oct 21 2009

Pour les terminales ES la relance version Keynes

Publié par ghjattanera dans accumulation et progrès technique, ARTICLE DE PRESSE, COURS TES, EDS, politiques économiques      

suite du cours ..et un clin d’oeil à  JPD…voila article en entier et le lien là

Tout comme il y a un rêve libéral d’une société harmonieuse dans la concurrence, il y a un rêve keynésien d’une politique de relance permettant d’éviter les crises et qui, en plus, ne creuse pas les déficits. Ce rêve repose sur un effet un peu magique, l’effet dit “multiplicateur” de la dépense publique. Grâce à cet effet, 1 € de dépense publique permet une hausse du PIB de plus de 1 €.

Pourquoi cela ? Parce que l’argent reçu est à son tour dépensé. Lorsque l’Etat investit dans des grands projets, il permet à des entreprises d’embaucher des travailleurs qui reçoivent un salaire. Ces personnes dépensent à leur tour leur salaire, ce qui stimule l’activité économique (ainsi que cela est bien connu depuis les “villes champignons” qui poussaient autour des chantiers de construction des lignes de chemin de fer, je sais que c’est vrai, je l’ai lu dans Lucky Luke).

Pour poursuivre avec la métaphore du chantier, les commerçants et restaurateurs qui bénéficient de ces revenus accrus vont à se tour dépenser cet argent. Par exemple, ils vont à leur tour embaucher pour faire face à l’afflux de la demande. Ils vont acheter de nouveaux produits à leurs fournisseurs, et les entrepreneurs dont les revenus augmentent pourront acheter plus de biens de consommation (une nouvelle voiture, une télévision à écran plat, etc.).

Ces flux de dépenses s’additionnent les uns aux autres. C’est pour cela que, même si une partie de l’argent reçu par chacun est épargné, il y a, au final, un effet plus grand sur l’activité que l’impulsion qui a été initialement donnée par le gouvernement.

Si l’effet multiplicateur est suffisamment fort, on entre dans le rêve keynésien : non seulement l’économie est relancée, le chômage est évité, et le dirigeant politique jouit d’une popularité qui lui assure un sommeil paisible. Mais, cerise sur le gâteau, la relance ne coûte rien : le surcroît d’activité est tellement fort qu’il permet d’accroître les recettes de l’Etat à hauteur de ce qui a été dépensé initialement. Il ne faut en effet pas oublier que l’Etat perçoit des recettes à chaque nouveau tour de dépenses, ne serait-ce que, dans le cas des biens de consommation, grâce à la TVA. Mais les revenus de l’Etat augmentent également à proportion des hausses de revenus des ménages (hausse des rentrées de l’impôt sur le revenu) et des entreprises (hausse des recettes de l’impôt sur les sociétés).

Tout dépend finalement de l’ampleur de l’effet multiplicateur. Et c’est là que ça se gâte. Comme le démontre Olivier Bouba-Olga, le multiplicateur n’est pas très élevé en France : il n’atteint que 1,23. Pour 1 € dépensé par l’Etat, le PIB augmente de 1,23 €. C’est certes plus que 1, mais ce n’est pas beaucoup plus. C’est en tous cas très insuffisant pour permettre à la relance de s’auto-financer.

La relance va donc creuser le déficit, ce qui ne manquera pas d’alimenter plus tard les critiques à l’égard de l’Etat dépensier qui creuse les déficits, et on nous fera encore une fois pleurer sur les pauvres petits enfants français qui naissent endettés (alors qu’ils naissent riches, puisqu’ils ont à leur disposition, gratuitement, du fait du travail des générations passées, non seulement des institutions qui garantissent la paix et la justice, mais aussi des écoles, des hôpitaux avec des médecins dedans, des routes, et une montagne de capital productif accumulé dans les entreprises).

Par ailleurs, comme le montre mon voisin de bureau Arnaud Parienty, les dépenses engagées par le gouvernement français dans le cadre de son plan de relance sont très insuffisantes pour lutter contre la récession actuelle et éviter la hausse du chômage.

Pourquoi le multiplicateur n’est-il pas plus fort ? Comme l’indique Olivier Bouba-Olga, à cause de trois fuites :

- les consommateurs ne dépensent que 80% de leur revenu, et non pas 100%

- le revenu des consommateurs est ponctionné par les taxes à hauteur de 45%

- une part de l’argent dépensé profite à des producteurs étrangers de biens et services

Ces trois fuites nous indiquent comment on pourrait accroître le multiplicateur.

D’abord en notant que plus un ménage est pauvre, plus son taux d’épargne est faible (dans le jargon, on dit que sa “propension à consommer” est élevée). Il y a ici une justification en faveur de politiques fiscales redistribuant les revenus vers les plus pauvres, ainsi qu’en faveur d’une hausse des minima sociaux, puisque les personnes recevant ces revenus en dépensent la quasi-totalité.

Ensuite en baissant les impôts. C’est ce qu’a fait Bush avec son chèque de 1200$ aux ménages américains, et c’est ce que se propose de faire Obama. (A mon sens, la priorité n’est pas tant de diminuer les impôts sur les classes moyennes que de les accroître sur les personnes aisées et de redistribuer vers les plus modestes. Toute la question est évidemment de savoir où l’on met la barre permettant de définir ce que sont les personnes aisées.)

Enfin, on voit que plus un pays est ouvert, plus une part important de l’argent dépensé par l’Etat de ce pays profite non pas à ses producteurs, mais à des producteurs étrangers. C’est notamment à cause de cette fuite que la politique de relance de la gauche en 1981, même si elle n’a pas échoué à relancer l’activité comme on le répète trop souvent, a été problématique parce qu’elle a creusé le déficit commercial, les consommateurs français se tournant vers les produits allemands de meilleure qualité. (On se rappelle de la blague de Coluche à l’époque : “Comment reconnaître un produit français ? C’est facile, c’est le plus cher” – je cite de mémoire).

