Oct 27

Le cyberespace : nouvelles frontières du monde ?

Selon les scientifiques, le cyberespace est un « espace autre ». Selon les militaires, il est, après la terre, la mer, l’air et l’espace, la cinquième dimension de combats. Selon les acteurs économiques, il est le « marché de l’avenir ». Pour les géographes, il est le « 9eme continent ». Pour les politiques, c’est un terrain de chasse aux voix. Pour l’internaute lambda, c’est sa « deuxième vie » qui parfois, prend le dessus sur la première. Mais qu’en est-il vraiment ?

Qu’est-ce que le Cyberespace ?

Le Cyberespace est un monde d’informations et de communication auquel on accède grâce à internet. Il repose sur un ensemble physique (ordinateurs, téléphones, câbles, routeurs…) et sur un autre virtuel (logiciels, sites, ondes, applications…).L’un ne saurait exister sans l’autre. Ce réseau électronique virtuel dans lequel circulent l’ensemble des communications électroniques comme le web a 3 caractéristiques spécifiques :

– L’ESPACE car il n’existe pas de notion de distance car nous sommes tous à un clip les uns des autres De plus, nous sommes dotés du Don d’ubiquité : on peut faire une recherche sur Google en ouvrant ses mails tout en discutant sur Facebook.

– LE TEMPS Tout ce qui s’y passe est stocké et mémorisé. Ainsi, il est possible de retrouver une photo que nous avons postée à l’âge de 16 ans par exemple.

– Et enfin l’INDIVIDU Nous pouvons être tantôt nous-même en étant identifié par notre propre identité, tantôt d’autres personnages. Dans le cyberespace, nous existons sous forme d’identifiants, de mot de passes, de données bancaires ou encore d’avatars.

Quels sont les risques ?

Attention, le cyberespace est également truffé de dangers car des personnes malveillantes peuvent s’introduire dans notre espace. Une information banale comme notre adresse mail ou encore notre date de naissance suscite la convoitise car nos données peuvent servir pour créer de faux profils bancaires ou usurper une identité. Nous sommes donc toutes des victimes potentielles. D’ailleurs un cybercriminel préfèrera usurper un euro à un million d’u*lisateurs plutôt qu’un million d’euros à un compte unique. Les hackers travaillent pour leur compte, pour les entreprises privées, pour et avec l’Etat…

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Les moyens des truands sont multiples. Ils peuvent lancer un logiciel téléchargeable gratuitement qui va capter les mots de passe des wifi alentours. Ils peuvent également et simplement envoyer des courriels qui, une fois ouverts, déclencheront l’installation d’un logiciel malveillant. Ils auront ainsi accès à toutes nos photos, films, mots de passe et peuvent aller jusqu’à prendre possession de notre caméra (webcam). Ils ont également la capacité de pirater nos ordinateurs pour s’attaquer à des cibles plus importantes telles que des entreprises pour cela ils envoient des liens frauduleux pour installer des logiciels malveillants sur nos ordinateurs sans même que l’on s’en rende compte. Ils peuvent ainsi s’introduire d’une machine infectée à l’autre jusqu’à atteindre leur cible. On parle alors d’une attaque par rebond. Il est toutefois possible d’être un citoyen du cyberespace heureux, grâce à des réflexes simples : changer de mots de passe d’un compte à l’autre ou encore de signaler tous signes de malveillance…

Pourquoi est-il si important ?

Son importance réside dans la rapidité, la disponibilité, l’absence de frontières et le coût financier qu’il représente. Le cyberespace ne saurait être cantonné à Internet, qui est le réseau permeeant l’accès aux autres réseaux ouverts. Il est aussi composé de plusieurs autres réseaux, qui eux, ne sont pas « ouverts » sur Internet, comme ceux sur lesquels transitent les transactions bancaires et financières, les réseaux de communications militaires, ceux servant à la communication interne des entreprises. Il est aussi composé des réseaux de télésurveillance et acquisition de données (SCADA) qui permeeent aux machines de se « parler » entre elles comme les pompes, les réacteurs, les trains, les avions etc.

