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Les variables pédagogiques – partie 1

C’était bien parti.

Je prends quelques secondes.

Voilà.

Je fais le point.

Matériel : clé USB contenant toutes les iconographies indispensables à ma séance. Là.

Là.

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Ils vont aimer. Référence aux super-héros. Aux films qu’ils vont voir au cinéma. Même Jean Valjean au milieu il va passer crème. C’est certain ça ne peut que marcher.

Feuille de séance. Tout a été super bien organisé. J’ai passé 4 heures sur cette putain de séance, je veux que c’est organisé ! Tu lis la feuille on dirait que tu te retrouves aux commandes d’un jeu type Les Mystères de Pékin. ET BEN NON c’est une séance d’APPRENTISSAGE, en accord avec LES BO ha ha comme je me la pète. Rire satisfait et partiellement machiavélique. Ils vont travailler sans avoir l’impression de travailler. Subtil et efficace. Et moi je n’ai plus de vie sexuelle car il est difficile de faire comprendre qu’on puisse travailler devant des photos de Spiderman toute une soirée, alors que votre copine est passée chez Undiz.

J’ai même un petit stylo laser pour pouvoir m’arrêter sur des détails des iconographies. Je suis avec des secondes mais on dirait suis chercheur à l’INRS. Allez soyons fous je fais même péter la chemise. Oui, celle de mon mariage.

Oui, j’en fais trop.

07 h 58 :

Ça va être la meilleure séance de français de ma vie

08 h 59 :

Ça a été la pire séance de français de ma vie

 

Pourquoi ?

Les variables pédagogiques.

PUTAIN. DE.

VARIABLES PÉDAGOGIQUES.

Recensons ensemble ces petits riens qui font des petits tout.

 

La météo

Les anciens consultaient l’oracle pour savoir si les Dionysies allaient pouvoir se dérouler sans encombre. Des siècles et des litres de vin plus tard le problème reste le même. On doit faire quoi la veille ? Sacrifier un jeune chevreau pour savoir quel temps il fera le lendemain ? Mais presque les gars ! Car la variable météorologique a une incidence souvent dramatique sur le contenu de vos cours.

Exemples choisis :

La pluie :

Va dès le début orchestrer une entrée en classe des plus éparses et remuantes, ponctuée des célèbres :

« Vous avez vu Monsieur, il pleut ! » (Non Enzo, j’ai décidé de me crever les yeux hier soir justement pas de veine, oh mince si j’avais su rolala !!)

«  Monsieur, mais je suis trempé là peux pas faire cours, m’en fous je fais rien !! ». Comme si l’enseignant était pleinement responsable des caprices de Mère Nature, sorte de druide maléfique.

Plus la pluie tombe, plus les gosses parlent fort. Et alors. Mais alors…

Si on ajoute la variable « orage ». Là on dirait que vos terminales découvrent toutes ses constituantes aujourd’hui. AUJOURD’HUI MÊME.

« Mais oh Monsieur c’est quoi ? HAAAAAAAAAA ça fait peur !!! Ah maman comme j’ai peur. Mais nique ta daronne je te dis j’ai jamais vu un orage ça va toi ta mère en imper avec le clown de Ça ! » Et en général là ça part en insultes. Ponctuées de mouvements complètement dénués de sens. Y a un orage on dirait t’es en PPMS.

 

Le vent :

Autre souci en puissance, même si je n’enseigne pas en Ohio (pourtant j’ai le moral à zéro. Référence de vieux.). Donc, avec le vent c’est bien simple, toute intelligence semble quitter vos chers apprenants. Il y a du vent. Déconnectons nos neurones tous ensemble.

Les fenêtres seront toutes ouvertes. Pourquoi faire compliqué. Vous demanderez pourquoi.

« Ça va Monsieur on a chaud, vous avez pas tarpin chaud ? »

Non Kévin on est en décembre et je suis en manteau personnell…

Pas le temps de finir la phrase, car bien entendu cette gentille bourrasque entre dans votre salle et fait valdinguer les feuilles des élèves, stylos compris (pour ceux qui ont cette denrée rare).

Et là, il vous semble vous trouver dans un tableau de Corot. Vos copies remplaçant les feuilles.

