L’étrange monde de Mr Tim Burton

9 03 2012

 Après Melbourne, Toronto et Los Angeles, l’exposition « Tim Burton », conçue il  y a 3 ans par le Moma de New-York, est accueillie à la Cinémathèque française de Paris à partir du 7 mars. Dessins, figurines, photographies et accessoires –maquettes et costumes- reconstituent l’univers si particulier de ce cinéaste pour lequel les monstres sont la norme et la normalité, le siège de la haine et de l’intolérance :

  • – rétrospective intégrale
  • – longs et courts métrages projetés, choisis par le cinéaste lui-même
    –  cycle de conférences,
    –  ateliers destinés aux enfants et aux adolescents
    –  stages organisés pendant les vacances de Pâques.

De quoi tenter les nombreux fans de ce cinéaste singulier.

SON ENFANCE

Il la passe à Burbank, en Californie. Banlieue blanche, milieu puritain. Livré à lui-même, il passe beaucoup de temps à visionner des films d’horreur (tirés, le plus souvent , de contes de fées ou légendes folkloriques européennes) et la période d’Halloween lui laisse des souvenirs impérissables, surtout dans  la lumière californienne d’octobre. Lui qui n’aimait pas le sport mais faisait des farces macabres à ses petits camarades  était un enfant solitaire (pour cause de singularité). Son goût pour le morbide n’était pas fait pour rassurer les parents des enfants du voisinage. Plus tard, il trouvera un exutoire  dans la scène punk :  « je me sentais proche de la rage de ces personnages extravagants et de leur look ».

D’ailleurs, lors de l’exposition parisienne, chercheurs et spécialistes de divers champs artistiques aborderont tour à tour le travail du scénario, du décor, des dessins, des costumes, de la musique… pour analyser l’alliance paradoxale de l’enfance et du macabre chez Burton, ainsi que la manière dont le réalisateur a durablement renouvelé les codes de l’iconographie enfantine.

 SON PARCOURS

Après des études artistiques en Californie (il est passionné de dessin depuis son plus jeune âge) Tim Burton débute chez Disney puis passe des courts aux longs métrages : de frankenweenie (1984) à Beetlejuice (1991). Le côté fantastico-macabre et déjanté du réalisateur s’exprime déjà et son génie créatif –outre les deux « Batman »- fait merveille avec celui qui deviendra son acteur fétiche : Johnny Depp. De 1990 à 2008, l’homme aux multiples casquettes (auteur, acteur, producteur, scénariste, réalisateur…) aligne les succès.  La Cinémathèque a réalisé ici une time-line très intéressante sur l’ œuvre de ce scénariste original et producteur avisé.

L’artiste griffonne les portraits de ceux qui deviendront ses héros, les lieux qui le fascinent pour en faire des décors : exubérance et poésie côtoient l’humour caustique pour transmettre sa vision du monde. Il n’a cure de servir les studios hollywoodiens ou de céder à un quelconque courant. C’est un original qui ne livre le meilleur de son art que lorsqu’il est complètement libre : « Je crois que tout ce que je filme participe à une sorte d’exorcisme global. Il ne s’agit pas d’exorciser quelque chose de précis, mais de libérer des images, des visions, de relayer l’imaginaire par des images. Je m’explore moi-même ».

ECRAN NOIR

Tim Burton s’est beaucoup inspiré du roman gothique, un genre littéraire du 18e siècle qui réunit des points communs :

  • – Le décor : L’engouement pour l’histoire et le passé (décors populaires du théâtre élisabéthain tels que château hanté (Macbeth, Hamlet), la crypte (Romeo et Juliette), la prison médiévale (Richard III ou Edward II de Christopher Marlowe), le cimetière (Hamlet).
  • – Les décors naturels sont ceux des contes de bonne femme, paysages nocturnes (Macbeth), sabbats de sorcières (Macbeth), orages déchaînés sur la lande (Le Roi Lear), tempêtes en mer (La Tempête, Un conte d’hiver).
  • – Les personnages : le religieux (l’Inquisition), la femme persécutée, le maudit, le vampire, le bandit
  • – Les situations : le pacte infernal, l’incarcération et la torture, le suicide, les secrets du passé venant hanter le présent
  • – Des procédés narratifs : récit dans le récit.

 Dans les fêtes de Noël, Tim Burton est fasciné par les jouets, les rubans et les frises, les clowns (Batman Le Défi), les mimes (Batman) et les engrenages (Edward aux Mains d’Argent, Sleepy Hollow). Bref par le monde de l’enfance.

