Enfants d’hier et de demain

21 09 2009

Aujourd’hui, dans cette « tribune libre », nouvelle catégorie du blog, je laisse la parole à Pierre Frackowiak qui nous fait part de sa dernière lecture…

Lettre aux grandes personnes sur les enfants d'aujourd'hui


Note de lecture

Lettre aux grandes personnes sur les enfants d’aujourd’hui

Philippe Meirieu

Editions Rue du Monde. Août 2009. 312 pages. 19,80 euros

Quels enfants allons-nous laisser au monde ?

Tous ceux qui s’intéressent à l’évolution de l’éducation auront au moins deux bonnes raisons d’aimer ce « Meirieu nouveau ».

La première raison sera cette question cruciale et déstabilisante : « Quels enfants allons-nous laisser au monde ? », une question neuve qui engage également parents, enseignants et la société toute entière. La question « Quel monde allons-nous laisser à nos enfants ? » est devenue banale, même si, au-delà de sa répétition sur tous les tons, les pouvoirs publics peinent à prendre les décisions que les réponses appellent. Philippe Meirieu ne la néglige pas. Il la rappelle même,  commentant les dégâts constatés sur la planète. Mais il lui adjoint une autre question qui, elle, n’est pas banale et nous interpelle fortement : « Quels enfants allons-nous laisser à notre monde ? ». Personne ne s’en préoccupe vraiment alors que l’incompréhension entre les générations s’accroît. Les conflits de générations ont fait l’objet de nombreux ouvrages psychologiques et de romans, mais le problème prend depuis quelques années une tout autre dimension. Il arrive de plus en plus souvent que les parents ne comprennent plus du tout leurs enfants, même quand ils les observent avec la plus grande indulgence dans le prisme de ce fameux conflit. Il arrive de plus en plus souvent que les enseignants soient démunis face aux attitudes des élèves, même dans des collèges huppés de centre ville, devant leur désintérêt face à la chose scolaire et devant leur contestation des pratiques, leur exigence de justice et de droit à   l’expression.

Les parents sont de plus en plus nombreux à souffrir, les enseignants sont de plus en plus nombreux à rencontrer des problèmes qui les laissent complètement démunis.

Comment réagir quand, dans une classe de 4ème de centre ville, au signal discret d’un élève, tous se mettent sous leur table ? Comment réagir quand des centaines de professeurs avouent confidentiellement qu’ils passent tout leur temps à tenter d’obtenir en vain le silence ? Comment les parents, informés, peuvent-ils réagir ? Quelle position adopter quand les récits de leur enfant tendent à les convaincre qu’ils auraient eu envie de faire la même chose dans les mêmes circonstances s’ils n’avaient été craintifs, disciplinés et obéissants comme la majorité des enfants de leur époque ?

La seconde raison est que pour la première fois peut-être dans la littérature pédagogique un expert, un pédagogue, un enseignant a le courage et la modestie de dire qu’il ne sait pas , que nous sommes les uns et les autres dans le même bateau et que nous cherchons tous les réponses et les attitudes les meilleures possible. On n’a pas encore bien compris dans le système éducatif français que l’une des raisons majeures de la difficulté à faire venir les parents à l’école et à faire se rencontrer utilement parents et enseignants, réside dans cette espèce de domination, de pouvoir, qu’exercent sans en avoir toujours conscience les enseignants sur les parents. Les enseignants expliquent, conseillent, recommandent, jugent et critiquent parfois comme s’ils savaient. Or, ils savent sans aucun doute, du moins peut-on l’espérer, enseigner aux élèves, transmettre leurs savoirs. Mais ils n’ont ni la compétence ni la légitimité pour expliquer aux parents ce qu’ils doivent et comment faire. Ils l’ont d’autant moins aujourd’hui qu’ils se heurtent aux mêmes problèmes avec leurs propres enfants et ne savent pas nécessairement mieux réagir que les parents de leurs élèves. Les injonctions ou incantations classiques (« Votre enfant ne travaille pas assez. Il faut le faire travailler. Il faut qu’il fasse ses devoirs et qu’ils apprennent ses leçons ») ne sont plus crédibles, elles sont inopérantes.

Comment réagir avec un enfant qui se moque des savoirs scolaires dont il ne voit pas le rapport avec ce qu’il sait par ailleurs, comment réagir avec un enfant conditionné par la publicité, accroché à son téléphone et à la télécommande, « scotché » à Internet, collé à la communication avec des nouveaux réseaux que nous ne connaissons pas, fasciné par la console de jeux, attiré par les expériences les plus dangereuses ? On se rend vite compte que l’autoritarisme, les menaces, les sanctions, les leçons de morale, les références au passé ne peuvent résoudre les problèmes. On commence d’ailleurs seulement à se rendre compte qu’il devient ridicule de penser qu’il faut revenir aux bonnes vieilles méthodes, isoler l’école de son environnement, sanctionner.

Il faut donc trouver d’autres voies pour que tous ceux qui sont concernés par l’éducation des enfants : parents, grands-parents, enseignants, élèves, partenaires, communiquent entre eux, s’écoutent, se comprennent, analysent ensemble les situations, cherchent ensemble les voies et moyens de réussir.

Philippe Meirieu nous entraîne dans une réflexion de très haut niveau et accessible à tous, y compris à des adolescents en ciblant par exemple le chapitres évoquant les modes vie actuels, leurs modes de vie, avec différentes perspectives complémentaires : historique, philosophique, juridique, pédagogique…

On ne peut parler de l’avenir sans se référer au passé et sans analyser l’évolution des conceptions et des enjeux. En moins de 100 pages, il retrace magistralement, sans concession et sans procès, l’histoire de la place de l’enfant dans la société, dans la famille, dans les apprentissages. Appuyant sa démonstration sur les travaux de Philippe Ariès, il passe en revue les grands penseurs qui ont marqué l’histoire de l’éducation. Comme il aime le faire, il évoque Coménius, Jean-Jacques Rousseau, Paulo Freire, Célestin Freinet, Ferrière, Dewey, Montessori, etc. En 66 pages, il présente et analyse la convention internationale des droits de l’enfant sous tous ses aspects et ouvre la réflexion sur le droit à connaître ses origines, la parentalité biologique et la parentalité psychologique, la justice des mineurs, la liberté d’expression des enfants… En 90 pages, il propose au débat et à la réflexion collective des pistes à explorer pour inventer. Il propose notamment une « révolution copernicienne en éducation » :

« Les temps d’incertitude ne doivent pas être des temps de renoncement. Et c’est bien là notre problème. Ce n’est pas parce que nous ignorons de quoi demain sera fait que nous devons abdiquer toute ambition éducative. Bien au contraire ! Mais – et nous n’avons pas encore vraiment mesuré l’ampleur du changement que cela constitue – éduquer devient infiniment plus difficile dans un monde qui, selon la formule de Milan Kundera, « s’avance dans le vide ». A bien des égards, même, l’acte éducatif change de sens : alors qu’il se nourrissait traditionnellement d’un passé qu’il s’agissait de prolonger, il doit aujourd’hui s’inspirer d’un futur que nous ne sommes pas capables d’anticiper. »

Philippe Meirieu pose la question : « A quoi éduquer nos enfants ? ». Ses réflexions, ses propositions à débattre, sont aux antipodes des « nouveaux vieux programmes » de M. Darcos et des comportements traditionnels des co-éducateurs. Apprendre à différer, apprendre à entrer dans le symbolique et la culture, apprendre à parler et à pense juste, apprendre à habiter le monde, apprendre à exercer sa responsabilité individuelle et collective. Nous sommes dans la perspective d’une éducation globale émancipatrice fondée sur la liberté et la démocratie et faisant le pari de l’intelligence.

S’adressant à toutes « les grandes personnes », Philippe Meirieu rappelle que nous sommes embarqués et qu’il nous faut avancer au risque de sombrer corps et biens. Avancer. Ne pas reculer. Ne pas se réfugier dans la nostalgie du passé. Pour avancer ensemble, il nous faut un cap : « Eduquer nos enfants pour qu’ils deviennent capables de faire fonctionner, de renouveler et d’étendre nos institutions démocratiques. Il nous faut des balises… Il nous faut une détermination : celle de créer sans relâche des situations éducatives, à l’école, dans la cité, dans la famille, qui permettent à nos enfants d’avoir prise sur leur histoire, sur notre Histoire. »

Philippe Meirieu n’a pas toutes les réponses. Il est, comme nous, habité par l’inquiétude et taraudé par le doute. Mais il donne un cap. Malgré les difficultés et les tempêtes, il ne quitte pas le navire et veut associer toutes les grandes personnes au grand voyage de l’éducation du futur.

Pierre Frackowiak

Merci Pierre pour cet envoi et ce partage. Pour ma part je n’ai pas encore lu l’ouvrage de Philippe MEIRIEU mais cette note de lecture m’y invite grandement!

Je retiens entre autre ces quelques lignes…

« Il faut donc trouver d’autres voies pour que tous ceux qui sont concernés par l’éducation des enfants : parents, grands-parents, enseignants, élèves, partenaires, communiquent entre eux, s’écoutent, se comprennent, analysent ensemble les situations, cherchent ensemble les voies et moyens de réussir. »




Mobilisation éducative

5 09 2009

http://www.curiosphere.tv/SITHE/SITHE22676_DYN//image/logo_res.gif

AFEV



François Dubet, parrain de cette seconde édition de la journée du refus de l’échec scolaire, donne son opinion sur les enjeux du collège, ses faiblesses et ses forces…
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Rejoindre la mobilisation contre l’échec scolaire : contactez nos équipes


Enseignants, vous agissez contre l’échec scolaire ? Créez votre blog !

Comme l’année dernière, j’en serai…

parce qu’une bonne liaison Primaire-Collège est essentielle pour la cohésion des apprentissages!

Pour les accros des réseaux, joignez-vous à  l’événement sur FACEBOOK




Une rentrée sous « haute surveillance »

20 08 2009

Une rentrée sans école…Saison 1

Nouvelle réforme ?

Dispositif avant-gardiste ?

Expérimentation pour une éducation du futur ?

ou

Scénario catastrophe du tout prochain Reality Show télévisuel ?

Chers élèves, Charlemagne est mort ! Oui, vous le saviez déjà, c’est vrai. Mais là, je veux dire qu’il est définitivement mort, assassiné, rayé des livres d’école. Notre ancêtre à la barbe fleurie avait selon la légende inventé l’école ? Aujourd’hui, l’école ne veut plus de lui, ni de personne d’ailleurs. L’école est fermée. Ses portes seront bientôt closes, par décret, officiellement. Légalement. Il en va de la santé d’une nation, d’un continent, voire de la planète toute entière.  La pandémie nous guette.  Il nous faut réagir. Le compte à rebours est-il lancé ?

Oh…chers enfants, camouflés derrière la panique des hommes, je devine déjà vos sourires espiègles s’épanouir à mesure que l’automne approche. Je sens d’ici le battement surexcité de vos petits cœurs croître alors même que le temps semble échapper aux grands de ce monde. L’automne arrive… Oui, j’entends vos soupirs de soulagement et vos chants  de victoire se mêler à ceux de notre désespoir.  L’automne est là ! Et derrière lui, dit-on, son cortège de toux, de fièvre et de miasmes morbides.

Alors, ça y est…ce rêve honteux dont  chacun de nous, au creux d’un lit encore ensommeillé, s’est fait un jour l’écho silencieux, ce désir inavouable  inscrit au plus profond de nos peurs de cancre et de nos colères de gosse, cette vaine espérance d’un réveil sans cartable, d’une matinée sans note, d’une  semaine sans  tricherie, d’une saison buissonnière, d’une année sans école, ce jour là, ce rêve là, est-il  donc arrivé ? Papa ! Maman ! Il n’y a plus d’école, plus de contrôle, plus de bulletin, plus d’orientation ! Maman ! Papa, vous pouvez  dormir tranquilles, demain sera le plus beau jour de ma vie, enfin je veux dire…de ma vie d’élève ! Une ère nouvelle s’annonce.