ECH20935067_1Alain JUILLET, président du CDSE, explique que « le directeur d’un système d’information monte son système d’information mais il ne peut pas non plus en être le gardien car sinon il est évident qu’il ne va jamais reconnaitre que son système va être arnaqué. Or, les systèmes sont attaqués et piratés tous les jours« . Pour lui, le Cloud est la meilleure comme la pire des choses : « Il permet de réduire les coûts pour des entreprises qui sont en concurrence internationale : indirectement, elles n’ont pas le choix si elles veulent prospérer. Par contre, lorsque l’on se retrouve avec des secrets d’entreprises, les mettre sur le cloud est extrêmement dangereux. Donc, le vrai problème aujourd’hui, c’est qu’il va falloir apprendre à gérer importance la partie que l’on peut envoyer sur un Cloud non sécurisé et la partie que l’on peut envoyer dans un Cloud d’une mouvance proche de l’entreprise et donc sécurisé« . Par contre, il ne faut en aucun cas « communiquer à quiconque des informations relatives au cœur de l’entreprise, ces dernières ne doivent pas sortir de l’entreprise« .

Peut on parler de domination américaine ?

Le premier ordinateur est inventé à Philadelphie en 1946, suite à une commande de l’armée américaine. En 1951, l’URSS met au point son propre ordinateur. En 1967, l’armée américaine crée un réseau d’informa*ons secrètes(Arpanet) qui s’ouvre en 1972 aux scientifiques (Internet). La création du World Wide Web en 1990 par Tim Berners-Lee fait de l’Internet un système totalement ouvert. Un « recencement » des connectivités Internet par pays a été entrepris régulièrement par Larry Landweber, du Département d’Informatique de l’université du Wisconsin – Madison, aux Etats-Unis.

La carte ci-contre montre les différents niveaux de connectivité au réseau en septembre 1991 :

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La carte ci-dessous montre l’état des connectivités en juin 1997.

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Le changement de niveau de connectivité est clairement visible, montrant la progression d’Internet : Avec l’invention de l’internet, le cyberespace devient donc un autre enjeu dans l’affrontement des puissances. On retrouve les rapports de forces et les politiques de puissance propres à l’approche géopolitique.

Il y a également une dimension polémologique dans l’utilisation de ces moyens : cryptologie, terminologie (attaques, défense…), stratégie (lutte contre la cybercriminalité, contre le terrorisme…). Aujourd’hui, plus que jamais auparavant, les Etats et tous leurs composants, qu’ils soient politiques, économiques, sociaux ou militaires se sont vu intégrés dans le cyberespace, un espace inventé par les hommes, pour les hommes, où les armes sont « silencieuses » et les guerres « tranquilles » mais où les victimes peuvent désormais se compter en millions et cela grâce à un simple « clic ».

La course à la cyber-force est donc définitivement lancée !

Sirine LASFER, Novembre 2016

Jan 12

Dimanche 11 janvier 2015 : une France meurtrie, unie et debout

Paris. Dimanche 11 janvier 2015.

Journée historique.

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A 19 heures, selon le décompte du Monde, près de trois millions de personnes avaient défilé tout au long de la journée dans les villes de province. A Paris, même si aucun décompte officiel n’a été communiqué, ils étaient près de deux millions à marcher en hommage aux victimes des attaques terroristes qui ont fait dix-sept morts entre mercredi 7 et vendredi 9 janvier en région parisienne. Selon le ministère de l’intérieur, il s’agit d’un rassemblement sans précédent.

C’était effectivement un rassemblement sans précédent pour des événements qui l’étaient tout autant. Parler de tuerie, de barbarie, d’obscurantisme ne changera rien à la douleur des familles qui ont perdu des êtres chers dans des conditions abominables. Mais voir ces Français debout, ensemble, braver toutes les menaces pour dire haut et fort leur attachement à la démocratie et à la République donne soudain une raison d’espérer. Le peuple est là, fort et puissant. C’est lui qui fait l’Histoire. C’est lui qui marche. Les chefs d’État étaient derrière, silencieux, recueillis et presque impressionnés soudain par la noble et immense tâche qui leur a été confiée : nous protéger de la barbarie.