A l’inverse, un pays peu ouvert souffre moins de cette perte. Ce pays existe, il s’appelle l’Europe. Si tous les pays européens stimulent simultanément leur activité, certes des consommateurs français vont acheter plus de biens allemands ou espagnols, mais à leur tour les Anglais et les Italiens vont acheter plus de biens français. L’effet multiplicateur au niveau européen sera plus fort, et donc également au niveau de chaque pays. C’est pour cela que tous les regards se tournent vers l’Allemagne.

Autrement dit, si l’Europe fonctionnait et se coordonnait, on se rapprocherait un peu du rêve keynésien évanoui en Europe depuis “l’échec” de la relance Mauroy de 1982. Certes on ne serait pas dans la félicité keynésienne où la rareté et les crises sont abolies, mais on en serait un peu moins loin. C’est pourquoi les keynésiens (il paraît qu’il y en a à Alternatives Economiques) soutiennent la construction européenne.

Sinon, il reste évidemment l’alternative protectionnisme. En un sens, un keynésien est protectionniste, afin de maximiser l’effet multiplicateur de la dépense publique nationale. (Je dois dire que cette mesure ne me semble pas souhaitable, sauf au cas par cas pour sauvegarder certains secteurs : il est important de préserver le libre-échange entre pays européens, afin de préserver la construction européenne. Mais cela est discutable)

Au final, on retiendra que le cocktail idéal pour un effet multiplicateur maximal, c’est donc :
- la baisse des taxes ;
- des mesures qui accroissent les revenus des plus modestes ;
- et la coordination au niveau européen (ou le protectionnisme).


oct 20 2009

pour les terminales ES le nouveau modèle de croissance

Publié par ghjattanera dans actualité, COURS TES, croissance et crises      
 
 

 
 
voici le texte du résumé !
 Nous assistons à l’emboîtement de trois crises successives

1.    La crise est profonde car elle concentre de façon différée les conséquences de trois chocs :

  •  la crise des valeurs technologiques des années 2000 (surinvestissement dans certains secteurs intenses en R & D dont les firmes du Nasdaq furent emblématiques)qui remettait en question les rendements attendus des TIC, la rémunération des facteurs, les incitations et les règles à définir pour garantir un sentier de croissance stable ;
  •  la crise des ressources rares (flambée des cours des matières premières alimentaires et énergétiques) et une dégradation écologique accélérée, qui dès2006 marquaient l’incompatibilité entre la croissance mondiale et le prélèvement sur les ressources ;
  •  la crise actuelle de surendettement massif aux États-Unis, qui a permis dans un premier temps de maintenir la dépense des ménages, freinée par la contrainte de pouvoir d’achat et la montée des inégalités. Cette vague de consommation et d’investissement résidentiel à crédit a d’abord différé l’impact réel des deux premiers chocs sur la croissance, avant de l’aggraver.

La croissance des années 2000 a été alimentée par l’automobile et la construction dans de nombreux pays développés, amplifiée par la dépense publique aux États-Unis, et par le développement d’industries et de services de gamme moyenne dans les pays émergents, plutôt que tirée par des biens et services nouveaux à forte marge des pays anciennement industrialisés.

 

2.    La crise peut paradoxalement freiner le phénomène de destruction créatrice mais elle diffère plus qu’elle n’interrompt la vague d’innovation.

Les crises sont parfois perçues comme des accélérateurs de changement, nécessaires au renouvellement des structures productives à travers un jeu de « destruction créatrice ». Si la R & D exerce traditionnellement un rôle stabilisateur sur l’activité (l’innovation demeure une des premières priorités pour 64 % des entreprises selon l’enquête du Boston Consulting Group), le resserrement du crédit risque, dans le contexte actuel, de faire reculer les dépenses d’innovation, de favoriser les entreprises établies au détriment des nouveaux entrants et d’entraver in fine le redéploiement vers les nouveaux secteurs.

Les crises, contrairement aux idées reçues, figent les modèles de production, les phases ascendantes du cycle étant mieux à même d’animer la régénérescence des structures productives :

  •  tout changement d’organisation d’un modèle de production comporte d’importants coûts fixes pour les entreprises, coûts qu’elles abordent plus difficilement en période de rentabilité dégradée ;
  •  la mortalité des nouveaux entrants, qui disposent de faibles fonds de roulement et dont la rentabilité est souvent différée, est importante en période de récession.

Les gains d’efficacité des TIC ont été notables depuis 30 ans mais certains secteurs porteurs se rapprochent d’une phase de maturité et leur potentiel de croissance est désormais moindre. Néanmoins, l’idée d’un ralentissement durable de la croissance par essoufflement technologique ne paraît pas recevable.

  • Certains domaines issus de l’hybridation des champs scientifiques sont riches de promesses (biotechnologies, nanotechnologies, sciences cognitives, écotechnologies). De nombreuses techniques nouvelles qui n’ont pas encore  rencontré de demande de masse solvable trouveront bientôt des applications en lien avec une demande de consommations innovantes qui ne se tarit pas. D’autant que ces technologies hybrides répondent à des besoins sociaux, en matière de santé et d’environnement notamment.
  • Nous entrerions dans une phase de « synthèse créative » où les technologies s’agencent entre elles (développement des interfaces, hybridation) de manière à mieux correspondre aux besoins des individus, et rencontrent une demande de masse solvable. La consommation de biens et services à forte teneur technologique résiste à la crise. Les gains de productivité des TIC sont à attendre moins de l’automatisation des services que d’une réorganisation de leur chaîne de valeur et d’un développement des interfaces entre l’industrie et les services, autorisant un développement inégalé de ces derniers.