D’autres éléments font partie du monde étrange de Tim Burton, toujours symboliques d’un univers morbide et macabre  mais qui donnent à la mort la marque d’un recommencement et non d’une fin :

  • La forêt est toujours le passage vers un autre monde, l’arbre, une porte de sortie et le vestige d’un passé inquiétant et mystérieux.
  • Les mains : avant d’être un cinéaste, Tim Burton est un dessinateur et ce don lui a permis de fuir son quotidien maussade.
  • Les têtes : Tim Burton a une fascination morbide et jubilatoire pour la décapitation.(Sleepy Hollow et son Cavalier sans tête qui décapite ses victimes) ; il  aime jouer avec les têtes de ses personnages, imposer à celles-ci des transformations et des mutations. Elles arborent souvent d’impressionnantes cicatrices – Edward aux Mains d’Argent ou un sourire permanent (Le Joker dans Batman) . Le cerveau est souvent proéminent – les Extra-terrestres de Mars Attack- et parfois pour le cacher, on utilise un masque ou un costume (Batman).

Toute sa filmographie ici

Le site de l’exposition au Moma

L’EXPO A LA CINEMATHEQUE

Après son triomphe Outre-Atlantique, l’Exposition parisienne, seule étape européenne nous racontera toute la fantaisie et l’imaginaire de Tim Burton à travers 700 pièces dont ses premières esquisses jusqu’à ses dernières réalisations : Dark shadows et Frankenweenie -film d’animation- dont voici la bande-annonce :

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911 : « à l’ombre des tours mortes »

15 09 2011

« Il y aura des attaques spectaculaires dans le mois ou dans les semaines à venir. Elles auront lieu simultanément et provoqueront des dégâts massifs. Les attaques viseront les intérêts américains, peut-être même auront-elle lieu aux Etats-Unis… » Il s’est écoulé 10 ans depuis le crash de deux avions dans les tours jumelles du World Trade Center, 102 minutes qui ont fait 3 000 morts et changé le monde. A l’occasion du dixième anniversaire de cette tragédie, on peut parler de production littéraire et cinématographique sans précédent, liée à une date historique.

LE POIDS DES MOTS

Dans les premières semaines après le 11/09, de nombreux romanciers sont confrontés à la violence des images, trop réelles, trop présentes pour que la fiction trouve sa place. Quelques-uns se voient davantage témoigner, comme Paul Auster, à travers un reportage mais rien (même les assassinats de Kennedy ou M. Luther King) n’est comparable à ce traumatisme. Le premier à s’y coller (sans beaucoup de succès) est un français, Frédéric Beigbeder, avec la problématique essentielle : peut-on romancer le 11 septembre ? Il s’écoulera quelques années avant que les écrivains américains s’emparent du sujet et révèlent la puissance symbolique de ces images spectaculaires : un changement géopolitique, les failles d’une superpuissance, l’illusion démocratique… (Don de Lillo « l’homme qui tombe »…)…

 

Ils se sont d’abord focalisé sur les mécanismes du fanatisme et le psychisme des terroristes puis sur le jour du 11/09 mais c’est le monde d' »après » qui retiendra leur attention : Jonathan Safran Foer « Extrêmement fort et incroyablement près« , ou Joseph O’Neil « Netherland » ; mais aussi sur les conséquences militaires  : Freedom de Jonathan Franzen.

La BD, elle aussi, s’interroge et progressivement, elle est passée de la narration cauchemardesque, la question du deuil (« mardi 11 septembre« /Henrik Rehr,  « le 11ème jour« /Sandrine Revel), au registre de la politique-fiction (la série « 9/11 » en France) et même a offert, plus récemment (2009-2010) des réponses sur le mode humoristique avec « Ben Laden dévoilé » ou « Bush et Ben ». L’album-référence a été publié en 2004 par Art Spiegelman,  qui a vécu cette journée dramatique à New York même « A l’ombre des tours mortes« . Aujourd’hui, la tendance serait plutôt à la revanche (Holly terror de Frank Miller). A noter que certains dessinateurs – Enki Bilal, Stan Lee (Spiderman), avaient prophétisé la destruction de monuments symboliques (la Tour Eiffel, les tours jumelles), dès 1988.