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L’émotion et le choc provoqués par les attaques et la cavale sanglantes des frères Kouachi et de Amedy Coulibaly ont fait se multiplier les comparaisons avec les attentats du 11 septembre 2001 à New York, Washington et en Pennsylvanie. Des rapprochements que l’on retrouve dans les réseaux sociaux et dans les médias, à l’image de la une du Monde. Certains estimeront – à juste titre – que c’est critiquable : comment comparer 2.973 morts à 17 morts ? Pourtant le choc émotionnel, politique et moral est comparable non seulement en France mais aussi dans le monde – les manifestations qui se sont tenues aujourd’hui dimanche 11 janvier en sont le témoignage poignant. Pourtant, Eric LESER sur Slate.fr estime qu’au-delà du « rassemblement instinctif d’une nation dans l’émotion et le patriotisme, les conséquences politiques et sociétales des attaques du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis et de celles des 7, 8 et 9 janvier 2015 en France seront très différentes« . Pour lui, le grand danger pour la France n’est pas celui d’entrer en guerre – comme l’avaient fait les États-Unis en Afghanistan en 2001. Il est surtout interne : c’est celui de la fracture de sa société, de la volonté et de la capacité des français chrétiens, musulmans, juifs et athées à résister aux tenants du choc des civilisations. Aujourd’hui, les accolades ont été nombreuses, sincères, spontanées entre différentes confessions. Et demain ?


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Passée l’émotion, ils vont resurgir en force. La guerre ne reviendra surement pas en France en janvier 2015, mais certains le souhaitent. Alain RODIER est directeur de recherche au sein du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R) et à ce titre il est chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée. Dans un récent article publié sur Atlantico.fr, il explique qu’en 2004, Abou Moussab Al-Souri, théoricien du djihadisme, publiait un ouvrage de 2500 pages donnant les indications des actions à mener pour composer un djihadisme mondial, qui ne s’arrêterait pas à la seule région du Proche et Moyen-Orient. Ayant une grande connaissance de l’étranger, il prônait la créations de cellules clandestines sans liens avec un commandement central pour ne pas se faire détecter. Ces cellules devaient pouvoir passer à l’action avec leurs propres moyens pour déclencher une guerre civile en créant des divisions entre les musulmans et les populations locales ! Pour Alain RODIER, « Daech, à la différence d’Al-Qaida « canal historique », ne possède pas (encore) de « réseau » à l’étranger. C’est pour cette raison que Daech lance des « appels au meurtre » via le net en espérant que des adeptes s’en inspireront. Daech qui « patine » sur le front syro-irakien depuis l’été, en particulier en raison des frappes de la coalition, de la résilience des Kurdes et de l’appui apporté par Téhéran (et le Hezbollah libanais) à Bagdad et à Damas, souhaite desserrer l’étau qui pèse sur lui en déclenchant des actions terroristes de par le monde. En dehors des mouvements qui lui ont fait allégeance en Libye, en Tunisie, en Algérie, au Liban, dans le Sinaï et en Extrême-Orient, il n’en a pas les moyens matériels et humains« . A y regarder de plus près, c’est vrai qu’aujourd’hui en Occident, Daech est particulièrement démuni, ce qui explique son « appel dans le désert ». Le problème réside dans le fait que des individus isolés trouvent dans la « cause » de l’État Islamique la raison de passer à l’action.


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Vendredi 9 janvier dans la matinée, BFMTV avait joint, par accident, l’un des deux terroristes réfugiés dans une petite imprimerie de Dammartin-en-Goële (Seine-et-Marne). Chérif Kouachi affirmait alors appartenir à « Al-Qaïda du Yémen » et précise avoir été formé et financé par l’imam Anwar Al-Awlaki, tué en septembre 2011 par une attaque américaine. Cette appartenance revendiquée à Al-Qaïda au Yémen confirme ce qu’avait rapporté un témoin le jour de l’attentat visant la rédaction de Charlie Hebdo. De son côté, Amedy Coulibaly, le forcené de Montrouge et l’assaillant de l’épicerie casher de la porte de Vincennes, contacte la chaîne à 15 heures, en pleine prise d’otages. Il indique appartenir à l’organisation Etat islamique et explique s’être « synchronisé » avec les frères Kouachi. Il explique également avoir attaqué un magasin casher car il visait des juifs.

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Ces déclarations sont assez claires et entrent assez bien dans le schéma prévu par Abou Moussab Al-Souri. Comme l’explique Alain RODIER, en Europe comme ailleurs, « l’objectif est de créer le chaos qui devrait amener la destruction des sociétés en vigueur. Sur ce chaos, l’islam radical serait alors imposé comme la solution. Toutefois, cette organisation n’a plus les moyens nécessaires pour déclencher des attentats du type « 11 septembre ». Cela n’exclue pas des opérations de moindre importance mais pouvant être meurtrières du style des attentats de Londres (ou de Paris). »

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Alors, dans ce contexte, que penser de l’exceptionnelle mobilisation des Français aujourd’hui ? Que dire de ces centaines de milliers de personnes qui ont marché en brandissant des pancartes « Je suis Charlie », en chantant La Marseillaise ou en applaudissant les forces de police présentes ? Ce rassemblement d’ampleur sans précédent est une réponse implacable à cette montée en puissance de l’obscurantisme et de la barbarie. C’est un camouflet infligé à ceux qui pensaient pouvoir trouver dans le peuple français les failles nécessaires à l’instauration d’un chaos dont les intégristes sortiraient vainqueurs. C’est la démonstration qu’il existe un souffle puissant de fraternité et un amour tel de la liberté qu’ensemble, nous pouvons aller au delà de nos différences qui sont nos richesses.