Yvan Illich, réveille-toi, ton heure de gloire est là. Tu l’avais souhaité, théorisé, argumenté, écrit… Le tome 2 de ta société sans école est en passe de voir le jour.  Du concept au réel, ses premières lignes s’écrivent à cette heure précise où sur mon clavier court cette rumeur folle d’une rentrée sans école.  Son titre ? De l’école obligatoire à l’interdiction d’école….Rêve ou cauchemar ?

En 1971, tu posais déjà les termes d’un nouveau contrat. Souviens-toi, pour une éducation plus juste, tu appelais de tes vœux un monde déscolarisé où chaque homme sur cette terre serait à la fois enseignant et enseigné, acteur et transmetteur et cela tout au long de sa vie d’homme. Quel était ce projet novateur  que tu nous proposais? Un crédit d’éducation illimité! Sans condition ni promesse intenables. Vivre c’est apprendre. Tu ne voulais d’aucun plan d’ensemble, d’aucune obligation scolaire, démontrant l’implacable logique d’un système qui cessait d’instruire et d’éduquer dès lors qu’il se soumettait aux règles de quelques-uns. Révélant sans concession la face obscure d’un cadre scolaire qui tuait ses propres finalités éducatives, tu nous avais mis en garde contre l’institution elle-même. Une institution qui exterminerait en son sein les valeurs qu’elle promulguait à l’extérieur.  Tu disais alors : « Il nous faut donc trouver d’autres moyens d’apprendre et d’instruire, et que toutes les institutions soient appelées à participer à cet effort en faisant réapparaître leurs qualités éducatives […] Imaginons que les hommes cessent de s’abriter derrière leurs diplômes et qu’ils aient le courage d’élever la voix et d’apporter leurs propres réponses et, par là, de s’assurer le contrôle des institutions auxquelles ils participent. Pour en arriver là, nous devons apprendre à nous rendre compte de la valeur sociale du travail et du loisir par les échanges éducatifs qu’ils permettent. Une participation véritable à « la vie politique », que ce soit dans la rue, sur le lieu de travail, dans une bibliothèque, dans un hôpital, demeure le seul étalon de comparaison qui nous permette de mesurer la valeur des différentes institutions sur le plan de l’éducation.»

Formidable utopie ?

Aujourd’hui, à la veille de cette rentrée 2009, sommes-nous prêts à relever ton incroyable défi ?  Sommes-nous prêts à mettre en place cette impensable utopie? Une éducation sans école est-ce possible ? Un enseignement sans programme, est-ce possible ? Apprendre ailleurs qu’à l’école, est-ce possible ? Pour tous et partout dans le monde ? Pour tous et selon ce libre-arbitre dont tu te faisais à la fois, le juge et l’avocat ? Tu écrivais encore : « l’échange des compétences et les rencontres de partenaires égaux se fondent sur la volonté de donner un sens véritable à l’expression : « l’éducation pour tous ». Il ne faut pas qu’elle soit le prétexte à un enrôlement dans une institution monopolistique, mais qu’elle suscite cette mobilisation générale de la société, de la population  tout entière, qui seule peut conduire à une culture populaire authentique. »

Sommes-nous donc à l’aube de cette mobilisation générale ? Mobilisation forcée, obligatoire, décrétée certes mais mobilisation générale tout de même. Qu’allons-nous en faire ? Qu’allons-nous en tirer ? Un palier de non retour a-t-il été franchi ? Vous, nous, ils… Parents, enseignants, sommes-nous prêts ?

Un dispositif de prévention sanitaire sans précédent remet définitivement en cause le système éducatif existant. Bien sûr il ne s’agit « que » d’une simulation liée au principe de précaution, d’un ultime recours au cas où, d’une mesure d’extrême urgence… Mieux vaut prévenir que guérir…ou mourir ! Cependant, penser l’école hors de l’école, c’est déjà penser au démantèlement de celle-ci  telle qu’elle existe aujourd’hui. Rien ne sera plus après comme il en a été avant. Ainsi, là où tous les pouvoirs se sont heurtés, où toutes les réformes ont avoué leur impuissance, où tous les discours politiques ont avorté, la grippe A, elle, aura vaincu. Le virus H1N1 aura eu  raison du dernier mammouth !

Fermons les écoles ou bien nous périrons tous emportés par la fièvre porcine.

Mais alors, qui s’occupera de nos enfants ? Que deviendront les enseignants ? Comment les parents répartiront-ils leurs temps professionnel ? Quid du bon fonctionnement de nos entreprises désertées ? Lesquels d’entre nous seront chargés de répondre de la bonne éducation de chacun, et de  la juste instruction de tous?

Si la question d’une mise en quarantaine se pose pour l’école, la question de la responsabilité éducative se « re »pose à chacun de nous, à chaque citoyen, salarié ou patron, à plein-temps ou non, à chaque père, mère, voisin, oncle, à chaque homme et femme. Si l’on en a fini de l’institution scolaire, qui prendra le relais ? Pourra-t-on décemment tourner le dos à cette nouvelle redistribution des tâches ? Pourrons-nous sans honte ni vergogne répondre à cet appel par ces mots trop souvent entendus…pas moi, ni moi, ni toi…débrouillez-vous, organisez-vous, mais…sans moi!  Ou bien, parviendrons-nous enfin à poser les premières pierres d’une nouvelle alliance éducative ?

Faut-il craindre le pire et se méfier de « la mise en place d’un système individualisé, empirique et non régulé » comme le prédit Alain BOUVIER, ancien recteur et membre du Haut Conseil de l’Education? Sans doute si nous n’y prenons garde. Sans doute si nous n’en profitons pas pour remettre à plat nos priorités et nos valeurs. Sans doute si nous ne nous saisissons pas de cette opportunité pour repenser nos repères, nos habitudes, et le partage de nos compétences. Sans doute si nous ne faisons plus confiance en nos propres capacités personnelles à transmettre hors d’un contexte scolaire. Sans doute si nous persistons à croire qu’il n’y a de possibilité d’apprendre qu’au travers d’un programme unique et de salut qu’à l’école…

Remplacer l’école obligatoire par la télévision obligatoire transformerait  l’éducation et l’instruction en un curieux produit de consommation. Du programme scolaire au programme télévisuel, il n’y a qu’un pas ! Des acteurs  en guise de profs, il fallait y penser ! Des élèves déscolarisés transformés en téléspectateurs à temps plein, il  fallait oser ! Il est vrai, en temps de crise, on fait face à l’urgence. Sauvons le programme avant tout ! Pour le reste, on verra bien…

Le compte à rebours a-t-il commencé ? Albert Jacquard dans son dernier ouvrage nous avertit… « Non, le pire n’est pas certain mais nous devons nous hâter. »

Hâtons-nous donc de réinventer l’espace éducatif, de re-solidariser les partenaires éducatifs pour ainsi réinjecter  de l’éducation dans chacune des cellules sociales et culturelles qui fonde notre cadre de vie.

Le savoir n’a-t-il de valeur que décliné dans la seule enceinte scolaire?

Il n’y a pas d’école aujourd’hui ? Viens je t’emmène avec moi à l’atelier, tu y découvriras des outils et des gestes séculaires. Il n’y aura pas d’école demain non plus ? Ton père te fera visiter les coulisses de son théâtre. L’école est fermée une semaine ? Une amie du voisin te propose de l’aider à vendanger. L’école ne rouvrira pas tout de suite ? Organisons un nouveau tissu éducatif, retrouvons au quotidien de nouveaux modes de transmission et d’apprentissage. Artisans, chercheurs, ouvriers, banquiers, ministres, et si le temps d’une pandémie nous ouvrions les portes du monde à nos enfants ? Nous avons tous à apprendre quelque chose les uns des autres, nous avons tous quelque chose à enseigner à notre prochain, qu’il soit notre élève, notre enfant ou celui de la voisine !

On n’apprend pas qu’à l’école.

Vivre c’est apprendre.

Profitons de cet automne pour vivre ensemble autrement.

Réapproprions-nous nos capacités intrinsèques d’apprendre et de faire apprendre.

Serions-nous à l’aube d’un vaste processus de déscolarisation de la société ?

Osons le pari d’une mutation à nulle autre pareille. Mais de grâce, ne laissons pas nos enfants s’endormir devant la télé !




Alain, Erwan et nous autres…

26 07 2009

Ce matin, un article en réponse au dernier commentaire en ligne…

Oui, en effet…en plein we de grand départ, qui se souciera du sort d’Alain REFALO?

La sanction est odieuse car pécunière…réduire un peu plus le maigre salaire d’un enseignant qui n’a commis aucune faute professionnelle, ne compte par ailleurs ni ses heures auprès de ses élèves ni ses heures hors temps scolaire, c’est tellement “petit”, tellement indigne!

Une idée en passant…organiser le soutien financier d’Alain en mettant en ligne une collecte:

1 euro symbolique…multiplié par le nombre d’enseignants solidaires…

Utiliser les réseaux sociaux et les différents sites web pour la diffusion de cet appel à solidarité.

Pédagogiquement, professionnellement, humainement, étiquement vis à vis de ses élèves, rien ne peut être retenu contre Alain REFALO. Mais il a ouvertement, publiquement, médiatiquement osé dire et organiser son opposition, son insubordinnation.

Il me semble que c’est sur cette nouvelle forme de contestation que notre collègue a été sanctionné. Insoummission, manquement au devoir de réserve, outrage à fonctionnaire, incitation à la désobéissance collective.

Personnellement, si je reste partagée sur la forme empruntée par le mouvement des désobéisseurs, je demeure totalement solidaire sur le fond.

Une question subsiste alors…

Comment agir sur le fond sans adopter une forme radicalement contestataire?

Comment accorder conscience personnelle, respect hiérarchique et responsabilité civique…

Quelques lectures à ce sujet

http://www.meirieu.com/nouveautesblocnotes.htm

http://www.charmeux.fr/blog/index.php?2009/07/25/121-cette-fois-l-ecole-est-vraiment-en-danger

http://resistancepedagogique.blog4ever.com/blog/lirarticle-252147-1332994.html

http://tvbruits.org/spip.php?article1066

Jusqu’au verdict final j’ai voulu penser, croire, souhaiter que la sanction ne serait que symbolique. Elle est odieuse, disproportionnée et injuste.

Ce que j’aurais aimé entendre de la part des responsables politiques?

Quelque chose du genre….

Monsieur REFALO, nous ne pouvons tolérer qu’ouvertement vous appeliez à l’insubordination collective; nous vous demandons donc de stopper tout appel à la désobéissance; mais au regard de ce que vous mettez en place en classe, nous ne pouvons que constater que vos dispositifs pédagogiques permettent d’aider les élèves à progresser et à apprendre; nous n’appliquerons donc aucune sanction à votre encontre.




Célestin, Maria, John et tous les autres

21 07 2009

En ce mardi 21 juillet 2009, voici quelques réactions à chaud et dans le désordre (c’est les vacances tout de même!) à 2 articles parus ce jour dans le quotidien La Croix.

