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L’élève le plus rapide est… une élève

Mais c’est une fille !

Je suis plutôt satisfait : pour la deuxième fois en quatre années de CP, l’élève la plus rapide de la classe est une fille. Je ne parle pas de lecture ni de résolution de problèmes, encore moins de la mise en rang ni du retrouvage de moufle perdue dans la cour, mais bien de vitesse pure, athlétique ! Pour la deuxième fois en quatre années de CP, l’élève la plus rapide en course de vitesse est une fille. Elle s’appelle M. et elle court vite, bien, droit, et avec le sourire s’il-vous-plaît.

Ça me plaît beaucoup qu’une petite dame dame le pion aux petits copains qui ont été soufflés et pas mal essoufflés.

Quoi, elle court plus vite que moi ?

Ben oui coco.

Mais c’est une fille !

Ben oui, coco.

Comme il y a deux ans.

Statistiquement donc, une année sur deux, dans ma classe, une fille court plus vite que tous les garçons. Comme il y a deux ans, je me suis emparé de cette révélation pour rappeler à ces petits rigolos qu’ils ont bien tort de râler quand je constitue des équipes mixtes pour la course de relais.

J’ai aussi usé et abusé de cette performance pour valoriser cette élève qui n’est pas véritablement une flèche en lecture. C’est étonnant d’ailleurs. En classe, cette enfant est dilettante, son manque d’enthousiasme à longueur de journée de classe n’a d’égal que le mien le lundi matin pendant l’appel cantine. Elle est dilettante voire désinvolte, voire parfois tout à fait endormie sur sa table. C’est d’apparence une petite chose fragile. Mais alors, dans la cour, entre les plots blancs et les plots rouges, c’est une machine de course. Et ça tombe bien, à l’approche des rencontres d’athlétisme inter-écoles.

Des sportives inspirantes

Du coup je l’ai filmée. Je voulais leur montrer l’attitude du coureur de sprint. Les épaules hautes et fixes, le regard droit, les avant-bras dans l’axe de la ligne d’arrivée. J’ai dû m’y reprendre à deux fois : sur la première vidéo, M. battait au sprint le plus rapide de mes élèves garçons tout en regardant à droite à gauche. Dilettante, vous dis-je.

Je leur ai parlé de Billie Jean King (qui a obtenu dans les années soixante-dix l’équité des primes pour les vainqueurs homme et femme des Internationaux de Tennis des Etats-unis, et qui a gagné en 1973 son match contre Bobby Riggs, un tennisman, ancien vainqueur d’un tournoi de Grand Chelem). Je leur ai montré également des images des arrivées d’Ellen MacArthur (qui a battu le record du monde du tour du monde à la voile en 2005). Ils m’ont parlé des exploits des Bleues (les footballeuses françaises) lors des dernières compétitions internationales. Bon, j’avoue que je n’étais pas au courant.

Ce qui est bien, avec des CP, c’est qu’ils sont en général tous d’accord, à la fin. Ils voulaient plein de femmes chefs d’état, ils voulaient voir des hommes servir à la cantine, et ils ont émis le souhait que je sois leur maître une année sur deux (la classe). Je leur ai demandé pour le ménage, à la maison. Alors là vraiment, c’est sûr, ils allaient demander à leur père de le faire.

Enfin, pas Malissia, parce qu’elle ne le connait pas ; et en plus c’est le métier de sa mère.

Pour aller plus loin :

Court documentaire consacré à Ellen MacArthur (c’est en anglais mais ça vaut la peine, juste pour montrer la taille du bateau de la navigatrice…comparé à sa petite taille à elle.)

https://www.youtube.com/watch?v=EZKcBuCKSOs

Court documentaire consacré à Billie Jean King.

https://www.youtube.com/watch?v=jds1EuH9EEE

 

Une chronique de Papalion

Commentaires

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vincentlion2

Vincent Papalion, professeur des écoles en ZEP qu'on appelle à présent REP et qu'on appellera HELP, un jour. Pas de recette miracle sinon l'opiniâtreté et le sens de la dérision. Et l’amour du métier, bien entendu. Allez les enfants, au travail !

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