3.    Les nouvelles interfaces industrie-services constituent un gisement potentiel de croissance

Le renouvellement des moteurs de croissance pourrait dès lors résider dans une nouvelle articulation entre les services et les biens répondant à la satisfaction d’un besoin fonctionnel plus vaste que le produit lui-même. La valeur ne réside plus dans la production matérielle mais dans la capacité à répondre à un besoin. Pour exemple, on pourrait imaginer demain qu’un vendeur d’électricité ne se contente plus de vendre des kW/h mais une température optimum dans un habitat ou un local professionnel, ce qui nécessite une chaîne de compétences encore difficiles à réunir pour le moment.

Y a-t-il pour autant un renversement de la dynamique industrie-services ? Le rôle moteur de l’industrie par le jeu de la sous-traitance et de l’externalisation des fonctions tertiaires serait-il remis en cause ? Deux thèses s’affrontent à cet égard :

  • l’économie servicielle traduirait un simple mouvement de différenciation croissante des biens par le service joint. On assisterait à un approfondissement du productivisme réactif plus qu’à sa transformation, avec un rôle accru de la fonction de distribution et une externalisation plus poussée des processus de fabrication standardisés ;
  •   à l’inverse, l’économie des services transformée par l’insistance sur la fonctionnalité gagnerait fortement en autonomie et deviendrait motrice. On assisterait alors au développement du pilotage par l’aval de la production par des entreprises « intégratrices » (combinant stratégie, conception et vente) pour répondre à la « valeur client ».

Qu’il s’agisse de l’économie des bouquets (Philippe Moati), de l’économie de la fonctionnalité (Dominique Bourg), ou de l’économie du quaternaire (Michèle Debonneuil), cette évolution s’inscrit pourtant dans une transformation longue des modes de consommation et de production, accélérée par le développement des TIC. L’ère numérique conduit à rapprocher les entreprises de leurs clients grâce à une connaissance plus fine et plus immédiate de leurs attentes et offre de nouvelles potentialités de diffusion des biens et des services. Elle renforce l’importance de la proximité et de la valeur client, qui s’est trouvée confirmée dans la crise.

Selon un sondage TNS Sofres, la satisfaction du client et la qualité du service et des produits sont les premiers points forts et sources de croissance respectivement cités à 75 % et 65 % par les entreprises interrogées, loin devant le prix des produits et l’efficacité de la fabrication.

Dans le même temps, les mutations sociales où l’acte de consommation devient réalisation de soi et les applications nouvelles du Web 2.0 renforcent le pouvoir du consommateur, sa faculté à critiquer l’offre, à la modifier voire à la co-produire, et ses capacités d’engagement et d’autonomie (modèle wiki mais aussi consommation responsable). Ce pouvoir restauré du « consom’acteur » induit lui-même une réactivité des marques qui utilisent ces nouvelles fonctionnalités du consommateur pour entretenir un lien toujours plus étroit avec lui, et modifie, plus rapidement que par le passé, les biens et les services proposés. La satisfaction des besoins pourrait ainsi devenir le moteur d’une économie servicielle renouvelée.

Bien que difficile à quantifier dans un processus de transformation en cours, l’économie de l’usage et de la fonctionnalité à forte valeur ajoutée existe déjà. Elle est très présente dans le marché interentreprises (imagerie médicale, photocopieurs, informatique) où la vente de biens à forte technologie a cédé la place à celle d’un service autorisant une mise à jour permanente des techniques. L’économie de l’usage s’est également développée dans les télécommunications, avec la tarification des services et non des biens qui y sont associés, ou dans les services financiers avec la bancassurance. Elle prend de l’ampleur dans le commerce où elle redéfinit les marques de l’agroalimentaire ou du bricolage pour répondre à des besoins globaux d’aménagement du logement ou de santé-diététique. Elle atteint aujourd’hui le « coeur » industriel, avec les pneus vendus aux kilomètres parcourus et les véhicules en libre-service. L’économie de l’usage occupe une place encore faible mais peut voir son rôle accru par la prise en compte des contraintes environnementales.

4.    Le déclassement accéléré d’une économie industrielle polluante

et sa réinvention lente

Les secteurs de l’automobile et de la construction sont les épicentres de la crise. Les baisses de production dans ces secteurs sont d’une grande ampleur. La crise y est d’autant plus aiguë qu’elle succède à des années plutôt fastes, soutenues par la croissance des pays émergents et du crédit.

Le secteur de l’automobile est très affecté par le ralentissement de la demande dans les pays riches comme dans les économies émergentes. Il est dès lors confronté à des surcapacités qui seront lentes à résorber. Le secteur doit répondre de surcroît à une urgence écologique du fait de sa forte contribution au changement climatique et aux pollutions urbaines, en particulier pour les véhicules à forte motorisation.

La construction qui subit de plein fouet l’éclatement de la bulle immobilière mondiale est moins confrontée que l’automobile à un réaménagement durable de la demande.

Les besoins liés à l’accroissement des exigences en matière d’urbanisme durable et aux changements sociodémographiques renouvelant les formes d’habitat des personnes âgées, des populations étudiantes ou des familles, structurent une croissance de la demande de long terme.

Ces deux secteurs connaissent dès lors une mutation technologique profonde, avec une hybridation des domaines scientifiques et un approfondissement des filières techniques qui pourraient amener des ruptures technologiques (dans les matériaux pour la construction et dans l’approvisionnement énergétique des voitures). Les progrès de la domotique dans les bâtiments et des systèmes embarqués dans les voitures autorisent des flux d’informations avec les clients-résidents qui offrent de nouvelles fonctionnalités et occasionnent la prestation de nouveaux services.