LE CHOC DES IMAGES

L’attentat a tourné en boucle sur nos petits écrans et face à l’onde de choc, les cinéastes américains ont préféré cacher ce que l’Amérique n’était pas prête à voir. Du court-métrage de Sean Penn au film de Spike Lee, la 25e heure, le choc visuel des tours qui s’effondrent, des corps qui tombent est avant tout une réalité humaine. Comme pour la littérature, la fiction a mis du temps à trouver sa place. Il est d’abord question des héros malgré eux : les pompiers new-yorkais de World Trade Center de Oliver Stone, ou les passagers du Vol 93, qui ont évité l’impact du quatrième avion sur la Maison Blanche. Par la suite, l’événement est cristallisé par l’invasion (« La guerre des mondes » en 2005 avec Tom Cruise) ou la destruction des humains (« Je suis une légende » en 2007 avec Will Smith, avant le plus récent 2012 ou Cow-boys et envahisseurs avec Harrison Ford. Mais Hollywood a aussi  traduit une prise de conscience et une remise en question avec des films plus engagés contre l’administration Bush et l’occupation militaire en Irak et en Afghanistan. C’est le cas de Syriana (2006) ou Mensonges d’état de Ridley Scott (2008) et Green zone (2010) quand le héros recherche vainement des armes de destruction massive en Irak.

Les plasticiens, quant à eux, ont contourné la représentation par différentes techniques, à la fois puzzles d’une Amérique violentée et instantanés d’une architecture audacieuse mais fragilisée. A la date souvenir, 70 oeuvres seront exposées au Museum of Modern Art, souvent antérieures à la tragédie, mais qui illustrent ce que l’art renvoie au monde après les horreurs des guerres, des génocides ou bombes atomiques.

L’attentat du 11/9, s’il a changé New York et les Américains, a laissé une empreinte dans les domaines culturel et artistiques d’Islam. Du 7 au 17 septembre, un festival, Islam and the City (ICI) célèbre les relations avec l’Amérique, à travers des concerts, des débats, films et une pièce de théâtre « 11 septembre » pour que l’amalgame entre terrorisme et religion ne soit désormais qu’un cliché. Il comptera, parmi ses invités, Shérif El Gamal, le directeur du projet Park51, « la mosquée de Ground zéro ».

Par ses images multidiffusées, les scènes spectaculaires d’une catastrophe en direct ont imprimé pour toujours notre imaginaire. Métaphore artistique : l’Histoire majuscule a réduit en poussière des vies bien réeelles mais les fictions donnent aussi « tendresse et sens à tout cet espace hurlant » (De Lillo).

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A la mémoire des Tsiganes

24 02 2010

tsiganes2Préfecture de la Loire inférieure, le 24 octobre 1940 (extrait) :
 » Comme suite à notre entretien de ce jour, j’ai l’honneur de vous confirmer que la Feldkommandantur de Nantes a décidé le rassemblement de tous les Bohémiens se trouvant en Loire-Inférieure. Ces derniers devront être concentrés par les soins de la Préfecture dans un camp où ils seront surveillés par la police française » …

2010 : Un collectif d’associations a programmé une année consacrée à la mémoire de l’internement des Tsiganes en France pendant la Seconde Guerre mondiale. Ces camps de concentration ne sont pas mentionnés dans les livres d’histoire. Ce projet est parrainé par Tony Gatlif dont le film « Liberté » sort ce 24 février.

L’HISTOIRE

Après la loi du 6 janvier 1912, imposant un carnet anthropométrique au départ comme à l’arrivée des Roms en France, la méfiance à l’égard des gens du voyage se traduit par un décret les assignant à résidence dans des communes choisies par les préfets, le 6 juin 1940. Puis une ordonnance du 4 octobre 1940, sous Vichy, décide de les interner dans différents camps (27 au total), répartis sur toute la France . Sur les 700 000 tsiganes vivant en Europe pendant la seconde guerre mondiale, la moitié au moins a péri dans les camps, tués par les nazis. Mais la plupart des tsiganes, en France, a été internée (et non déportée).

Car la  «question tsigane» est abordée de deux points de vue différents :

  • –    Pour les allemands ces populations doivent être arrêtées et déportées au même titre que les juifs ;
  • –     pour le gouvernement de Vichy, il s’agit de sédentariser ces nomades qui échappent aux contrôles et dispose de trop de libertés  malgré les lois en vigueur (mais pour cette raison, elle échappe à une déportation fatale) ; pour la IIIe république s’exprime le souci de formater des citoyens laïcs et  éduqués. En mai 1946, un an après l’arrêt des hostilités, ils sont les derniers internés français à quitter les camps.

