Pour une société heureuse

Une « bonne » éducation ?

Depuis longtemps, depuis toujours peut-être, nous sommes conditionnés par l’idée qu’il faut sévir pour éduquer : « Qui aime bien châtie bien ». Dans la Bible, il est recommandé de frapper les enfants : « La folie est ancrée au cœur de l’enfant, le fouet bien appliqué l’en délivre. » (22, 15)

bienveillance-apprendre

Mais des siècles et des siècles sont passés, diminuant nos croyances, augmentant nos connaissances.  Pensons-nous encore que pour éduquer, il faudrait punir, voire frapper ? « Rien de mieux qu’une bonne fessée pour qu’il comprenne». La violence serait donc un outil pour faciliter la compréhension ? Sommes-nous encore convaincus que l’humiliation sert « à donner une bonne leçon » ?
Aujourd’hui, nous savons que la violence éducative ordinaire, qu’elle soit physique ou morale, est toujours néfaste et va à l’encontre du développement harmonieux de l’enfant. La Suède a interdit les châtiments corporels en 1979 : aujourd’hui la maltraitance n’existe quasiment plus. La délinquance même a chuté. Il aura fallu deux générations pour que les parents apprennent à ne plus frapper leurs enfants. 50 autres pays dans le monde ont compris l’enjeu de cette loi. La France toujours pas.  La loi contre les violences éducatives a été rejetée par le conseil constitutionnel. Dans notre pays, deux enfants meurent chaque jour à cause de cette violence. La bientraitance des enfants est une évidence à l’école mais pas encore dans les familles.

Les connaissances

Les chercheurs en neurosciences, et surtout en neurosciences affectives, ont découvert que le cerveau de l’enfant se développait mieux dans un contexte d’empathie et de bienveillance. C’est le sujet du livre de Catherine Gueguen : POUR UNE ENFANCE HEUREUSE. Un livre révolutionnaire, indispensable, incontournable dans la mesure où il nous explique pourquoi l’éducation « traditionnelle » n’est pas un modèle à suivre et à reproduire.  Avec un éclairage scientifique, il dit combien l’humiliation, le manque de compréhension peuvent entraver l’apprentissage et l’épanouissement, engendrant mal-être et fragilité.

Une école bienveillante

L’Éducation Nationale a pris en compte ces nouvelles connaissances sur le développement de l’enfant et le mot bienveillance ponctue les derniers textes et les nouveaux programmes. La transmission de connaissances sera plus efficace si l’enfant se sent en confiance, est encouragé et évolue dans un environnement positif. Cette démarche participe à la lutte contre l’échec scolaire et contre les inégalités. Dans le code de l’éducation, article L321-2 :

 La formation dispensée dans les classes enfantines et les écoles maternelles favorise l’éveil de la personnalité des enfants, stimule leur développement sensoriel, moteur, cognitif et social, développe l’estime de soi et des autres et concourt à leur épanouissement affectif.

Une loi qui mentionne l’épanouissement affectif et le développement de l’estime de soi, c’est une promesse de changement, changement profond de notre école, et de notre société.

Comme le souligne Viviane Bouysse, la sécurisation des parcours commence par le fait de donner confiance aux enfants.  Laisser un enfant avec un doute sur sa capacité d’apprendre, ce serait perdre le pari de l’École.

Lorsque l’on écoute les témoignages d’anciens Mauvais élèves*, ceux-là disent la même chose… Le sentiment « d’être nul » peut briser une scolarité. L’émission Rue des Écoles sur ce film documentaire* est révélatrice : nous entendons la profondeur des chagrins d’école, le besoin de sens et de liens entre les disciplines pour faire sens, le besoin de mouvement, de travailler ensemble mais ce qui semble avoir le plus d’impact , c’est le regard de l’enseignant sur l’élève. Il est impossible de nier la dimension affective dans l’apprentissage. Les émotions raisonnent. L’enseignant a un super-pouvoir, mais il ne le sait pas.

Le respect

Le cerveau des petits est fragile car encore immature. L’humiliation, qu’elle soit physique ou verbale, produit stress et donc cortisol capable d’affecter le développement des circuits neuronaux. Le souci, c’est qu’une humiliation pour un enfant ne sera pas vécue comme telle par un autre et pourra même passer totalement inaperçue pour l’adulte. Les EIP (enfants à haut potentiel), souvent hypersensibles sont aussi les plus fragiles à ce niveau. Une injustice pourra être impossible à digérer, à oublier. Une remarque vécue comme un reproche, même léger, peut rabaisser. Les blessures peuvent ainsi conduire à une perte totale d’estime de soi, à un effondrement, à un refus scolaire anxieux, sans que les adultes ne puissent comprendre ce qui se passe.  C’est la phrase de Flaubert : « Je suis doué d’une sensibilité absurde, ce qui érafle les autres me déchire. » Ces enfants sont des éclaireurs qui nous disent les besoins des autres en les amplifiant. Écouter leurs besoins d’affection, de respect, de règles bien expliquées, d’encouragement, de justice, de sens, de reconnaissance…, c’est prendre soin de tous.

Si nous, parents, enseignants, parvenions à éduquer nos enfants dans la bienveillance, nous ferions des adultes épanouis et c’est toute la société qui en serait transformée.

« Le monde est assez brutal pour que l’école soit douce aux élèves » François Dubet.

L’éducation bienveillante est le contraire du laxisme : c’est une éducation exigeante qui respecte l’enfant dans son développement, dans ses émotions et qui est à l’écoute de ses besoins. En étant respecté, l’enfant apprendra le respect et peut-être parviendrons-nous ainsi à un monde plus doux ?

 

*Le film documentaire Mauvais élèves est sorti le 12 avril.

Une chronique de Claire Nunn

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