pause s’achève et pour sortir BLOG BLEU PRIMAIRE de sa torpeur estivale…un article en 10 points, comme autant d’invitations à réfléchir, rebondir et réagir.

 

L’Ecole primaire de la fin du XXè et du début du XXIème siècle, entre institution et ambition, génère de fait ses propres paradoxes et ses contradictions intimes. Doit-elle s’y résoudre ? Peut-elle y échapper ? Comment les assumer, les absorber ou les contourner ? Une première étape de conscientisation de ces oppositions inhérentes à l’Ecole permet, me semble-t-il, d’éviter l’écueil d’une attitude très à la mode du confortable « c’est la faute à » suivi de la réplique immédiatement apposable du « Ya-ka »…

 

Sans culpabilité excessive ni réquisitoire stérile, j’ai tenté d’en identifier un échantillon pour les soumettre ici à discussion.

 

Voici donc, en guise de « prérentrée », un éventail non exhaustif de ces douloureux paradoxes auxquels enseignants, élèves et familles sont confrontés depuis plus d’un demi-siècle donnant peu à peu naissance à d’indissociables binômes, antinomiques pour certains, complémentaires pour d’autres…

 

L’Ecole…

 

1/ s’adresse au plus grand nombre quand les attentes sont toujours d’ordre individuel (collectif/unicité)

 

2/ ouvre ses portes à tous les élèves mais ne délivre de laissez-passer final qu’à un certain nombre d’entre eux (démocratisation/sélection)

 

3/ s’inscrit dans la durée des apprentissages dans une société de l’immédiateté, du prêt-à consommer et du prêt-à-jeter (permanence/zapping)

 

4/ fait face à la modernité tout en évoluant dans des structures ancestrales (adaptation/ rigidité)

 

5/ participe à une éducation traditionnelle relativement standardisée là où les modèles éducatifs, familiaux, culturels et sociaux sont multiples, complexes et modulables à l’infini (uniformisation/ diversité)

 

L’Ecole est sensée…

 

5/ donner accès à l’ascenseur social mais sans plus pouvoir y faire monter ses propres enseignants (progression/immobilisme)

 

6/ livrer les clés du monde futur là où elle scelle ses frontières aux portes de ses établissements (ouverture/enclave)

 

7/ favoriser l’autonomie et l’esprit d’initiative dans un cadre où l’erreur est sanctionnée et où les programmes font office de projet (recherche/contention)

 

8/ développer l’esprit critique là où toute forme de contradiction est vécue comme force d’opposition (participation/soumission)

 

9/ véhiculer le progrès humain tout en répondant à des critères orthonormés d’objectifs et de résultats chiffrés (humanisme/pragmatisme)

 

10/ porter haut les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité dans un univers où le caprice, l’incivilité et la misère se vendent sur écrans géants 24 H/24 (utopie/réalité)

 

10 points, 10 problématiques, 10 manières d’appréhender les enjeux et les défis d’une Ecole qui reste à construire, à adapter, à protéger… Une fois encore, entre le dire et le faire, sur le terrain, et en dehors de toute posture partisane, il existe un panel de possibles permettant à chacun de s’y développer sereinement et de contribuer à la faire évoluer au travers d’attitudes inventives et de conceptions nouvelles. Une Ecole qui doit apprendre à se nourrir de ses exigences contradictoires pour continuer de grandir. Une Ecole qui ne peut ni renier son passé ni s’y engluer. Une Ecole dont les efforts sont constants mais restent à parfaire sans cesse.

 

Bon, ben c’est tout pour aujourd’hui mais c’est déjà bien assez pour une reprise!

 




L’école, pour vivre ensemble

16 04 2008

Pour les lecteurs qui ne lisent pas la presse quotidienne, et pour ceux qui n’ont pas encore exploré le site d’Eveline Charmeux….

Voici, dans son intégralité, mon « coup de colère » publié hier par le quotidien « La Croix »

LA VIOLENCE A L’ECOLE

L’école pour apprendre à vivre ensemble…

Belle ambition !

