Mais où est donc Ornicar ?

27 02 2008

maisouestdoncornicarweb.jpg




RESF Laissez les grandir ici !

Un modeste support pour la « fausse nouvelle » grammaire de Sarkozy ?
Sur ce sujet cet excellent article d’Eveline Charmeux :

Crédits : Modèle photo Ornicar : Anissa Thompson

Et toujours la pétition

Ludovic Bourely




Rassemblement contre l’emprisonnement des enfants au CRA

26 02 2008

RESF Laissez les grandir ici !

Un petit rassemblement surprise, samedi 23/02/08, Place de la Maison Carrée à Nîmes, improvisé à quelques uns, en quelques jours, pour interpeller les citoyens sur les enfants prisonniers au CRA. Un petite répétition pendant les vacances, très bien accueillie, qui nous pousse à d’autres actions plus fortes et mieux préparées.

Pour rappeller aussi que M. Bellion, Préfet du Gard, a le pouvoir de régulariser la famille de Scotty immédiatement, sans attendre que la Cours d’Appel de Marseille se prononce dans plusieurs mois. Une attente insuportable pour tout le monde.

Les protagonistes : Parents d’élèves de l’école maternelle Jean-Jacques Rousseau à Nîmes, des militants d’RESF, de la FCPE, des citoyens …

Les Faux Contre Manifestant : Des courageux …

Aussi sur YouTube :

http://fr.youtube.com/watch?v=EIYDhnbd6UU

Et sur Google video :

http://video.google.fr/videoplay?docid=-5419079871150690255&hl=fr

Podcast :

http://ludovicbourely.podomatic.com/

Extrait de la chanson du début du montage : Gavroche, Amnésie internationale :

http://www.myspace.com/jahvrocheandthewellears

Extrait de la chanson de la fin du montage : Nicolas Sarkozy de Nagy Bocsa :

http://www.myspace.com/leputois

Et quelques vidéos sur cette page

Et toujours la pétition

Ludovic Bourely




Puis-je être fier qu’il y ait de nombreux enfants en prison en France ?

21 02 2008

Laissez les grandir ici ! RESF
Laissez les grandir ici !

Suite à la forte mobilisation autour de Scotty, enfant de 4 ans né et scolarisé en France dont les parents malgaches sont menacés d’expulsion, nous avons été reçus en délégation à la Préfecture du Gard lors d’un grand rassemblement.

Nous avons le sentiment d’une fermeture totale sur ce dossier, ainsi que sur nombres d’autres. Nous avons le sentiment qu’un degré vient d’être franchi. Ainsi la prise en compte des éléments que peuvent apporter les citoyens pour prouver le bien fondé d’un dossier (qui mérite sans aucun doute une régularisation pressante), n’est plus effective.

Seuls les chiffres semblent maintenant faire partie de l’équation. Notre premier ministre vient de réaffirmer qu’en 2008 le chiffre des 26000 expulsions serait tenu. Coûte que coûte ? Même au mépris des vies humaines, des droits de l’Homme ou de toutes autres considérations ?

Sur les 28 Centres de Rétention Administrative, 11 emprisonnent des familles, résultat : des centaines d’enfants dont des nourrissons, sont emprisonnés souvent pendant plusieurs semaines.Vous me direz que ce n’est pas possible, que cela est interdit par notre Constitution, par la Déclaration universelle des droits de l’Homme, par celle du droit des enfants, par le droit européen … Oui, mais Monsieur le Président a peut-être besoin de cours de vocabulaire … Il nous dit que les CRA ne sont pas des prisons.

Pourtant notre cher Petit Robert nous dit qu’un prisonnier est une « personne privée de liberté » ou « enfermée ou maintenue dans un endroit, une position où l’on perd toute liberté d’action, de mouvement. ».Les enfants dans les CRA sont enfermés et maintenus dans un endroit et une position où ils perdent toute liberté d’action et de mouvement.

Pour notre président, ils ne sont pas prisonniers. D’ailleurs, il nous a annoncé dans son discours à Périgueux qu’il aimait les enfants. Si cela semble déjà assez ahurissant qu’un Président de la République puisse justifier son action par un tel argument, on peut légitimement se poser la question de sa sincérité sur la question quand on sait qu’il en envoie en prison.

Un petit QCM pour vous positionner sur ce sujet : il faut cocher LA mauvaise réponse.

