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oral

Laissez parler les petits Français !

Enseigner l’oralité ?

« Des élèves enfin bon à l’oral ? », avec sa Une de septembre Télérama mettait en lumière une des tendances de cette rentrée qu’on peut résumer ainsi : il faut enseigner l’oral à l’école ! En citant Jean Zay (1904-1944), l’illustre ministre de l’Éducation du Front Populaire qui relevait que «l’écolier apprend à lire, à écrire, à compter, à raisonner, non à parler », on s’aperçoit que la question de l’oralité se pose depuis près d’un siècle. Au XXe siècle, le règne de la presse écrite à grand tirage démultiplie la parole et enterre progressivement la classe de rhétorique. Et comme l’homme est génétiquement programmé à parler depuis les Néandertaliens et surtout Homo sapiens, on a trouvé une raison de plus pour consacrer les efforts sur l’écrit à l’école, une invention bien plus récente.

  

Faire taire ou faire parler

L’enseignement de l’écrit devenu prédominant, l’oral a petit à petit été associé à des épreuves évaluées et anxiogènes car peu travaillées en amont. Bien sûr, les enseignants ne sont pas tous d’intraitables scriptocentristes et travaillent l’oral avec leurs élèves mais à la fin, sont-ils outillés à manier la langue et à engager leur corps dans leurs prises de parole ? Ce n’est pas en propulsant un élève debout face à la classe pour répondre aux questions du professeur en début d’heure ou pour débiter un texte à la façon d’un exposé que l’on enseigne ces techniques oratoires. D’ailleurs, pour installer un climat propice au travail, une partie de notre job consiste plus à faire taire les élèves en classe qu’à les laisser s’exprimer. L’oral en classe est source de dilemmes professionnels : si on laisse un temps de questionnement et d’échanges aux élèves pour bien s’approprier les connaissances, finira t-on les programmes ? Si je veux que mes élèves pratiquent vraiment l’oral, suis-je prêt à me taire ?

L’éloquence à la mode

Notre société numérique, multimédia a rebattu les cartes en replaçant l’oralité au centre. Nos élèves plébiscitent Youtube où ils s’abreuvent et s’expriment par des vidéos où la popularité se mesure au nombre de vues. Parallèlement, les battles et clashs des rappeurs ont consacré l’art de l’affrontement oral chez nos élèves. La médiatisation des concours d’éloquence est allée de pair avec l’annonce d’un grand oral au bac. Un constat s’est alors imposé : nous ne sommes pas égaux face à la parole et l’école doit se transformer pour que l’oral soit au centre des apprentissages pour se construire, réfléchir et agir. C’est le pitch des trois documentaires (Les Débatteurs/À voix haute – 2017/Les beaux parleurs – 2018) dont vous trouverez les bandes-annonces ci-dessous.

 

Parce que ça colle à notre temps, les élèves y débattent dans des clashs où les gimmicks du rap et de la rue dépoussièrent l’art d’avoir toujours raison de Schopenhauer. Souvent, il y a concours à la clé notamment dans Les beaux parleurs où la rivalité oppose une classe de CM2 de Vauhallan, un village tranquille et verdoyant de région parisienne, à une classe des Ulis située en REP. Bref, la joute oratoire, le clinquant et le claquant de la langue sont mis en exergue. On entrevoit dans ces documentaires des pistes convaincantes pour faire éclore les futurs orateurs à travers l’apprentissage du débat (par la maîtrise du fond et de la forme en club et en atelier) ou en suscitant la motivation avec la mise en projet avec la visée d’un concours. C’est nécessaire mais ici, intervenants extérieurs, profs des écoles et de Français sont en première ligne alors que le travail de l’oral doit se faire dans toutes les disciplines et le quotidien de la classe. Chaque discipline a sa place dans l’acquisition de compétences langagières avec des activités certes plus modestes mais dont la variété et la répétition feront de nos élèves de meilleurs parleurs. Ce n’est pas le grand oral promis au Bac qui fera progresser les élèves mais le travail collaboratif où l’on échange en groupe avant de faire face à la classe entière et les activités qui articulent oral et écrit pour s’approprier les connaissances.

Bien parler est un art et récemment le magazine Stupéfiant! diffusait ce florilège de prestations exceptionnelles où plaire, instruire, et émouvoir vont de pair. L’école conduira des élèves à ce parler flamboyant mais sa mission sera remplie si chacun maîtrise les formes courantes d’oral sachant écouter et s’exprimer afin de vivre libre et heureux.

Une chronique d’Emmanuel Grange

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Emmanuel Grange

Emmanuel Grange, prof d'Histoire-Géo et d'Education civique dans un collège de Firminy (Loire). J'anime le blog La [email protected] Histoire-Géographie où mes passions (musique, street-art, photo) se mêlent à mes productions pour la classe.

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