« Et je m’en vais

Au vent mauvais

De ça, de là, pareil à la feuille morte. »

Jamais comparaison n’aura trouvé plus de sens en moi.

 

Je passerai sur la variable climatique entraînant des chutes de neige. Je vais faire court. Habitant Marseille, cette variable entraîne la disparition totale ou partielle de toute considération pédagogique. Ou tout simplement humaine.

Trois flocons = 2012 dans la ville. Restez chez vous on va tous y rester. Et si malheureusement ça se produit QUAND vous êtes en classe. Il vous reste à prier pour une évacuation rapide. Car là vous êtes foutu.

 

La chaleur :

Et oui, il fallait bien que ça arrive. Après le printemps chaque année, il est de coutume de voir débarquer l’été, avec ses hausses de température. Et bien croyez-le ou non, pour vos élèves, ça semble là encore une totale découverte des sens.

« Vous avez vu Monsieur, comme il fait chaud ! » (Ah Enzo, tu me rassures je croyais être en pré-ménopause. Ou en hypothyroïdie.)

«  Monsieur, mais je suis trempé là peux pas faire cours, m’en fous je fais rien !! ». Comme si l’enseignant était pleinement responsable des caprices de Mère Nature, sorte de druide maléfique. Oui BIS REPETITA.

À cela s’ajoute l’apparition de deux accessoires rendant votre séance des plus saugrenues.

Le déo : oui c’est connu, quand on transpire on met du déo. Mais pas toutes les trois minutes. Pas si on ne s’est pas lavé le matin ! Pas SI ON EN MET TOUS EN MÊME TEMPS ! Oui souvent à partir de juin on peut être en alerte chimique dès 8 h 00 du matin. Ai-je besoin de vous faire part des débats sur la pilosité ? Qui débouchent en général sur la pilosité pubienne de Marjorie ? Non, je ne crois pas.

Le ventilo portatif : pratique ces petits engins. Qui a inventé ça ? Qui a mis ça à si bas prix ? En quelques minutes vous voilà transporté à Orly. Vous attendez que l’hôtesse de l’air vous introduise comme commandant de bord. Et vous dirige vers les issues de secours. Immédiatement.

Sortez-moi de là.

 

Je ne ferai pas non plus de paragraphe sur le brouillard, sauf si vous êtes en sortie scolaire (oui, certaines bonnes choses peuvent arriver en sortie scolaire, mais n’oubliez pas que vous serez tenu responsable si un enfant naît de la découverte des conifères ce jour-là), ni même sur le froid. Pourquoi pas sur le froid ? Le froid entraîne deux réactions quasi automatiques : se couvrir et mettre les mains dans les poches. Malheureusement ce constat s’applique pour certaines de vos têtes blondes de septembre à juin. Oui vous n’avez jamais vu les mains de Théo. Il doit sans doute les économiser et ne les sortir que pour les grandes occasions. Quant à la doudoune JOTT de Melvin, vous l’avez vue toute l’année, boutonnée jusqu’en haut.

« Oh vous savez Monsieur chez nous aussi il la quitte pas, il dort même avec qu’est-ce que vous voulez que je lui dise, après tout ça nous a coûté un bras à son père et moi… »

Non le pire qui pourrait vous arriver finalement, c’est qu’il l’enlève un jour en classe. Durant votre cours.

Voilà donc ce qui peut vous foirer une séance vraiment bien préparée. Mais cela ne s’arrête pas là. Et dans un souci d’interactivité en cette année 2019, je vais vous demander de voter pour la suite de cette chronique, en un RIP : référendum d’initiative professorale.

Oui ça fait aussi repose en paix. Rien n’est dû au hasard.

Donc pour une suite, je vous propose :

  • le matériel

ou

  • la parole (oui c’est énigmatique).

 

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Une chronique de Frédéric Lapraz

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Frédéric Lapraz

Enseignant depuis plus de quinze ans en lycée professionnel à Marseille.
Adepte de cynisme et de second degré. Et de métal aussi.
Sévit également sur sa page Facebook: Zarp'in LEP. Où il alterne images décalées et anecdotes d'élèves croustillantes.
Ne pas hésiter à commenter, partager, aimer ou haïr.

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