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Les 10 phrases qui m’énervent le plus en tant qu’enseignant, le retour

Vous les avez adorées, elles reviennent.

  1. « J’ai travaillé, j’ai écrit… »

Quand vous vous escrimez à faire vivre votre cours avec des pratiques innovantes afin de faire participer votre classe de façon active, et que vous vous retrouvez soit avec une colonie de bulots à l’assaut du grand nord canadien, soit une bande de hyènes piaffant devant votre désarroi. Le silence ou le vacarme. Mais rien de pédagogique.

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Vous aurez sans doute cet élève, celui qui vous agace au plus haut point car il n’a rien fait, RIEN, durant votre cours ; et là il exhibera en guise de drapeau blanc sa feuille manuscrite, prononçant la phrase susnommée, et y ajoutant un timbre teinté d’arrogance : «  Mais monsieur, j’ai bossé, regardez, j’ai tout copié le tableau ». J’utilise souvent la métaphore des moines copistes ; nous sommes en train de fabriquer les futurs scribes de demain, des gars sans cerveaux réflexifs qui recopient des textes en langue étrangères en y ajoutant des erreurs de syntaxe. Joie. Bonheur.

 

  1. « Ça va nous servir à quoi ça… »

Et vous pouvez poursuivre cette phrase ô combien mythologique par n’importe quel métier et n’importe quelle leçon proposée :

«  Ça va nous servir à quoi les grandes découvertes quand je serai boulanger ? »

«  Ça va nous servir à quoi le passé simple quand je serai comptable ? »

«  Ça va nous servir à quoi d’écrire français quand je serai maçon ? »

On pourrait répondre au premier qu’il pourrait innover dans son travail grâce aux épices découvertes par nos brillants explorateurs !

Au deuxième qu’il pourra relancer le client en utilisant des punchlines comme « votre chèque fut pourtant débité lorsque votre salaire arriva sur votre compte, Messire, en garde, manant ! »

Au troisième qu’il faudra pas se mélanger les pinceaux une fois arrivé à Leroy-Merlin entre le béton cellulaire et la pâte à fix, donc savoir lire les étiquettes.

En gros, rien de ce que vous pouvez proposer ne sert. Restons bêtes à manger du foin en regardant les Marseillais à Cancún. D’ailleurs grâce à ces bâtards, ils savent où est Cancún alors que vous, vous galérez à leur faire placer Strasbourg.

 

  1. « C’est pas à vous que je parlais. »

Mais absolument. Vous vous prenez la tête depuis tout à l’heure avec Liam car il n’a pas fait ses exercices. Il a pris le classeur d’un camarade, essayant de vous truander sur son appartenance (sans pour autant retirer les évaluations de Jordan à l’intérieur) quand vous vous apprêtez à le noter. Et alors que vous signalez ce double méfait par voix carnienne (en prenant son carnet), obligeant ses parents à agir, vous vous retournez et en vous déplaçant, vous entendez une parole susurrée, mais déplacée sur votre maman, comme quoi en gros vous devriez avoir des relations sexuelles consenties avec elle. Vous vous retournez et lui adressez un : QUOI ? PEUX TU RÉPÉTER ?

Mais non ! Que vous êtes sot. Il ne parlait pas à vous. Mais à qui ?

À son voisin, son meilleur ami Jordan, pour le remercier du classeur justement ; ou plutôt cette mouche disgracieuse qui volette depuis tout à l’heure. Et pourquoi pas la maman de James Cook ? La friponne. La femme de petite vie.

 

7. « Vous pourrez nous aider au bac ? »

Phrase qui intervient vers fin mai. Quand les rossignols chantent mais que les petites fesses claquent entre elles tellement le stress du bac est à son paroxysme. On commence à se dire que rien n’est gagné, surtout quand on n’a rien, mais alors rien de rien écouté de l’année. Et on se tourne alors vers l’enseignant que vous êtes, digne détenteur du savoir. Oui mais non.

Car comment faire ? Relier les élèves par oreillette et leur asséner une centième fois les règles de l’argumentation via micro main, dans une camionnette, en face du centre d’examen ? User de télépathie ? Convoquer les arts ancestraux de la sorcellerie ?  Certains élèves vous demanderont de récupérer les sujets à l’avance dans les bureaux de la direction. Il est bien sûr établi que vous iriez jusqu’à perdre votre situation pour votre classe de terminale, et pour deux Carambars.

