Enseigner dans le Grand Est

Depuis la loi du 16 janvier 2015 créant 17 régions, la région académique Grand Est regroupe les académies de Nancy-Metz, Reims et Strasbourg, même si chacune de ces trois académies conserve sa propre organisation. Le recteur de cette grande région est celui de Nancy-Metz.

Cet ensemble regroupe trois académies présentant des différences importantes compte tenu notamment du fait qu’une partie de l’académie de Nancy-Metz, la Moselle, ainsi que celle de Strasbourg fonctionnent encore sous un régime particulier.

Cette grande région comporte deux pôles assez distincts puisque l’académie de Reims qui comprend les départements de la Marne, de la Haute Marne, des Ardennes et de l’Aube, du fait de sa position géographique est depuis toujours plus tournée vers Paris et l’ïle de France que vers l’Est. Cette tendance s’est renforcée encore depuis la création des lignes à grande vitesse, mettant la ville de Reims à moins d’une heure de Paris.

Parmi les établissements scolaires célèbres de cette partie du Grand Est, on doit parler du lycée Roosevelt de Reims qui conserve une salle musée puisque c’est le lieu de signature de la capitulation nazie en Europe, le 7 mai 1945.  La salle de la Reddition est ainsi un lieu de mémoire majeur qui évoque le contexte de ce tournant du XXe siècle.

La limite de cette partie de la région plutôt tournée vers l’ïle de France se situe au niveau de l’Argonne qui marque le début de la région Lorraine au passé plus tourmenté puisque plusieurs départements ont été annexés au cours de l’histoire.

Ce régime spécifique est la conséquence de l’histoire mouvementée de l’Alsace Moselle annexée par l’Allemagne en 1871 et redevenue française en 1919. Il repose sur le concordat signé entre Napoléon et le Pape Pie VII en 1801 et sur des lois allemandes datant de l’époque du Reichsland d’Alsace Moselle, ce territoire ayant été cédé à l’empire allemand par la France suite à sa défaite en 1871.

En Alsace-Moselle, l’Éducation nationale, donc l’enseignement public organise de ce fait un enseignement religieux pour les cultes statutaires c’est-à-dire les cultes catholique, protestant et juif. Cependant, une dispense est maintenant acceptée sur demande écrite des parents en début d’année scolaire.

Ce régime n’a pas été abrogé en 1905 par la loi sur la laïcité puisqu’à cette époque, ces trois départements faisaient encore partie de l’empire allemand et aucun gouvernement depuis ne l’a remis en cause : L’Alsace Moselle est redevenue française lors du traité de Versailles le 26 Juin 1919 et conserve depuis les termes de ce concordat.

Il a même été confirmé comme une tradition républicaine par le conseil constitutionnel en 2013 et il a donc toujours cours aujourd’hui même s’il est régulièrement remis en cause par ses détracteurs : beaucoup de sondages réalisés ces dernières années estiment à près de 80 % les partisans de l’abrogation du concordat à l’échelle nationale mais seulement aux alentours de 55 % pour les habitants des trois départements concernés (Bas Rhin, Haut Rhin, Moselle), la tradition restant assez fortement ancrée même si les élèves sont pour la plupart maintenant dispensés des cours de religion : Les parents pouvant dispenser leurs enfants, celui-ci n’est plus fréquenté que par un peu plus de 50 % des élèves à l’élémentaire, 20 % au collège et moins de 10 % au lycée. Néanmoins, régulièrement, des organisations laïques réclament en Alsace Moselle que cet enseignement soit transformé en option facultative, l’école publique devant rester laïque avant la conservation à tout prix d’un droit local qui n’a plus lieu d’être de nos jours.

L’ancrage traditionnel explique aussi que lors de la constitution des grandes régions en 2015, l’Alsace y ait été fortement opposée.

Pour ceux qui continuent à suivre l’enseignement religieux dispensé dans les établissements publics, il s’agit d’une heure d’enseignement hebdomadaire qui se nomme dans les établissements scolaires « culture religieuse ».

Impensable ailleurs en France dans le secteur scolaire public, l’enseignement religieux perdure en Alsace-Moselle, mais les cours de religion se distinguent du catéchisme, dont l’objectif est la transmission de la foi et l’initiation à sa pratique, comme la prière, assurent les églises catholiques et protestantes : il s’agit ici simplement d’une instruction religieuse. Son caractère obligatoire a aussi disparu puisque la plupart des élèves en sont aujourd’hui dispensés.

Les professeurs de religion catholique et protestante sont diplômés par les facultés de théologie des départements concernés.

Plus récemment, en 2018, un projet pour une normalisation laïque de l’Alsace Moselle, consistant à remplacer l’enseignement religieux au collège et lycée en Alsace-Moselle par de l’éducation au dialogue interreligieux et interculturel (EDII) a été proposé. Ce projet a été remis au Président actuel. En Alsace, douze établissements se sont dit prêts à expérimenter ce dispositif ; l’évêque de Metz pour la Moselle y est lui resté opposé.

Plus anecdotique, Il reste comme avantage de ce concordat un bonus pour la communauté éducative de ces trois départements : deux jours de congés supplémentaires aux autres académies, le vendredi saint et le 26 décembre dont un seul a donc lieu pendant les périodes scolaires, le vendredi qui précède Pâques (et encore, cette année il se situera pendant les congés de printemps…). Mais cela explique peut être en partie l’ancrage de la tradition évoquée ci-dessus !

Pas toujours joyeux pour un enseignant qui habite l’un de ces trois départements et travaille dans un établissement d’un département voisin d’aller travailler le vendredi précédant Pâques ! La situation existe du fait du découpage des départements, une longue bande du département de Meurthe et Moselle, donc non sous ce régime du concordat s’étirant vers le Nord le long du département de la Moselle.

Voilà donc une grande région, celle du Grand Est, qui regroupe des départements dont trois en particulier ont vécu une histoire particulière liée à leur situation géographique et aux conflits répétés qui ont eu lieu en Europe au siècle dernier.

 

Une chronique d’Éric Legrand

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