Les CRA sont des :

? Camps de Rétention Autoritaire

? Centres de Rétention Administrative

? Colonies Récréatives Amicales

Les enseignants doivent prendre les définitions des mots de leurs futurs cours de vocabulaires dans :

? Un dictionnaire comme « Le Robert »

? Un dictionnaire spécialisé pour les enfants

? Le vocabulaire de l’Élysée

Le rôle d’un Président de la République Française est :

? De veiller à une bonne et juste gestion de notre pays

? De veiller au respect de notre constitution et des Droits de l’Homme

? D’aimer les enfants en les envoyant en prison pour leur bien

Je suis pour :

? Que l’on manifeste du respect pour ceux qui ont risqué leur vie pour la France (Comme le père de scotty légionnaire qui a participé aux opérations de secours aux civils français en Côte d’Ivoire)

? Que l’on régularise leurs dossiers

? Qu’on les mette vite fait dehors

Résister :

? Se conjugue toujours au présent (Lucie Aubrac)

? Devient à nouveau une nécessité

? C’est être un affreux criminel

Les citoyens qui tentent d’apporter leur soutien à des enfants en détresse :

? Font ce que tout le monde devrait faire

? Font ce que j’aimerais faire si je le pouvais

? Sont des « rigolos avec des pancartes » (Jean-Paul Fournier, Maire de Nîmes, ami du Président, sur le dossier de Scotty lors d’un meeting de campagne)

Vous êtes prêt :

? À rejoindre des mouvements comme Réseau Éducation Sans Frontières qui défendent tous les enfants scolarisés en France

? À manifester contre des mesures humiliantes pour l’humanité

? À dénoncer les camarades de classes de vos enfants dont les parents pourraient n’avoir plus de papiers

Vous allez :

? Écrire à votre député pour demander une Commission d’Enquête Parlementaire sur les CRA

? Écrire au Préfet de votre Département pour la régularisation des dossiers des enfants scolarisés

? Écrire au Président pour lui dire que 26000, ce n’est pas assez.

Si de nouvelles formes de manifestations apparaissent pour soutenir ces enfants :

? Vous êtes prêt, vous vous tenez au courant

? Vous allez vous tenir au courant

? Vous allez tenter de les saborder

La communication du Président de la République doit au maximum :

? Être dans la mesure et la raison

? Développer des arguments et ne pas fuir le débat

? Citer des grandes figures de l’histoire qui défendaient des idéaux opposés aux siens pour noyer le poisson

Face à la « fuite des cerveaux » à l’étranger vous pensez :

? Qu’il faut tenter de les retenir en leur proposant de meilleurs postes

? Essayer d’attirer les chercheurs étrangers comme le font les autres pays

? Expulser les chercheurs étrangers de nos universités (Comme la mère de Scotty)

Finalement :

? Vous demandez la régularisation immédiate de Scotty et sa famille.

? Vous demandez la régularisation immédiate des familles des enfants scolarisés dans nos écoles

? Vous irez contrôler que dans les écoles il n’y a que des enfants dont les parents sont en situation régulière

Si vous n’avez coché aucune troisième réponse, vous ne vous êtes pas trompé en votant.

Si par contre vous avez une majorité de troisième réponse, il est peut-être temps de manifester votre opinion.

Les réponses de la Préfecture semblant montrer une fermeture totale et aucun humanisme sur les dossiers où l’avenir d’enfants sont en jeu, je vous invite à continuer à faire signer la pétition et à rester vigilant sur ce dossier, de petites surprises pourraient arriver très vite.

Ludovic Bourely




La femme est l’avenir de l’homme ?