Ces évolutions nécessiteront cependant une transition de plus longue durée que la sortie de crise : les consommateurs n’y sont disposés qu’à un prix acceptable ; les taux de renouvellement des équipements sont lents (12 ans pour la voiture et plus de 80 ans pour le bâtiment) et les innovations nécessitent le plus souvent des infrastructures (rechargement des batteries pour la voiture électrique, réseau intelligent de distribution d’électricité dans le bâtiment) qui sont longues à mettre en place. De ce point de vue, un soutien des pouvoirs publics apparaît indispensable.

5.    De nouveaux biens et services qui ne sont pas encore à la portée de tous : une crise du pouvoir d’achat plus que de l’hyperconsommation

L’idée selon laquelle les nouveaux arbitrages des consommateurs viseraient à corriger les abus d’une « hyperconsommation » passée et seraient durablement défavorables à la croissance doit être relativisée :

  • l’émergence de nouveaux comportements éco-responsables ou solidaires est très graduelle. La diffusion de ces comportements est elle-même tributaire d’une évolution positive du pouvoir d’achat ;
  • ces nouveaux comportements s’inscrivent dans la tendance longue d’une segmentation des marchés, d’une différenciation/personnalisation des biens et

 des prestations toujours plus poussée, et au final de montée en gamme à travers la proposition de « solutions » individualisées et de biens durables à meilleur rendement énergétique. En ce sens, ils s’inscrivent dans une logique de croissance ;

  • la crise n’a pas entamé l’appétit de consommation même si des arbitrages se font au profit des produits moins superflus. Lors des précédentes sorties de crise, la consommation des ménages est restée un moteur central de la croissance. La crise actuelle pourrait s’inscrire dans la même logique, d’autant que la consommation s’affirme toujours comme vecteur prégnant de construction identitaire, surtout parmi les jeunes générations.

6.    La dernière décennie a fait ressortir de profonds problèmes de solvabilisation de la demande de nouveaux produits qui ont deux sources principales

Le développement de la consommation des nouveaux produits et services est entravé par la difficulté de financer celle des biens premiers (alimentation, logement, transport). Ces biens premiers sont affectés par une hausse des prix relatifs et représentent pour partie des dépenses contraintes dont le poids a sensiblement augmenté depuis 30 ans. L’extension des dépenses contraintes est inégalitaire et se double d’une exposition variable à la contrainte énergétique. La composante contrainte des dépenses des ménages toutes catégories confondues, a connu une progression continue, puisqu’elle passe de 20 % en 1960 à 36 % en 2006 (Insee 2007), avec une nouvelle phase d’accélération depuis 2001. Les disparités sont importantes, la charge budgétaire des dépenses contraintes pouvant aller du simple au double (de 42 % des dépenses totales pour le premier décile de revenu à 24 % pour le décile le plus haut). 

Les clivages sont marqués face au coût du logement et à la diffusion de nouvelles pratiques tarifaires. L’analyse des statuts d’occupation révèle notamment une surexposition au prix des loyers de quatre catégories de ménages : les ménages les moins riches, les moins de 30 ans, les familles monoparentales et les Parisiens. Le lieu de résidence constitue donc un facteur très puissant d’hétérogénéité.

Une partie de la population voit son pouvoir d’achat affecté selon deux modalités principales.

La restauration de la profitabilité des entreprises dans les années 2000 dans les pays développés a été le résultat d’une exacerbation de la concurrence par les coûts et d’une recrudescence des stratégies d’externalisation qui ont particulièrement pesé sur les travailleurs les moins qualifiés. La pression sur le pouvoir d’achat a emprunté des canaux distincts selon les pays :

  • une montée des inégalités et de la proportion des bas salaires dans les pays anglo-saxons (éviction technologique des peu qualifiés, concurrence deséconomies émergentes, érosion des protections sociales pour faciliter la réactivité des entreprises) ;
  • une dégradation relative de la qualité de l’emploi et des conditions de travail des bas salaires en France12 et une limitation des salaires des classes  moyennes entre bas et hauts salaires. Les inégalités instantanées ne se sont pas creusées en France mais :

- les formes contractuelles instables issues de la « dualisation » de l’emploi ont diminué l’espérance de revenu tout au long de la vie de certains salariés peu qualifiés ;

- le pouvoir d’achat du salaire médian progresse peu.

C’est la crainte d’une perte de pouvoir d’achat et d’une limitation de la consommation qui apparaît comme un facteur d’inquiétude sur fond de peur du déclassement. De fait, la crise est anxiogène : selon l’enquête TNS Sofres, 85 % des salariés estiment qu’ils pourraient être touchés à l’avenir, fortement pour la moitié d’entre eux, les différences de perception entre statuts professionnels étant faibles. Cette crainte recouvre des réalités diverses. Un tiers des salariés se sentent menacés dans leur emploi (dont 10 % « beaucoup »), la proportion atteignant 50 % pour les moins de 25 ans. Mais c’est avant tout par son impact sur le pouvoir d’achat que la crise touche les salariés (et leurs proches). La crise « oblige à changer les comportements de consommation » pour 64 % de la population.

7.    Le modèle d’ajustement dual de l’emploi et d’incitation au travail en question

L’ajustement de l’emploi qu’a connu l’économie française depuis début 2008 a été d’une ampleur sans précédent et a surpris par sa rapidité. Les mécanismes à l’œuvre aujourd’hui valident et amplifient l’idée d’une « dualisation » du marché du travail, combinant un ajustement particulièrement prononcé de l’emploi pour les salariés de la périphérie (contrats précaires ou sous-traitance) et une stabilité remarquable pour les salariés du « noyau dur ».