 

1 Docteur en sciences de l’éducation, Marie-Laure VIAUD explique le manque de succès des pédagogies différentes en France:

http://www.la-croix.com/article/index.jsp?docId=2382951&rubId=786

 

2 Un article de Jean-François FOURNEL sur la pédagogie FREINET

  

http://www.la-croix.com/article/index.jsp?docId=2382705&rubId=4076

 

1/ Une centaine d’écoles labellisées Freinet ou Montessori répertoriée sur le territoire, c’est bien entendu beaucoup trop peu ! Cependant il ne faudrait pas oublier le travail d’un grand nombre d’enseignants au niveau du primaire qui, au sein de structures traditionnelles, tentent « frénétiquement » de réinjecter un peu de ce substrat pédagogique. Pas facile du reste d’adhérer à un modèle collaboratif d’apprentissage, où apprendre apparaît comme un processus lié aux interactions entre pairs (je fais ici référence aux pédagogies « institutionnelles »), dans un système où les adultes entre eux peinent souvent à travailler ensemble faute de temps, d’organisation et/ou de motivation.

 

2/ Je ne pense pas que le manque d’ouverture des enseignants soit la principale cause du faible engouement pour ces pédagogies. Encore faudrait-il que les enseignants aient été formés à cela. Freinet comme d’autres pédagogues, s’ils sont « cités » en formation initiale, le sont davantage comme des personnages historiques faisant partie de l’histoire de l’éducation plutôt qu’appréhendés comme de possibles sources d’inspiration concrète. Et demain…comment Pestalozzi, Montessori, Freinet, Dewey, Steiner, Ferrière, Cousinet, Decroly, Oury (et tous les autres!!) vont-ils être intégrés, compris, assimilés au sein des nouveaux dispositifs de formation ? La question demeure ouverte…

 

3/ Ce n’est effectivement pas Mai 68 qui a inspiré Freinet (il est mort en 66) mais plutôt sa traversée du Chemin de Dames et l’indélébile handicap dont il fut victime. La pédagogie n’est pas qu’une technique d’apprentissage, même si pour Freinet cette technique est essentielle ; la pédagogie est avant tout une réflexion d’ordre anthropologique. Il me plait à rêver, croire même que la « crise » que nous traversons actuellement porte en elle les fruits d’une nouvelle réflexion sur l’homme, sa place et son rôle dans la société. Que laisserons-nous à nos jeunes ?

 

 4/ Montessori, une pédagogie de luxe… Si Maria venait à apprendre cela…Mais Montessori, ce n’est pas une méthode ! Montessori, c’est une grande Dame qui s’est toute entière dévouée à l’éducation des plus fragiles, de ces enfants à l’époque considérés comme aliénés, débiles et par voie de conséquence évincés de toute préoccupation éducative. Comment en sommes-nous venus à « marchandiser » sa pensée et son action ?! Il y a là encore quelque-chose qui ressemblerait à cela…

 

Ce dont le système ne veut pas, soit il le pervertit, soit il le rend inaccessible…

 

http://www.dailymotion.com/video/x9tb16

 

Des parents, associés, intégrés, partenaires…ça aussi ça compte!

 




Méditation…

19 07 2009

« Traitez les gens comme s’ils étaient ce qu’ils devraient être, vous les aiderez à devenir ce qu’ils peuvent être. » GOETHE

 

 




Promouvoir une éducation durable

11 07 2009

Dans un article du Figaro daté du 10 juillet 2009, Alain Bentolila, éminent linguiste et principal concepteur des nouveaux programmes, s’intéresse aux relations entre la famille et l’école. De la linguistique au projet éducatif…Il fallait y penser!

Quel bonheur de retouver sous votre plume ces idées qui me sont chères et que je défends sur ce blog depuis sa création.

Je vous cite…

« Il est urgent de repenser les liens entre l’école et les familles…pour créer cet espace commun de coopération culurelle et éducative…il faut qu’un vrai projet soit proposé….afin de ne laisser aucun des enfants de ce pays sur le bord du chemin…Il est grand temps d’agir…il faut que parents et enseignants se décident à définir les termes d’une compatibilité entre école et famille…c’est dans une telle perspective que devraient être créer des « écoles de parents »: on y apprendrait à construire des ponts entre savoirs scolaires et vie familiale…nous ne gagnerons pas la bataille contre l’échec scolaire en dressant parents et enseignants les uns contre les autres…l’avenir de nos enfants mérite que l’on réunisse famille et école dans un même élan républicain sans les confondre ni les opposer…une même intelligence doit proposer aux parents et aux enseignants les termes d’un nouveau pacte qui les rendrait collectivement responsables de porter au plus haut degré d’exigence la formation intellectuelle des élèves-enfants « .

Et bien Monsieur Bentolila, la petite enseignante que je suis se voit très honorée du fait que vous vous fassiez l’écho de ces propos. Il m’avait déjà semblé reconnaître quelques-unes de ces formules dans le dernier chapitre d’un de vos récents ouvrages…Certes, les idées n’appartiennent à personne; elles vont et viennent au gré de ceux qui les énoncent, les traduisent, les interprètent, les adaptent. Qu’un homme de votre renommée reconnaisse (quelques mois après avoir sans doute lu un manuscrit que je soumettais à votre regard critique et dont je n’ai jamais eu de retour) la valeur et l’utilité d’un tel pacte républicain me réjouit!

Est-il utopique de penser que vous auriez pu me répondre, comme d’autres l’ont fait, et non des moindres. J’aurais volontiers échangé en toute humilité quelques idées avec vous. Mais j’imagine aisément qu’un homme de votre stature, régulièrement courtisé et sollicité en permanence, ait à gérer avec soin son agenda et à choisir avec prudence ses interlocuteurs!

C’est pourquoi je ne jouerai pas avec vous la fable du pot de terre contre le pot de fer. Je saisis juste ma souris blogueuse au vol et souhaite que nos idées soient lues, comprises et partagées par le plus grand nombre. Bien évidemment, il reste certains points que vous évoquez dans cet article sur lesquels je reste prudente, notamment lorsque vous affirmez que l’école maternelle fournit aujourd’hui une réponse inadaptée aux besoins des jeunes enfants. Ainsi voilà une nouvelle occasion de nous rencontrer et d’en reparler!

Quand vous le voulez, où vous le souhaitez, je reste solidaire d’un dialogue à construire.

En attendant, c’est avec plaisir que je vous invite à (re)lire mon ouvrage. Et oui, figurez-vous que mon « Projet pour repenser les relations parents-enseignants » est paru en avril dernier, après divers remaniements. En voici la couverture:

Vous y retrouverez un grand nombre des termes et des concepts que vous abordez dans votre article. Dans mon ouvrage, j’ai pris soin de les développer en faisant le pari de cette « éducation durable » à laquelle votre article est dédié.

En vous souhaitant bonne lecture!




« On ne naît pas homme, on le devient. »

24 06 2009

A l’heure des choix d’orientation, des conseils de classe et des diplômes à valider, il est bon de lire et relire certaines paroles. Des paroles d’éducateurs, de pédagogues, de philosophes, mais avant tout des paroles d’hommes. C’est là l’essentiel.

« Si l’école est un lieu où l’homme est aimé pour lui-même, dès ses commencements, il faut que les éducateurs soient eux même au large de leur propre humanité pour éveiller le goût du large. En effet, si l’école est un service préférentiel de l’homme, sa mission ne peut pas se réduire à la seule exécution d’un programme de conformité sociale ou d’efficacité économique. Elle a bien évidemment des responsabilités économiques et sociales décisives, et il est vital pour des jeunes de pouvoir envisager des études comme ce qui les prépare effectivement et efficacement à vivre leur vie d’adultes: leur avenir est une chose sérieuse, ils n’ont que faire d’érudition vaine et de dilettantisme intellectuel. Mais c’est normal aussi qu’un professeur ou un éducateur soient toujours un peu démunis quand on leur demande: » A quoi ça sert les Pensées de Pascal? A quoi ça sert un poème? » A quoi servent les semences? Seul le fruit répondra, longtemps après…Pour qu’un homme puisse appareiller vers son humanité tout entière, il faut entrouvrir une porte vers l’intériorité et la gratuité, qui préserve le rapport de la conscience à la vérité et prépare son rapport à l’absolu. »

Marguerite LENA

« Éduquer c’est, précisément promouvoir l’humain et construire l’humanité…et cela dans les deux sens du terme, indissociablement: l’humanité en chacun de nous comme accession à ce que l’homme a élaboré de plus humain et l’humanité entre nous tous comme communauté où se partage l’ensemble de ce qui nous rend plus humain. C’est pourquoi décider ou même accepter de priver délibérément, ne serait-ce qu’un seul individu de la possibilité d’accéder aux formes les plus élevées du langage technique et artistique, à l’émotion poétique, à l’intelligence des modèles scientifiques, aux enjeux de notre histoire et aux grands systèmes philosophiques, c’est l’exclure du cercle de l’humanité, c’est s’exclure soi-même de ce cercle. C’est, en réalité, briser le cercle lui-même et compromettre la promotion de l’humain. »

Philippe MEIRIEU

 » On ne naît pas homme, on le devient. » ERASME




Médiations éducatives 1

28 05 2009

Traiter la violence comme un symptôme plutôt qu’une cause,

sonder le fond du problème autant que colmater des brèches,

considérer les jeunes comme des révélateurs plutôt que des catalyseurs…

Trois principes essentiels qui permettraient d’entamer un travail en profondeur. Le vrai générateur de violence est ailleurs, au cœur et en amont de la société toute entière et du système scolaire en particulier. C’est avant tout ce système qu’il parait urgent de remettre à plat. Pour cela, il faut du courage et de la volonté politique, professionnelle, citoyenne. Le gouvernement seul n’y parviendra pas, les enseignants seuls n’y parviendront pas les familles seules n’y parviendront pas, la répression seule n’y parviendra pas…

Mais alors par où commencer?

Ayant beaucoup entendu parler du primaire, du lycée et de l’enseignement supérieur cette année, et si nous évoquions un peu le Collège ce matin…Voici quelques réflexions générales que je mettrais volontiers au cœur d’un projet de réforme si j’étais conviée à y réfléchir…

1/ Concevoir l’enseignement au Collège comme un acte pédagogique:

– Injecter de la pédagogie dans la formation initiale des enseignants

– Favoriser la polyvalence disciplinaire

– Renforcer la formation continue

Impact sur la violence?

Davantage de connexions entre les disciplines et de cohésion dans les apprentissages permettent de réduire l’écart entre le savoir et l’élève. En le rendant plus concret il devient plus accessible.  Si le savoir-savant est transformé en savoir mobilisable et disponible, la projection redevient possible, le sentiment d’exclusion intellectuelle et culturelle diminue, la colère diminue, la violence diminue.

Le savoir, médiateur éducatif et prétexte aux mises en relations, un premier pas vers l’apaisement…

2/ Concevoir l’enseignement comme un acte collégial:

– Repenser la mobilité professionnelle et le système de mutation à l’ancienneté.

– Nommer des coordonnateurs pédagogiques externes aux établissements.

– Alléger les mégalopoles scolaires.

Impact sur la violence?

En consolidant l’équilibrage des équipes éducatives, en stimulant la mise en place et le suivi des projets pédagogiques,  en travaillant au sein de groupes humains à taille humaine, on pérennise les efforts, on renforce le statut des adultes aux yeux des élèves, on gagne en légitimité et en force d’action. Plus les élèves sentiront une cohésion forte entre les adultes,  moins ils auront d’occasion de s’engouffrer dans les failles du système.

La cohérence, médiatrice éducative et architecte du cadre scolaire, un deuxième pas vers l’apaisement…

3/ Développer l’idée du partenariat dans l’acte éducatif

– Intégrer les familles les plus isolées

– Mettre en place des jumelages entre établissements

– Développer des réseaux associatifs via les collectivités locales

Impact sur la violence?