30 04 2007

Après une longue absence involontaire et nécessaire, je suis de retour en plein milieu des deux tours …
Et parce que ce blog parle avant tout d’éducation et de mots, il me semble nécessaire de parler de ce qui, à cet instant, est le plus important pour l’éducation : le second tour des élections présidentielles, sous ces deux angles.
D’autres ont déjà analysé les programmes éducatifs et pédagogiques des deux candidats au deuxième tour des élections présidentielles.
Tout a été dit ?
Je ne le pense pas.
Si les deux candidats affichent une volonté de faire de l’éducation une priorité, les méthodes sont elles, diamétralement opposées, notamment sur l’idéologie pédagogique qui les sous-tend.
Le programme et les déclarations de Sarkozy sont dans la droite ligne de l’actuel Ministre de l’Éducation.
Nombre d’enseignants ont dénoncé, ou constaté le retour au « très loin en arrière » des décisions unilatérales en matière pédagogique du Ministre De Robien soutenu par le numéro deux du gouvernement Nicolas Sarkozy.
J’ai déjà dénoncé dans de précédents articles cette politique, sur la lecture et l’écriture en particulier.
Les nouveaux décrets sur les leçons de vocabulaire vont toujours dans le même sens. Les cinq années du gouvernement sortant sont à mon humble avis les pires pour l’école depuis des temps immémoriaux. L’incompétence en la matière ne peut relever que du crétinisme ou de la mauvaise foi.
L’éviction de nos plus grands pédagogues du débat éducatif, comme cela a été le cas pour Philippe Meirieu, l’arrêt ou la grande diminution des aides aux associations promouvant et faisant de la recherche pour une école nouvelle ou pour tout simplement améliorer pas à pas les pratiques , (le cas de L’AFL est symptomatique) n’en est qu’une preuve supplémentaire.
On ne construira pas l’école de demain, avec des méthodes d’avant-avant hier !
L’éducation est le plus grand enjeu d’une élection présidentielle, tout en dépend de près ou de loin, l’économie, l’emploi, la sécurité, l’environnement, la recherche …
Notre pays, comme le reste de la planète, appartient à ceux qui viendront après nous. Il convient donc de leur donner les moyens de construire la société qu’ils souhaiteront. Cela passe par l’éducation, par l’absolue nécessité de former de futurs citoyens responsables et libres de leur choix.
Cet affichage de volonté de faire de l’éducation une priorité peut sembler être une évolution positive. Pour ma part, je préférerais que ce ne soit pas une priorité pour le candidat Sarkozy …
Ses dérapages sur l’éducation en disent long, « le dépistage des signes avant-coureurs de délinquance chez les enfants de moins de trois ans ?!, les rafles aux sorties des écoles, le « j’inclinerais à penser qu’on naît pédophile » ou suicidaire, et j’en passe …
C’est aussi une certaine idée de la nation, où travail, famille, patrie remplacent liberté, égalité, fraternité et nous renvoie aux plus sombres heures de notre histoire …
C’est  » l’École des Fliques » de Vian …, Les bons élèves, in Les fourmis, Le Terrain Vague, 1968.
Ce sont les valeurs de la France de Vichy, pas celle de la République.
On ne verra plus de dérapages entre les deux tours, il se modèle une nouvelle image …
Malgré une campagne machiste, où son adversaire était toujours dans la situation où elle devait prouver sa compétence, une première pour un candidat de ce parti, parce qu’elle est une femme, il changera de discours, il a déjà commencé…
Une campagne où la question de la compétence de Nicolas Sarkozy n’a jamais été posée …
En tout cas pas dans les médias, et cela devient inquiétant car ceux qui ont voulu la poser ont rencontré certaines difficultés … comme Serge Portelli, membre du syndicat de la magistrature, et son Livre Ruptures, qui, au dernier moment, n’a pas été publié …
Je le mets à disposition ici.
Cela mène naturellement aux mots.
La sémantique de Nicolas Sarkozy est violente, pour quelqu’un qui veut imposer des leçons de vocabulaire à l’école, il ne semble pas trop insister sur le sens des mots et leurs pouvoirs …
La sémantique de Ségolène Royal est douce.
Je vous laisse comparer, en lisant les programmes, et en écoutant les discours …
Mais les mots aujourd’hui, ce sont aussi ceux que l’on entend et ceux qui restent inaudibles faute de leur présence dans les grands médias, et cela pose deux questions, la liberté d’expression et l’indépendance des grands médias.
Les exemples inquiétants ne manquent pas : la difficulté d’organisation du débat entre Ségolène Royal et François Bayrou, la non-diffusion de certains reportages ou vidéos, comme celui-ci(http://www.marianne2007.info/Un-documentaire-inedit-decrypte-le-discours-de-Nicolas-Sarkozy_a1073.html) , ou celle là , les mots employés à l’encontre d’Azouz Begag (couverture médiatique très minimale), ou encore les rumeurs (qui sont en passant une malheureuse preuve du pouvoir des mots) persistantes sur internet et dans les cercles fermés parisiens, notamment sur la main courante pour violence conjugale de Cécilia Sarkozy (cette rumeur est tellement présente sur internet, que je ne sens pas coupable de me poser des questions et de vous en faire part, tant que les médias ne l’auront pas confirmé ou définitivement invalidée, même si en tant que rumeur, je m’interdis d’y croire, la question sur les médias qu’elle soulève est sans réponse …), cela peut en dire long sur une compétence de Nicolas Sarkozy : sa capacité à peser sur les médias, sur les mots autorisés et les mots interdits …
Ce documentaire (http://www.marianne2007.info/Un-documentaire-inedit-decrypte-le-discours-de-Nicolas-Sarkozy_a1073.html) est très instructif sur la sémantique de Nicolas Sarkozy …, je ne vais donc pas en rajouter.
Je vous laisse juger.
On pourrait m’attaquer en me plaçant dans les « agités » du « TSS » (tout sauf sarkozy), je ne fais que constater ce qui se passe pour l’éducation depuis cinq ans et que c’est en cohérence avec le programme éducatif de Sarkozy, et je vous invite à en juger vous-même, et je me pose des questions qu’il me semble légitime par rapport aux mots et donc aux médias, et c’est tout.
Quant à Ségolène Royal, sur l’éducation, il semble qu’on peut voir se dessiner des possibilités nouvelles, où tous ceux qui sont autour de l’enfant, vont pouvoir peut-être travailler ensemble …
Une nécessité depuis longtemps cernée mais qui n’arrive qu’infiniment peu à s’inscrire dans la réalité …
Si il ne s’agissait donc que choisir par rapport à l’éducation, le vote Royal serait déjà indiscutable.
Mais puisqu’il s’agit aussi de mots et de valeurs qui les sous-tendent aussi importante que la liberté, l’humanisme et bien d’autres à ne pas négliger, le vote Royal devient alors vital pour notre République. Même si pour certains il ne s’agira que d’un principe de précaution.
Il y va enfin de choisir entre une France qui donnerai le signe de la pacification, et celle de la violence (répression, pouvoir absolu ?, état policier ?, guerre civile larvée ?, …)
Et peut-être que ce n’est pas un hasard, qu’une femme porte la première et un homme la seconde …
Alors la chanson pourrait n’être plus utopique, la femme serait l’avenir de l’homme et ce serait historique …