Parmi ces 6000 hommes, femmes et enfants, personnes âgées et  nourrissons furent victimes des  conditions de vie déplorables des camps : manque d’hygiène et d’une alimentation suffisante. Les familles n’étaient pas séparées, les enfants furent même scolarisés dans le but de les socialiser. Les adultes, eux travaillaient pour des entreprises françaises ou allemandes. Aucune aide d’association caritative ou d’indemnité de l’administration pour ces «gadgés» qui inspiraient toujours la méfiance, pas de compensation morale non plus puisque ces événements n’ont laissé aucune trace.

Il aura fallu attendre une quarantaine d’années  pour que des historiens s’attardent sur ce qu’ils appellent «le génocide oublié » et quelques plaques commémoratives pour rappeler que des camps d’internement des tsiganes ont existé en France.

LE FILM

LibertefilmDepuis ses débuts, Tony Gatlif,  connu pour notamment Les Princes (1982), Latcho Drom (1992), Gadjo Dilo (1997) ou Vengo (2000), voulait témoigner du génocide des Tsiganes et du sort qui leur a été réservé pendant la 2ème guerre mondiale. A la lecture du livre de Jacques Sigot, Un camp pour les Tsiganes , il retient le portrait d’un certain Tolloche arrêté et interné à Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire) puis libéré grâce à un notaire du coin qui lui a permis d’acheter une maison pour quelques francs symboliques, lui épargnant ainsi d’être fiché comme nomade ; à partir de cette histoire, et aussi à la demande des Roms qui lui demandaient de réaliser un film sur ce sujet, il entreprend le tournage de Liberté.

Pour lui, pas de « film-reconstitution » à la manière de La grande vadrouille mais une histoire simple d’une de ces familles qu’on appelait Bohémiens, parfois Manouches, qui arrive dans un petit village de France, confrontée à la méfiance populaire mais aidée aussi par quelques Justes, l’institutrice et le maire (le notaire dans la vraie histoire). Des portraits, des visages mais pas de détails en gros plans,  ni de voitures d‘époque,  ni uniformes. Pour lui «la reconstitution est une barbarie» et  «dans la mémoire des tsiganes, les nazis sont en noir et blanc».

Hommage donc à ces oubliés de l’histoire, mais aussi comme un écho à l’actualité : à ces files de SDF qui attendent la soupe populaire à la Bastille ou ailleurs, ou ces Africains ou Afghans, arnaqués par des passeurs et reconduits à la frontière. « Renvoyés d’où ils viennent, la seule différence est qu ‘on ne les tue pas… » (Citations de T. Gatlif)

SITOGRAPHIE

La date du 6 avril 2010 a été déterminée comme lancement de cette année mémorielle en référence au décret-loi du 6 avril 1940 interdisant la circulation des « nomades » sur la totalité du territoire métropolitain.

Et aussi :

LIVRES

  • – Les Tsiganes en France, un sort à part  1939-1946/M. Christine Hubert et Emmanuel Filhol ; Ed. Perrin
  • Les Tsiganes une destinée européenne/Henriette Asséo ; Gallimard
  • J’ai vu pleurer un vieux tsigane/Guy Jimenes ; Oskar Editions
  • Ces barbelés que découvre l’histoire, Montreuil-bellay, 1940-1945/Jacques Sigot ; Ed. Wallada



Sherlock Holmes : du mythe au film

9 02 2010

Le célèbre détective, accompagné de son fidèle Watson, est né de l’imagination de Arthur Conan Doyle ; ou plus exactement de sa rencontre avec le docteur Bell, professeur de chirurgie clinique alors qu’Arthur était étudiant à l’université d’Edimbourg. Quel homme était-il ? le Sherlock de Guy Ritchie est-si loin  de la légende ?

