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… des SES VIVANTES…

pouvoir d’achat et mondialisation

Par Paul Fabra paru dans les échos pouvoir d’achat et mondialisation

L’abaissement du pouvoir d’achat continue d’empoisonner en France les relations politiques entre gouvernants et gouvernés. Cette nouvelle crise nationale se rattache à une dégradation des structures du capitalisme qui affecte pratiquement touts les pays dits « développés ». L’enjeu est ni plus ni moins que leur aptitude à le rester.

Sur les deux rives de l’Atlantique, le malaise date d’environ une vingtaine d’années. Ce n’est pas rien. La cause principale n’en serait-elle pas la conjonction de la précarité et du manque de perspectives pour une augmentation significative de la feuille de paie ? Et si c’était la capacité des entreprises à accueillir et à conserver une main-d’oeuvre motivée et fidèle qui était devenue déficiente, pour cause de contraintes financières démesurées ? Pour la première fois depuis deux siècles, hormis la grande dépression des années 1930, le niveau de vie de la majorité de la population apparaît compromis.

Dans un article publié le 5 mai par le « Financial Times », un célèbre professeur de l’université Harvard va aussi loin qu’un ancien homme de pouvoir (et qui pourrait le redevenir) peut aller dans la critique de ce qui est le cadre conceptuel de la politique internationale de son pays – et aussi de l’Union européenne et du Japon. Lawrence Summers écrit : « En s’opposant (…) à l’internationalisme économique, les travailleurs (« workers ») ne font qu’exprimer une croyance qui s’est imposée progressivement à eux : ce qui est bon pour l’économie mondiale et le business qui s’en fait le champion ne l’est pas forcément pour les salariés. Les arguments rationnels ne manquent pas pour justifier ce point de vue. »

Summers préconise une coopération poussée des principaux Etats en matière de fiscalité, de régulation, de normes minimales du travail, etc. Un programme de bonne volonté. Reste la conclusion : « Le découplage entre les intérêts du monde des affaires et celui des nations est peut-être inévitable ; un découplage entre la politique économique internationale et les intérêts des travailleurs américains ne l’est pas. » A en croire le directeur général de l’OMC, Pascal Lamy, les négociations de Doha portent en elles un démantèlement des obstacles aux échanges internationaux quatre à cinq fois plus « efficace » que les précédents rounds. Une raison péremptoire pour les laisser se perdre dans les sables ?

La question brûlante est la suivante : l’incomparable force d’entraînement que constitue le libre-échange généralisé pour la croissance économique – les progrès fulgurants de la Chine, de l’Inde et autres sont probants – serait-elle en train de se retourner contre les grandes puissances commerciales du monde développé qui l’ont promue ? Aujourd’hui comme hier, la notion d’« avantage comparatif », dérivée de l’oeuvre de David Ricardo (1772-1823), est au coeur du débat. Elle reste l’unique justification que l’on connaisse de la libéralisation universelle du commerce.

La confusion règne autour de ce sujet dans les « business schools » et parmi les dirigeants. On y oscille entre l’idée de guerre économique (le contraire du commerce) et le mythe du meilleur des mondes possibles. Rien de tel pour s’affranchir de ces phantasmes contradictoires que de réfléchir sur la dynamique de l’avantage comparatif (qu’il serait plus judicieux de dénommer « désavantage comparatif »). Dans l’économie de l’échange (appelée « de marché »), chaque transaction est une transaction indépendante. C’est par là qu’il faut commencer. Que la transaction en question s’inscrive dans le cadre d’un marché de village ou dans celui du village planétaire n’y change rien. D’où, soit dit en passant, le scandale constitué par la pratique de la titrisation et mis au jour par la contamination des crédits « subprimes ». Lamentable est un procédé destiné à disséminer les effets du contrat originel entre tel prêteur et tel emprunteur.