 

  1. « C’est noté ? »

On vous a toujours asséné le principe de faire travailler le jeune, de ne pas trop parler en classe et de proposer des activités, afin de l’exercer et le faire réfléchir. Vous avez donc chaque séance des compétences à évaluer à l’aide de vos exercices, qu’ils soient oraux ou écrits. Et chaque fois, un peu à la manière de vos enfants qui vous demandent une fois le pied dans l’habitacle automobile « C’est quand qu’on arriveeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeee ? » (vous habitez Perpignan, vous allez à Lille. Ambiance. Ambiance), les apprenants vous demanderont si vous comptez noter. ÉVALUER. PROPOSER UNE PUTAIN DE NOTE POUR RENDRE COMPTE DE LEUR TRAVAIL. Car sans note sanction, vous croyez vraiment qu’ils vont vouloir ne serait-ce que lire la consigne des exercices ?

«  Ça sert à quoi si c’est pas noté ? Pourquoi on travaille si c’est pas noté ? J’le fais pô si c’est pas noté. » Vous imaginant avec 29 copies de 5 questions, ce qui veut dire 145 réponses à corriger ce soir en arrivant. Vous pleurez en classe. Nerveusement. Et la joie d’apprendre des choses ? Le courage de se confronter à la difficulté des apprentissages ?

« Monsieur vous avez dit si c’est noté ? »

 

  1. « Y a pas de musique. »

Car vos élèves qui rentrent en classe ressemblent de plus en plus aux joueurs de l’Équipe de France. Lunettes de soleil. Portable à la main. Et casque sans fil. Le casque sans fil. Y aviez-vous pensé à l’époque ? Venir en classe avec un baladeur à K7, le fil pendant, exhibant votre auto reverse au nez et à la barbe de Monsieur Dumonje, votre prof de Latin. Que nenni. Maintenant rares sont les élèves qui n’arrivent pas l’écouteur aux oreilles, souvent dissimulés derrière leur crinière de lion. Ce qui voudrait donc signifier que lorsque vous traitez de l’affaire Dreyfus, ils ont Maître Gims en fond sonore : J’accuse… oh beeeeeeeeella. Le choc des cultures. Votre cours devient le spectacle visuel de leur bande-son type musique urbaine. Mais non. Encore une fois vous vous trompez. S’ils portent des écouteurs, c’est déjà SANS vous manquer de respect, et dans un but esthétique uniquement. Il n’y a rien. RIEN. Mis à part la douce mélodie de votre tessiture. Pas de quoi, pour le coup, vous rendre taciturne.

 

  1. « Quoi y a devoir aujourd’hui ? »

Vos élèves sont sûrement déjà entrés en classe, revêtant le masque de l’effroi à la vue des copies blanches qui trônaient sur leur bureau, correctement retournées. Signe funeste du DS Maléficarum. Une des sept plaies pédagogiques. En s’asseyant, ils vont donc tour à tour prononcer cette question rhétorique. Puisqu’elle n’attend aucune réponse. Pourquoi répondre ? Pourquoi répondre à une question en ayant seriné depuis deux semaines environ la venue de cette évaluation ? À l’oral, de votre voix de stentor. Puis à l’écrit sur le tableau, à l’aide de vos plus beaux feutres. Sur École Directe. Sur école indirecte. Sur leur agenda. Sur leur portable. Par SMS la veille de l’évaluation. Il faut donc faire quoi bordel ? Inviter un tatoueur pour qu’il vous la grave en frontal ? Le faire hurler par un crieur public lors des récréations ?  Non, face à cette mauvaise foi, restez digne. Ne répondez surtout pas et haussez les épaules. Le mépris est votre plus belle arme.

 

  1. « J’ai pas compris la 2. »

Restons dans la thématique.

