Enfant qui lit

Le virus de la lecture

Aimer soi-même les livres pour inviter les ados à lire

Professeur documentaliste en collège, j’ai pour mission de donner l’impulsion d’une dynamique de lecture et d’animer un lieu d’incitation à la lecture, le C.D.I.

J’ai un rapport personnel passionnel et passionné avec le livre. J’ai beaucoup lu et relu, dès mon enfance. Des romans surtout, beaucoup, tout le temps ! Policiers, historiques, autobiographiques, d’aventure. Souvent plusieurs à la fois ! J’ai toujours fréquenté avec assiduité les lieux fournis en livres. J’aime les toucher, les manipuler, les feuilleter puis les ouvrir… Et enfin, savourer les mots, les phrases, les idées et accéder aux émotions transmises par leurs auteurs.

Au collège, je mets chaque année en œuvre des animations et activités pédagogiques variées destinées aux élèves : réalisation de booktrailers, publication d’articles de blog, organisation de défis-lecture, de sorties aux salons du livre, à la médiathèque et de rencontres avec des auteurs et illustrateurs.

La lecture reste plus que jamais une nécessité car elle permet aux élèves de maîtriser la langue, de développer l’imaginaire, de structurer la pensée, d’accéder au savoir et d’acquérir du vocabulaire. C’est pourquoi une de mes priorités est d’accompagner les ados afin de revaloriser à leurs yeux cette pratique solitaire peu partagée avec les autres contrairement aux activités très prisées qui s’effectuent en groupes.

Beaucoup d’élèves me confient ne pas aimer lire. Pourtant, ils peuvent prendre plaisir à lire si le livre conseillé puis choisi devient une véritable source de joie et d’émotion.

CE livre qui leur correspond n’est pas toujours facile à dénicher mais, en cas de succès, il tisse le lien indestructible qui unira durablement le lecteur et l’univers magique des livres. L’exploration de celui-ci sera sans fin…… et ma mission réussie !

Renforcer au quotidien le lien fragile entre les élèves et le livre

Chaque matin à 9 h 40, au sein du collège, retentit une agréable musique tandis qu’une voix mélodieuse chuchote « Silence On Lit ». Au signal, tous, élèves et adultes, extirpent rapidement du sac leur compagnon du jour – ou de la semaine -, choisi au C.D.I. ou ramené de chez eux, et profitent d’un moment de calme. Le temps s’arrête pendant 15 minutes, avant la récréation, et tous se plongent, dans une lecture-plaisir libre d’un livre de fiction : polar, poème, manga, BD, nouvelle, conte, théâtre… Le seul bruit audible est celui des pages qui se tournent au fil de ce temps de partage culturel.

Lorsque l’on constate que les adolescents prennent de la distance avec la pratique de la lecture au profit des activités numériques, les bénéfices d’un tel dispositif de promotion du support écrit sont multiples.

En premier lieu, un apport culturel mais également un enrichissement inestimable de la maîtrise du vocabulaire et de la langue française. De plus, pour suivre la narration, les motivations des personnages, les intrigues et les rebondissements, les jeunes lecteurs font également l’apprentissage de la concentration et de la mémorisation. Il est ainsi possible d’ancrer une habitude de lecteur dans le quotidien des élèves en leur permettant de se ressourcer tout en désacralisant l’objet livre. Cela permet de susciter un nouveau goût pour la lecture et d’amorcer de futures discussions, des échanges et des partages. C’est pourquoi les délégués de chaque classe sont impliqués dans l’achat des livres du C.D.I. Ils effectuent la démarche de se rendre ensemble à la librairie, de choisir un ouvrage et d’inviter ensuite leurs camarades à l’emprunter pour Silence On Lit !

Confinement : lire des livres délivre

« Lisez », a intimé le président de la République Emmanuel Macron au cours de son allocution du 16 mars dernier annonçant le renforcement des mesures de confinement pour endiguer l’épidémie de COVID-19.

Bien que sa vente soit aujourd’hui jugée non-essentielle par une décision gouvernementale qui crée de ce fait la polémique, le livre fait pourtant office de prescription salvatrice à un moment où la morosité ambiante des confinements peut avoir raison de notre bien-être. En effet, la lecture est un magnifique moyen de s’évader, « en allant dans un autre territoire, en allant dans l’immense territoire qu’est la littérature » rappelle Daniel Pennac.

La lecture, pour soi, pour les autres, en silence, à haute voix, engendre de nombreux bienfaits psychologiques et nous délivre de l’enfermement moral qui nous épuise actuellement.

Également confrontés au stress et à l’anxiété de cette période tumultueuse, les ados ont donc tout intérêt à lire pour apaiser les tensions journalières et stimuler leur cerveau tout en favorisant leur épanouissement.

Si acheter ou emprunter des livres s’apparente désormais à un parcours du combattant et si vous n’avez pas fait de provisions, il vous reste pourtant une solution… chez vous : lisez ou relisez des ouvrages. Ceux qui sommeillent sur les étagères de votre bibliothèque ou sur votre table de chevet, ceux que vous sont chers, ceux qui vous ont été offerts et que vous n’avez jamais lus, faute de temps… C’est le moment ! Lisez ! Une contamination par le virus de la lecture sera d’ailleurs la bienvenue.

 

Une chronique de Sylvie Delord, documentaliste

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