Un exemple simplifié (« stylisé »), célèbre dans l’histoire de la pensée économique, illustre à merveille le point de départ minuscule de la dynamique de l’échange. Voici deux artisans en présence l’un de l’autre. Ils confectionnent, l’un et l’autre, des chaussures et des chapeaux. L’un est plus doué que l’autre dans les deux emplois. Mais pas dans les mêmes proportions. En une journée, il fabriquera cinq chapeaux et son concurrent, quatre seulement (avantage compétitif : + 20 %). Pour les chaussures, l’écart est plus marqué : trois paires contre deux (avantage compétitif : + 33 %). Il est de leur intérêt mutuel que l’artisan le plus « compétitif » en tout se spécialise dans la fabrication des chaussures (où il donne le meilleur de lui-même) et que l’artisan à la traîne suive la même règle : qu’il se cantonne dans la confection des chapeaux où il donne, lui aussi, le meilleur de lui-même, sans égaler pour autant, il s’en faut de beaucoup, la performance de son concurrent.

La petite collectivité qu’ils forment ensemble tire ainsi parti du travail de tous ses membres. La production (et donc le revenu) est presque doublée par rapport à ce qu’elle serait si le « meilleur » en tout restait seul en lice. Et aucun des deux n’est obligé, via l’impôt par exemple, d’assister l’autre pour lui permettre de survivre.

De cette hypothèse à ras de terre, Ricardo passait à une autre tout aussi parlante pour nous. Il suppose que le Portugal surpasse en compétitivité l’Angleterre tant pour la production du vin que celle des textiles. Pourtant, chacun des deux pays aura intérêt à se spécialiser dans le secteur où il donne le meilleur de lui-même – le Portugal dans le vin, les Anglais dans le drap – et qu’ils échangent leurs productions. Ô surprise ! La théorie moderne du libre-échange s’est élaborée sur l’idée que le pays le plus développé est aussi le moins compétitif (en termes de productivité du travail).

Avec une prescience admirable, due à la seule vertu de la logique, Ricardo nous dit que dans cet arrangement naturel il y a deux perdants : les capitalistes anglais qui gagneraient bien davantage s’ils déménageaient capital et main-d’oeuvre au Portugal ; les consommateurs des deux pays. Mais il est bien clair que le sort des consommateurs anglais serait gravement compromis si le capital industriel devait quitter leur pays. Ricardo se félicite hautement que les capitalistes anglais, par « répugnance naturelle de l’homme à quitter son pays de naissance », autrement dit par patriotisme économique, renonce à maximiser leur profit. La théorie du « commerce parfaitement libre » qu’il nous a transmise exclut par construction la mobilité des facteurs de production.

La mondialisation n’est autre que la revanche à retardement mais sans limite des « capitalistes ». Pour combien de temps ?


Publié le 17 mai 2008 par ghjattanera dans ARTICLE DE PRESSE,COURS TES,inégalités,REI et MONDIALISATION
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M. Piketty : « Les gains de pouvoir d’achat sont très fortement concentrés parmi les plus hauts revenus »

M. Piketty : « Les gains de pouvoir d’achat sont très fortement concentrés parmi les plus hauts revenus »

Pour Thomas Piketty, économiste, les bénéficiaires des réformes fiscales lancées par Nicolas Sarkozy sont « une minorité ».

Rachid : Les dernières statistiques font état d’une augmentation de 3,7 % du pouvoir d’achat en 2007 ? Comment interprétez-vous ce chiffre ?   Thomas Piketty : D’abord, le chiffre publié par l’Insee est plus proche de 2 %. Pour comprendre ce genre de chiffres, il faut savoir que quand on parle d’augmentation du pouvoir d’achat, on oublie de diviser par la croissance de la population. Or celle-ci augmente de 0,5 % par an.  

 

En fait, le nombre de ménages augmente plus rapidement, car on a de plus de plus en personnes seules. Cela divise déjà par deux les estimations données sur l’augmentation du pouvoir d’achat.  

nantais : La loi TEPA défiscalisant et détaxant les heures supplémentaires ne crée-t-elle pas un effet d’aubaine pour les entreprises plutôt qu’une incitation à faire travailler davantage les salariés et donc à les rémunérer davantage ?   