Parier sur la complémentarité des compétences et associer les différents acteurs de la société génèrent du lien, du sens, de la solidarité, du respect. A l’école, dans la rue, ou bien à la maison, quand les jeunes sentent qu’une même volonté s’exerce et que chacun est reconnu comme un des maillons de la chaine éducative, ils sont moins sujets à la dérive, à l’absentéisme, à l’exclusion.

La co-éducation, partenaire officielle de la médiation éducative, un troisième pas vers l’apaisement…

Voilà donc en guise d’introduction et pour inaugurer cette série d’articles sur la violence scolaire. Pas de mesures miracles, mais l’ébauche d’une réflexion générale aujourd’hui urgente et incontournable si l’on souhaite entamer un véritable travail sur le moyen et le long terme.

Évidemment, en attendant que tout cela se mette en place, il conviendra de penser des modalités plus immédiates et concrètes pour éviter que les actes de violence se répètent et protéger élèves et enseignants.

4 exemples pour terminer ce billet et illustrer chacune des parties:

1/ Mettre en place des projets pluridisciplinaires centrés sur un travail de recherche collaboratif et des réalisations concrètes. Par exemple, en 3ème, en histoire en abordant la Résistance, faire intervenir les derniers témoins, transférer les apprentissages à la prise d’engagements réels: aider les élèves à collecter des fonds pour permettre à certaines colonies indiennes de racheter des parcelles de territoires. Un travail de mémoire, un travail sur les valeurs humaines, un travail dans l’action, un travail pour la survie de l’espèce et de la planète. DÉJÀ VU et donc TRANSFÉRABLE.

2/ Cesser de placer systématiquement nos jeunes collègues à des postes dont personne ne veut car trop exposés. Le privilège de l’ancienneté réserve aux moins affutés les postes les plus complexes! Quelle incohérence et quelle violence! Violence infligée au enseignants et dont les jeunes s’emparent intuitivement. Lutte des territoires…c’est tellement évident qu’on a du mal à comprendre que ce système fonctionne encore! TROP SOUVENT VU et  pourtant INACCEPTABLE!

3/ Motiver des associations d’étudiants dans les quartiers pour accompagner et soutenir l’aide au devoir ou l’entraide au quotidien. Voir le site de l’AFEV. Favoriser les échanges inter-générationnels. DÉJÀ VU et donc TRANSFÉRABLE.

4/ Et pour commencer, transférer le budget prévu pour l’installation d’un portique de sécurité à celui du recrutement immédiat de personnel d’encadrement éducatif. Surveillant, assistant social ou conseiller principal d’éducation. Voir les 3!

Ce sera tout pour aujourd’hui…

D’autres articles parus sur BLOG BLEU PRIMAIRE en lien  le même thème

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Quelles alternatives au redoublement?

4 05 2009

Quelles alternatives au redoublement  ?

Une rencontre organisée par le CRAP-Cahiers pédagogiques et la FCPE le mercredi 6 mai 2009, de 16 h 30 à 22 h, à Paris, mairie du XIIe

À l’approche des conseils de classe du 3e trimestre, nous souhaiterions poser une nouvelle fois cette lancinante question du redoublement  : alors que de nombreuses études ont pointé ses limites, son inefficacité, son coût, pourquoi continue-t-on à y recourir  ? Est-il tout de même, dans certaines circonstances, utile  ? Et surtout comment faire autrement, sans se résigner à des parcours scolaires qui ne soient que des éjections par le haut, faute de mieux  ? En fin de 3e et au lycée, comment construire des orientations positives en évitant l’alternative entre répétition à l’identique par le redoublement ou affectation plus ou moins contrainte dans une filière perçue comme de relégation  ?

Une rencontre qui concerne tous les cycles de l’enseignement, et ouverte à tous les enseignants, personnels éducatifs et parents d’élèves.

Programme

Ouverture (16 h 30)  : Florence Castincaud, rédactrice en chef des Cahiers pédagogiques

Première table ronde (16 h 45 – 18 h 30) : Comment faire autrement, aux différents niveaux du système éducatif ?
Animation : FCPE
- Patrick Clerc, Florian Degrain, Rémi Guyot (écoles du Val d’Oise, qui travaillent par cycles)
- Stéphane Ducrest, proviseur du lycée Corot à Savigny-sur-Orge (91)
- Christiane Allain, FCPE

Buffet convivial, échanges informels

Deuxième table ronde (20 h – 21 h 45)  : Quoi de neuf sur le redoublement ?
Animation : Crap
- Christian Forestier, administrateur général du CNAM, ancien président du Haut conseil de l’évaluation de l’école
- Gilbert Longhi, proviseur du lycée Albert Einstein à Sainte-Geneviève des Bois (Essonne) , auteur notamment d’ouvrages sur le « décrochage »
- Claude Seibel, ancien directeur du service des statistiques au ministère de l’Éducation nationale

Conclusion : Jean-Jacques Hazan, président de la FCPE.

Entrée libre et gratuite


Sur le sujet, on pourra se reporter à un texte de Jacques George publié dans les Cahiers pédagogiques en mai 2005 : « Une régression : le redoublement« .




Des enfants « stressés »…

2 05 2009

C’est l’enquête du mois dernier proposée par le magazine Famille et éducation avec un petit encart spécial p 26 …on y parle d’un petit exercice que mes élèves ont très vite reconnu! « Maîtresse, on parle de nous dans le journal! »

Pour illustrer ces propos, je vous propose une petite vidéo (une autre…fin d’année oblige, je vide mon stock!) tournée la veille de la rentrée 2008 avec l’équipe du Web pédagogique.

http://www.dailymotion.com/video/x6kp63

Quelques ouvrages sur ce sujet:

1/ J’suis pas motivé, je fais exprès! Brigitte Prot, psychopédagogue, enseignante, formatrice  éd. Albin Michel, 2003.

Ces enfants malades du stress. Gisèle George, Anne Carrière éd. 2002.

2/ L’enfant et l’adolescent: un enjeu de société, une priorité du système de santé. Danièle Sommelet, rapport de mission Octobre 2006.

3/ Phobie scolaire, comment aider les enfants et adolescents en mal d’école. Josette Lyon, 2008

4/ Les jeunes Français ont-ils raison d’avoir peur? Olivier Galland, sociologue. Armand Colin éd. 2009.

Le site « Oser changer » nous donne quelques pistes

Si vous avez d’autres conseils, d’autres lectures et des expériences à partager, n’hésitez pas à nous en faire part …juste là, dans la boîte à commentaires!




La journée de la jupe

22 03 2009

LA JOURNÉE DE LA JUPE

Sortie nationale en salle le 25 Mars 2009

La journée de la jupe…qu’est-ce c’est ?

Une plaisanterie loufoque? Une provocation rétro?

Une lubie féministe ?

Non, rien de tout cela.

La journée de la jupe, c’est avant tout un film. Ni un reportage, ni une démonstration politique, ni la condamnation d’une école en échec, mais un très beau film réalisé par Jean-Paul Lilienfeld.

Madame Bergerac, interprétée par une Adjani magistrale dont on salue le retour tant attendu, est professeur de français, pour ne pas dire d’art dramatique…Un collège « difficile », des élèves à la marge des lois, un univers social et culturel où les dieux et les hommes s’affrontent pour exister, se déchirent pour survivre ous’enchaînent pour mourir.

Cru, profond, sans détour ni fioriture, un film rare qui ose…Pas d’amalgame, pas de parti pris, pas de jugement. On est tous responsables, personne n’est coupable. Les innocents versent le sang et les insurgés réclament justice.

Une porte s’ouvre, Molière attend…La scène est prête mais c’est une toute autre pièce qui va s’y dérouler. Un huis-clos aux allures de faits divers. Un coup de théâtre aux accents de prise d’otages. La dramaturgie de la vie l’emporte sur l’équilibre des « unités classiques ». Le temps s’est arrêté, les frontières sont brouillées, les personnages perdus d’avance. Farid, Frédéric, Mehmet, Mouss, Nawel sont les acteurs réels d’un acte unique qui ne s’achèvera qu’au tombé de rideau.

Nawel, qu’on se souvienne d’elle! Oui, Nawel, cette petite beurette par qui tout deviendra possible…car ne nous y trompons pas, si Adjani incarne le personnage central du film, c’est Nawel qui en est la principale héroïne. Sonia Bergerac, son professeur, lui a certes ouvert la voie, mais prise elle-même en otage par sa propre folie, elle ne parviendra pas à garder le contrôle sur une situation qui la dépasse totalement. Nawel, si. C’est elle qui ose, elle qui transgresse les lois du machisme et du sexisme, elle qui impose les nouvelles règles du jeu.

La journée de la jupe, c’est l’histoire de rencontres impossibles entre des opposés qui s’ignorent, se méprisent, s’entretuent.

Jean-Baptiste Poquelin ! Le vrai nom de Molière est Jean-Baptiste Poquelin. Répétez ou je vous tire une balle dans la tête… scande à bout de souffle la prof qui fait cours en jupe.

Loin des clichés simplistes Adjani nous entraîne avec une virtuosité inimitable au cœur d’une des problématiques les plus complexes de la société et du monde éducatif, celle qui règne au cœur de certaines cités, de certains collèges.

Un film sur les limites, un film bouleversant qui pose avec lucidité et force l’incontournable question de l’Education dans ce qu’elle a de plus essentiel : l’absolue nécessité de connaissance de l’Autre. L’Autre fille, l’Autre garçon, l’Autre musulman, l’Autre juif, l’Autre…les autres et soi –même.

Poignant, sincère, terriblement humain.

Le blog d’Isabelle Adjani

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Repenser la relation parents-enseignants

10 03 2009

A Paraître le 15 avril prochain!

Mon tout premier livre!

Oui, je sais… cela veut dire qu’il vous faudra attendre 1 mois…

Mais quand on aime…l’attente fait partie du plaisir!

Disponible dès à présent sur Amazon.fr

Cette collection, dirigée par Gérard De Vecchi aborde les questions d’éducation de façon transversale ou bien par thème. Outre les nécessaires réflexions théoriques sur le sujet, vous trouverez également dans cet ouvrage des pistes pratiques et des outils concrets. En marge du texte, des remarques guident l’utilisateur pour se repérer facilement. De plus, le niveau d’adaptation au cycle de l’école ou du collège est toujours précisé.


Par d’autres auteurs et déjà parus dans la même collection « Un projet pour… »

Philosopher à l’école

Favoriser la relation maître-élèves

Enseigner le travail de groupe

Éduquer à la citoyenneté

Faire vivre des démarches expérimentales

Articuler production d’écrit et grammaire

Enseigner par situations-problèmes

Traiter les programmes avec plus de sérénité

Rendre les élèves acteurs de leurs apprentissages

Mettre les TICE eu service des apprentissages

Travailler l’image et les médias

Éduquer au développement durable

Aborder « le socle commun de connaissances et de compétences »

Enseigner intelligemment l’orthographe

Enseigner le calcul mental

Une collection colorée, vivante, et pratique dont chaque ouvrage fait une petite centaine de pages. Lisible en une soirée!

Plus qu’une collection, un état d’esprit…

J’ai pour ma part eu beaucoup de plaisir à travailler avec Gérard De Vecchi.

Merci Gérard!




Pour les gourmands, petits et grands…

27 02 2009

L’éducation au goût, qu’est-ce que c’est?

Commençons par un petit état des lieux…

http://www.dailymotion.com/video/x8fq3v

http://www.dailymotion.com/video/x8b83z

Voilà, ces vidéos ont été tournées l’été dernier en partenariat avec le CIV et le web pédagogique. J’ai eu la chance avec mon collègue Fabien Crégut de participer à l’élaboration des scénarios pédagogiques, ce fut une fois de plus l’occasion d’ un partage très enrichissant! Je vous invite à découvrir la « une » du web de cette semaine, vous y découvrirez une foule de renseignements concernant la nutrition, le goût, l’agriculture, l’élevage, d’hier à aujourd’hui!