Ludovic Bourely




Interview de Jean-Pierre Thomasset

23 01 2007

De retour après un peu de silence … Avec une interview.
J’ai parlé dans d’autres textes du caractère polymorphe de l’outil journal de bord.
Je l’utilise en fonction de mes objectifs dont le principal est l’écriture elle-même.
Néanmoins, il peut être utilisé différemment, et pour d’autres objectifs.
J’ai proposé à Jean-Pierre Thomasset, avec qui je collabore d’utiliser cet outil dans une de ses formations. Il a accepté de nous parler de cette expérience.

Jean-Pierre Thomasset est Psychologue clinicien, Psychanalyste, Formateur à l’ANPASE et à l’AFORE, Directeur de l’Institut d’Études et de Recherches pour la Clinique de la Place. Il est auteur notamment de :
_ Accueil et éveil du jeune enfant, Privat, 1993
_ Le jeune enfant et l’architecte, ENCOLL, 1991
_ Contribution au Dictionnaire de Psychopathologie de l’enfant et de l’adolescent, PUF 2000
_ La lutte des places, in Revue Spirale n°29, ERES
_ Contrer le réel hors cure, in L’insistance du réel, ERES, 2006
_ Auteur de livres pour enfant.

Comment analysez-vous le fait que les stagiaires acceptent de se soumettre à ce temps d’écriture ?

Offrir à des stagiaires de mettre en oeuvre la technique du journal de formation pose trois séries de questions :
Premièrement, le fait de proposer aux stagiaires en fin de journée un temps pour écrire constitue de fait une perte de jouissance.
_ Soit ils sont privés d’un temps de formation.
_ Soit la formation aurait pu se terminer plus tôt.
Deuxièmement, l’obligation d’en passer par la forme écrite, les assujettit aux lois du langage, et à la perte que constitue le fait d’avoir choisi les mots.
Troisièmement, ils se sentent tenus de produire un texte de qualité, qui parle d’eux-même avec le risque d’une blessure narcissique en cas de ratage ou d’échec.
Il importe donc qu’ils puissent repérer l’intérêt qu’il y a à passer par cette série de pertes.
_ La mise en forme de type professionnel valorise leur texte et lui donne un statut.
_Ils éprouvent la capacité de faire trace de quelque chose qui leur est personnel. Ils sont parfois étonnés eux-même de leur production.
_Ils se sentent enrichis par le texte des autres.
_ La peine que prend le formateur pour qu’un document de qualité leur soit rendu dès le lendemain matin et puisse servir de base à la discussion contribue aussi à valoriser leur écrit.

Quel intérêt voyez-vous à l’utilisation de cet outil pour le formateur ?