Thomas Piketty : Pour l’instant, la seule chose qu’on sait, c’est qu’il y a un énorme effet d’aubaine. Les 6,5 milliards d’euros qui ont été budgétés par le gouvernement pour cette mesure ont été calculés sur la base des volumes d’heures supplémentaires qui étaient effectuées avant la réforme. Donc on sait que, de toute façon, ça coûtera 6,5 milliards d’euros. On dépense beaucoup d’argent pour des heures supplémentaires qui existaient déjà.  

La deuxième question, c’est de savoir s’il y aura des heures supplémentaires en plus, créées par cette réforme. On peut déjà dire que, d’une part, le rapport coût/bénéfice restera très défavorable, même si on a 10 % d’heures supplémentaires en plus, on aura déjà dépensé 6 milliards d’euros en plus, ce n’est pas rentable économiquement comme mesure.  

De plus, le plus probable est qu’il y aura surtout une utilisation de cette mesure non pas pour créer des emplois en plus, mais pour l’utiliser comme niche fiscale. Quand un employeur voudra payer une prime à un salarié, il va la maquiller en heure supplémentaire pour bénéficier de la niche fiscale. Tous les témoignages qu’on a vont dans cette direction. D’ailleurs, ils auraient bien tort de s’en priver.  

markhoz 1 : Peut-on vraiment prétendre que les avantages fiscaux profitent uniquement aux riches ? Pensez-vous que l’exonération des intérêts d’emprunts, les nouveaux taux de droits de succession ne profitent qu’aux « riches » ? Quels sont, selon vous, les revenus d’un « riche » ?   

Thomas Piketty : Pour prendre l’exemple des droits de succession, avant la réforme de 2007, il était possible de transmettre à ses enfants jusqu’à 500 000 euros de patrimoine sans payer d’impôt, pour un couple avec deux enfants. Ce qu’a changé la réforme, c’est qu’on va pouvoir transmettre 1,6 million d’euros de patrimoine sans payer d’impôt.  

Les personnes entre 500 000 et 1,6 million sont-elles toutes très riches ? Ça ne fait quand même pas beaucoup de monde. Concrètement, il y a aujourd’hui moins de 3 % des Français qui ont plus de 500 000 euros de patrimoine et moins de 1 % qui ont plus de 1,6 million d’euros. Donc les bénéficiaires de cette mesure font partie de ceux-ci, c’est quand même une minorité.  

Louise : On nous parle beaucoup de la hausse des produits alimentaires. Cela me semble un problème infiniment moins important que le coût des logements. Comment vont évoluer les prix de l’immobilier dans les années à venir ?  

Thomas Piketty : Je pense qu’effectivement le vrai problème est l’inflation sur le prix des actifs. Le vrai problème sur l’immobilier, c’est comment relancer la construction. Tant qu’on aura une offre de logements insuffisante, on aura une très forte inflation immobilière.  

C’est là que la mesure sur les intérêts d’emprunt n’est pas satisfaisante. On a déjà fait des expériences de ce type de subvention fiscale à l’immobilier, et cela n’a pas permis de relancer l’offre de logement. Ce genre de subvention a pour effet de doper l’inflation immobilière.  

Aujourd’hui, c’est sur une nouvelle politique de l’offre de logement, de la construction de nouveaux logements, qu’il faut réfléchir.

RACHID : Est-il possible d’inciter les entreprises à augmenter les salaires sans que cela nuise à leur compétitivité, notamment pour les PME ?  

Thomas Piketty : Déjà, une bonne solution est d’éviter d’avoir un système fiscal qui pèse trop lourdement sur les salaires. Le problème en France, par exemple, c’est que quand vous voulez augmenter d’un euro le salaire d’une caissière, vous allez payer des cotisations fiscales pour financer l’assurance-maladie, les allocations familiales, etc.  