  • Si dans la récession de 1993, l’intérim n’avait contribué que très marginalement aux destructions totales d’emplois, il représente 60 % des destructions d’emplois entre le premier trimestre 2008 et le premier trimestre 2009.
  • En moyenne, au deuxième trimestre 2009, 319 000 personnes étaient dans une situation de chômage partiel ou technique, soit un niveau supérieur au maximum observé durant la récession de 1993. La hausse concerne principalement le secteur de l’industrie et, dans une moindre mesure, celui de la construction.

En revanche, la précarité des salariés appartenant au cœur d’activité des entreprises ne semble pas globalement accentuée dans cette crise. Les comportements de rétention des compétences sur les travailleurs les plus qualifiés sont même particulièrement affirmés.

 

 

Ce modèle d’ajustement dual est-il durable ?

La contestation sociale a pour toile de fond une montée en puissance de la valeur travail ressentie comme source d’épanouissement personnel et de construction de csens. La crise a exacerbé un rapport paradoxal au travail. Selon TNS Sofres13, le travail reste essentiel pour trouver sa place dans la société et pour s’épanouir personnellement pour plus de 90 % des Français.

Les motivations les plus fédératrices sont l’ambiance au travail et l’intérêt du travail

(67 %), bien avant les salaires. Rien de bien neuf ici. En revanche, les attentes relatives à l’autonomie (liberté dans l’organisation de son travail, 49 % ; participation à la prise de décision, 38 % ; responsabilités, 38 % également) progressent sensiblement par rapport à l’enquête « valeurs » de 2008. Elles apparaissent à présent au même niveau que les attentes en matière de rémunération.

Pourtant, la relation au travail s’est affaiblie dans les pays occidentaux sous l’effet de la crise et des pratiques managériales qui l’ont accompagnée. Le travail est alors perçu comme plus contraint, source de stress, ayant même perdu du sens.

Ces différents éléments sont en phase avec les analyses sur la mutation du travail14.

Conçu au départ comme une obligation sociale animée par une éthique du devoir, le travail serait devenu un instrument rationnel de développement individuel, source de sécurité et de revenu, puis un vecteur d’accomplissement et d’expression personnels dans une société devenue post-matérialiste. Parmi les Européens, les Français sont ceux qui adhèrent le plus à l’idée que le travail est nécessaire au développement des capacités personnelles. C’est dans ce cadre qu’on peut articuler quelques paradoxes :

  • le travail, bien qu’essentiel, doit prendre moins de place dans la vie. Pourcertains cela tient en partie aux mauvaises relations sociales en France

(Philippon, 200715) ou aux conditions de travail ;

  • de façon plus positive, on peut expliquer ce paradoxe par l’articulation du travail avec d’autres éléments indispensables tels que la vie de famille ou les loisirs devenus modes d’expression et de réalisation de soi, à l’instar des consommations créatives, telles que le modèle wiki. Il y aurait donc de nouveaux équilibres à trouver entre ces différentes formes d’accomplissement ;
  • le travail peut être à la fois plébiscité et vécu comme perdant du sens, compte tenu des pratiques managériales exacerbées pendant la crise, en raison d’une attente élevée de construction identitaire et non simplement utilitariste. Le modèle d’ajustement dual de l’emploi à des effets pervers sur la productivité, dans la lignée de la transformation de la place du travail. Les modes de rémunération et de motivation dans le travail pourraient donc devoir évoluer pour faire face aux effets négatifs sur la productivité.
  • L’introduction massive des rémunérations variables liées à la performance s’est révélée un mécanisme de flexibilité pour les entreprises.
  • Mais les effets pervers de ces indicateurs de performance sont parfois nombreux et les travaux en économie des ressources humaines16 précisent les cas, les secteurs ou les entreprises, dans lesquels les gains escomptés des indicateurs (une plus grande motivation des salariés) sont annulés par leurs inconvénients.
  • Des études récentes remettent en cause l’efficacité de la motivation des individus par leur niveau de salaire et manifestent une transformation de la valeur travail.

Les comportements de rétention des compétences observés durant la crise peuvent aussi être l’expression d’une certaine inertie d’adaptation des secteurs matures.

L’ajustement dual de l’emploi, qui favorise l’adaptation à court terme de l’offre aux fluctuations cycliques de la demande, n’est pas forcément le système le mieux adapté pour favoriser un redéploiement plus profond de l’offre. Les rétentions sont stabilisantes à court terme mais pourraient aussi se solder par une inertie des structures productives et par une faible malléabilité des secteurs. Il faut prendre garde à ce que les pays à ajustement lent ne soient pas en définitive ceux qui prennent du retard dans le repositionnement stratégique des secteurs.

8.    Repenser l’ancrage territorial des activités et des hommes

On a assisté avec la crise à plusieurs phénomènes :

  • une renationalisation des enjeux d’emploi qui a conduit certains grands groupes mondiaux à ajuster de préférence dans un premier temps l’emploi sur leur périmètre offshore ;
  • la dépréciation des capitalisations qui est de nature à relancer dans un second temps le processus de restructuration/concentration via des OPA ;
  • la réanimation du débat sur les délocalisations. Sont pointés tour à tour le risque d’une accélération du mouvement de délocalisation ou au contraire l’opportunité d’une relocalisation des activités (induite par la hausse tendancielle de la composante énergétique des coûts de transports, la nonsoutenabilité des déséquilibres de paiement liés à la mobilité des capitaux et la tendance à la servicisation de l’industrie).