A son service ? L’éducation civique et ses leçons de vie.
A son service encore ? Les groupes de paroles entre enfants.
A son service toujours ? Les enseignants-éducateurs. (Voir aussi l’article du 4 février « complément d’enquête sur le métier d’enseignants »)
Bref, vivre ensemble, à l’école, c’est vital, c’est inévitable.
Mais alors, et les autres, que font-ils ?

Et vous ?

Vous, les parents ? Les grands parents ?
Vous, les marchands de vidéo ?
Vous, les promoteurs  de gadgets belliqueux ?
Vous, dans le métro ? Dans la rue ?
Vous, le voisin du dessous ? L’automobiliste pressé ?

Vous, intouchables puissants? Juges corrompus ou politiques décadents?

Que croyez-vous donc ? Qu’il suffit de prononcer les mots respect ou morale deux fois dans la journée pour participer à leur diffusion ?

Le respect,un mot tant à la mode qu’il s’est vidé de son propre sens. Trop utilisé, trop galvanisé, trop médiatisé sans doute. Un mot qu’on proclame aux autres, rarement à soi-même. Il erre sur les bancs de la cour de récré, il traîne sur les chaînes de télé. Le Respect s’il vous plaît, je réclame le respect ! Combien de fois par jour entends-je ce même refrain ?

Mais le respect, ça ne se décrète pas ! Ça se vit, ça se transmet. Le respect, c’est un remaniement permanent, une exigence de chaque instant ; si l’on n’y prend garde, les mots, les gestes, les regards, les silences, les rires, les attitudes prennent si naturellement le pas sur la réflexion et le jugement. Apprendre à gérer les paroles et les actes, comprendre pourquoi et comment y parvenir, c’est tout cela que nos enfants apprennent à l’école, dans la cour, dans les couloirs, dans la classe.

Qui peut proclamer que la chose est simple ? Qui peut imaginer que l’école seule relèvera le défi ? Quel parent honnête peut se soustraire à ce devoir d’éducation ? Quel individu majeur peut se dire dégagé de toute responsabilité ? Car enfin, posons-nous (vous étant inclus dans le nous), posons-nous donc aujourd’hui, sans biais ni faux-semblant, la question du rôle de l’exemplarité des adultes pour la construction des jeunes enfants ; ce qu’on leur donne à voir ou à entendre, dans la rue, dans le bus ou le métro, chez le voisin ou à la maison. Les images, les mots, les attitudes dont nous sommes seuls responsables puisque soit nous les véhiculons nous-mêmes, soit nous les laissons à leur portée, soit nous les ignorons.

Nous vivons dans une société formidablement agressive pour les jeunes esprits. Il faut le rappeler, votre enfant ne perçoit pas les images comme vous. Son cerveau ne reçoit pas la même information de la même manière. L’adulte traite toutes les données visibles et sonores via des filtres que la maturité et l’expérience lui ont fournis. L’enfant n’est pas encore capable de cette distanciation, de ce tri entre le réel et le factice. Face à un film d’horreur, il est dans le film, dans l’image, dans la peau du tueur ou de la proie. Quand vous êtes spectateurs, il est lui, auteur ou acteur. Quand vous êtes témoins, il est, lui victime. Et quand enfin vous regardez Catch-Attack le week-end avec lui, il apprend lui que la violence est un jeu, un spectacle qu’on regarde en famille.

Pour le jeune enfant, fiction et réalité sont deux espaces superposables. C’est pour cela qu’il aime tant qu’on lui raconte des histoires, voire toujours la même histoire. Pour lui, au moment où vous lui lisez les mots, où vous lui livrez l’intrigue, il quitte quelques instants le monde, retarde à l’infini l’heure de se coucher et plonge avec délice dans un univers construit rien que pour lui. Mais dès le lendemain matin, lorsqu’il se réveille, lorsqu’il est planté devant son poste de télévision, ou quand la radio lui déverse un flot ininterrompu de paroles en tout genre, lorsqu’il se glisse dans une rame bondée d’adultes gesticulant où maugréant, lorsqu’il traverse les avenues et autres artères survoltées, voilà notre chérubin livré en pâture aux affres du monde moderne. Le parcours du combattant reprend sa course effrénée.

Petit arrêt sur image. Zoom sur la réalité. Extraits choisis. Morceaux vécus.
Attention, esprits sensibles, s’abstenir.