Par contre, si vous dépensez un euro pour acheter une nouvelle machine pour remplacer la caissière, vous ne payez pas de cotisation sociale. Cela crée une distorsion dans le choix des entreprises : elles ont plus intérêt à remplacer les salariés par des machines qu’à augmenter les salaires et l’emploi. Ce dont on a besoin d’abord, c’est une réforme fiscale et du financement de la protection sociale.  

nmaillot : Les futurs gouvernements n’auront vraissemblablement pas les moyens de maintenir un niveau de salaire décent aux fonctionnaires. Ne va-t-on pas vers une paupérisation de la fonction publique ?  

Thomas Piketty : Je pense qu’on est dans une situation très perverse en ce qui concerne les fonctionnaires. D’un côté, ils sont objectivement mal payés et de l’autre, on les traite souvent de privilégiés en stigmatisant certains avantages annexes, comme la retraite par exemple. 

Il serait beaucoup plus sain, par exemple, d’avoir un système unifié de retraite pour le public et le privé, ce qui permettrait de dégager des marges de manœuvre pour mieux payer les fonctionnaires.  

Fkarrer : Y a-t-il une évolution parallèle entre le dit pouvoir d’achat et l’épargne des Français ? L’épargne est-elle un outil potentiel trop souvent ignoré des gouvernements pour relancer la consommation ?  

Thomas Piketty : Globalement, les deux évolutions sont parallèles. Mais on a observé au cours des quinze dernières années une augmentation de l’épargne de précaution des ménages, ce qui correspond notamment à un manque de confiance dans le système de retraite, et plus généralement, dans l’avenir.  

FANTOMAS : Y a-t-il un lien entre baisse des dépenses publiques et pouvoir d’achat ?  

Thomas Piketty : Tout dépend quelles dépenses publiques on baisse. Si l’on baisse des transferts sociaux, ça va diminuer le pouvoir d’achat des personnes qui en bénéficient. Tout dépend aussi de ce qu’on fait avec les économies provenant de cette baisse.  

jl : Quel impact peut-on attendre sur les prix et le pouvoir d’achat des mesures envisagées dans le domaine du commerce de détail ?  

Thomas Piketty : Le problème, c’est que pour l’instant les mesures envisagées sont surtout favorables aux grands distributeurs, et sans doute pas tellement aux consommateurs. Il faudrait aller beaucoup plus loin pour briser la situation d’oligopôle qu’on a en France entre les enseignes de la grande distribution.  

SR : Faut-il libéraliser totalement les procédures d’installation des hypermarchés ?  

Thomas Piketty : Totalement, certainement pas. Mais il faut les libéraliser. En pratique, ce qu’on constate, c’est que dans les commissions qui décident de l’ouverture de nouveaux commerces, les associations de consommateurs sont presque toujours favorables à ces ouvertures. Dans ces cas-là, il faudrait les laisser décider positivement.  

 

oleg : Que pensez vous des propositions de M. Hamon du Parti socialiste, qui prétend rendre du pouvoir d’achat en baissant de 2 % (!!) la TVA ? Franchement, est-ce bien sérieux ?  

Thomas Piketty : Il y a sans doute des façons de mieux cibler la baisse. Aujourd’hui, il y a un nouvel outil, créé en 2000 par la gauche, la prime pour l’emploi, qui permet de mieux cibler la baisse de TVA sur les ménages à revenus modestes.  

Le problème d’une baisse de TVA pour tout le monde, c’est que ça coûte très cher par rapport à l’effet obtenu en termes de relance du pouvoir d’achat.  

SR : Faut-il augmenter fortement le smic ? Y a-t-il un risque qu’il tire les salaires vers le bas ?  

Thomas Piketty :  Il ne faut pas laisser le smic filer vers le bas. Il faut qu’il augmente comme la moyenne des salaires. En même temps, le faire augmenter beaucoup plus vite que la moyenne des salaires serait dangereux, car cela conduirait à un tassement des rémunérations et des progressions de salaires.  

Fantomas : Le pouvoir d’achat est-il bien mesuré ?  