Ces phénomènes ne remettent pas en cause le mouvement général de réorganisation de la chaîne de valeur qui incite à une externalisation des segments à faible ou moyenne valeur ajoutée.

Un mouvement correcteur naturel parfois annoncé de relocalisation est peu probable.

Les échecs répétés en matière de délocalisation ne créent pas une contre-tendance.

Ils sont inhérents à la délocalisation, comme les faillites le sont aux créations d’entreprises. La hausse des coûts du transport, évoquée souvent comme facteur de relocalisation, devrait, selon le CEPII, être extrêmement forte pour induire un impact négatif significatif sur les échanges.

 

À moyen terme, les différentiels de coûts et de demande qui prévalent dans les arbitrages en matière de localisation resteront prégnants :

  • le différentiel de croissance potentielle entre pays émergents et pays développés de l’OCDE semble sensiblement se creuser après crise. Les BRIC renouent rapidement avec une croissance forte, et les sous-jacents sociaux de la demande intérieure pourraient sortir renforcés de la crise ;

la récession peut conduire transitoirement à un moindre recours à la soustraitance pour mieux mobiliser les capacités existantes. Au-delà, le mouvement de délocalisation devrait demeurer sur sa tendance. Selon TNS Sofres, si parmi la minorité d’entreprises ayant déjà délocalisé, 22% déclarent que la crise les conduit à amplifier les délocalisations, la quasi-totalité des dirigeants qui n’ont pas délocalisé

  • Toutefois, même si la servicisation de l’industrie n’implique pas des relocalisations mécaniques, les nouvelles organisations industrielles peuvent être conciliées avec des objectifs d’emploi, si elles s’associent à des évolutions importantes des mobilités et des qualifications, sectorielles et en niveaux, et ce hors même prise en compte de l’impact des départs à la retraite.

La recherche d’une répartition optimale des activités du point de vue des coûts de transaction et de la stabilité de l’emploi confère dans ces conditions un rôle clé aux politiques procompétitives (R & D, financement des PME, infrastructures…) et aux stratégies territoriales, notamment de formation. L’implication des services dans les filières de production s’accroît considérablement, ce qui impose de repenser les notions de compétitivité, d’attractivité ou de vulnérabilité des territoires. Dans ce maillage équilibré et stable du territoire en entités intermédiaires, ni trop disséminées ni trop concentrées, les services cognitifs (recherche fondamentale, enseignement supérieur, conseil en entreprise, publicité, marketing…) et organisationnels joueront un rôle décisif.

 

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12 Caroli E. et Gautié J. (dir.), Bas salaires et qualité de l’emploi : l’exception française ?, Collection

du CEPREMAP, Paris, Éditions Rue d’Ulm, 509 p.

13 Sondage réalisé par TNS Sofres pour le Centre d’analyse stratégique, septembre 2009.

14 Davoine L. et Méda D. (2009), « Quelle place le travail occupe t-il dans la vie des Français par rapport aux Européens ? », Informations sociales 2009/3, n° 153, p. 48-55

15 Philippon T. (2007), Le Capitalisme d’héritiers. La crise française du travail, Paris, Le Seuil.

16 « Personnel economics ».

 

 

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Sur le site du Centre d’analyse stratégique le rapport sur le nouveau modèle de croissance du groupe de travail présidé par Daniel Cohen.
 

Outre le texte intégral du rapport, on trouve un résumé très clair et un tableau résumant les idées essentielles

 


oct 18 2009

pour les tes en spé

Publié par ghjattanera dans ARTICLE DE PRESSE, COURS TES, EDS      

 

cet article du monde des livres

Le versant moral du père de l’économie politique Adam Smith

Lorsque Adam Smith (1723-1790) publie Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, en 1776, il est déjà un penseur reconnu en Grande-Bretagne, grâce au succès rencontré par son premier ouvrage, Traité des sentiments moraux (1759), recueil de ses cours de « philosophie morale » dispensés à l’université de Glasgow, où il a également enseigné la logique. Entre ces deux dates, Adam Smith a séjourné à Paris, en 1763, comme précepteur des enfants d’une grande famille. Il y a fait la connaissance de d’Alembert et Turgot, farouche adversaire du mercantilisme, futur contrôleur général des finances du Royaume de France et auteur de nombreux textes publiés en 1770 sous le titre de… Réflexions sur la formation et la distribution des richesses !

Fameuse « main invisible »

Croisant ses convictions de moraliste et sa rhétorique de logicien avec les conceptions de Turgot, Adam Smith se lance dans la rédaction de La Richesse des nations en 1766, à son retour en Ecosse. Il y articule, au sein d’une théorie cohérente, première véritable économie politique de l’histoire, les rôles de la monnaie et de la formation des prix, du travail et des inégalités sociales et humaines, du capital et du crédit, du commerce et des échanges internationaux, des Etats et des impôts. Sa conception de l’homme comme individu libre – dans la lignée du siècle des Lumières et de son ami et protecteur David Hume – lui fait élaborer la notion de marché comme équilibre naturel et optimal des intérêts individuels (la fameuse « main invisible « , expression qu’il n’utilise pourtant qu’une seule fois dans les 1 200 pages de l’ouvrage). Ce qui le fera considérer par les économistes qui le suivront, de Jean-Baptiste Say à Milton Friedman en passant par David Ricardo et Frédéric Bastiat, comme le « père » du libéralisme et le pourfendeur de toute intervention étatique.

En revanche, le versant « moral » des écrits du père de l’économie politique, qui s’indigne des inégalités « naturelles » et prescrit des institutions aptes à les réduire, a été longtemps négligé par la littérature économique. C’est cet « oubli » qu’Amartya Sen, partisan d’une économie éthique, entend réparer.