Dressons un échantillon des clichés hauts en couleur qu’un enfant reçoit, sans pouvoir s’en prémunir, en une seule journée: les photos sans équivoque dans les kiosques, juste à hauteur d’yeux, les formules choc en bandeau des journaux, les publicités libidineuses entre deux soit disant programmes télévisuels pour enfants, les clips musicaux qui prônent souvent la violence et le sexe, les téléfilms scandaleux enrobés façon comédies, les faits-divers sordides livrés aux heures de grande écoute, les images sanglantes du « JT » juste avant d’aller dormir. Allez, fais de beaux rêves mon chéri…

Quelle vision de l’homme offrons-nous à ce petit enfant de deux ans, six ans, huit ans, ou à cette toute jeune fille de douze ou quinze ans ? Lui livre-t-on les clés pour décrypter telle affiche, lui donne-t-on les mots pour interpréter tel slogan, lui octroie-t-on du temps pour parler de tout cela ? A défaut de refaire le monde, ayons l’exigence d’exprimer ce que nous ressentons. « Je suis une adulte, mais vois-tu cette image d’adulte me dérange. Je suis un homme mais vois-tu les mots de cet homme me blessent, je suis une grande personne et vois-tu l’attitude de cette grande personne me révolte. Et toi, qu’en penses-tu ? »

Prenez-vous, prenons-nous ce temps là ?

Oui, la violence existe, existait et existera toujours. C’est un fait universel, une donnée intemporelle. La question est ailleurs, inéluctable pour l’éducateur, vitale pour l’enfant, essentielle pour la société. Une question qui engendre mille questions. Mille questions générant la réflexion et non le délit d’opinion, non plus la soumission.

« Que fais-je de cette violence ? Comment travailles-tu avec cette violence ? Que pense-t-elle de cette violence ? Qui jugeons-nous au travers de cette violence ?  De quelle manière transformez-vous cette violence? Comment vivent-ils dans cette violence ? »

A défaut de refaire le monde, ayons l’honnêteté d’affronter ses faiblesses, de s’en insurger, de se positionner. Si nous, responsables majeurs et soi-disant éducateurs, si nous parents ou tout autre tuteur, nous autorisons le silence ou l’indifférence s’installer, alors nous ouvrons délibérément la porte à la banalisation de la violence ou de la médiocrité.  Bien évidemment, face à cette leçon de morale un peu provocatrice, j’en conviens, un tantinet réactionnaire, je l’avoue, et très culpabilisante, il est vrai, la rhétorique du laisser-faire impuissant reprend le dessus. Ainsi va le monde diront certains, nous n’y pouvons rien, se dédouaneront les autres, les enfants s’adaptent à tout rétorqueront les uns, l’école leur apprendra bien les bonnes manières espéreront les derniers. Une ou deux maximes livrées en bon uniforme à la manière du bon vieux temps et nous autres adultes serons absous de toutes nos dérives.

L’école, encore l’école, toujours l’école …L’école fera ce que les adultes souvent ne savent plus faire.

Et bien oui, le matin, quand vous quittez votre enfant et que j’accueille mon élève, je sais qu’il me faudra souvent remonter le cours du temps, effacer certains cauchemars, adoucir des paroles trop brutales, gommer des images affolantes. Dès les premières minutes, dans la cour de récré, il est aisé de capter  l’atmosphère qui déterminera les apprentissages du jour. Agités, bagarreurs, électriques, certains matins ressemblent trop au tapage urbain, certains matins, il ne fait pas bon rester trop longtemps dehors. Vite, il nous faut rentrer la troupe avant la débandade. Ouf, la cloche sonne et tout ce petit monde se met en rang, par deux et dans le calme, s’il vous plait. Pardon ? Dans le quoi ? Lui donner la main, à elle ? Et pourquoi je dois tenir la porte ? T’as vu le dernier combat de Catch-Attack hier, c’était top ! Trop cool quand on lui arrache les yeux ! Pousse-toi gros tas ! M’dam ! y m’a traité ! Même pas vrai, c’est elle qu’a commencé ! Dans tes rêves …

Il est 8 h… l’école s’éveille …
« Bonjour Léa, bonjour Sam ! Tiens, tu t’es coupé les cheveux Sofia ? Attention, tes lacets sont défaits Nicolas. Bonne fête Maxime ! »

La porte de la classe s’ouvre et la leçon de vie reprend son cours.