Premièrement, un certain nombre de questions ou de réactions n’auraient jamais émergé sans cet outil. Deux exemples :
_Plusieurs ont pu dire l’écart entre ce qu’ils ont repéré dans la formation et leur propre pratique, amenant à ce qu’un des stagiaires a appelé une auto-flagellation.
_ La difficulté qu’ils vont rencontrer à mettre en oeuvre sur le terrain ce que leur aura apporté la formation.
Deuxièmement, le formateur peut repérer ce qui a été reçu et peut ajuster la suite de son intervention en prenant en compte de ce qui lui est restitué

Voyez-vous un intérêt plus large à utiliser cet outil ?

Au-delà des enjeux pour la formation elle-même, l’intérêt d’une telle démarche est de confronter des sujets à l’acte d’écrire au travers d’un écrit dit « libre ».
Dans un contexte où il leur est enjoint de produire des écrits formatés, cette démarche peut permettre des retrouvailles avec l’acte d’écrire où ils sont engagés en tant que sujets.(Comme dans une lettre d’amour)
L’intérêt aussi de leur permettre l’épreuve de ce type d’écriture et de leur transmettre l’outil lui -même pour qu’ils puissent l’utiliser à leur tour dans leurs propres pratiques.
Je peux témoigner, inaugurant cette pratique pour la première fois, que je l’ai mise en oeuvre à reculons et en traînant les pieds. Je peux attester aujourd’hui qu’elle est du plus haut intérêt.

Propos recueillis par moi-même
Ludovic Bourely




Voeux ?

5 01 2007

Acheter en ligneJ’ai parlé dans d’autres textes du caractère « artificiel », ou du moins formel du point de vue de l’écrit des cartes de voeux. J’y opposais l’écrit libre. Cela ne signifie pas que la contrainte ne peut pas être une merveilleuse créatrice littéraire. Ce n’est pas Georges Perec qui m’aurait contredit, lui dont on publie aujourd’hui les voeux qu’il a envoyés entre 1970 et 1982. Des voeux Oulipiens donc, qui prouvent à la fois la force, la subtilité et la faculté d’adaptation de l’écrit. Et sa potentialité bien sûr. De toute façon, la carte de voeux n’est-elle pas l’exercice de style annuel de nombres d’entre nous ?
Ne serions-nous pas Oulipiens comme Mr Jourdain une fois par an ?
Je n’ai pas besoin cette année, de souhaiter que l’on parle plus d’éducation. La campagne électorale met le sujet sous le feux de l’actualité, j’espère juste que la qualité sera au rendez-vous…
Je souhaite donc à mes lecteurs ce qu’ils désirent … et je vous donne un petit lien

Si l’écrit de communication a décliné pendant quelques décennies, Internet change la donne. Sa démocratisation, (pas tout à fait finie malheureusement), redonne du pouvoir à l’écrit.
Une petite vidéo, pas totalement inintéressante malgré la source, sur la question.

Ludovic Bourely




Lettre au Père Noël

24 12 2006

Dans beaucoup de pays, le premier écrit que nos enfants partagent et veulent s’approprier est la lettre au Père Noël.
Le premier Noël aux alentours de trois ans est souvent le premier désir d’écriture.
Et si aujourd’hui c’est l’occasion de souhaiter de joyeuses fêtes à mes lecteurs, j’en profite pour souligner que le désir est le meilleur moteur de l’écriture.
Et que peut-être l’éducation est là pour l’entretenir…

Ludovic Bourely




Tout le monde devrait écrire

21 12 2006

tout le monde devrait écrire » Une pensée riche ou fine ne peut trouver une forme adéquate en dehors de l’écriture. »
« Pour être au clair avec soi-même, pour savoir de quoi sa propre pensée est réellement capable, l’épreuve de l’écriture me paraît cruciale. »
« Le plus beau de l’écriture, c’est une tension entre ce qui est écrit et ce qui est à écrire, c’est l’usage d’une liberté qui prend ses risques en laissant ses traces. »

Tout le monde devrait écrire. Georges Picard, José Corti, 2006.