L’élève a le droit de ne pas comprendre l’énoncé d’une évaluation à laquelle il n’était pas préparé. Oui, si vous venez de lire le texte plus haut, il n’a ni portable ni agenda ni ordinateur ni mémoire ni même cortex cérébral. Reste donc à la jouer au talent. La question peut donc sembler légitime. Sembler. Car déjà se pose la question du choix de la question 2. En vous posant cette question à peu près 8 secondes après le retournement du sujet, est-il vraisemblable qu’il ait déjà lu et compris la question 1. Ladite question 1. Et 2. Voire 3. Qui traitent du texte de Montesquieu situé en page 2. La page qu’il n’a même pas encore visualisée ? Il est donc évident qu’il est délicat de répondre à une question de compréhension sans savoir qu’il y a un texte à comprendre. Et cette question. Par mimétisme. Va être reconduite par l’ensemble de la classe. Des fois même à quelques secondes d’intervalle. Le chœur de l’armée Rouge, mais en baskets. Vous rendant définitivement Loco. Comme si c’était finalement… le but recherché.

 

  1. « Il est là Monsieur Duchmol ? »

L’élève lambda est dans l’analyse. Dans son but ultime d’alléger son emploi du temps, sa recherche la plus active durant la semaine est de traquer sans relâche les signes avant-coureurs d’une absence enseignante :

«  Vous avez pas remarqué Duchmol il transpirait beaucoup, challah il a la grippe, demain il est pas là. »

«  Y a une formation de maths, il est pas prof de maths Duchmol… Mais non, c’est le prof de bio gros ! »

«  J’ai pas vu la voiture à Duchmol dans le parking, son Kangoo dégueulasse, il a dû crever sur la route ce tarba, on sort à dix heures ! »

Et bien sûr, ils n’auront de cesse de vous harceler pour obtenir la réponse à leurs fantasmes, demandant si vous l’avez croisé, si c’est votre ami, et surtout pourquoi il transpire autant. Charmant.

 

  1. « J’écris pas mais je retiens dans ma tête. »

L’Everest de la mauvaise foi faite apprenant. Quand vous voyez 27 crânes baissés lors de la trace écrite, qu’avez-vous envie de dire à celui qui ose dire ça ? Qu’il a un cerveau bionique car la trace écrite comporte 12 lignes et 8 dates, que sa place n’est pas ici mais au CNRS, ou dans l’école du professeur Xavier. Tu retiens tout Benoît ? Mais tu as hésité encore hier quand je t’ai demandé ton âge ?? Sérieux, Benoît ?

À noter la variante 2018 : « J’écris pas mais je prendrai une photo du classeur de Jonathan ». Mais oui Benoît. Sûrement Benoît. Tu vas arriver chez toi, te jeter sur ton lit couvert de manettes de play et de cartons de pizza, et tu vas retrouver la photo de mon cours entre les fesses de Laetitia et le vomi de Manu quand il a mélangé bière et vodka VDM. Sérieux Benoît ??

 

Bonus : vous avez corrigé ?

Car les élèves pensent que vous allez corriger les 28 copies de l’évaluation du lundi 15 h dès que vous allez passer le pas de votre porte. Repoussant votre fils et son câlin, votre maîtresse et son câlin, et cette diarrhée passagère qui ne l’est pas. Tout ça pour corriger ces 28 copies immédiatement, faisant fi de votre repos. Tout ça pour leur rendre le lendemain matin. Et voir les copies inonder les poubelles de la classe ou les murs du réfectoire.

«  Mais POURQUOI MONSIEUR VOUS AVEZ PAS CORRIGÉ ? »

 

Car je préfère regarder un épisode de Walking dead où un gars se fait dévorer le cerveau plutôt que de lire ta copie. Voilà, c’est clair ?

Une chronique de Frédéric Lapraz

Commentaires

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Frédéric Lapraz

Enseignant depuis plus de quinze ans en lycée professionnel à Marseille.
Adepte de cynisme et de second degré. Et de métal aussi.
Sévit également sur sa page Facebook: Zarp'in LEP. Où il alterne images décalées et anecdotes d'élèves croustillantes.
Ne pas hésiter à commenter, partager, aimer ou haïr.

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  • Excellent, j’ai adoré. Et effectivement moi aussi je manie l’art du mépris et des réponses cash avec beaucoup de classe qu’ils en restent stupéfait à chaque fois, et ils osent même se demander pourquoi autant d ‘agressivité. Pauvre chous!!!! ils sont tellement fragiles!!!!!!!!!

  • Conseils de classe, oraux de langues, fiche d’orientation, vérification des « parcours » pour l’oral de fin d’année, rendez-vous de parents ……
    Pour éviter à nos collègues de troisième le choix cornélien « la corde ou le gaz » nous avons décidé de leur faire lire les Laprazades.
    Merciiiiii pour eux