A commencer par quoi ?

Par se dire bonjour, tout simplement.

Oui, chaque matin, j’apprends à mes élèves à se saluer en se serrant la main, à se sourire en se regardant dans les yeux. Le matin, j’adresse à chaque élève, un mot, un regard. Le matin, je leur lis une histoire, pour leur plaisir et pour le mien. Le matin, on chante une chanson qui nous rassemble. Le matin, j’accroche aux murs les dessins de la veille. Le matin on prend le temps de raconter un petit bonheur vécu. J’appelle ce temps « Les cinq minutes d’intro. » Sans ce temps là, rien n’est possible, sans ce temps là, rien ne se fera. S’installer, s’arrimer, s’ancrer, prendre place, toute sa place. Une place pour chacun. Voilà qui est fait. Je suis là. Ils sont là. Nous sommes là. Tous là ?

« Y manque Sara M’dam, ch’peux prendre ses d’voirs ?
- Oui, merci Victor.
»

Oui, chaque matin, à l’école, on essaie de replanter un décor humain. Chaque matin on essaie de recréer du lien. Pour que la journée soit belle, pour que les heures d’école soient plus douces que la veille, pour que la vie ait un goût d’enfance, pour que l’enfant ait le goût de la vie. Les enseignants s’y attellent à chaque instant car « apprendre à vivre ensemble », c’est le cœur de notre projet éducatif. Alors, c’est vrai, lorsque je quitte cette école le soir, et que j’entends le monde et ses cris, lorsque je vois les hommes et leur violence, je pense à mes élèves, à ma journée et à celle du lendemain. Et j’imagine aisément le malaise qu’ils ressentent ; d’un côté, soumis à des règlements scolaires écrits par l’institution et contresignés par les parents et de l’autre spectateur d’un monde schizophrène qui manie aussi bien la décadence que la repentance, qui instille aussi bien l’éducation civique, que l’incivilité publique.

Et je l’admets, il m’arrive d’être en colère, contre moi et contre vous, car il me semble qu’aucun adulte ne devrait ignorer ce qui est susceptible de corrompre l’innocence d’un enfant.

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caméra cachée

31 01 2008

Allez, je vous fais cadeau de quelques indiscrétions glanées, ça et là entre l’ascenseur de la maison, la grille du jardin, le trottoir de l’école, et la salle des profs…Oui, oui, je vous ai suivis…du Nord au Sud et d’Est en Ouest!

CAMERA CACHÉE

ENTRE MAISON ET SALLE DES PROFS…

Toute ressemblance avec des situations potentiellement vécues n’est pas le fruit du hasard, veuillez m’en excuser !

- Bon, la sempiternelle réunion de début d’année, cette fois, je sèche. De toutes façons, je connais le programme par cœur.

- Ca y est, ce soir, c’est mon grand rendez-vous de rentrée avec les parents, combien seront présents ? Et jusqu’à quelle heure vont-ils me tenir ?

- C’est incroyable, l’instit de CP utilise une méthode de lecture* semi-globale!

- Dis, tu l’as eu Pedro en CE2 ? On m’a dit que sa mère n’arrête pas de discuter les énoncés de mathématiques !

- Je ne comprends pas, je croyais que les devoirs à la maison étaient interdits et Marine, en CMI travaille une heure tous les soirs.

- Je dois annuler ma sortie au musée, je n’ai pas de assez de parents accompagnateurs.

- La nouvelle grammaire, en CE1, un vrai casse-tête ; moi, je lui apprends ma bonne vieille méthode.

- La maman de Maya vient tous les jours à la sortie alors qu’elle n’a pas le droit de garde, c’est navrant, mais légalement, je ne peux la laisser s’approcher de sa fille.

- Le maître de Walid se fait tutoyer, comment veux-tu qu’il se fasse respecter par ses élèves ?

- Julian est tous les matins en retard de dix minutes, quels parents irresponsables !