Je suis perplexe …
Ma santé qui m’éloigne depuis quelques semaines de mes apprenants doit y être pour quelque chose …
Mais pas seulement …
Comment continuer à écrire sur l’écriture après avoir lu l’essai de Georges Picard ?
Tout le monde devrait lire « tout le monde devrait écrire ».
Je sais, il y mieux comme introduction, mais je n’en ai pas d’autres.
L’essai de Georges Picard est une oeuvre trop riche, pour ne pas paraître banal en essayant d’en parler, qui plus est avec une rage de dent.
En nous livrant sa vision de la littérature, de l’écriture, de la lecture, de l’édition, de la critique, il se livre lui-même, dans le doute puissant et révélateur des grands esprits. Jamais il ne cède à la facilité. Essai autobiographique ? Non, essai borgésien, où l’intime se mêle à la philosophie. Un essai de grand lecteur. Mais là encore Georges Picard me reprocherait la comparaison, et la critique admirative. Trop facile…
Perplexe aussi parce qu’après ce premier jugement, on pourrait croire que j’épouse parfaitement les idées et les arguments de cet essai.
Ce n’est pas toujours le cas, notamment sur le pouvoir de l’éducation à changer les choses dans le domaine de l’écrit, (je suis peut-être naïf ou déraisonnablement optimiste, peut m’importe), et pourtant la modestie de l’auteur et l’invitation à la réflexion contre le dogmatisme, rendent cet essai particulièrement stimulant.
Encore une citation :
« …, l’écriture acharnée qui force à réfléchir reste l’une des armes les plus solides contre la sauvagerie ou l’impuissance. Chacun avec ses moyens propres peut facilement s’en emparer. »
Pour finir, le travail que je fais ici avec mes modestes moyens, et le travail sur l’écriture que je fais avec mes « apprenants/écrivants », se trouvent en même temps validés, dépassés, invalidés, enrichis …
Je ne sais plus, je suis perplexe.
Est-ce encore une fois là que l’on peut voir le pouvoir de l’écrit ?…

Ludovic Bourely




Teacher Man

11 12 2006

Commandez l'ouvrage« Le premier jour de ma carrière, j’ai failli être viré pour avoir mangé le sandwich d’un lycéen. Le deuxième jour, j’ai failli être viré parce que j’avais évoqué la possibilité d’une relation avec un mouton. » Teacher Man, Frank McCourt, Belfond, 10/2006.

Qui n’a jamais rêvé de rentrer dans la tête d’un prof ?
Que peut-il bien s’y passer ?
Si vous souhaitez une réponse, courez, abandonnez vite ce que vous êtes en train de faire, pour aller acheter le dernier McCourt.

Je ne suis pas un grand amateur d’autobiographie.
Je n’ai pas pu lâcher Teacher Man de Frank McCourt.

C’est quand on a entre les mains un ouvrage comme celui -là que l’on ne peut ignorer la connaissance du réel qu’apporte la littérature.
Une approche du réel différente de la science ou de la philosophie, mais tout aussi féconde.

Qu’est-ce que les mémoires d’un jeune prof à New York dans les années 60 peuvent apporter à l’éducation ?
Elles montrent l’universalité des questions pédagogiques.
Elles montrent le chemin universel, « aux sentiers qui bifurquent », de la vie d’un prof.
Elles montrent la quête de la place dans ce labyrinthe, le cerveau d’un prof.
Ce jeune Irlandais débarquant à New York à la fin des années 50, pourrait être n’importe quel prof, enseignant n’importe où et n’importe quand.
Il est l’un de « nous », aujourd’hui, en France.
Le plus troublant, c’est que si l’on n’a qu’une vision médiatique de la situation de l’éducation en France, on pourrait penser que celle des années 60 aux États-Unis ressemble beaucoup à notre situation actuelle.

La réalité est bien sûr beaucoup plus complexe, et nous avons eu la chance d’avoir de grands pédagogues comme Meirieu ou Charmeux, d’avoir des IUFM, qui ont permis à l’Éducation Nationale de ne pas envoyer au casse pipe tous les jeunes profs français depuis quelques années (et je suis convaincu que la qualité des apprentissages n’a cessé de progresser en France depuis bientôt 40 ans, souvent même je le constate sur le terrain, avec mes adultes) . Je reviendrai plus tard sur les chiffres de l’illettrisme en France qui montrent que s’il reste un problème, il était pire avant, et que ce n’est pas la nostalgie actuelle qui le résoudra à coup de dictées, de leçons de grammaire ou de policiers dans les établissements.
Excusez cette parenthèse …
McCourt nous propose « la longue route qui mène à la pédagogie », sous-titre de sa première partie, qui mérite au moins une citation :
« Ils pensaient que j’enseignais.
Je pensais que j’enseignais.
J’apprenais. »

N’allez pas croire que parce que c’est peut -être la meilleure autobiographie d’un prof, elle n’est faite que pour eux ; l’écriture est sincère, naturelle, vivante , tordue et limpide, américaine et universelle en même temps, remplie d’épisodes hilarants…
C’est aussi un morceau de civilisation américaine, une ballade de l’immigration d’un irlandais, une légende irlandaise …, un conte métaphysique parfois …, et bien plus que ça …