Tout est là!

Bon, il presque midi, faut que j’aille faire mon p’tit marché et garnir mon panier des fruits et des légumes de saison! Vous auriez, par hasard, des idées à me suggérer?




Le jardinier pédagogue (suite et fin…à planter et à semer!)

4 02 2009

CONCLUSION

« C’est le rôle essentiel du professeur

d’éveiller la joie de travailler et de connaître. « 

Albert Einstein (Comment je vois le monde)

Pour reprendre ma comparaison horticole du début, je pourrais dire que :

– la spécificité organique du corps correspond à la nature du terrain du jardin : siliceux, calcaire, volcanique, montagnard, maritime ? Chaque enfant à sa morphologie, ses hormones, un certain développement des systèmes musculaires et perceptifs. L’interface est importante : l’enfant voit-il bien ? Entend-il correctement ? Se sent-il apaisé ou nerveux ? Est-il capable d’une attention soutenue ? Est-il fatigable ? On ne peut considérer une classe comme un groupe de clones identiques et interchangeables. Ce qui diffère :

– le profil psychologique correspond aux préférences de chaque plante, rustique ou délicate, avide de soleil ou mieux à l’ombre, aimant la fraîcheur et l’humidité ou préférant le torride de la rocaille. Un groupe d’enfants est un kaléidoscope de caractères : l’audacieuse, la timide, le coq, le poussin, la coquette, la studieuse, l’intrépide, le timoré, l’entreprenant, la bricoleuse, le gnafron, la généreuse, la caqueteuse, le muet. Il est nécessaire de chercher à connaître chaque individu pour proposer à chacun des stratégies adaptées et des possibilités d’évolution, de transformation par mimétisme ou par rejet.

– les soins donnés à la culture et à l’épanouissement des enfants qui correspondent à l’ensoleillement, à l’arrosage, aux soins raisonnés et respectueux quand ils s’avèrent malgré tout nécessaires. Évaluation formative et non exclusivement normative. Politesse absolue et langage parfait avec tous les enfants. Justice totale pour distribuer compliments et reproches, (plus de compliments que de reproches). Enthousiasme sans faille pour aborder le travail avec les élèves. Variation des approches et des méthodes de façon à ce que chacun trouve sa voie vers le savoir et sa voix pour le partager.

– l’acquisition des compétences de base nécessaires à un développement physique et psychologique heureux, à la poursuite harmonieuse d’études et à une intégration réussie dans la société correspond au minutieux travail de préparation du sol : analyse chimique, bêchage, sarclage, ratissage, tracé des planches, enrichissement organique et hormonal par des engrais biologiques, choix des emplacements de plantation…

Quelques propositions :

Transmettre dans des récits oraux, puis écrits le plus de mots qu’il est possible, de tournures grammaticales et stylistiques, de contenus de toutes sortes.

Être chaque jour un professeur de langue, un professeur de mots, donnés dans des contextes qui permettent leur rétention.

Aider les enfants de construire leur parole qui est leur interface principale avec autrui.

Développer sans relâche les capacités logiques, de raisonnement, taxinomiques, heuristiques. Faire pratiquer des démarches d’observation rigoureuse, d’expérimentations sérieuses et menées selon des procédures scientifiques.

Ouvrir les portes du symbolique et de l’interprétation du monde et des mots.

Initier au monde de la technique, y compris les techniques modernes de communication : en particulier apprendre aux enfants à taper à dix doigts, à utiliser les logiciels de base, à explorer intelligemment Internet et à tirer profit des la formidable base de données qu’il offre

Parcourir avec les enfants les champs infinis et si jouissifs de tous les arts, avec des visées aussi bien vers le patrimoine classique que vers l’art contemporain afin de leur permettre de devenir de vrais amateurs, ceux qui aiment plus que ceux qui connaissent.

Leur permettre d’acquérir, par des récits, les valeurs humaines essentielles qui nous différencient des animaux : la solidarité et non le challenge, l’amour de la justice, le respect de la vie et du faible, l’accueil de l’étranger ou du différent, dans le respect et l’hospitalité amicale. La liste est longue : elle constitue l’éthique d’une religion laïque. Religion étant pris dans son sens de ce qui relie les êtres humains.

Respecter et renforcer son corps dans des activités physiques de plaisir en accord avec les rythmes cosmiques et naturels, non dans des courses à la performance traumatisantes pour certains enfants. Exiger le fair-play et le respect de l’adversaire dans les sports de combats ou collectifs.

Faire réaliser des travaux d’équipe, pour apprendre aux enfants que rien de valable ne peut se faire contre les autres et que l’union est la force des groupes humains.

La meilleure façon de lutter contre l’échec scolaire n’est pas de programmer des procédures de type skinnérien pour faire entrer de force le contenu d’un programme dans des têtes rétives, mais de rechercher les failles psychologiques, les insuffisances langagières, les blessures intimes qui rendent impossible l’entrée dans le monde de la culture, du savoir, du vivre-ensemble.

Si l’on ne prépare ni ne répare ce terrain-là, les efforts entrepris pour aider l’enfant demeurent soit vains soit de peu d’effet ; on sème sur des cailloux et on ne récolte que vent et tempête. Les enfants se recroquevillent sur eux-mêmes ou cherchent des exutoires dans la violence puisqu’on leur demande des tâches impossibles. Souvent l’ironie, les sanctions non formatives sont utilisées face au refus de la réalisation de tâches dont les enfants ne peuvent pas s’acquitter parce qu’en fait on ne leur a pas donné les outils nécessaires. Ces erreurs entraînent l’humiliation des enfants, leur colère, leur révolte ce qui ne tarde pas à empêcher tout travail sérieux. On assiste à un retour d’un autoritarisme qui ne peut qu’envenimer les rapports entre maîtres et élèves en difficulté, au préjudice de l’efficacité. L’autoritarisme, cela s’impose : l’autorité, cela se mérite !

Tout ne dépend pas du milieu scolaire, bien sûr, et la responsabilité de la dégradation des conditions d’enseignement doit beaucoup à l’idéologie de la société de consommation qui détruit les valeurs du travail, de l’effort, du mérite, qui vise à transformer tous les êtres humains, en consommateurs effrénés, en pousse-caddies décervelés. Certains croient pouvoir résister à cette glissade vers le néant par un retour en arrière magique dans un passé idéalisé de discipline rigide et d’objectifs cadrés. Réduire l’enseignement aux apprentissages de bases selon les méthodes d’antan est une pure illusion qui ne fera que renforcer les fractures et les échecs.

Il est peut-être plus opérationnel d’unir toutes les forces au-delà des querelles stériles pour aborder les problèmes sans a-priori. J’ai indiqué quelques pistes qui s’intéressent au terrain à préparer pour que la culture s’enracine, sans mettre en cause tous les progrès qui ont été réalisés dans les domaines didactiques, pédagogiques, psychologiques, sociologiques, cognitifs et autres.

Je pense simplement que toutes ces démarches ne peuvent trouver une efficacité réelle qu’à la condition que l’on considère chaque enfant comme un individu unique et que l’on s’emploie, avant de tenter de lui remplir la tête, de l’aider à se fonder en tant qu’être humain. De développer aussi un faisceau de compétences premières indispensables pour affronter des cursus scolaires de plus en plus chargés, en raison des progrès immenses que l’humanité a accompli dans les sciences et dans les techniques. De penser au bonheur dispensé par les jouissances artistiques, dans le développement harmonieux et serein des possibilités corporelles. De lui transmettre les valeurs qui permettent une vie avec autrui conviviale et exempte de conflits. Je n’ai qu’égratigné ces différentes démarches et ébauché des propositions d’interventions. J’en ai omis certainement et des plus importantes. Je propose une orientation différente, une orientation moins technocratique ou scientiste et plus humaniste, plus humaine pourrais-je dire plus simplement. Également des approches pluridirectionnelles afin d’éviter le travers de beaucoup de chercheurs qui ne voient midi qu’à leur porte.

Que ce soit en application préventive, dès le plus jeune âge, ou en urgence curative pour les enfants en échec, cette préparation du terrain, ce travail sur le fond sont indispensables si l’on veut réellement et sincèrement lutter contre le fléau de l’échec scolaire.

Christian Montelle est professeur de français et formateur à la retraite. Il a publié un ouvrage consacré à l’échec scolaire, cité en référence dans le texte ci-dessus.

Quelques aspects de ses propositions peuvent être trouvés sur Internet, en particulier celles concernant l’apprentissage de la lecture, qui n’ont pas été reprises ici bien que ce soit aussi une compétence première. La lecture comprise dans son sens le plus large : lecture de tous les signes et surtout leur interprétation.

La lecture

http://www.charmeux.fr/montellelect.html

La haute langue orale

http://www.meirieu.com/FORUM/montelle2.pdf

Les récits fondateurs

http://www.charmeux.fr/montellerecitsfond.html

Présentation de livre

Christian Montelle, La parole contre l’échec scolaire/La haute langue orale, l’Harmattan, 2005

http://www.sauv.net/montelle.php





Petit dîner en ville

22 01 2009

Entre carnet intime, témoignage et droit de réponse, voilà il y a une semaine, ce que j’écrivais à l’un de mes cousins, suite à un tranquille petit dîner entre amis. Pourquoi aujourd’hui rendre publique une discussion d’ordre privé? Parce qu’elle est révélatrice d’une tension générale, parce qu’elle reflète l’ambiance délétère qui règne, parce qu’elle traduit les méfaits d’une campagne de maltraitance envers le monde enseignant mais plus grave encore, parce qu’elle diffuse une image méprisante de l’école et porte atteinte à la sérénité dont nos élèves, petits et grands, ont plus que jamais besoin pour apprendre, pour prendre confiance et faire leurs premiers pas.

Salut cousin !

La nuit étant passée…et les problèmes de connexion enfin résolus, je vais essayer de répondre calmement. La violence de tes propos d’hier m’a laissée muette, et même si la provocation et les effets de manche font partie du piquant d’une bonne discussion entre amis j’avoue m’être sentie un peu agressée. En disant, « vous » à chacune de tes nombreuses condamnations, tu jettes le bébé avec l’eau du bain et tu participes ainsi à la diffusion malsaine d’un amalgame un peu trop facile entre les réels problèmes d’un système (que personne ne nie) et les compétences particulières de chacun de ses éléments, à savoir un grand nombre de profs (la majorité sans doute) dévoués et acharnés dans leur tache. Surprise par l’envolée subite et sans appel de ton réquisitoire, je n’ai pas su trouver les mots justes et j’ai préféré me taire. Lâcheté de ma part car par mon silence je me suis rendue coupable à la fois de complicité en diffamation et de trahison. Il était tard, la journée de classe était passée et il est vrai, je n’ai ni les talents oratoires d’un avocat, ni l’habileté rhétorique d’un procureur général. A chacun selon ses compétences…Alors ce matin, je souhaite, si tu me le permets, réagir à certaines de tes accusations et les mettre en ligne, tant elles sont le miroir du climat dans lequel nous vivons quotidiennement.

En vrac…

Lorsque tu dis « vous vous engraissez sur le dos des élèves et des contribuables » j’ai bien envie de te répondre que ce n’est vraisemblablement pas le surpoids qui guette les enseignants mais plutôt la famine et la mendicité. C’est d’ailleurs certainement cette dernière qui pousse autant d’enseignants dans la rue. Ils mendient un peu de reconnaissance, de respect et de beurre dans les pâtes, les haricots étant denrées de luxe. Travailleurs pauvres, oui, voilà ce que nous sommes devenus.