Thomas Piketty : Il est bien mesuré à condition qu’on comprenne exactement ce que l’Insee mesure. Il faut bien comprendre que l’augmentation du pouvoir d’achat mesurée par l’Insee est de toute façon extrêmement faible.  

Le pouvoir d’achat par habitant, d’après les chiffres de l’Insee, est supposé progresser d’à peine 1 % par an. Et certaines années, à peine 0,5 %.  

C’est une augmentation totalement invisible à l’œil nu. Surtout par comparaison aux périodes des « trente glorieuses » où le pouvoir d’achat progressait de 4 ou 5 % par an.  

De plus, une hausse moyenne insignifiante de 0,5 % ou 1 % dissimule le fait qu’une bonne partie des ménages connaissent des pertes nettes de pouvoir d’achat. Par exemple, ceux qui ont dû changer de logement et encaisser d’un seul coup toute la hausse accumulée des loyers depuis leur dernier déménagement.  

Bonnar : Quelles solutions s’offrent au gouvernement pour vraiment augmenter le pouvoir d’achat ?  

Thomas Piketty :  Les baisses ciblées de TVA ou l’augmentation de la prime pour l’emploi permettent, pour un coût raisonnable, de relancer de façon réelle le pouvoir d’achat. Malheureusement, ce n’est pas le choix qui a été fait.  

ola : Comment augmenter le pouvoir d’achat des retraités ?  

Thomas Piketty : Le plus important, c’est de clarifier les droits des retraités et les évolutions futures du montant de leur retraite. Et actuellement, personne ne comprend rien aux règles de calcul de la retraite, aux règles de son évolution.  

Il y a une absence de visibilité sur le calcul et le montant des droits à la retraite, qui est génératrice d’une très forte angoisse parmi les Français.  

Henri : Que pensez-vous du RSA ?  

Thomas Piketty : Ce serait bien, à condition que l’articulation avec la PPE [prime pour l'emploi] soit bien pensée, ce qui n’est pas le cas actuellement, car il est envisagé de financer le RSA [revenu de solidarité active] en abaissant la PPE. Ce qui reviendrait en gros à déshabiller les salariés pauvres à temps plein pour habiller les salariés pauvres à temps partiel. C’est une politique de Gribouille !  

SR : Que peut-on attendre de la commission Stiglitz sur les nouveaux indicateurs de bien-être ?  

Thomas Piketty : Pas grand-chose. Les chercheurs et les économistes, en général, n’attendent pas les injonctions des présidents de la République pour poursuivre leur réflexion sur les nouveaux indicateurs de croissance.  

jl : On parle toujours des moyennes, mais il existe de fortes disparités dans l’évolution des revenus au sein de la population. Qui sont les grands gagnants et les grands perdants ?  

Thomas Piketty : Les études les plus récentes, comme celle de Camille Landais, à l’Ecole d’économie de Paris, montrent que les gains de pouvoir d’achat sont très fortement concentrés parmi les plus hauts revenus.  

D’autre part, pour un même niveau de revenus, certaines personnes subissent des pertes de pouvoir d’achat plus fortes que les autres, par exemple s’ils ont dû prendre un nouveau logement, comme je le disais plus haut.  

Il faut sortir des évolutions moyennes et étudier les répartitions des gains de pouvoir d’achat.  

SR : Que vous inspire le chiffre de 1 200 milliards d’euros en 2007 pour le montant total de l’assurance-vie ?  

Thomas Piketty : C’est le signe d’une inquiétude, notamment par rapport aux retraites. On a en France une des plus fortes épargnes du monde, ce qui s’explique par le manque de lisibilité du système de retraite à long terme. Le pire, c’est que cette épargne est souvent mal placée.  

Il est urgent de refonder nos systèmes publics de retraite par répartition pour clarifier et sécuriser les droits des jeunes générations.  

SR : Faut-il repenser l’impôt sur le revenu ? Sa progressivité est-elle réelle ?  

Thomas Piketty : Il faut repenser profondément le système de l’impôt sur le revenu, qui est aujourd’hui truffé de niches fiscales qui remettent en cause le principe d’équité « à revenu égal, impôt égal » et qui minent l’idée même de progressivité. Tout le monde le dit, mais personne ne le fait.  

