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Sciences et (in)égalités hommes-femmes

Un constat sans appel !

Depuis longtemps déjà la suprématie des garçons dans les matières telles que les mathématiques ou la physique-chimie semble incontestable. Les garçons sont surreprésentés dans les filières scientifiques du supérieur. À l’inverse, les filles forment le gros des bataillons de fac de médecine. Mais là s’arrête la dissonance, car ce sont biens les hommes qui majoritairement sont chefs de service dans les hôpitaux.

Alors les garçons seraient-ils meilleurs en sciences?

Qu’en dit la science justement ?

Est-ce une fatalité ? Peut-on déconstruire les clichés de l’orientation avec des filles littéraires d’un côté et de l’autre des garçons scientifiques ?

Prenons l’exemple des mathématiques où le clivage est le plus net. Car les enquêtes internationales telle que PISA le montrent, les garçons sont bien supérieurs en maths.

Une bonne observation, mais une mauvaise interprétation.

Mais cette interprétation est trompeuse car ce que nous comparons, ce ne sont pas les compétences en maths, mais les performances. C’est un peu la même chose en sport ou dans un concours. Ce n’est pas forcément le plus fort qui fera le meilleur chrono ou le meilleur classement car il ne s’est pas retrouvé dans des conditions favorables pour être le plus performant le jour de l’épreuve.

Pour les filles, c’est un peu la même chose , elles ont tout simplement un obstacle supplémentaire à surmonter. On nomme cet obstacle « la menace du stéréotype ».

Selon cette théorie, le fait de penser qu’elles soient moins bonnes en maths et qu’elles doivent alors fournir un effort important pour compenser cette différence fait peser une « menace ».

Cela surcharge alors la mémoire de travail, altérant ainsi les résultats.

Les garçons n’étant pas soumis à ce stéréotype, ils ne se sentent pas « menacés » et dès lors ont de bien meilleures performances.

Pour le mettre en évidence, des expériences ont été menées : l’idée principale est de changer le contexte des tests, d’en éliminer les enjeux et la tension. Il suffit tout simplement de faire passer cela pour un jeu.

Que montrent alors les résultats ?

Les résultats des filles ne présentent plus de différence avec ceux des garçons.

On reproduit alors les expériences avec des figures en 3D qu’il faut faire pivoter mentalement (une épreuve où habituellement les garçons « écrasent » les filles). Les conclusions sont identiques : aucune différence entre les résultats des garçons et des filles.

Ces mécanismes, comme le montrent les études par IRM, seraient liés à des mécanismes nerveux très ancrés (c’est là !), à tel point qu’ils sont quasiment de l’ordre du réflexe stéréotypé, aussi bien chez les filles qui se sentent fragiles dans ce domaine (ce qui génère stress et colère), que chez les garçons qui acceptent cette donnée comme une loi naturelle (le cerveau réagit comme lorsqu’il détecte une anomalie si l’on affirme que les capacités mathématiques entre garçons et filles sont identiques).

Il n’y aurait donc rien à faire ?

Ces stéréotypes sont liés et renforcés par le contexte culturel et, pour balayer devant ma porte, il faut bien reconnaitre que dans les livres de sciences, 90 % des « figures » présentées sont des hommes… Mais on peut tout de même agir.

Trouver des figures féminines !

Les expériences ont montré que lorsque les filles ont comme référence des garçons comme étant les meilleurs en sciences, la menace du stéréotype est importante pour celles-ci. Leurs performances sont alors bien inférieures.

Mais quand leurs références sont des filles, leurs performances sont tout à fait comparables à celles des garçons.

Dans l’histoire des sciences :

L’histoire des sciences ne nous aide pas beaucoup. La grande majorité des grands scientifiques sont des hommes car depuis longtemps les femmes ont été écartées des sciences.

On peut cependant s’appuyer sur plusieurs figures féminines remarquables : Marie Curie (que l’on ne présente plus), Rosalind Franklin (dont les travaux ont permis la compréhension de la structure de l’ADN) et encore bien d’autres.

Dans le domaine scientifique actuellement :

Pour donner des perspectives en terme d’orientation, on peut bien-sûr utiliser des ressources telles que des vidéos de l’ONISEP ou encore les excellentes vidéos du CEA.  Mais rien de tel que du concret !

Pour ma part, j’organise aussi, pour mes terminales en début d’année, une visite dans un centre de recherche de l’INRA.

Tout d’abord, l’accueil est effectué par une ingénieure de recherche. De plus, sur ce site la parité est totale car les femmes occupent environ 50 % des postes. On peut alors croiser des femmes en plein travail dans un labo. On peut aussi échanger sur leur cursus et leur profession.

Un vrai plus pour élargir l’horizon scientifique de nos élèves.

Vous pouvez aussi avoir, comme moi, la chance de pouvoir inviter une chercheuse dans l’établissement. Après la présentation de son travail, les discussions peuvent s’engager. De telles conférences peuvent, sans nul doute, éveiller des vocations.

Plus connecté : « #les-filles-et-la-science ». Les youtubeurs scientifiques aussi peuvent véhiculer une image scientifique féminine : par exemple Tania Louis en biologie ou Valentine (un peu plus déjantée) en géologie 

Et enfin, vous aussi les profs !

Bien sûr, si je vous interroge vous me direz que vous êtes très attentifs à l’égalité entre vos élèves !

Mais pourtant, les études montrent aussi que les enseignants ont tendance à plus féliciter et conforter les garçons quand ils réussissent en sciences. Alors veillons simplement à mettre en valeur les résultats des filles.

Soyons enfin conscients que notre système d’évaluation, en générant un stress et une pression importante, favorise la « menace du stéréotype ». Ce faisant, il entraîne des performances moindres pour les filles dans le domaine scientifique. Notre évaluation portant sur les performances n’est dès lors plus un critère objectif.

Il y a certainement tout un travail à mener pour changer nos modes d’évaluation.

Le jeu est l’une des alternatives pour contourner cet écueil : par exemple pourquoi ne pas envisager un escape game en SVT.

Le travail collaboratif est aussi une alternative car il ne met pas en concurrence les élèves individuellement mais collectivement. Par exemple cette activité sur les besoins énergétiques lors d’un effort physique s’est révélée très intéressante.

 

Une chronique de Damien Thomas

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damienthomas2

prof de SVT en lycée, tout m’intéresse, de la Discipline Non Linguistique (pour moi l'espagnol) en passant par l'AP, il y a tellement de choses à explorer.

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