Lorsque tu dis « vous êtes responsables de la faillite des jeunes générations », je t’expliquerais bien volontiers que dès la maternelle, notre grand malheur est de découvrir AVANT tout le monde et donc de révéler au grand jour les vices cachés d’une société de surconsommation, de caprice et de gavage télévisuel, qui, en amont, fabrique et dérègle les comportements des tout petits qui nous arrivent et que nous tentons tant bien que mal d’insérer dans un projet d’éducation et d’enseignement. Si cela fonctionne, la famille s’enorgueillit des résultats de sa progéniture ; si cela échoue, la faute en revient évidemment à l’école, à la fois responsable et coupable de n’avoir pas redressé la barre !

Lorsque tu dis plus loin « vous êtes fossilisés, accrochés à vos acquis et à vos privilèges », là c’est moi qui te demande…de quels acquis parles-tu ? De quels privilèges ? Celui, par exemple, de s’en prendre plein la tronche à longueur de temps par les parents, les médias, les politiques et les ignorants, en passant par les copains et les tendres cousins? Celui de regarder les autres partir en vacances en s’offrant, une fois tous les deux ans, une semaine de paradis au camping des flots bleus (un enseignant étant très souvent en couple avec un autre enseignant) ? Celui de manger des salsifis à la cantine chaque jour de l’année dans le bruit incessant d’un réfectoire surchargé ? Celui de se retrouver coincé entre deux portes de classe, à choisir entre les coups de fouet à donner ou les coups de couteaux à recevoir ?

Lorsque tu dis encore « vous n’êtes que des fonctionnaires, des petits soldats et vous n’avez qu’à obéir docilement aux ordres en baissant les yeux », tu me rappelles avec effroi les pires atrocités que l’excès de zèle a produit et continue malheureusement de produire ! Cher cousin, si la maîtresse de ton fils appliquait à la lettre le programme ou les injonctions médiatiques venues « d’en haut », je peux te garantir qu’il serait loin d’être l’élève et l’enfant qu’il est aujourd’hui. Petit détail, pour éclairer le grand juriste que tu es, les programmes n’ont pas valeur de loi. Ils n’ont aucun caractère obligatoire. Le dernier texte de loi relatif à l’école que l’enseignant DOIT respecter et appliquer date de 2005. C’est celui du socle commun de connaissances et de compétences que je t’invite à découvrir, à lire, à décrypter, à comprendre…tu le trouveras facilement sur internet.

Lorsque toujours tu dis « vous êtes à l’origine des résultats déplorables de l’école et du lamentable classement mondial des universités »…tu omets plusieurs choses. D’une part, mentionner un fait non négligeable : le chômage (et aujourd’hui la crise), accompagné du démantèlement croissant des familles, a traversé et bouleversé la société. L’école étant le réceptacle de l’humanité, elle porte en elle un dérèglement dont on ne peut honnêtement la rendre responsable! D’autre part, tu oublies de prendre en compte les particularités de la composition socioculturelle et donc scolaire des enfants de nos écoles, qui n’ont rien à voir, par exemple, avec ceux de la population scolaire scandinave, pour reprendre un exemple maintes fois cité dans les médias ces derniers temps. Là-bas, moins d’effectif, pas ou peu d’immigration, une société égalitaire, un niveau de vie plus élevé, un enseignement basé avant tout sur la langue orale et non sur l’écrit…Tu vois bien que si les raccourcis sont parfois tentants, il est difficile de comparer l’incomparable, même s’il est utile d’observer ce qui se passe ailleurs ! Je t’apprendrai par exemple qu’un enfant finlandais n’entendra pas avant l’âge de ses douze ans cette petite phrase que nos enfants entendent chaque jour dès leur retour à la maison: » Tu as eu de bonnes notes aujourd’hui à l’école? »

Lorsqu’enfin tu dis « vous êtes l’état dans l’état, vous bloquez tout un pays en réclamant toujours plus alors que le budget de l’éducation nationale est le premier budget de l’état », je pourrais te rétorquer, avec une pointe de provocation et de malice, qu’il est légitime qu’une nation démocratique digne de ce qualificatif se préoccupe en tout premier lieu de ses enfants et de son futur plutôt que de collectionner sous-marins, montres bling-bling ou autres portefeuilles d’actions. Mais je ne tomberai pas dans la caricature du propos ; je te confierai avec sincérité que les premiers à faire les frais avec douleur de la lourdeur du système archaïque dont tu parles, de cet état dans l’état, ce sont ces mêmes enseignants que tu qualifies de fossilisés et qui chaque jour se rendent sur le terrain, œuvrent avec acharnement, seuls dans leur classe, seuls face à toutes ces demandes suppliantes, seuls face à la société qui part en vrille , seuls face au temps qui file alors que les apprentissages, eux, nécessitent du temps, seuls…oui, très seuls…Alors c’est vrai, on a appris à se défendre pour défendre nos valeurs éducatives ; on s’est mobilisé non pas « contre », mais « pour ». Pour nos élèves, pour leurs familles, pour la connaissance, pour la démocratie, pour le partage, pour…

….Nous ne sommes pas contre l’excellence, contre la réussite, contre l’économie de marché, contre la société moderne, contre le mouvement. Nous ne sommes pas contre tout cela, mais nous sommes pour un juste équilibre et pour la prise en compte de celui de l’enfant, de l’élève, de tous les élèves…Malheureusement, chahuté par les excès et les ruptures de la vie, cet équilibre est si rarement tangible, si rarement respecté qu’il est nécessaire, vital de trouver un bouc émissaire pour se dédouaner et décharger sa colère…L’école et donc les profs ! Alors oui, nous avons développé une certaine forme de solidarité professionnelle que tu appelleras sans doute corporatisme mais qui en réalité reflète le désarroi dans lequel nous nous trouvons. Désarroi d’autant plus implacable quand on aime profondément son métier et qu’il nous est impossible d’en changer.

Cher cousin, je ne puis, malgré toutes tes condamnations arbitraires, t’en vouloir de parler ainsi car je t’accorde bien volontiers les circonstances atténuantes dues à la forte désinformation et à la manipulation généralisée des idées qui gravitent autour de l’école, des élèves, des profs. Aussi, dans la grande clémence qui est la mienne, je t’accorde un sursis : viens de temps en temps, mais le plus régulièrement possible, lire mes chroniques « bleu primaire » et faire un petit stage de réadaptation scolaire. Même si nous ne partageons pas les mêmes idées, tu y apprendras beaucoup sur la réalité du métier! Car enfin il est une chose remarquable : contrairement à TOUS les autres métiers du monde, n’importe quel individu, sous prétexte qu’il a des enfants scolarisés ou qu’il est allé lui-même à l’école se permet de donner des leçons de professionnalisme aux professionnels concernés! Dis-moi un peu, les victimes, les témoins, les condamnés, les jurés, les journalistes, sous prétexte qu’ils ont assisté à un ou plusieurs procès, sont-ils en mesure de te donner des cours de droit civil ou pénal ? Tolèrerais-tu un tel abus d’autorité ? Et bien vois-tu, enseigner est un métier, un véritable métier. Un métier particulier, je te l’accorde, mais un métier. Et les enseignants sont des professionnels de l’enseignement, pas des répétiteurs, ni des programmateurs, ni des transmetteurs…DES PROFESSIONNELS.

Pour conclure, et avec toute ma tendresse, je t’affirme que ne suis pas fâchée contre toi ; je suis en colère qu’un homme comme toi puisse colporter des propos aussi vifs et droit sortis de coupures de journaux d’une seule et même presse. Un peu de recul cousin et de pondération et je serais alors, dans la mesure de mes capacités et fort modestement, tout à fait disposée à discuter avec toi des nombreux problèmes présents, réels et récurrents du système éducatif à la française, en prenant cependant garde de ne pas céder aux idées simplistes et aux raccourcis médiatiques. Encore une fois ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain.

Affection,

Tianette

Voilà. Confidence pour confidence, oui, c’est fatigant d’avoir sans cesse à se justifier et d’être toujours dans la position du coupable. Mais une chose est certaine, une fois dans la classe, une fois ce petit monde rassemblé, oui, une fois que chacun est là et que le cours des apprentissages reprend son fil, je peux vous garantir que maîtresse d’école reste le plus beau métier du monde! Et moi, j’ai ce privilège là! Na na na nère!




Le jardinier pédagogue (Chap.7)

7 01 2009

La science du pédagogue et le coeur du jardiner

Chapitre 7

« MENS SANA IN CORPORE SANO« 

Aime ton corps, ton corps t’aimera… Anonyme

mais… Mon corps n’en fait qu’à sa tête ! (Marcel Achard)

La paupérisation de masses de plus en plus importantes de la population française pose les problèmes de l’alimentation et ceux de l’hygiène de vie. Des carences graves dans les régimes alimentaires de la mère et du nourrisson peuvent entraver certains développements conditionnés par des apports essentiels. Plus tard, des menus très déséquilibrés, trop riches en graisses et en sucre provoquent des accumulations graisseuses traumatisantes aussi bien pour le corps que pour le psychisme.

L’école éprouve des difficultés pour faire face à ces problèmes et des palliatifs ne sont possibles que par des initiatives locales, en liaison avec les services sociaux. J’en donne un exemple. Des mamans issues de l’immigration étaient suivies par les services sociaux de Nancy. Il apparut que beaucoup étaient dans un état dépressif et négligeaient considérablement la préparation des repas de leurs enfants. Elles achetaient d’immenses sacs de frites, de carrés de poisson, d’ailes de poulet, de barres de mars ou autres produits chocolatés et cela constituait un ordinaire sans fruits ni légumes. On leur démontra, calculette en main, que l’on pouvait établir des menus autrement appétissants et sains en dépensant moins d’argent. Mini-action, grands effets !

L’hygiène de vie pose aussi problème dans certains cas. L’école d’autrefois s’en préoccupait ; pourquoi celle d’aujourd’hui ne le ferait-elle pas. Réduire la télévision au profit de promenades familiales. Se coucher assez tôt pour se lever à sept heures, même le dimanche. Pratiquer un ou plusieurs sports. Se détendre avec des jeux de société plutôt qu’avec des consoles. Veiller soigneusement à sa propreté corporelle et à celle de ses vêtements. Tout cela change le rapport à la vie et aux autres des enfants qui, se respectant mieux, respectent mieux les autres. Il est plus facile d’inculquer ces habitudes à des enfants qui sont en institution, mais cela n’empêche pas d’évoquer fréquemment ces problèmes en classe. Certains contes d’idiots (beotiana) parlent de ces thèmes.

Venons-en à la pratique des activités sportives. Une jeune fille de ma connaissance excellait à la course de fond. Dès le collège, elle s’était classée en tête des cross et autres courses d’endurance. Pour le bac, elle avait donc choisi cette discipline. Le jour de l’épreuve, il fallait qu’elle annonce d’avance le temps qu’elle allait réaliser. Cela l’inquiétait énormément. Le jour du bac, elle a perdu plusieurs points parce qu’elle était allée trop vite. Elle n’a plus jamais couru.

Certains professeurs d’éducation physique et sportive font pratiquer ces activités sous l’aspect exclusif du challenge et de la haute compétition. Cela ne me semble pas judicieux, sauf à considérer l’école comme une pépinière de futurs champions. Certes, la compétition signifie le dépassement de soi dans le respect de soi et le dépassement des autres dans le même respect des autres. C’est là toute la valeur éducative du défi sportif.