LE HEROS LITTERAIRE

Pas d’enfance ou de paternité évoquées dans les livres mais c’est à l’université qu’il affine sa méthode d’observation et de déduction. A 24 ans, il commence ses enquêtes et pendant de longues années, il s’attellera au démantèlement de l’organisation criminelle du professeur Moriarty. On dénombre pas moins de 500 affaires importantes et un millier d’enquêtes tout au long de sa carrière même si son « père » a voulu le faire mourir, lassé d’écrire des intrigues policières. Mais le succès du héros est tel que, dix ans plus tard, Sherlock Holmes renaît à la vie.

sherlock ombreCet homme mince, de grande taille, au visage étroit, est connu pour porter des manteaux de tweed ou des robes de chambre gris souris dans l’intimité, et surtout, il fume le cigare et la pipe. Il n’est pas enclin à l’effort physique mais pour être efficace dans son travail, il pratique le baritsu (un art martial inventé par Doyle dans une des dernières aventure de Holmes). Très impliqué dans ses enquêtes, il peut faire preuve d’une certaine oisiveté quand rien ne l’oblige à bouger. C’est dans ces moments-là qu’il s’adonne à la drogue. La nature froide et insensible l’éloigne des femmes … et des détectives officiels pour lesquels il éprouve une certaine condescendance, car ses dons et son expérience sortent de l’ordinaire. L’art en général, et la musique tout particulièrement, le laissent rêveur ; il joue du violon avec un certain talent.

On a souvent représenté le fameux détective, furetant, la loupe à la main, coiffé de son inévitable casquette à carreaux. Il possède un raisonnement logique, rationnel qui ne laisse pas de place à l’intuition. Son co-locataire  Watson devient son biographe et ce dernier concourt à sa renommée en exploitant le côté sensationnel des enquêtes.

DU LIVRE AU FILM

Affiche SherlockLes aventures  de Sherlock Holmes ont été portées à l’écran plus de 200 fois et nous ont habitué au portrait d’un détective flegmatique, analyste et infaillible. Depuis sa première apparition dans un film muet en 1900, elles ont fait l’objet d’adaptations à la radio, à la télévision, au cinéma et même en bande dessinée. La dernière version date de 1989, orchestrée par le réalisateur Billy Wilder ; l’atmosphère victorienne y était recrée et les dialogues brillants offraient une variation originale sur Holmes et Watson.
Aujourd’hui, la sortie du film de Guy Ritchie, fait débat. Version totalement dépoussiérée de la légende holmésienne, ce film, boosté aux effets spéciaux, propose deux heures d’action, menées tambour battant, dans un Londres du 19ème siècle, reconstitué comme jamais. Scotland Yard laisse la vedette au célèbre détective pour une saga qui mêle enquête criminelle et magie noire. Redondant pour certains, dynamique pour d’autres, il présente un héros débarrassé des stéréotypes et assez proche du héros de papier et le Docteur Watson tient une autre place que celle incarnée par Basil Rathborne, surtout joué par Jude Law, auquel Sherlock n’adressera jamais la phrase de légende « Elémentaire, mon cher Watson ! ».




Finalement, adapter un livre au cinéma ne se limite pas à une transposition visuelle mais cela exige la construction d’une seconde oeuvre, d’inspiration libre mais respectueuse de l’original, le rendant unique et inoubliable à son tour. Sherlock Holmes, version 2010, comme d’autres héros, aura ses fans et ses détracteurs, la littérature et le cinéma s’enrichissant de leur réflexion en miroir.



Traits angoissants

5 06 2008

Le filmPeur(s) du noir est un film d’animation français, sorti en février dernier. Dessiné par six artistes de nationalités différentes, issus pour la plupart de la BD, ce film graphique est un prodigieux cauchemar en noir et blanc qui réveille nos frayeurs d’enfant.

L’ombre et la lumière, le trait tordu imaginé de six manières et techniques différentes donnent le vertige, tout comme le montage : histoires qui se croisent et reviennent comme une inlassable obsession ; le but n’est pas tant de raconter une histoire que de susciter la peur, de s’interroger sur la peur.

Le français Blutch parcourt l’écran de son crayon charbonneux qui happe le blanc. L’italien Lorenzo Matteoti utilise les nuances du noir au gris, pour évoquer les monstres imaginaires sortis de nos hantises enfantines. Quant à l’américain, Charles Burns, il se sert de la 3D pour illuminer son style graphique dépouillé.

Ppeur-de-nuit-lorenzo-mattotti.jpgeur de la maladie, de l’enfermement, des insectes, des piqûres, de la folie, du viol : chaque spectateur renoue avec ses angoisses peuplées de monstres et de croquemitaines. Une habile manipulation de la part des scénaristes qui laissent deviner la fragile frontière entre les portes du mystère et… la descente aux enfers. A la fois intime et universel !

Projet audacieux puisqu’il donne à des dessinateurs de BD -dessin où le mouvement est figuré- l’occasion de changer d’expression avec l’animation, mouvement du ressenti. Un poème noir, d’une fascinante beauté.

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Bande-annonce du film