Soyons fiers de qui nous sommes et de ce que nous avons fait aujourd’hui. Soyons fiers de notre passé et confiant en notre avenir. Comme le disait Winston CHURCHILL à Londres le 13 mai 1940, devant la Chambre des communes, « Je n’ai rien d’autre à offrir que du sang, de la peine, des larmes et de la sueur. Nous avons devant nous une épreuve des plus douloureuses. Nous avons devant nous de nombreux et longs mois de combat et de souffrance […] Vous demandez, quel est notre but ? Je peux répondre en un mot : la victoire, la victoire à tout prix, la victoire en dépit de la terreur, la victoire aussi long et dur que soit le chemin qui nous y mènera ; car sans victoire, il n’y a pas de survie.« 

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Jan 11

LA FRANCE DEBOUT – LE MONDE LIBRE

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Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J’écris ton nom […]
Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer
Liberté.
Paul ELUARD, Au rendez-vous allemand, 1945.

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Sep 29

A la découverte du « califat islamique » instauré par l’EIIL

L’État islamique est un mouvement djihadiste sunnite né en Irak. Ce groupe extrêmement violent s’oppose à Al-Qaïda. Il veut conquérir les territoires allant d’Alep en Syrie à Diyala, à l’ouest de Bagdad, ce que son leader Abou Bakr Al-Baghdadi appelle le califat islamique.

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1. État islamique ou Daech ?

Mais pourquoi les uns parlent de « Daech », d’autres d’EIIL et d’autres encore d’États islamique ? Les noms ont ici une importance diplomatique essentielle. En effet, les autorités françaises, fer de lance dans la guerre contre l’organisation de l’État islamique, ont officiellement adopté l’acronyme « Daech » pour désigner l’EI dans leurs discours officiels. À quelques rares exceptions connues – Hamas palestinien – les organisations et groupes politiques ont peu recours aux acronymes dans le monde arabe. L' »État Islamique en Irak et au Levant » (EIIL), ancêtre de l’EI, a d’ailleurs d’emblée rejeté l’acronyme « Daech », lancé peu après sa création en avril 2013, par des médias qui lui sont hostiles : cette dénomination a fait rapidement des adeptes dans les rangs de ceux qui se battent contre l’EI en Syrie, du côté des rebelles comme du côté du régime de Bachar al-Assad. Le but était justement d’occulter les mots « État » et « Islamique », pour minimiser l’influence de l’organisation au sein des populations de la région et empêcher toute adhésion à son idéologie.

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2. Quelle idéologie ?

Justement, pour comprendre leur diéologie, il faut oublier Al-Qaida, tout autant que les Talibans afghans. Le journaliste Anand GOPAL a passé des années en Afghanistan en tant que reporter pour le Wall Street Journal, et dans quelques mois, il se rendra en Irak pour rendre compte du chaos auquel est confronté la région. Il explique que, dans une certaine mesure, l’EIIL, ou l’État Islamique, est assez différent des Talibans. D’Al-Qaida aussi, mais surtout des Talibans, pour plusieurs raisons. L’une d’elles est que « l’objectif des Talibans a toujours été nationaliste, dans le sens où ils prétendent se battre au nom des Afghans contre un occupant étranger […] C’est un mouvement très localement orienté, contrairement à l’EIIL. Ce qui est très intéressant avec eux, c’est qu’ils semblent rejeter en bloc l’ordre mondial. Je pense que c’est unique et très différent. Même lorsque les Talibans avaient le pouvoir, ils cherchaient la reconnaissance internationale dans une certaine mesure. Je ne pense pas que l’EIIL soit nécessairement plus sanguinaire que le régime d’Assad, ou que les Talibans et Al-Qaida, mais ce qui est différent à leur sujet, c’est qu’ils sont contents de montrer leurs atrocités. Ils les postent sur Twitter et YouTube. Et c’est parce qu’ils ont essentiellement rejeté l’ordre international, et qu’ils refusent de collaborer avec lui. Ils déclarent leur propre ordre, un ordre islamique qui retourne au temps des califats. »