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Une interview de Sen à propos de Smith dans Le Monde (16-10-2009)
La Richesse des nations » d’Adam Smith ( 1776) est considéré comme le texte fondateur du libéralisme économique. L’ouvrage du philosophe écossais témoigne aussi, selon l’économiste indien Amartya Sen, spécialiste de la pauvreté et du développement, d’une forte empathie pour le sort des exclus de la société.

Vous souvenez-vous de votre première lecture de La Nature et les causes de la richesse des nations ?

Pendant ma scolarité en Inde, j’avais déjà conscience de l’importance des écrits d’Adam Smith, mais je n’ai vraiment été en contact avec ses oeuvres originales que lors de ma première année universitaire, au Presidency College de Calcutta, à la fin de l’été 1951. J’avais alors 17 ans, et je fus enthousiasmé par les innovations pionnières apportées par Smith. Le climat intellectuel, pendant mes études, était très orienté à gauche, j’avais déjà lu Marx et j’avais été impressionné par son fort intérêt pour les questions de pauvreté, d’inégalité et d’exploitation.

L’opinion générale, au sein de nos cercles très à gauche, était que Smith avait jeté les fondations de la compréhension de l’économie de marché et de son fonctionnement, et que c’était très important, quelle que soit la façon dont cela était traduit en termes de valeurs politiques. La plupart de mes collègues n’avaient pas lu Smith, à l’exception d’un étudiant remarquable, Sukhamoy Chakravarty, qui avait une excellente maîtrise de tout ce qu’il pouvait trouver dans la littérature économique et sociale. Mais il y avait une sorte d’expression toute faite qui disait que Smith avait rendu possible à chacun, y compris Marx, la compréhension de la logique de l’économie de marché. Cependant, il était aussi affirmé que, dans la mesure où Smith ne s’était pas particulièrement intéressé à l’inégalité et à la pauvreté, il était revenu à Marx de transformer les théories de Smith en une critique radicale du capitalisme.

Cette conception n’était pas complètement erronée (Marx a donné un grand coup de barre à gauche à la pensée de Smith, pour lequel il avait par ailleurs un grand respect), mais elle n’est pas totalement juste. Elle néglige le fait que Smith lui-même était extrêmement critique sur les inégalités économiques et sociales, et sur les asymétries de la structure de classes qui séparait de façon rigide les travailleurs des catégories privilégiées. Quand j’ai commencé à lire La Richesse des nations, j’ai découvert que Smith était extrêmement préoccupé – et critique – au sujet du sort des pauvres, même au sein des sociétés prospères. J’ai été particulièrement ému par la puissante analyse de Smith selon laquelle les riches réussissent mieux non pas parce qu’ils ont, en général, plus de talents que les autres, mais parce qu’ils ont eu la chance de recevoir une meilleure éducation et parce que leur style de vie leur laisse du temps libre et la possibilité de se cultiver.

Voici un passage de Smith qui, lorsque je l’ai lu pour la première fois, en 1951, m’a bouleversé : « Les gens du peuple (…) n’ont guère de temps de reste à mettre à leur éducation. Leurs parents peuvent à peine suffire à leur entretien pendant l’enfance. Aussitôt qu’ils sont en état de travailler, il faut qu’ils s’adonnent à quelque métier pour gagner leur subsistance. Ce métier est aussi, en général, si simple et si uniforme, qu’il donne très peu d’exercice à leur intelligence ; tandis qu’en même temps leur travail est à la fois si dur et si constant, qu’il ne leur laisse guère de loisir, encore moins de disposition, à s’appliquer, ni même à penser à autre chose. »

Je vous cite cet extrait (tiré du chapitre 1 du livre V) non seulement parce que je l’ai relu récemment lorsque j’écrivais la préface de la réédition – à l’occasion du 250e anniversaire de sa parution, en 1759 – du premier livre de Smith, La Théorie des sentiments moraux (à paraître chez Penguin Books), mais aussi parce qu’il y a quelque chose d’exceptionnel dans la clairvoyance et la compassion que Smith révèle, et qui me l’avait rendu très proche dans ma jeunesse. J’ai été particulièrement frappé par son empathie pour les autres, aussi éloignés de lui soient-ils en termes de classe, de milieu ou de style de vie, extrêmement différents du sien. Tout au long de La Richesse des nations, il déploie un fort sentiment de solidarité avec les exclus de la société. C’est une caractéristique dont j’ai constaté l’absence dans la façon dont la littérature économique standard analyse les questions économiques.

Je me souviens avoir soutenu auprès de mes amis et de mes camarades de classe que Smith lui-même était beaucoup plus solidaire et égalitaire que ce qu’ils voulaient bien croire, et qu’il penchait fortement pour un changement de l’ordre économique existant. Mais je ne crois pas que j’aie totalement réussi à les convaincre de cela…

En quoi La Richesse des nations a été un livre important dans l’histoire de la science économique ? Tout d’abord, au moment de sa parution ?

A l’époque où Smith écrivait, il y avait beaucoup de confusion au sujet de la façon dont fonctionnait l’économie de marché. On était loin d’être au clair sur la façon dont le marché était supposé contribuer à la prospérité d’une économie ou d’une société. L’analyse très clairvoyante et pionnière de Smith sur la façon dont le marché accroît la prospérité à travers les échanges, la division du travail, la formation des compétences, et l’utilisation des économies d’échelle a été très importante pour rendre tout cela plus compréhensible. Certaines de ses découvertes étaient extrêmement complexes, par exemple la façon dont l’avantage des économies d’échelle peut être utilisé par le marché – cette question particulière est d’ailleurs toujours d’actualité. Ainsi, les travaux de Paul Krugman, récompensés par le prix Nobel l’an dernier, poursuivent les analyses que Smith avait lancées au XVIIIe siècle.