- La dernière leçon d’histoire, une vraie tribune politique, c’est lamentable !

- Le père de Moujid me dit raciste car j’ai puni son fils. Il a écrit au directeur.

- La maîtresse veut faire redoubler mon fils, pas question ! De toutes façons, elle ne l’a jamais aimé et je vais le changer d’école.

- Le père de Léa a fait signer une pétition contre mes méthodes pédagogiques, je suis effondrée.

- Madame Bernard est encore malade… trois fois depuis le début d’année. C’est insupportable l’absentéisme des profs !

- Yohan n’a jamais ses affaires de sport le mardi. Je dois le laisser regarder ses camarades sans participer ! Quel dommage !

- La nouvelle maîtresse est si jeune… Va-t-elle être capable de gérer une petite section de maternelle ?

- Les Vincent sont encore partis en vacances anticipées, pas question de donner le travail à rattraper.

- Pourquoi est-ce que les enseignants n’organisent pas des groupes de soutien, c’est leur travail de mettre les élèves à niveau !

- Les contrôles de Victoria ne sont jamais signés par ses parents…Qu’ils ne s’étonnent pas des conséquences !

- Les divisions à deux chiffres, c’est au programme et ma fille ne sait toujours pas ses tables ! La classe est vraiment en retard !

- Camilia est encore arrivée en classe avec des bleus sur le ventre, je ne sais pas quoi faire.

- L’orthographe, une calamité, je fais des dictées tous les soirs à ma fille.

- Malika est toujours absente, sans mot d’excuses, je me demande si il n’y a pas un souci familial ou de santé.

- De toutes façons, je vais prendre rendez-vous avec la directrice car le maître de grande section n’a pas voulu me recevoir cinq minutes ce matin au pied levé.

J’ai fait signer un règlement en début d’année, à se demander si les parents de Baptiste l’ont lu.

- Je n’ose pas prendre rendez-vous avec la maîtresse, elle est, paraît-il extrêmement sévère.

- J’ai suggéré aux parents de Chloé de rencontrer une orthophoniste*, mais pour eux c’est ma responsabilité d’apprendre à compter à leur fille.

- Mon fils est rentré de l’école avec le nez cassé, je vais porter plainte !

-Céline a encore souillé sa culotte à la sieste, je ne peux tout de même pas changer les élèves, chanter des comptines, découper des cartes de fêtes des mères et lacer les 31 paires de chaussures !

- Monsieur Dubreuil ne note « pas assez sec », les résultats de Julien sont trop bons, ce n’est pas normal!

- Simon a de véritables problèmes de comportement. Depuis deux ans nous en discutons avec ses parents, mais à leurs yeux, nous ne savons pas nous y prendre avec lui et manquons de fermeté.

- Le maître nous propose un rendez-vous à 16h30. On travaille, nous. On n’a pas des horaires de fonctionnaires……………………….  »

Vous riez ?

Nous sourions ?

Vous pleurez ?

Nous nous lamentons ?

Vous vous sentez visés ?

Nous nous reconnaissons ?

J’en suis fort aise. Le but est atteint. C’est le début d’une prise de conscience véritablement honteuse mais tellement nécessaire!

Oui, nous en sommes tous réduits à ces navrantes joutes verbales. Oui, un jour ou l’autre, nous avons pensé tout haut ces choses là. Oui, la dureté des mots peut être douloureuse. Pour ma part, je pressens, dans cette apparente discorde, le signe d’un puissant désir de communiquer à ce jour maladroit car ponctué de répliques certes légitimes mais souvent erronées.

De ce dialogue de sourds inefficace et indigne de nos aspirations, doit émerger un échange pour le moins respectueux s’il n’est pas consensuel, pour le moins constructif s’il n’est pas immédiat.

Ayons ce courage de débattre sans tabou mais dans un langage commun et laissons à la rue la pensée unique et les polémiques infructueuses. Transformons ce cahier de doléances en un cahier des charges réaliste pour un projet d’École ambitieux.

Car nos (vos) enfants le valent bien !

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Attali ou le nouvel Attila?

