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Lettre à Buster K.

L’art vidéo

Gloire éternelle à toi, Buster Keaton : tu m’as permis de constater l’année dernière la véracité du dicton selon lequel C’est dans les vieux pots que l’ont fait les meilleures soupes.

En début d’année, avec mes élèves, nous avions fait un petit projet autour de l’art vidéo à partir d’une exposition que nous avions visitée sur ce thème [Soupir. A peine ai-je écrit cette phrase que je ressens déjà la nostalgie de ce fût-un-temps où nous pouvait sortir de l’école avec les élèves et partir en goguette pour faire d’autres sortes de découvertes…].

De retour en classe, nous avions travaillé pendant plusieurs semaines sur la conception de storyboards, mêlant art visuel et production d’écrit, et j’avais été épatée par leur capacité à structurer des images pour raconter une histoire.

Certains étaient même particulièrement créatifs pour composer des effets visuels visiblement très réfléchis qui donnaient une idée non seulement de leur imagination mais aussi de leur sensibilité à l’image.

Le film-du-vendredi-de-juste-avant-les-vacances-de-Noël

Avec mes collègues de CE1, nous avions décidé de partager avec toutes nos classes le traditionnel film-du-vendredi-de-juste-avant-les-vacances-de-Noel et de leur organiser une séance commune de cinéma à l’école.

Étant donné le travail qui avait été réalisé sur l’art vidéo, j’ai donc proposé à mes collègues de vidéoprojeter à nos élèves des films muets ou sans dialogue. Chacune a apporté ses suggestions et finalement nous avons retenu 3 courts-métrages :

Pour tout vous dire, autant nous nous sommes mises rapidement d’accord sur le choix des courts-métrages de Chaplin et de Mr Bean, autant mes collègues n’étaient pas convaincues par le fait de projeter un Buster Keaton, qui pouvait sembler encore plus éloigné des codes de la culture cinématographique de nos élèves. Je doutais aussi qu’ils accrochent complètement, mais je me disais que c’était important de leur faire découvrir ce pan là de l’histoire du cinéma et de les faire sortir de leurs habitudes.

Nous avons donc décidé de commencer par leur montrer ce court-métrage là, précisément, en tablant sur le fait que mieux valait leur projeter en début de séance lorsque leur capacité d’attention serait optimale.

Nous étions à la fin d’une des semaines de l’année où l’attention des élèves est la plus versatile : la semaine-de-juste-avant-les-vacances-de-Noël. Les esprits étaient fatigués, ceux des adultes comme des enfants. Tant et si bien qu’au moment où je me suis assise dans le fond de la salle, je me préparais mentalement à devoir intervenir régulièrement pour maintenir le calme et l’attention des élèves sur ce fameux court-métrage de Buster Keaton.

Mais c’était le choix que nous avions fait avec mes collègues.

Quand le film a commencé, le miracle a opéré : les élèves ont arrêté de papoter, de gigoter, de faire semblant d’avoir besoin de tousser. Les visages se sont progressivement tendus vers l’écran et ils sont rentrés dans l’histoire malgré une technologie cinématographique en décalage avec leurs habitudes.

Nous les vieux croulants, nous les adultes enfermés dans nos peurs et nos appréhensions rationnelles, nous craignions qu’ils restent hermétiques à un film muet en noir et blanc racontant les déboires de la construction d’une maison en kit par un couple de jeunes mariés.

Mais non, encore une fois nous avions tort.

Il suffisait, cher Buster, de te faire confiance et de laisser faire ton génie de la mise en scène, ton sens du gag visuel et ton imagination inégalée pour faire de chaque clou de la maison une source de cascades de rires.

Nos élèves ont ri aux éclats du début à la fin. Ils ont été émerveillés en voyant la maison tourner dans tous les sens, ils ont sursauté à chaque chute ou risque de chute, ils ont retenu leur souffle dans la scène finale où le train… [mais je m’arrête là pour ne pas spoiler l’effet de surprise]

Ah, et EVIDEMMENT, ils ont pris des airs dégoûtés à chaque fois que les jeunes tourtereaux s’embrassaient (pourtant chastement).

Merci mister Keaton !

 

Une chronique de Sophie Pouille

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Sophie Pouille

Bonjour, je m'appelle Sophie, je suis T2, j'enseigne en CE1... et j'adoooooore raconter mon quotidien avec mes zapprenants de petite taille :-)

Depuis mon année de stage, je m'éclate à partager sur mon blog Blablaprof (et sur la page Facebook du même nom) ma découverte du "plus beau métier du monde".

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