Les élections des délégués…

… ou comment (ré)expérimenter une démocratie vivante

Donald Trump a eu… 1 voix ! Non, il ne s’agit pas du résultat anticipé de l’élection présidentielle aux États-Unis mais du résultat de l’élection des délégués de ma classe de première ! Comme chaque année, ç’a été un moment fort pour la classe. Un moment fort pour au moins deux raisons.

Une expérience démocratique

Tout d’abord, c’est un passage classique dans l’apprentissage de la démocratie aux élèves où je peux leur parler de démocratie directe, de démocratie représentative, de suffrage, d’électeurs, de participation, d’abstention, de mandat… Ils font l’expérience de la démocratie par la fameuse campagne électorale des candidats, par la séance de vote, par leur présence au dépouillement (rigoureux et transparent) et à la proclamation des résultats. C’est un grand moment pour une classe, souvent fédérateur et créateur de liens. Souvent, la compétition entre candidats est bienveillante… quand il y a des candidats. L’élection des délégués est aussi l’occasion en amont de rappeler le rôle de ceux-ci : communication entre élèves et enseignants sur de multiples sujets allant de la charge de travail à modifier au déplacement d’une heure de cours en cas d’absence d’un professeur, rapporteurs d’idées diverses et variées, consultants actifs aux conseils de classes, confidents pour de potentielles situations délicates… Être délégué est une fonction à responsabilités. Cette fonction est d’autant plus essentielle depuis la réforme des spécialités qui a pour conséquence d’éclater le « groupe classe » classique sur de multiples créneaux dans la semaine.

Une expérience pédagogique

Ces élections sont aussi un moment où les élèves de la classe apprennent à se connaître. Les candidats officiels ont pu préparer un (plus ou moins) beau et un (plus ou moins) long discours (plus ou moins) argumenté ! Pour préparer ces discours, j’ai imaginé cette année un exercice pratique par demi-groupe durant les cours d’EMC qui consiste à se rendre dans la salle de théâtre du lycée (enfin, une salle où il y a un podium, ce qui est déjà super cool) afin que chaque élève puisse préparer un discours en amont de l’élection pour exposer de façon théâtrale qui il est : prénom, âge, passion(s), activité(s) extrascolaire(s), métier(s) visé(s)… et éventuellement d’annoncer officiellement sa candidature.

La salle de théâtre a rajouté un aspect solennel et plaisant à l’exercice. Cela a donné de belles productions ! Je recommencerai l’année prochaine ! Certes, les élèves étaient timides au début de l’exercice mais ils ont ensuite réussi à dédramatiser et à évacuer le trac lorsque je me suis moi-même prêté au jeu (enfin à la tâche pédagogique). Les prestations des élèves ont été variées : il y a eu ceux qui ont fait une présentation plutôt amusante, ceux qui sont restés dans une tonalité sérieuse, ceux qui ont argumenté sur leur qualité de leader et leur sens des responsabilités, et ceux qui ont promis qu’ils seraient de tous les combats durant l’année scolaire (c’est-à-dire, selon leurs discours : déplacer des cours, râler pour le passage au self, obtenir moins de devoirs…). L’exercice a été très apprécié à tel point qu’il a fallu le renouveler sur un créneau en classe entière la semaine suivante afin que tous les élèves puissent connaître les candidats.

Les élèves ont désiré mettre à profit cette séance pour se préparer parfaitement au jour des élections : perfectionnement du discours, élaboration d’un diaporama à projeter présentant leurs motivations, choix des suppléants… J’ai eu l’heureuse surprise de voir combien leur investissement a été conséquent et ils ont même pour certains joué la carte du costume (il faut comprendre : pantalon et chemise) et pensé à des arguments chocs pour se faire élire en distribuant des « cadeaux de campagne » (il faut comprendre : bonbons, bonbons et bonbons). C’était un moment fun de partage. Un moment de démocratie dédiée à la jeunesse. Un moment où le sens de « classe » prend tout son sens. Son sens le plus noble et fédérateur.

L’élection, minute par minute

Après ces semaines de préparation, le jour J arrive. Et là, comme toujours lors de l’élection des délégués, on assiste à la bataille pour la désignation des assesseurs (ceux qui veulent ouvrir les bouts de papiers et écrire les résultats avec le feutre sur le tableau) ! Lorsque je demande qui souhaite effectuer ce travail, je suis face à un volontariat spontané quasi unanime : un beau spectacle que je n’aurai plus jamais en classe dès l’heure suivante lorsque je demanderai qui souhaite être interrogé à l’oral sur la leçon précédente… J’en profite alors pour désigner deux personnes : une fille et un garçon (parité désirée et désirable). Pour l’heure, ce sont eux les stars (bientôt éclipsées par les délégués) car, à leur nomination, je peux déjà entendre les « fouuuu la chance », « ce n’est jamais moi » [la vraie version élève est : « rooOoOoh, c’est jamais moi »], « moi aussi je voulais aller au tableau ». Qu’à cela ne tienne, je note leurs prénoms pour de futurs passages à l’oral en classe (« vous vous souvenez… ») : non, je blague !

Arrive ensuite la distribution des petits papiers pour écrire le nom de leur favori ; puis le dépouillement avec son suspens plus ou moins insoutenable. Et on répète cela une seconde fois dans la mesure où personne n’a obtenu la majorité absolue au 1er tour. Il faut dire que les résultats ont été serrés, plus qu’à l’habitude. L’heure terminée, la classe connaît désormais ses deux délégués et ses deux suppléants. Applaudissements ; remerciements des nouveaux élus.

Je pense que l’exercice des discours à réellement fonctionné et j’espère que cette idée empreinte d’une démocratie vivante aura de beaux jours devant elle. Pour la classe en tout cas, cette idée fait son chemin car désormais les élèves ont envie de renouveler l’expérience pour la très prochaine élection des « éco délégués » (mais cette fois-ci, ils y rajoutent la création de tracts électoraux hauts en couleurs. Enfin… surtout verte la couleur).

Une chronique de Sylvain Gérard

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