L’Afrique deviendra t’elle une grande puissance ?

Pour reprendre très précisément la question de Blandine, il s’agit ici de se demander si « L’Afrique pourra devenir un jour une grande puissance économique« . Voici le type de question simple qui appelle certainement une réponse qui l’est un peu moins…

Tout d’abord, l’Afrique n’est pas une nation mais un vaste continent : cela change déjà considérablement la donne. Ce continent est en fait une véritable mosaïque de pays et d’ethnies très différents. De fait découpée en lambeaux par les anciennes puissances coloniales et les nouvelles multinationales, hantée par des pulsions tribales et les innombrables scandales politiques ou financiers, l’Afrique ne paraît pas avoir beaucoup d’atouts dans son jeu. Et pourtant…

Aujourd’hui, la Chine voit dans l’Afrique un réservoir de matières premières énergétiques et minières. Pour les États africains, Pékin a tout du partenaire commercial idéal : il n’est pas une ancienne puissance coloniale, il n’impose aucune condition politique à ses fournisseurs et peut même, le cas échéant, leur assurer un soutien diplomatique.Mais ce rapprochement a de quoi chagriner l’hyper-puissance actuelle : les États-Unis. Cherchant, eux aussi, à diversifier leur approvisionnement pétrolier, ils tentent depuis presque vingt ans, sous couvert d’aides financières et de coups diplomatiques, de se débarasser de l’influence persistante des anciennes puissances coloniales (Royaume-Uni, France…) sur ce continent. Le paysage commençait tout juste à se dégager lorsqu’un invité inattendu entra en scène : la Chine. Le choc est parfois même frontal : à chacun de faire son choix. Le premier atout de l’Afrique reste donc ses réserves en matières premières. Le président chinois Hu Jintao disait vouloir aujourd’hui «construire un nouveau type de partenariat stratégique entre la Chine et l’Afrique sur la base de l’égalité politique, la confiance mutuelle, la coopération économique, le gagnant-gagnant et les échanges culturels» (sommet sino-africain – Novembre 2006). A l’écouter, l’Afrique peut devenir une puissance pleine et entière. Et pourtant…

Il existe en Afrique une véritable grande puissance : l’Afrique du Sud. C’est sans doute vers ce pays que notre attention doit se porter. Peut-être seule grande puissance du continent, ce pays incarne, avec l’héritage politique et moral prestigieux de Nelson Mandela, cette aspiration de l’Afrique à ne plus être considérée comme marginale dans le jeu des forces de la mondialisation. Depuis presque plus de dix ans maintenant, elle s’efforce d’organiser la moitié méridionale de l’Afrique ; elle en est devenue le pôle géoéconomique durable, au point que ses voisins de la périphérie redoutent parfois sa domination et réclament son arbitrage en cas de crise grave.

Comme l’expliquent Dominique Darbon, Michel Foucher dans leur passionnante étude, l’économie a été longtemps la seule base de sa puissance tandis que la politique d’apartheid l’avait isolée du reste du continent. Nelson Mandela, puis son successeur Thabo Mbeki, ont voulu corriger cette anomalie en concevant une diplomatie originale, dont le dessein est de prendre la tête d’un mouvement général de « renaissance africaine ». Malheureusement le rayonnement extérieur sud-africain demeure à l’heure actuelle limité. De plus, de lourdes contraintes continuent de peser sur une société qui reste affectée par les séquelles de l’apartheid. Il n’en demeure pas moins que ce pays est devenu un véritable modèle de réussite… à l’africaine.

L’Afrique, dans sa globalité, ne pourra donc probablement pas devenir un jour une grande puissance économique. Seules des individualités (nations) y parviendront, faute d’une cohésion politique et économique stable dans le continent. N’oublions pas que l’Union Européenne a connu des siècles de guerres, de révolutions, de tueries et assassinats en tous genres avant de se mettre d’accord autour d’une table et d’affronter, unis, les nouveaux défis économiques. La route sera donc encore longue. Peut-être pas infinie, mais très longue.

Pour en savoir plus :

– François Lafargue, La Chine, une puissance africaine. Perspectives chinoises n° 90, juillet- août 2005.

– Dominique Darbon, Michel Foucher, l’Afrique du Sud, puissance utile ?. Belin, collection Frontières, 1999.

– article « Chine-Afrique : Les besoins chinois rencontrent les intérêts africains » sur Africa on Web.

  4 comments for “L’Afrique deviendra t’elle une grande puissance ?

  1. REGENT Blandine (3eB)
    12 mars 2008 at 13:44

    Merci beaucoup d’avoir répondu à MA question : c’est super intéressant !
    Récemment, mon frère est allé en Égypte. Une question l’a préoccupé :
    « État puissant, instruit (surtout en médecine) et respecté à l’époque des pharaons, pourquoi l’Égypte n’est-elle pas parvenue à conserver cette dynamique, voire même à la décupler ? »
    Comme personne n’a pu lui répondre… je compte sur vous ! ^^

  2. 9 juillet 2009 at 20:17

    Oui la route sera longue. Quand je pense qu’on continue de piller leurs ressources sans aucune forme de réciproque et que certains osent se poser la question de la puissance de l’Afrique.
    L’afrique est riche, puissante, mais on lui laisse si peu de liberté.

  3. Igor
    29 janvier 2010 at 21:02

    Quelle sont les pontanciel grande puissance em afrique a part l’ Afrique du sud et L’angola?

  4. 31 janvier 2010 at 12:11

    Bientôt disponible sur ce Blog, la chronique de Bruno IVANEC intitulée : « l’Afrique, continent de la pauvreté et du mal-développement ? »

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