Je pense que c’est une lecture qui peut émerveiller et faire réfléchir les adolescents, les profs, les éducateurs de tous poils, les parents d’élèves, les élèves de parents, les citoyens, les exilés, les américanophiles, les américanophobes, les lecteurs, les non-lecteurs, les électeurs …

C’est, pour moi, le livre de cette fin d’année …
Aussi bien sûr parce qu’il parle d’écriture et de son apprentissage …

Je ne peux conclure qu’avec une dernière citation de la fin du livre :
 » Je ne crois pas que quelqu’un connaisse une liberté totale, mais ce que j’essaye de faire avec vous, c’est de reléguer la peur dans un coin. »

Ludovic Bourely




« Le passé ne me sert à rien. »

7 12 2006

« J’ai passé ma vie à lire et à analyser, à écrire ( ou à m’essayer à écrire) et à jouir de l’écrit. (…). Chaque fois que je me trouve confronté à la page blanche, je ressens la même impression : je dois redécouvrir la littérature par moi-même. Le passé ne me sert à rien. Ainsi donc, (…), je n’ai que mes perplexités à vous offrir. », Jorge Luis Borges, L’art de la poésie, Gallimard, 2002.

Pour en finir avec la grammaire, Jean Pierre Dubreuil a publié sur son blog la liste des commentaires sur le rapport Bentolila, j’y ajouterai la réaction de Lubin et de Lofi qui me fait l’honneur de me citer. Avec le rapport, finalement, cela constitue un formidable outil pédagogique (sous forme de dossier par exemple), pour le français (lecture, commentaire de textes, argumentation …), la philosophie, la communication, l’histoire même …
Ce rapport n’aura donc pas été inutile.
Même sans l’utiliser comme outil pédagogique, quand on aime le second degré, on peut beaucoup rire en lisant les 33 pages.

Et le rire est bon pour la santé …
De Robien, Ministre de la Santé !

Pour être plus sérieux, il faut bien de temps en temps, les journaux de bord peuvent être un formidable outil d’apprentissage de la grammaire …
Parce que faire de la grammaire à partir de ce que l’on a écrit s’inscrit dans une démarche complète de l’apprentissage de la langue. Parce que le journal de bord permet, par exemple, la réécriture qui elle aussi est une démarche stimulante et efficace.

Oui, et la citation ?…

À vous de voir ! …

Non, je vous aide un peu…
Premièrement, je n’avais aucune citation d’Eric Orsena sous la main. Ma bibliothèque serait-elle mal rangée ? Je n’ai pas la même bibliothèque que Monsieur le Ministre De Robien, ou que celle du candidat Sarkozy ?

Deuxièmement, et essentiellement, cette page blanche, c’est en se confrontant à elle que l’on apprend à écrire …
C’est l’une des convictions qui m’ont conduit à utiliser les journaux de bord.

Troisièmement, non cette fois à vous de trouver…

Ludovic Bourely




Les leçons de grammaire ?

30 11 2006

Un rapport d’Alain Bentolila vient d’être remis au ministre Gilles de Robien.
La presse en fait écho ce matin :
http://www.liberation.fr/actualite/societe/220298.FR.php
Je ne sais pas si c’est ici la place pour réagir à cette actualité…
Pourtant, comme tout « pédagogue », je me sens attaqué, et méprisé par ces tentatives de retour en arrière, soutenues par cette malédiction de l’humanité : la nostalgie.
Si je réagis, c’est parce que tout ce que j’ai pu écrire dans mes textes précédents, sur la liberté, la volonté, l’émancipation intellectuelle, le pouvoir des mots … , est remis en cause par ces volontés de réformes à la hussarde.
Si je réagis, c’est parce que j’ai dès le départ voulu proposer un outil qui dépassait les deux grands courants philosophiques de l’éducation « tout vient de l’apprenant, tout vient du formateur », l’opposition Socrate/Descartes.
Philippe Meirieu est selon moi le premier à être sorti avec brio de cette opposition.
Pourquoi alors faire appel à un linguiste controversé pour diriger un rapport de cette nature ?
Si je réagis, c’est parce que je pense à ce magnifique texte de Boris Vian, Les bons élèves, dans Les Fourmis, Le Terrain Vague, 1968, que je fais lire systématiquement à tous mes apprenants en début d’année.
Je pense aussi à Prévert, Page d’écriture, Le Cancre, dans Paroles, Gallimard, 1949
Je pense qu’on « vient de cracher sur la tombe de Vian, et celle de Prévert », et cela me fatigue.
Je ne souhaite pas que nos enfants deviennent des « Lune ou Paton » …

Ludovic Bourely




Le maître ignorant ou l’égalité des intelligences

27 11 2006

« Il leur avait seulement donné l’ordre de traverser une forêt dont il ignorait les issues » Jacques Rancière, Le maître ignorant, Arthème Fayard, 1987, 10/18, 1984.