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C’est l’une des clés essentielles pour comprendre ce qui les motive. Cette volonté d’afficher leur violence, leur haine leur donne bien sûr une image bien plus sanguinaire que d’autres groupes. Pourtant, les organisations au pouvoir – régime syrien, Al-Qaida, Talibans pakistanais…) peuvent l’être tout autant mais ils essayent de minimiser leurs atrocités ; ils ne veulent pas que le monde les découvre. Comme l’explique Anand GOPAL, « ils cachent leurs atrocités alors que l’EIIL, puisqu’ils rejettent l’ordre international, a une stratégie complètement différente. Ils promeuvent leurs horreurs. On a donc tendance à penser que qu’ils sont exceptionnellement violents, plus qu’aucun autre groupe, mais je ne pense pas que ce soit réellement le cas.« 

3. Pourquoi un État Islamique ?

Mais pourquoi parler d’État islamique (dawla islamiyya) ? Comme le demande le site L’Orient du jour, existe-t-il une continuité historique entre le dernier califat, aboli en 1924 par Mustapha Kemal Atatürk, et le nouveau califat autoproclamé ? Bernard ROUGIER, spécialiste du Moyen-Orient arabe, maître de conférences en sciences politiques, enseignant à Sciences po Paris, confirme explique que « la notion » d’État islamique « est très moderne ». « Elle s’est développée dans les années 1960 chez les plus radicaux au sein des Frères musulmans (Sayyid Qotb par exemple) », précise l’auteur de L’Oumma en fragments. Selon lui, le concept est un pur anachronisme, « comme beaucoup de concepts islamistes », qui ne correspond à aucune référence de l’histoire islamique. « Le mot « dawla » en arabe connote une idée de succession dynastique, on parle de « Dawla al-‘abbassiyîn », et n’est jamais utilisé seul », précise encore M. Rougier.

Il semble donc qu’Abou Bakr Al-Baghdadi endosse à la fois le costume de calife et de sultan, et impose un mode de fonctionnement très similaire à celui « d’une administration moderne avec des services humanitaires, des règlements de la circulation et une production juridique tirée de leur lecture de la charia qui provoquera autant de protestations et de divisions », souligne M. Rougier.

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Selon le cheikh Hassan al-Chahal, docteur en islamologie et président d’une association religieuse, « Abou Bakr al-Baghdadi n’a aucune légitimité pour se proclamer calife, puisqu’il n’a pas obtenu en amont la confiance des « gens qui lient et qui délient » ». L’État islamique apparaît donc comme une notion schizophrène dans le sens où elle cherche à appartenir à deux époques en n’ayant de sens défini dans aucune des deux.

4. De quoi sont-ils capables en occident ?

Leur objectif est hélas assez simple : semer la terreur. Les djihadistes de l’Etat islamique (EI) ont appelé, dans un message audio diffusé lundi 22 septembre, au meurtre de Français, d’Américains, d’Australiens, de Canadiens ou de tout « citoyen des pays entrés dans une coalition » contre l’EI. Ce groupe radical sunnite n’en est pas à sa première mise en garde. Depuis sa progression fulgurante au Proche-Orient, en juin, plusieurs actions de ce groupe témoignent de la menace grandissante qu’il représente pour l’Occident, et particulièrement pour les nations qui seraient entrées en guerre contre lui.

Ces dernières semaines, ce sont des décapitations médiatisées qui ont profondément marqué les esprits. Ces décapitations sauvages des journalistes américains James Foley et Steven Sotloff, puis de l’humanitaire britannique David Haines et enfin du français Hervé Gourdel ont été diffusées par les djihadistes sur la Toile. Volontairement choquantes, ces vidéos font partie de la stratégie d’intimidation des djihadistes : des images d’assassinats largement diffusées sur les réseaux sociaux et donc visibles dans le monde entier.

La liste de leurs potentielles prochaines victimes est longue : selon CNN, au moins deux Américains, deux Italiennes, un Japonais et un Danois seraient détenus par l’EI. En même temps, plusieurs projets d’attentats ont été révélés par les médias au compte-gouttes. Comme l’explique l’article du Monde.fr « plusieurs plans déjoués des djihadistes en Europe ont récemment été dévoilés. » Le 7 septembre, le journal Libération révélait ainsi que Mehdi Nemmouche, auteur d’une tuerie au Musée juif de Bruxelles en mai, avait projeté de commettre un attentat le 14 juillet, lors du défilé de la fête nationale à Paris – information démentie par le ministre de l’intérieur français.