Et de nouvelles niches fiscales sont créées chaque année : heures supplémentaires, nouveau statut défiscalisé d’entrepreneur individuel proposé par la prétendue loi de modernisation de l’économie, etc.  

John Keynes : Le gouvernement parle de réformes. Mais la vraie réforme n’est-elle pas dans la remise à plat des niches fiscales ?  

Thomas Piketty : Bien sûr, mais pour cela, il faudrait déjà commencer par ne pas en créer de nouvelles.  

Fkarrer : La politique d’encouragement du travail des seniors est-elle pertinente ?  

Thomas Piketty : Aucune réforme du système des retraites ne réussira si l’on ne mène pas enfin une vraie politique d’encouragement et d’aide à l’emploi des seniors. 


Publié le 17 mai 2008 par ghjattanera dans ARTICLE DE PRESSE,COURS TES,inégalités,inégalités-conflits-cohésion sociale
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pour tous: inflation change le comportement des consommateurs

L’inflation démoralise les consommateurs

Samedi 19 avril, magasin Auchan à Bagnolet (Seine-Saint-Denis). Madly Darlis sort de l’hypermarché. Elle avoue avoir évité le rayon pâtisserie. Désormais, cette conductrice de bus à la RATP s’interdit les « petits plaisirs ». Même les pizzas, elle les prépare chez elle. Dans son chariot, il n’y a pas de produits alimentaires de base. Les conserves, les pâtes, les oeufs, elle les achète chez le maxi-discompteur Aldi ; elle prend le reste en grandes surfaces, Carrefour ou Auchan selon les promotions qu’elle pointe sur les catalogues. « Je fais comme tout le monde, j’en mets moins dans mon caddy et, pour ma voiture, je ne fais plus le plein », poursuit-elle.

Flambée des matières premières et du baril de pétrole, valse des étiquettes dans les rayons, augmentation du litre d’essence à la pompe… Les Français n’ont pas le moral et commencent à se serrer la ceinture, au moins sur certaines dépenses. Sur les trois premiers mois de l’année, les volumes de produits de grande consommation vendus dans les supers et les hypermarchés ont reculé. Le premier décrochage de ce genre depuis 2001.

Et cela ne devrait pas s’arrêter. Une enquête de la banque Robeco et de l’institut IFOP publiée en mars montre que 61 % des Français ont l’intention de réduire leurs dépenses au cours des prochains mois.

Comme César Branco, par exemple. Si ce Parisien employé dans le bâtiment n’a pas changé ses habitudes dans l’alimentaire, il ajoute : « Pour l’essence, je cherche le moins cher, il y a 20 centimes d’écart, et même parfois jusqu’à 40, selon les endroits. »

ALIMENTAIRE

Depuis le début de l’année, les Français remplissent moins leurs chariots dans les supers et les hypermarchés et fréquentent de plus en plus les magasins de maxidiscompte. Après avoir stagné ces deux dernières années, ce secteur est franchement reparti à la hausse en janvier, avec un gain de 0,5 point de part de marché. Le maxidiscompte représente désormais 14,2 % des dépenses alimentaires des Français, selon TNS Worldpanel.

Principale raison de cet engouement pour les bas prix : la flambée des prix alimentaires. Une hausse inédite de 4,9 % en mars, après 4,7 % en février et 4 % en janvier ! Sur un an, ce sont les pâtes (+17,42 %) et les oeufs (+14,45 %) qui ont le plus augmenté, selon les chiffres Nielsen publiés par le magazine LSA. Conséquence : les ventes de pâtes sont en chute libre : – 2 % en mars après – 3,7 % en février, – 3,2 % en janvier et – 3,4 % en décembre. « Pour l’instant les ventes d’oeufs restent stables, peut-être parce que l’oeuf standard reste la protéine la moins chère », relève Christian Marinoff, le directeur de l’interprofession du secteur.

