Se planter, c’est pousser…

L’erreur qui fait progresser

Face à l’erreur, nous ne sommes pas tous d’accord ni tous conditionnés de la même manière.

progresser erreur

Il y a ceux qui redoutent l’erreur (horreur !), ceux qui la cachent (terreur !), ceux qui l’ignorent (sans heurt), ceux qui s’en servent pour progresser (moteur).

À l’école, l’erreur loin d’être une « faute » (pas bien), détient un rôle essentiel dans le développement intellectuel de l’enfant : l’erreur sert à apprendre. Elle fait partie d’un processus efficace d’apprentissage. Car se tromper c’est analyser, recommencer, comprendre. Se tromper c’est obliger l’esprit à doubler d’attention, à mémoriser, à surmonter, à avancer plus loin.

Se planter, c’est pousser…

Dédramatiser…

J’aime parfois dire à mes élèves : « Mais trompez-vous ! Sinon je ne sers à rien ! ».

Dédramatiser l’erreur…

…est donc une façon de l’accepter et de l’apprivoiser pour qu’elle apporte une note positive dans ce monde de compétition, de rentabilité et d’efficacité absolue.

Mais comment réagissons-nous, enseignants, face à leur erreur ?

Parfois, l’erreur nous consume et ne vous dites-vous pas alors « bon sang, ils n’ont pas encore compris !!! » ? Et l’envie de tout laisser tomber nous effleure l’esprit avant de reprendre conscience de la mission pour laquelle nous avons signé : enseigner. En saigner… il faut parfois aussi accepter de se torturer l’esprit ! C’est dur… (alors qu’il est si facile de ratifier ou de noter « faux » en rouge vif avec les points d’exclamation qui vont de paire).

La pâture d’erreurs : la production d’écrits.

Me voici de nouveau confrontée à la gestion de l’erreur en «production d’écrits » en classe de CE1. Ils écrivent « comme ils parlent » et parfois, « ils ne parlent déjà pas bien… » ! Erreur, horreur, terreur ! Oups, il faut se ressaisir.

Erreur… moteur ?

  • Comment amener un « producteur phonétique » à utiliser positivement ses « erreurs » (ses productions de petit apprenti écrivain) sans les craindre ?
  • Comment lui montrer l’erreur sans l’alourdir ou la blâmer afin qu’elle serve pour la « prochaine fois » ?

J’ai longuement cherché puis testé différentes approches sans jamais en être complètement satisfaite. La traque de l’erreur dans le texte produit par l’enfant reste traumatisante quel qu’en soit le moyen choisi : une couleur douce (remplaçant le rouge), un codage (en dessous des mots), des points ou des petits traits… l’erreur est attrapée, mise en avant sous l’œil culpabilisé de son producteur. Non, ça ne va pas.

Pour éviter la culture de la culpabilité, il faut garder la production intacte.

Mais alors comment faire ?

Erreurêka ! J’ai trouvé !

Voici l’idée :

  1. L’enfant novice produit librement son écrit.
  2. Une fois le texte produit terminé, il s’agit de réécrire « avec la bonne écriture » la production de l’élève. L’idéal même étant de le préparer avec l’outil informatique.

Oui, je sais, parfois le déchiffrage ou décodage est difficile… Dans ce cas, il est possible de laisser un ____________ qui sera complété avec l’enfant directement au stylo

« Qu’est-ce que tu as voulu écrire là ? »

3. Offrir à l’enfant son texte « écrit avec la bonne écriture » qu’il colle en dessous de sa production.

4. Lui demander de repérer les différences entre son écrit et le nôtre .

5. Lui demander de surligner en vert, dans le texte imprimé, les mots comme ils doivent être écrits sans oublier les majuscules, les accents, les pluriels, …

C’est la chasse positive : il ne s’agit en aucun cas de pointer l’erreur mais de surligner la « future réussite » en fluo dans le texte de dessous.

6. Vérifier si l’enfant n’a pas fait « d’oublis » et, le cas échéant, « fluoter » les mots oubliés

Moi, je le fais avec une autre couleur pour qu’il repère les mots qu’il a laissé passer par inattention.

7. Inviter l’enfant, à chaque nouvelle production, à se servir des « mots fluo » (comme dans un dictionnaire) pour produire son nouvel écrit.

 

Ça marche ?

Je ne suis pas en capacité de mesurer scientifiquement l’impact psychologique de cette méthode mais, à ce jour, je vois dans ma classe des enfants produire leurs écrits sans stress. L’erreur ne les bloque pas, ils ont compris que je les aide « à écrire correctement » lorsque je leur donne la correction.

« Correction », quel mot aussi ça… ! On reçoit une bonne correction telle une grosse fessée !

Pourquoi ne pas remplacer ce terme par : bonne direction ? orientation ?

Allez même, je vous propose : l’aerration ?

L’invention, parce qu’elle est innovante, ne laisse pas de place à l’erreur 😉

(photo à la Une et titre de Stéphanie Poncelet, photos des productions de ma classe)

 Une chronique de Claire Maurage

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One Response

  1. marie 10 novembre 2017

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Vous n'êtes pas un bot hein ? *