30 01 2008

Pour commencer une discussion, rien ne vaut un petit coup de gueule! « Le Monde de l’Education «  s’en est même fait l’écho…petite fierté perso…

                                        ECOLE ET ECONOMIE

 Faire l’économie de l’une au profit de la seconde…

Au sujet du rapport Attali  ou comment transformer l’école en une plate-forme économico-financière pour relancer la croissance de la nation, fabriquer des élèves-rouages au service de l’économie de marché et former des enseignants-Frankenstein aux commandes d’une super structure hyper robotisée.

Et l’éducation dans tout cela ? Pardon de poser cette question, je dois être hors sujet ou complètement has been…

Un catalogue de « yaka » bien formulés par une troupe d’experts et voilà le petit monde politique en ébullition. La solution Attali vient de paraître. Tous à vos postes et au garde à vous. Pas de questions, juste des réponses. Il est vrai, les questions, ça dérangent ; elles invitent à la réflexion ; et la société a besoin d’immédiateté. Tellement plus  tranquillisant. L’instantané anabolisant, les 365 remèdes pour guérir la France, c’est-à-dire le monde, que dis-je la planète ; c’est simple, un par jour pendant un an, fallait y penser. Vivement 2009 !

Non, monsieur Attali, je ne veux pas du meilleur des mondes, je veux juste un monde meilleur.  Pour moi, l’école primaire doit en être le reflet. Là, plus que partout ailleurs, l’enfant doit être préservé de nos rivalités d’adultes, de nos peurs de consommateurs frustrés, de nos angoisses de parents licenciés, de nos égo surdimensionnés assoiffés de pouvoir . Là, plus que partout ailleurs, l’ouverture, l’entraide, l’accès à la culture, l’accueil de la différence, le droit au temps d’apprendre doivent être les moteurs essentiels de nos comportements et de nos attitudes.

Former des citoyens capables de dire non, cela vous fait-il peur à ce point ?

Le parcours d’un élève de nos jours ressemble déjà davantage à la course au meilleur CV qu’à l’élaboration progressive de sa construction humaine. Mais cela ne vous suffit toujours pas. La société va de plus en plus mal nous dit-on, alors fabriquons les prototypes humanoïdes de demain capables de résoudre les maux dont nous souffrons. Et ce, dès la maternelle. Les esprits sont tellement plus malléables lorsqu’ils sortent du ventre de leur mère. Surtout, ne perdons pas de temps, le temps, c’est de l’argent !

L’école donc, comme laboratoire pour la mise en service de nos « futurs enfants sauveurs du monde malade ». Première étape : le formatage de l’élève objet.  Il saura lire les rapports annuels des grandes entreprises, calculer les algorithmes boursiers et traduire en dix langues les ondes martiennes venues de Jupiter via des sondes super soniques. La science de demain, si si, il faut anticiper !

En réalité, Messieurs les experts, votre rapport est la preuve vivante de la grande difficulté de notre société à trouver une cohésion philosophique qui l’emporterait sur les crises économiques. Ces dernières ont  entraîné sans nul doute le retour de la précarité et l’émergence de la défiance vis-à-vis des institutions. La première d’entre elle, l’école est le premier lieu de cette rupture sociologique. Chacun voudrait y réaliser ses rêves, chacun y place ses attentes propres. Mais tous ces « chacun » ne parviennent plus à s’unifier autour de valeurs communes, capables de fédérer les différences. Alors en guise de valeurs, on statue sur des objectifs, on cible des résultats.

L’individu, pour l’autre individu est devenu sinon une menace, au moins un adversaire. La notion d’effort s’est transformée en idée de compétitivité, celle de mérite, en efficacité et enfin la réussite scolaire puis financière incarnent désormais la récompense extrême, le but  final, l’objectif suprême. Et par-dessus tout le reste, nous demandons à nos enfants de protéger nos acquis d’adultes, de prendre la revanche sur les terrains que nous n’avons pas su ou pu exploiter nous-mêmes. Et nous  implorons, nous exhortons, nous supplions l’école d’en être la première marche. Nous l’idolâtrons si elle y parvient, et blasphémons si elle échoue.