« Aujourd’hui, la consommation ne s’inscrit plus dans le futur. On ne diffère pas un achat mais on fait des arbitrages : on remplit moins son chariot mais on s’achète un écran plat », indique Olivier Geradon de Vera, vice-président du cabinet Iri Secodip.

Lorsque les consommateurs font leurs courses, ils sont de plus en plus nombreux à privilégier les marques de distributeurs ou les produits premiers prix. «  C’est d’autant plus vrai lorsque le budget de nos clients est très contraint », confirme Nathalie Mesny, directrice du marketing chez Carrefour. Pour les marques nationales telles que Danone, Barilla ou encore Nestlé, cette situation pourrait devenir préoccupante si elle se poursuivait. « Nos volumes ont baissé mais il est encore trop tôt pour y voir l’effet direct de la hausse des prix », minimise-t-on chez Danone.

« On sait que pour l’alimentation, le décalage entre la hausse des prix et sa perception par le consommateur est plus grand que pour l’essence ou les téléphones portables, nous sommes donc plus exposés », estime néanmoins Jean-René Buisson, président de l’Association nationale des industries alimentaires (Ania).

AUTOMOBILE

Les Français voient leur budget s’alourdir. Du coup, le nombre de kilomètres effectués ne cesse de diminuer. Selon le dernier relevé de l’Union française des industries pétrolières (UFIP), le prix de l’essence sans plomb 95 a atteint un record, à 1,38 euro, et le gazole à près de 1,28 euro. A la veille des vacances de printemps, les automobilistes se sont rués sur le comparateur de prix mis en ligne par le ministère des finances pour trouver les stations les moins chères.

Les immatriculations de voitures particulières devraient augmenter en 2008 de près de 2 % selon le cabinet Xerfi. Mais les Français se portent de plus en plus sur les petites cylindrées, moins chères à l’achat et moins gourmandes en carburant. Sur le premier trimestre de 2008, elles représentent un achat sur deux. Dans le même temps, les ventes de gamme moyenne ont reculé de 10 % sur un an, le haut de gamme chute, lui, de 34,2 %. L’instauration du bonus/malus écologique explique cette redistribution des cartes depuis le début de l’année. Il est peu probable que les Français se soient mués en écologistes purs et durs ? Pour Robert Rochefort, le président du Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Credoc), la voiture ne fait plus partie des achats « fantasmes ». En témoigne le succès de la voiture à bas prix de Renault, la Logan dans l’Hexagone.

HABILLEMENT

Selon l’Institut français de la mode (IFM), en mars, les ventes ont reculé de 12 % en valeur pour les grands magasins et les commerces indépendants et de 8 % pour les chaînes spécialisées. « Il y a une vraie panne de la consommation. Les gens ont intégré la crise économique », explique Franck Delpal de l’IFM. Selon lui, le débat autour du pouvoir d’achat, de la hausse des produits alimentaires et de l’énergie a eu raison du budget consacré à l’achat de vêtements.

LOISIRS

La baisse du pouvoir d’achat touche aussi le budget vacances. Selon une étude menée par le cabinet Guy Raffour et le voyagiste en ligne Opodo.fr, en 2007, les Français étaient moins nombreux à partir qu’en 2006. Les ménages au pouvoir d’achat élevé continuent de partir. Les ménages modestes rognent sur leurs vacances au profit d’autres dépenses considérées comme incompressibles. En 2006, les foyers qui gagnaient entre 1 200 et 1 900 euros étaient 57 % à partir en vacances. Ils n’étaient plus que 49 % en 2007.

Avec un taux d’épargne parmi les plus élevés d’Europe (15,5 % en 2006), les Français pourraient être contraints de puiser dans leur bas de laine pour maintenir leur niveau de consommation. « Pour l’instant, il n’y a aucun signe dans ce sens mais il est encore un peu tôt. S’ils ne le faisaient pas cela signifierait qu’ils ont vraiment le moral dans les chaussettes », souligne M. Rochefort.


Publié le 22 avril 2008 par ghjattanera dans ARTICLE DE PRESSE
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