Mais, il est un objectif autrement important : que tous les enfants éprouvent dans leur corps la joie de l’exercice physique, sans se préoccuper le moins du monde de leurs performances. Les séances de gymnastique dans la nature, en communion avec le milieu, sont un excellent cadre pour pratiquer des courses, des escalades d’arbres ou de rochers, des traversées de rivières, en utilisant tous les accidents de terrain pour des exercices de musculation ou de relaxation. Étirements, respirations diverses, exercices collectifs de confiance en l’autre, voilà la tonalité pour que les enfants goûtent les charmes d’un corps qui se fait plaisir.

Si certains veulent se torturer dans les extrêmes, qu’ils le fassent dans d’autres cadres et d’autres moments, en groupes motivés. La sophrologie, le yoga, le taî-chi peuvent venir en aide à cette recherche de la sérénité physique. Il me semble aberrant d’enseigner des sports de combat à des enfants en révolte et en rupture scolaire. Leur agressivité est un gros problème et on les voit exercer leurs nouveaux talents à affronter des bandes rivales ou à cabosser des CRS. Est-ce là le but recherché ? Je ne vise pas ici des sports comme le judo ou le karaté pratiqués selon les règles de l’art. Mais, quand on voit ce qu’en font les commandos dans l’instruction militaire, on sait trop combien certains sports nobles peuvent être détournés vers des visées meurtrières. Et certains films en persuadent des esprits faibles.

Christian MONTELLE

Ornans, Août 2008

Diffusion libre Prochaine mise en ligne: conclusion et propositions de pistes à suivre…




Quelle école pour mes enfants?

16 10 2008

DARCOS et la Maternelle. Zéro de conduite !

1/ Des propos mensongers

2/Des préannonces déguisées

3/ Un mépris scandaleux

1/ Notre Ministre n’est pas un ignorant.

Il connaît le métier.

Il sait parfaitement qu’on accepte les très jeunes enfants, à l’école maternelle, uniquement sous réserve d’être propres.

Point de couche donc, en toute petite section, contrairement à la crèche.

Alors pourquoi cette provocation?

Juste pour provoquer ? Pas seulement…

Nous somme ici face à une forme de discours très stratégique en politique: couvrir un mensonge par une réalité…et hop ! L’opinion, docile et non avertie, finira par se laisser bercer et berner :

C’est vrai, finalement, payer des changeurs de couches à surveiller la sieste, vraiment pas besoin d’être diplômé pour cela !

Car oui, les petits se reposent après le déjeuner. Oui, l’école respecte encore ses rythmes biologiques essentiels.

« Pipi, caca, dodo » ça fait partie de la vie Monsieur le Ministre ! Un peu d’honnêteté, s’il vous plaît…

Entre nous, vous ne vous sentez pas plus disposé au travail après un petit instant de récupération, porte du bureau fermée et paupières abaissées ?

Un petit tour aux « wawas » avant de prononcer un discours, cela ne vous soulage-t-il pas?

Le repos, c’est essentiel, c’est même un droit légitime, tout comme l’envie d’uriner et le passage aux toilettes, avec ou sans « petit train » !

Ces deux droits sont tout aussi fondamentaux que ceux d’apprendre que « b et a font ba »  ou « 1+1=2 » !

Nos enfants se lèvent tôt, sont accueillis dans un cadre différent de celui de la maison. Leurs repères familiers sont brouillés. Ils apprennent d’autres codes.

Là est l’enjeu majeur de l’Ecole maternelle. L’enfant entre à la petite Ecole mais comprend vite qu’il intègre ainsi, peu à peu sa longue aventure sociale, culturelle, intellectuelle.

Dans la cour, il voit les grands. Sur le trottoir le matin et le soir, il voit les « encore » plus grands. Oui, ça y est, il fait partie de la grande ronde des humains. C’est important, non ?

Et c’est en maternelle, durant cette  Ecole Premièresi justement renommée par Philippe Meirieu, que le jeune enfant revêt tranquillement son costume d’écolier. Il a deux ou trois  ans pour habiter ce rôle que la société a choisi pour lui. Et ce n’est pas n’importe quel rôle, le bâcler ferait de lui un « non-conforme »,  tout prêt à errer de stage de remise à niveau en heure de soutien…

2/ Alors pourquoi lancer cette polémique, quelles préannonces déguisées sous ces propos ?

Petit exercice d’anticipation, mais si réaliste qu’il en devient quasi réel…

– 1ère étape: rendre l’école obligatoire à partir de 5 ans.

Voyez, nous effectuons un grand pas pour pallier les inégalités, nous donnons un an de formation de plus aux enfants de notre pays! Mais un an de qualité !

– 2ème palier: supprimer peu à peu les petites et moyennes sections.

L’Education nationale ne peut garantir de budgets pour ce qui ne relève pas de sa mission…et la petite enfance ne nous regarde plus!

– Suite logique et prévisible: renvoyer aux parents, aux collectivités locales, aux financements privés, la prise en charge des enfants jusqu’à l’entrée en Grande section.

Cela se fait dans d’autres pays, alors pourquoi pas chez nous ?

– Dernière marche: entériner l’inadaptation de la formation des enseignants.

L’école n’est plus ce qu’elle était, il faut supprimer la formation telle qu’elle existe pour la rendre plus performante et réaliste. Nos élèves méritent mieux!

3/ Voilà l’habile manipulation, à laquelle il faut malheureusement ajouter une dernière dimension, la plus inacceptable de la part d’un Ministre de l’Education nationale : le mépris.

Mépris pour le travail incommensurable et méconnu des enseignants de Maternelle.

D’un point de vue pédagogique et humain, il n’y a pas de plus grande responsabilité que celle d’enseigner en Maternelle. Et c’est bien ce qui la différencie des autres structures collectives. C’est une Ecole.

Les enfants y apprennent car les maîtres sont formés pour cela. L’enseignant construit tout au long de l’année des projets spécifiques qui permettent à l’enfant de grandir physiquement, psychiquement, intellectuellement, personnellement, collectivement. Il met en place des ateliers, des progressions, des évaluations qu’il régule en fonction des apprentissages attendus et des enfants qui lui sont confiés.

Alors, lorsque ces compétences professionnelles sont réduites à l’image mentale d’une couche qui déborde, on comprend mieux pourquoi ces mêmes enseignants, poussés jusqu‘aux limites de l’inacceptable, sortent dans la rue, crient et réclament le minimum vital, la reconnaissance de leur METIER et de leur professionnalisme.

Mépris vis-à-vis des efforts consentis et des acquisitions effectuées par les élèves les deux premières années de scolarisation.

Regarde papa le beau tableau que j’ai peindu, t’as vu mon cravail comme il est dur, écoute maman la poésie que ze te chante, venez tous les deux au  pestacle de Noël.

Bien sûr, le langage se construit, évidemment les apprentissages n’en sont qu’à leurs débuts.

Mais à ces âges, TOUT est apprentissage, du tout petit geste quotidien à la moindre situation nouvelle. Imaginons, adultes que nous sommes devenus, repartir de là…Nous aurions TOUT à réapprendre…Alors, décréter que ces années d’Ecole ne comptent pas…C’est un peu dire à nos enfants « Pauvres de vous, depuis trois ans, vous n’avez rien fait, rien appris, vous êtes restés des bébés, reprenez vos tétines et vos doudous et rentrez chez vous ! »

Mépris enfin vis-à-vis des familles qui pour certaines d’entre elles n’ont aujourd’hui pas d’autres moyens d’insertion que cette Ecole. Que vont-ils devenir tous ces enfants, coupés du lien social et culturel que représente l’Ecole maternelle ? Des oubliés, des retranchés, des marginaux, des laisser pour compte, des parasites. Mais bon sang, ce sont des enfants. Ce sont nos enfants ! Quel parent, quel éducateur honnête peut se détourner de ce devoir d’accompagnement éducatif et humain que notre Ecole Maternelle française doit préserver à tout prix !

Pour ma part, je ne veux éduquer mes enfants ni faire classe à mes élèves dans une société ou une école qui relèguerait à l’arrière plan cette dimension primaire, existentielle et fondamentale qu’est l’humanité.

Parents que nous sommes, ne nous endormons pas !

L’Ecole, leurs maîtres et leurs professeurs ont besoin de notre soutien ferme et proactif !

Une maman d’élèves inquiète.

Une maîtresse d’école concernée.

Article paru dans la magazine parental Côté Mômes

C’est pourquoi dimanche 19 octobre j’irai Place d’Italie. J’irai parce que je suis une maman concernée. Oui, j’irai défendre une école digne. J’irai exprimer ma solidarité à ces enseignants qui jour après jour, année après année partagent le quotidien de mes enfants. J’irai marcher à leurs côtés. Dimanche, c’est un beau jour pour manifester.

L’itinéraire et les infos ici




Le jardinier pédagogue (Chap.3.2)

6 10 2008
…suite du Chapitre 3 Christian MONTELLE
Ornans, Août 2008
Diffusion libre
Tu disais donc….
Dans un premier temps, analysons très brièvement les éléments qui ont changé l’appréciation du temps chez l’être humain moderne, isolé du milieu qui lui était familier, celui de la nature.
Un premier élément est la « peur du noir ». La fée électricité, apparue à la fin du XIXe siècle, a inondé de clarté nos nuits, en tentant de les rendre semblables aux jours. Non seulement des milliards de lampes brillent du crépuscule à l’aube, mais les enfants exigent très souvent qu’une lampe soit allumée en permanence dans leur chambre, ou à proximité. Les citadins sont pour la plupart incapables de se déplacer dans un milieu dépourvu de lumière. Ils sont pris de panique à l’idée de marcher la nuit dans une forêt. Le « passage au noir » est cependant une suspension du temps indispensable pour les rythmes biologiques et les reconstructions psychologiques ; il doit s’accompagner d’un passage au silence profond. La mise en veille complète des interfaces sensorielles du corps permet un repos total au cours duquel le soma se régénère et la psyché se reconstruit. L’encre de la nuit laisse la liberté au cerveau de rappeler dans le rêve ce qui est advenu et d’écrire ce qui doit être retenu par la mémoire, avec les ratures et les interprétations nécessaires. Même un disque dur a besoin de défragmentation et de mise en ordre ! A fortiori un cerveau humain. Trop de clarté nuit : beaucoup de processus biologiques et psychologiques ont besoin de l’obscurité et du silence pour s’accomplir.

Un second bouleversement subi par l’homme urbain est l’effacement des saisons qui sont moins perçues par les sens. L’enfant est tenu au chaud, transporté au chaud, constamment plongé dans un bain de lumière. Les changements de teinte et d’aspect de la végétation, les variations d’éclairement et de températures sont beaucoup moins perceptibles en ville et même à la campagne où l’on ne voit plus un gamin dehors, attaché qu’il est à ses écrans. Or les changements saisonniers déterminent des cycles hormonaux, des évolutions corporelles et aussi une perception du caractère cyclique du temps (10).

Un troisième facteur qui nous fait percevoir le temps de façon différente est la fragmentation du temps vécu. Finies les longues périodes de labeur, de loisirs et de repos. Notre existence est un patchwork de mini-événements qui se chevauchent sans interruption. À l’école, puisque ce sont les enfants qui nous intéressent ici, les cours ne sont plus de longues séquences silencieuses, mais un zapping continuel d’interventions magistrales, de prises de paroles d’élèves, d’activités constamment renouvelées. À la maison, les télévisions, les MP3, les téléphones, les ordinateurs, les consoles de jeux, les activités de loisirs, les copains alternent avec les parents, souvent divisés en parent de la semaine et parent du week-end. Certains enfants sont agendés comme des ministres pour des activités extrascolaires excessivement nombreuses. Il ne faut pas oublier les déplacements en transports scolaires ou pour des week-ends parfois exténuants. La notion de durée s’efface peu à peu, celle de projet devient insaisissable. L’enfant est ballotté sur les vagues d’un chaos existentiel qui lui laisse peu de répit pour entreprendre des synthèses, des mises au point, pour vivre tranquillement la saveur du monde, pour rêver des ailleurs personnels et non imaginés par des adultes.