Mais la gloire n’attend nos élèves à la sortie d’aucune de nos écoles. Ils auront toute une vie, leur vie, pour y parvenir. Il n’est pas question ici de l’éloge de la paresse,  juste de replacer le mérite et la réussite à un niveau moralement accessible et de détourner la valeur du travail de la seule valeur chiffrée, calculée sur un potentiel salaire à venir, induit par tel cursus scolaire. Nous ne sommes qu’en primaire ! Nos enfants n’ont qu’entre deux et dix ans ! Laissons-les construire leurs rêves !

Et puis, redescendez sur terre et venez voir un peu ce que nous faisons en classe.

Lorsqu’en maternelle, Céléna joue à la marchande, c’est de l’économie !

Lorsqu’en mathématiques les élèves de CE1 calculent les recettes de la vente de gâteaux pour leur sortie de fin d’année, c’est de l’économie !

Lorsqu’en histoire, les enfants de CM1 apprennent que nos ancêtres les Gaulois ont commencé le commerce avec les pays voisins, c’est de l’économie !

Lorsqu’en éducation civique, les parents des CM2 viennent présenter leurs métiers, c’est de l’économie !

Oui, tout cela se fait déjà depuis de longues années. Je vous invite à le constater vous-même. L’école primaire n’est pas si déconnectée de la réalité que vous semblez le croire !

Que voulez-vous donc de plus ? Former (et rémunérer) des enseignants super savants qui enseigneraient en plus de tout le reste, les notions de commerce extérieur, d’économie parallèle , ou de réglementation des fraudes en entreprise ?  Comment gagner cinq milliards en travaillant moins ? Perspective alléchante !

Allons, Monsieur Attali, je vous ai connu mieux avisé.

Ne transformons pas l’existence de nos enfants en un affrontement qui désignera un vainqueur et un perdant. L’existence le leur rappellera bien assez tôt. Ne cautionnons pas cette idée d’une école assimilée à un secteur économique dont la fonction première serait de produire des stéréotypes prêts à poser, prêts à gagner, prêts à jeter.

Et la réussite, parlons-en, quelle réussite ? Celle que nous calculons en nombre d’actions ? Celle de nos  fantasmes d’adultes que nous projetons sur un avenir qui nous échappe et dont nous nous délestons sur nos enfants ? Alors pour nous rassurer ou peut-être pour nous permettre de perdurer socialement encore un peu au travers de leurs brillants itinéraires, nous les interrogeons, les sondons tels des inquisiteurs. « Quel sera ton lendemain ? Il faut travailler dur pour gagner son pain. On n’a rien sans rien. Cette année est décisive si tu veux rentrer dans une bonne école. Pense à ton dossier. Pense à l’avenir. Pense, pense, pense. Dossier, dossier, dossier, avenir, avenir, avenir….» Est-ce une litanie anesthésiante, une prophétie paralysante, une injonction débilitante ?

La compétition demeure, à mes yeux un artifice pédagogique, certes efficace, utile et nécessaire dans certains cas, mais qui ne doit jamais se transformer en une fin en soi. Elle conduit à une image iconoclaste du monde scolaire qui n’est ni saine, ni réelle, ni digne.

L’éducation est le fruit d’une longue quête. Elle s’acquiert dans la durée, la patience. Elle se construit dans l’exigence et la bienveillance.

En la matière, messieurs les experts, il n’existe aucune formule magique capable de transformer les élèves en super héros comme on fabriquerait un objet sur mesure. Et c’est tant mieux !  

De grâce, laissons à l’enfant le temps de vivre, de rêver, de grandir.

Laissons au temps la possibilité de construire les savoirs de l’élève.

Laissons à l’enseignant en primaire une chance de les initier durablement aux principes fondamentaux.

Laissons au collège et au lycée la découverte de nouveaux horizons, de nouvelles perspectives.

Laissons aux parents l’espoir de participer eux-mêmes à l’instruction de leurs enfants.

A chaque âge ses délices. L’école maternelle et élémentaire ne peut et ne doit tout faire. Elle n’est qu’une étape vers la connaissance, ne brûlons pas les suivantes, ne sautons pas les marches !

Qui veut voyager loin ménage sa monture.

Ostiane Mathon,

ni experte,  ni politique, ni journaliste, ni de gauche ni droite, juste instit

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