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Il faut enfin compter avec des « infiltrés » en Occident. Ce sont justement ces djihadistes formés au combat en Irak ou Syrie, de retour sur les sols américain, français, canadien… qui font craindre le pire aux autorités. Selon les estimations, plusieurs milliers d’Occidentaux auraient rejoint les rangs djihadistes. Car si certains abandonnent la « guerre sainte » de l’EI en cours de route, d’autres reviennent avec des projets d’attaques terroristes. C’est le cas de Mehdi Nemmouche, qui revenait de Syrie. Lui-même avait pour modèle un de ses « frères d’armes » également passé par la Syrie, Mohamed Merah, qui avait semé la mort à Toulouse et à Montauban en 2012.

5. Quelle coalition contre eux ?

Face à cette menace, la coalition contre l’EI, qui regroupe pour le moment 27 Etats, met désormais l’accent sur l’arrestation de suspects. Les Etats-Unis ont annoncé que plus de quarante pays y participeraient, d’une manière ou d’une autre, à la coalition contre l’Etat islamique (EI). S’ils ne sont pas cités nommément au sein de la coalition, d’autres pays pourraient collaborer plus discrètement, en termes de renseignement ou de lutte contre le recrutement et les réseaux financiers de l’EI. Les membres de la Ligue arabe se sont par exemple montrés déterminés à faire cesser l’afflux d’armes, de matériel et de fonds destinés aux jihadistes présents en Irak et en Syrie.

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Pour en savoir plus :

– « De quoi l’Etat islamique est-il capable en Occident ?« , article du site LeMonde.fr

– « État islamique (organisation)« , article du site Wikipedia

– « C’est quoi l »EIIL ? » par LeParisien.fr

– « LES ORIGINES DE L’EIIL, PAR UN CORRESPONDANT DE GUERRE AMÉRICAIN » sur le site de Vice.com

– « L’État islamique (en Irak et au Levant) » par le site de FranceInter.fr

– « Irak: le « califat islamique » instauré par l’EIIL, c’est quoi ? » par l’Express.fr

– « Moyens financiers, combattants, zones d’influence » par le site 20minutes.fr

– « Les dix secrets de l’Etat Islamique’ par le site de L’Internaute

– une carte interactive « Qui fait quoi dans la coalition contre l’Etat islamique ? » sur le site Liberation.fr ou celui du journal LeMonde.fr

Sep 21

Ecosse vs Angleterre: les raisons de la colère

Ce jeudi 18 septembre 2014, les Écossais ont décidé de rester uni à l’Angleterre et aux autres nations qui composent le Royaume-Uni. Enfin, peut-on encore dire « uni » après le déchaînement de ces dernières semaines ? Plus rien ne sera comme avant : ils restent unis pour le meilleur et pour le pire… et cela fait sept siècles que cela dure. Mais pourquoi autant de désamour – pour ne pas dire haine entre ces deux nations ?

 

Le 1er mai 1707 prend effet l’Acte d’Union qui unit l’Angleterre et l’Écosse au sein d’un Royaume-Uni de Grande-Bretagne (United Kingdom of Great-Britain). Mais l’histoire de l’Ecosse a débuté bien avant, il y a environ 10 000 ans, avec l’arrivée des premières populations humaines dans l’actuelle Écosse après la fin de la glaciation de Würm ! Très vite, son puissant voisin anglais devient une cause de conflit, plus ou moins grave.  Les guerres d’indépendance ont ainsi poussé l’Écosse à nouer des liens commerciaux, culturels et souvent stratégiques avec un certain nombre de puissances européennes.

Sous la dynastie des Stuart, au XVIe siècle, les deux pays ont appris à vivre ensemble mais l’union personnelle des deux royaumes connaît de brutales anicroches dues aux divergences religieuses entre anglicans (Anglais) et presbytériens (Écossais). Ce n’est qu’avec la «Glorieuse Révolution» de 1688, l’éviction définitive des Stuart et l’avènement du roi Guillaume III que les Écossais obtiennent enfin le respect de leur foi… et un renforcement des pouvoirs législatifs de leur Parlement.