  • – Maman, ch’ais pas quoi faire …
  • – Tant mieux, mon enfant! Rêve aux nuages, aux merveilleux nuages!

Une quatrième approche du temps est celle de l’ubiquité spatiale et temporelle. L’enfant moderne n’est plus cantonné dans un espace-temps limité, celui de son village ou de son quartier. Le téléphone, la télévision lui permettent de voir et d’entendre d’autres lieux et d’autres temps. Naguère les récits oraux ou écrits permettaient à chacun de voyager autour de sa chambre, dans le passé ou l’avenir. Désormais, c’est une présence beaucoup plus prégnante de l’ailleurs, du passé du futur ou de la fiction. Il faut de solides repères pour s’orienter dans ce nouveau monde qui est si passionnant, mais dont les amers de navigation ne sont pas toujours mis en place.

Cinquième point très lié au précédent : la dégradation du statut du récit dans l’enseignement et dans l’éducation. Les récits peuvent servir à influencer les opinions des publics ou lecteurs et ce pouvoir est largement utilisé de façon négative, aujourd’hui, par les publicistes et les politiques grâce aux techniques du storytelling(11). Des fables antiques aux exempla (12) médiévaux en passant par les paraboles des religions, cette utilisation a été constante dans l’histoire, qu’elle ait eu pour but la transmission de valeurs ou l’aliénation des individus. Une réaction contre ce pouvoir des récits s’est développée – nécessaire distanciation de Brecht – et a abouti à un désir de libérer les romans des parures de la narration. Constat, rapport du strict réel, ont éclos dans la littérature, puis au cinéma. Hélas, on a abouti, au final, à la téléréalité ou au documentaire en lieu et place du récit fictionnel, qui est pollué à son tour et perd ses frontières avec le réel. Or, la narration imaginée est utile pour structurer le temps, car le récit fictionnel échappe au chaos du temps vécu, tout en organisant un temps du récit. Depuis les Grecs, on sait que seul le logos permet d’organiser le chaos. Cette évasion permet à chacun de se réfugier dans un espace-temps imaginaire qui nous donne une perspective, un recul nous permettant de nous libérer de l’imprévisibilité du présent et d’imaginer l’à venir. Paul Ricœur, dans les trois tomes de Temps et récit (Seuil), montre ce rôle essentiel des textes narratifs fictionnels (13). François Hartog dans : Régimes d’historicité. Présentisme et expériences du temps, Le Seuil, Paris, 2002, révèle comment notre époque tend à tout ramener au présent, à faire table rase du passé, au besoin en l’étouffant par les excès de la commémoration, ce qui bloque la capacité de se projeter dans l’avenir.

En un sixième point, je tenterai d’exposer en quoi consistent cette nécessaire mémoire et cette capacité téléonomique (14) de se projeter dans le futur pour agir le présent. Dans les textes et surtout les récits oraux de la tradition populaire, chansons, proverbes, dictons, contes de toutes sortes, légendes, épopées, mythes, et dans les récits fondateurs de la littérature et de l’histoire sont accumulés des siècles de sagesse que nos anciens ont voulu nous transmettre. Véritables maquettes de vie, ces textes appellent une interprétation personnelle, un travail de décodage qui aboutit à une appropriation de savoirs, de sagesse et de valeurs qui rassemblent les membres des différentes sociétés de tout ordre. Ils permettent de juger la validité des décisions présentes en se projetant dans l’avenir pour en prévoir les conséquences. Cette vision du futur, qui est aussi une condition de la pensée scientifique, est indispensable si l’on ne veut pas vivre au gré des caprices de ceux qui savent accaparer le pouvoir.

Le septième point nous ramène à des explorations plus proches. S’il est indispensable d’explorer le passé pour prévoir l’avenir, on ne peut négliger l’étude de l’environnement spatial et temporel immédiat. Mon gendre, qui s’occupe des jeunes d’une cité, a découvert que beaucoup d’entre eux n’ont aucune notion de l’endroit où ils vivent. Sortant rarement du ghetto où on les a confinés, ils ont grand besoin qu’on leur présente le pays où ils vivent. Un animateur de MJC que je connais s’y emploie grâce à des promenades dans la nature environnante, des raids à pied, à bicyclette, à ski, en canoë. Et aussi à des visites à des entreprises de toutes sortes, à des artisans, à des musées, à tout ce qui constitue le substrat géographique, humain et culturel de notre région.

Cette exploration spatiale doit être complétée par une initiation au temps qui rythme la vie de chacun. Et cela dès la maternelle. En sus de la prise de conscience du temps considéré dans sa généralité comme nous l’avons vu plus haut, on a tout intérêt à présenter l’histoire locale, y compris le légendaire, à expliquer le sens et les rituels des fêtes et célébrations.

C’est grâce à ce bain dans les lieux et la culture de la région qui les accueille que de jeunes Turcs ou de jeunes Marocains peuvent devenir Francs-Comtois, Picards ou Franciliens. Il faut d’abord s’intégrer à un village, un quartier, un canton, une région, avant de s’intégrer à une nation.

Ces sept points étant repérés, que pouvons-nous proposer pour la formation des enfants présentant des lacunes dans l’appréhension du temps ?

  • On sent tout de suite qu’un outil essentiel sera constitué par les textes et récits fondateurs, qu’ils soient issus de la tradition orale ou des patrimoines littéraires, théâtraux, filmiques, etc. Je pense que la mise au même niveau de tous les textes proposés aux enfants est une lourde erreur. Mettre sur le même plan un récit policier ordinaire, une bande dessinée démagogique, un article de journal, un conte merveilleux et un poème de Ronsard a pour conséquence déplorable de priver les enfants démunis, chez eux, de textes riches et symboliques, de les priver justement de ces récits porteurs de langue et de symboles de ce patrimoine qui fonde les êtres humains. Loin d’aider les enfants en difficulté, cette erreur qui va jusqu’à la faute, aggrave la fracture linguistique et culturelle, quelque excellentes que soient les intentions des promoteurs de ce nivellement. Le nivellement est si massif qu’il a touché tous les enfants à des degrés divers, quels que soient leurs milieux sociaux ou culturels. Le ministère réagit depuis quelques années pour réintroduire les hiérarchies nécessaires, mais il faut des décades pour inverser une telle tendance.
  • Il est tout à fait souhaitable que parents et enseignants racontent abondamment aux petits des contes qui leur sont destinés : en particulier, des contes de randonnée, et des contes d’animaux. Je dis bien raconter et non lire comme le préconisent certains, car avant sept ans, l’enfant a besoin d’une parole témoin, dite par un adulte qui est là et qui parle avec sa propre poétique et sa propre expérience. Une pratique massive d’un oral de qualité nourrit les enfants de lexique, de style, de grammaire, de connaissances, de valeurs et leur permet de construire une parole – donc une pensée – riche et précise. Elle leur permet de prendre le sens du temps chronologique dans ses déroulements linéaires, dans ses anticipations, dans ses retours en arrière. De bien séparer le temps réel et le temps du récit. D’acquérir, dans les contes étiologiques par exemple, le sens des temps cycliques des saisons, des astres et des organismes vivants.
  • La prise de conscience des temps calendaires, des temps commémoratifs est une préoccupation dans la majorité des classes de maternelle. Elle doit devenir générale et systématique ; élargie à tous les types de temps, y compris le temps météorologique, les variations saisonnières, les temps de la vie, le temps historique, le temps du souvenir, etc.
  • Il faudrait aussi faire la guerre au zapping, à l’inachevé, au bâclé. Trouver le temps de séquences de travail ou de repos longues, calmes, sans cette agitation factice qui envahit la vie des enfants dans leur vie en dehors de l’école. Le recours au yoga ou à la sophrologie est d’un grand secours pour instaurer ce calme intérieur qui permet la maturation. On arrive alors à vivre le moment présent dans sa réalité et non dans l’impatience fébrile de l’à venir. À voir vraiment, à savourer les bruits, les odeurs, les saveurs, les contacts, la lumière, les vibrations, les rythmes, la beauté, l’harmonie, toute la joie d’être là et vivant. Non pas dans une carapace de gadgets technologiques, mais dans un rapport sensuel et amoureux au monde et à ses merveilles, dans une empathie avec l’autre qui peut nous enrichir de ses différences. Cette initiation à l’exploration de l’intériorité est essentielle car elle est reliée au besoin fondamental d’intimité. Les effets positifs en sont aussi immédiats que spectaculaires. L’école doit être apaisée et défragmentée, en antidote à l’hystérie et l’éclatement de la vie moderne. D’où la nécessité de mettre en place de vrais projets qui demandent anticipation, engagement, temps, construction, durée, effort.
  • Une information des parents est nécessaire. Leur rôle est décisif dans les premières années de la vie de leur enfant. Ce sont eux qui doivent d’abord nourrir leurs bébés d’amour et de récits merveilleux, qui doivent leur apprendre le monde et le temps. Il n’est pas admissible que des parents rejettent massivement sur les maîtres la responsabilité de l’échec scolaire de leur enfant. C’est se défausser un peu trop facilement. Mais les maîtres ne doivent pas non plus se contenter d’entériner les inégalités et trier les « bons » et les « mauvais ». Leur devoir est de se substituer au milieu parental – compléter le bagage reçu, si vous préférez ce verbe – quand il y a eu des carences, de façon à ce que tous les enfants puissent acquérir les compétences qui leur permettront de développer au mieux leur propre potentiel de capacités.

Chapitre 4 à suivre et à poursuivre!


10 Alors, promis ? Plus de fraises à Noël ni de poires en août !

11 Les textes de la tradition orale sont en général fort mal utilisés. Les critères d’âge ne sont pas connus, la parodie remplace souvent le contage, quand on ne se limite pas à l’étude de LA structure du récit, comme s’il n’existait qu’une seule structure narrative !

12 L’exemplum est un récit, une historiette  ou une fable donné comme véridique et destiné à être inséré dans un discours, en général un sermon, pour convaincre un auditoire par une leçon salutaire qui a valeur d’exemple. Les contes populaires ont longtemps été récupérés en exempla par les prédicateurs et les moralistes (la Fontaine, Perrault, d’Aulnoy, Disney…).

13 Un livre récent alimente cette réflexion avec humour : L’espèce fabulatrice, Nancy Huster, Actes Sud, Arles, 2008

14 téléonomique dans le sens que lui donne Jacques Ellul (La technique ou l’enjeu du siècle, Armand Colin, Paris, 1954) : projection subjective dans l’avenir avant de décider le présent.




L’échec scolaire, les familles et l’école

23 09 2008

DEMAIN MERCREDI 24 SEPTEMBRE 2008

Le site pour toutes les infos

Refonder l’Ecole pour G. de Vecchi

« Ce n’est pas en recherchant la culpabilité de chacun que nous règlerons le problème de l’échec scolaire ! Et celui-ci n’est pas une fatalité. Mais ce ne sont pas les aides ponctuelles qui allongent encore un peu plus le temps scolaire journalier, déjà bien rempli, qui vont régler le problème. Cela implique non pas une adaptation mais une refondation de tout le système scolaire ». Gérard de Vecchi nous y appelle et montre des pistes sur le blog de la 1ère Journée du refus de l’échec scolaire.

Rappelons que cette journée de mobilisation nationale se tient à Paris le 24 septembre. Il reste encore quelques places!

Pour participer à la journée: Entrée gratuite. cliquez ici.

Attention ! nombre de places limité.

Et si on s’y retrouvait?!