Cette biographie de Joseph Jacotot a le mérite de replacer le débat sur l’éducation autour de plusieurs notions essentielles, qui devraient être rigoureusement prises en compte dans tout débat pédagogique : l’égalité des intelligences, la volonté et la liberté.
Il ne s’agit pas de transformer l’Éducation Nationale, en laboratoire d’expériences comme celle que le hasard a fait accomplir à Jacotot.
Mais le pari sur l’égalité des intelligences est fécond en éducation.
Si l’expérience de Jacotot a, contre toute attente, réussi, c’est qu’il y avait chez les apprenants, deux conditions nécessaires réunies : la liberté et la volonté.
« L’appreneur » a peu de moyens pour agir sur la volonté, elle fait partie de cette « boite noire »( cf P. Meirieu, Apprendre…, oui mais comment ?) inaccessible.
Le deuxième pari fécond est la liberté. Peut-être que seulement l’ouverture d’un espace de liberté peut agir sur la volonté ?
Le journal de bord, c’est aussi l’ouverture de cet espace, où « le maître » devient ignorant, au moins pendant le temps de l’écriture et où il est forcé de postuler l’égalité des intelligences. Faire appel à l’intelligence de l’apprenant est presque un pari Pascalien … mais je pense que cela ne fonctionne que si c’est une intime conviction.

Ludovic Bourely




L’écrit et l’oral, sont des amoureux éternels

21 11 2006

“- Il me semble que le souvenir de Shaw vous a inspiré, Borges ? L’autre aspect, qui me paraît très beau chez Shaw, est celui qu’il révélait en confiant que ses phrases, il les avait entendues dans les rues, par exemple, dites par d’autres.

– Oui, c’est une de ses formes de modestie. Mais très fréquemment on entend des mots mémorables dans la rue, nous en avons déjà parlé ; le fait est que l’intelligence, la beauté et le bonheur ne sont pas inaccoutumés : nous nous en approchons continûment. Ce dont il s’agit, c’est d’être sensible à eux.”

Jorge Luis Borges – Osvaldo Ferrari, Ultimes Dialogues, José Corti, 2003.

Il me semble important quand je mets l’accent sur le pouvoir de l’écrit, sur sa richesse incomparable, et je vais encore citer Borges ici : “Un livre peut être plein d’errata, nous pouvons ne pas être d’accord avec les opinions de son auteur, il garde pourtant quelque chose de sacré, quelque chose de divin, non qu’on le respecte par superstition mais bien le désir d’y puiser du bonheur, d’y puiser de la sagesse.” Borges, Conférences, chap. Le livre, Gallimard, 1985., de ne pas pour autant dévaloriser l’oral.

Que dit Borges dans ses ultimes dialogues avec Osvaldo Ferrari ?

On peut trouver partout et en n’importe quelle circonstance des mots « mémorables » et  » ce dont il s’agit, c’est être sensible à eux ».

J’ ai parlé de cet écrit qui avait fait évoluer l’espèce humaine en me référant à Condorcet, et qui a débuté en occident, avec la philosophie grecque.

Le fondateur, Socrate, n’a pas écrit, Platon son élève et successeur a écrit des dialogues socratiques. L’écrit philosophique est né sur le dialogue, sur la transcription de l’enseignement oral.

Borges s’il n’est pas un philosophe (cela reste à discuter), est un maître de la littérature. Ces Ultimes dialogues montrent, plus de deux milles ans plus tard, la force du dialogue, montrent aussi que le dialogue peut être une écriture, « Borges lui-même m’avait affirmé qu’il voyait dans ces dialogues une forme indirecte d’écriture. », Osvaldo Ferrari.

Pour tout ceux qui aiment Borges, ce livre est indispensable.

Et les journaux de bord dans tout ça ?

Les textes se nourrissent de l’oral, et puis dans ma pratique du journal de bord le débat sur les textes est primordial. Et dans ce débat « il s’agit d’être sensible aux mots ». C’est aussi là que se fait l’apprentissage.

L’écrit et l’oral, sont des amoureux éternels. Ce sont peut-être les seuls. Ils partagent le mot, inlassablement.

Sur shaw…

Ludovic Bourely