Comme l’explique le site Herodote.net, peu après l’avènement de la reine Anne Stuart, en 1702, le Parlement écossais laisse entendre par l’Act of Security qu’il pourrait remettre en cause une décision du Parlement de Westminster prévoyant qu’à la mort d’Anne, sans enfant, la couronne reviendrait à l’Électeur de Hanovre. Cela signifierait la fin de l’union personnelle des deux royaumes et l’éventuel retour des détestables Stuart sur le trône d’Écosse ! C’est pour éviter ce drame que le parti des whigs lance alors l’idée de réunir les deux royaumes en un seul et, en cas de refus, menace les Écossais d’un blocus économique. La reine, dans un souci de conciliation, nomme une commission anglo-écossaise qui rédige un traité de 25 articles dont quinze se rapportent à des différends économiques et les autres au projet d’union politique.

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Cet Acte d’UnionAct of Union») est ratifié le 16 janvier 1707 par le Parlement d’Édimbourg, par 110 voix contre 67 et 46 abstentions. C’est ainsi que naît officiellement le Royaume-Uni de Grande-Bretagne, avec un seul souverain, un seul gouvernement et un seul Parlement, à Westminster, où entrent 45 députés écossais (Chambre des Communes) et 16 pairs écossais (Chambre des Lords).

Le sabordage du Parlement écossais débouche sur de nombreuses émeutes populaires dans le royaume. On suspecte, non sans raison, beaucoup de parlementaires d’avoir été grassement achetés par les whigs anglais. Finalement, les esprits se calment. Il est vrai que la religion nationale n’est pas remise en cause par l’Acte d’Union.

L’union rentre dans les mœurs et les Écossais, enfin, prennent leur part à l’essor inouï de la Grande-Bretagne et peuvent ainsi profiter du siècle des Lumières et de la révolution industrielle : l’Écosse devient l’un des principaux centres culturels, commerciaux et industriels de l’Europe du XIXe siècle. Mais cette unité ne résiste pas aux secousses du XXe siècle : une partie de l’Irlande arrache son indépendance après la Grande Guerre et à la fin du XXe siècle, le gouvernement de Tony Blair assouplit l’union tricentenaire en restituant aux Écossais un début d’autonomie et un Parlement à Édimbourg, en attendant une possible indépendance.

Depuis peu le pays bénéficie d’un certain renouveau économique et culturel, grâce notamment à un secteur des finances en développement, à l’extraction du pétrole et du gaz naturel de la mer du Nord, et finalement au rétablissement du parlement écossais. Aujourd’hui, pour beaucoup d’Écossais, les considérations nationalistes passent après leur envie d’en finir avec le système économique actuel.

Etre indépendants, cela signifierait pour les Écossais en terminer justement avec le système économique, et l’ambiance libérale, actuelle. Les électeurs veulent du logement social, et le maintien de l’emploi subventionné. Les considérations nationalistes arrivent seulement après tout cela.

Mais aujourd’hui, nous savons que les Écossais ont voté à 55 % contre l’indépendance. Nigel Farage, le leader du parti eurosceptique Ukip, appelle à la tenue d’une convention constitutionnelle, pour que soit créé un Parlement anglais, explique le Guardian. Il a par ailleurs posté une cinquantaine de lettres pour appeler les députés écossais au Parlement britannique à ne pas voter sur les questions qui concernent uniquement l’Angleterre, ce qui est le cas aujourd’hui. « Je pense que nous avons besoin d’un débat à nous, qui soit ouvert« . Aux Écossais, sans doute. Mais aussi un débat pour les autres nations composant ce Royaume qui a bien du mal à rester uni. God Save The Queen !

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Pour aller plus loin :

– l’article original du site LaLibre.be

– l’article de base extrait de Wikipedia

– l’article « Union de l’Angleterre et de l’Ecosse » sur Herodote.fr

– l’article « la guerre d’indépendance de l’Ecosse » sur Histoire-fr.com

– « Pourquoi les Ecossais veulent l’indépendance » sur le site de BFM.tv

– Quelles seraient les conséquences d’une indépendance de l’Ecosse?

 

Sep 13

Le virus Ebola : toute une histoire

« Le monde est en train de perdre la bataille contre la progression de l’épidémie d’Ebola qui frappe l’Afrique de l’Ouest » a déclaré mardi 9 septembre 2014 la présidente de Médecins sans frontières (MSF), Jeanne Liu. « En six mois de la pire épidémie d’Ebola de l’Histoire, le monde est en train de perdre la bataille pour la contenir. Les dirigeants n’arrivent pas à bloquer cette menace transnationale« , a poursuivi Jeanne Liu dans un discours prononcé aux Nations unies à New York, selon un communiqué de MSF International.

1658552_ide-afrique-ebola-senegal-1600_800x889pSur son site internet, MSF ajoute : « Avec plus de 2473 cas dont 1350 décès, l’épidémie d’Ebola en cours en Afrique de l’Ouest est la plus importante jamais enregistrée depuis l’identification de la maladie, en 1976.« 

L’organisation mondiale de la santé espère stopper la progression du virus d’ici trois mois mais prédit au moins 20.000 morts. Sur le site sante.gouv.fr , cette maladie est présentée comme l’une des maladies virales les plus graves connues chez l’homme. Le taux de létalité peut atteindre 90%. Les flambées de fièvre hémorragique provoquées par le virus Ebola surviennent principalement en Afrique.

Le virus Ébola se transmet à l’homme à partir des animaux sauvages et se propage ensuite dans les populations par transmission interhumaine : par contact direct avec le sang, les liquides biologiques ou les tissus des sujets et animaux infectés. Il n’existe – pour le moment – aucun traitement ni vaccin et la prise en charge repose généralement sur un traitement symptomatique.

Pour entrer dans les détails, il faut savoir qu’il y a quatre espèces reconnues dans le genre Ebola, qui ont un certain nombre de souches spécifiques. Le « Zaïre du virus » est l’espèce type, qui est aussi le premier découvert et le plus mortel. Les micrographies électroniques montrent de longs filaments, caractéristique de la famille des Filoviridae virale. Le virus interfère avec les cellules endothéliales qui tapissent la surface intérieure des vaisseaux sanguins et la coagulation. Comme les parois des vaisseaux sanguins endommagés et les plaquettes sont incapables de coaguler, les patients succombent à un choc hypovolémique. Ebola se transmet par les fluides corporels. La peau et l’exposition de la conjonctive peut également conduire à la transmission, mais dans une moindre mesure.

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Ebola est apparue en 1976 au Zaïre. Mais cette maladie est restée largement obscure jusqu’en 1989 – date d’une flambée de large publicité à Reston. Ce virus est nommé d’après la vallée de la rivière Ebola en République démocratique du Congo (anciennement Zaïre), qui est près du site de la première épidémie reconnue en 1976, dans un hôpital de la mission dirigée par des religieuses flamandes.

Pour le moment, les traitements contre Ebola ne sont encore qu’expérimentaux. La recherche s’est surtout intéressée à ce virus par crainte qu’il soit utilisé comme arme biologique. Comme l’explique l’article du Point.fr, jusqu’ici, seules deux thérapies sont disponibles. Un vaccin fabriqué par le gouvernement canadien – dont 800 à 1 000 doses doivent être distribuées prochainement -, et ZMapp, un traitement conçu par une société américaine, qui a été administré à six professionnels de la santé contaminés par le virus. Mais les maigres stocks de ZMapp sont déjà épuisés et il faudra des mois pour reconstituer ne serait-ce que de modestes quantités de ce médicament élaboré à partir de plants de tabac. Les trois premiers malades à recevoir ZMapp ont été deux travailleurs humanitaires américains dont l’état de santé s’est amélioré, et un prêtre espagnol de 75 ans qui, lui, est décédé.

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Tout dernièrement, une étude, publiée le 7 septembre 2014 dans la revue Nature Medicine, est venue conforter l’annonce de tests sur les humains. Une injection d’un vaccin expérimental, renforcée par une piqûre de rappel, permettrait une protection « rapide et durable » contre le virus Ebola chez des singes. C’est pour le moins un résultat prometteur…

Face à une telle épidémie, il est utile de prendre conscience que non seulement mes maladies infectieuses n’ont pas toutes disparu mais aussi pour lutter contre elles, l’aide au développement des Nations unies reste essentielle. Enfin, aucun des pays riches n’est immunisé contre tout risque infectieux : la prudence reste de mise, même et surtout en Europe et en France.

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Pour aller plus loin, voici quelques sources :

– La maladie à virus Ebola – site officiel de l’O.M.S

– La maladie à virus Ébola  – site sante.org.fr

– Les 4 idées fausses sur Ebola – site LeFigaro.fr

– La progression de l’épidémie en Afrique de l’Ouest – site SudOuest.fr

– Ebola, histoire secrète d’un sérum – site LePoint.fr

– Ebola : un vaccin expérimental – site LeMonde.fr

– Le Virus Ebola peut-il arriver en France – site LeMonde.fr

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