 !Si cette analyse fut la contribution majeure de Smith à son époque, elle ne fut pas la seule. Car, de la même manière qu’il y eut des détracteurs et des critiques de l’économie de marché, il y eut beaucoup d’admirateurs inconditionnels. La seconde contribution de Smith fut de combattre cette approche enthousiaste. Il a mis en évidence les erreurs commises par un marché laissé à lui-même. Par exemple, la recherche excessive de profits immédiats par des acteurs de marché que Smith qualifie de « prodigals and projectors » (« prodigues et faiseurs de projets », chapitre 4, livre II), mais aussi ses erreurs par omission – puisque le marché n’est pas capable de répondre à des questions comme celle de la pauvreté, ou celle du besoin de biens publics, à commencer par l’éducation. Smith plaide, par conséquent, pour aller au-delà du marché à travers différentes institutions. Smith se différencie ainsi de certains de ses contemporains les plus importants. De Jeremy Bentham, qui défend l’efficacité du marché de façon acritique, et reproche à Smith d’être inutilement antimarché.

En quoi l’oeuvre de Smith est-elle toujours pertinente dans l’économie mondialisée d’aujourd’hui ?

Je dirais que, jusqu’à un certain point, les deux types d’analyses qu’il a menés demeurent pertinents aujourd’hui. Les marchés sont souvent stupidement supprimés même lorsqu’ils pourraient être très utiles. Mais, d’un autre côté, beaucoup de politiciens estiment que l’économie de marché est toujours adéquate et autorégulatrice, ce qu’elle n’est pas. Cette attitude a créé de grands problèmes ces dernières décennies, en particulier en Amérique, et elle a eu un rôle dans la crise économique récente. La suppression de la régulation sur les transactions financières et les garanties prudentielles (comme avec les credit default swaps, contrats de défaut de crédit), qui a joué un grand rôle dans le développement de la crise dont nous souffrons aujourd’hui, reflète une attitude de confiance aveugle dans les marchés, éloignée de la conception équilibrée défendue par Smith.

Adam Smith souhaitait une multiplicité d’institutions, parmi lesquelles il y a le marché, mais pas seulement lui. L’efficacité et l’équité en requièrent d’autres, qui doivent restreindre les excès de l’économie de marché pure (en particulier à travers les régulations) et étendre la portée de cette économie à travers les services publics et les compromis sociaux, y compris les filets de la protection sociale.

L’approche équilibrée de Smith nous est aujourd’hui très précieuse. La valeur de ses découvertes n’a pas diminué, bien que plus de deux siècles se soient écoulés depuis l’époque où il écrivit son incontournable Richesse des nations.


 

Amartya Sen, Prix Nobel d’économie 1998.

et


oct 18 2009

pour les terminales es innovations suite du cours ..un bel exemple

Publié par ghjattanera dans Non classé      

C’est un Post qui m’a scotché … sur l’innovation que fut le post it !!


oct 16 2009

suite des propos de ce matin …

Publié par ghjattanera dans Non classé      

Un grand merci à Jean Emmanuel Pagni pour sa générosité et sa sensibilité …

suite de cette conversation voila un article du Figaro sur les risques d’échec social aggravé pour les algériens et les africains dans le meme article mention pour JF GI sur l’armée francaise dans les alpes ..de beaux airs de clairons dans l’église !!!


oct 15 2009

suicides au travail ..une heure de peine le blog de D. Combi

Publié par ghjattanera dans actualité      

un excelent travail de la part de mon jeune collègue sur son blog  sur les suicides au travail


oct 15 2009

pour les terminales l’innovation au coeur de la crise et … de la reprise …

Publié par ghjattanera dans ARTICLE DE PRESSE      

un article des échos sur les questions de cours

Au coeur des grandes crises économiques, se love toujours un couple infernal, celui formé par l’innovation, entendue comme une invention qui trouve son marché, et son double, la consommation. C’est cet extraordinaire mouvement qui traverse les siècles et reste central dans l’explication de nos déboires actuels, que raconte le nouvel et foisonnant ouvrage des économistes Jean-Hervé Lorenzi et Alain Villemeur (1).

Quel rapport entre la crise actuelle et l’innovation ? Côté pile, l’innovation est un peu responsable de nos malheurs. Ce sont les technologies de l’information, grande révolution industrielle de la fin du siècle dernier, qui ont permis la circulation continue des capitaux, l’imagination financière débridée et la connexion en temps réel de toutes les économies de la planète.

Côté face, le choc de l’environnement et des matières premières nous renvoie aujourd’hui en pleine figure l’impréparation de nos sociétés à des mouvements pourtant visibles depuis de nombreuses années. On n’a pas assez innové dans ce domaine. C’est pourquoi, pour les auteurs, le tremblement de terre actuel n’est pas uniquement une crise de la demande et de la finance, comme l’affirment certains, mais aussi une crise de la consommation et de l’innovation. D’un coup, il n’y a plus adéquation entre le consommateur, ses désirs, ses moyens financiers et les produits qu’on lui propose. La norme de consommation est en train de changer.

L’économiste David Flacher distingue 4 normes dans l’histoire récente. La première, la plus rudimentaire, était celle d’avant le XVII siècle, la seconde est apparue au XVIII avec le développement fantastique des indiennes, ces cotonnades venues d’Asie, mais aussi de la porcelaine. On passe de l’inusable au cassable et l’on découvre la mode. La troisième norme est celle du XIX, caractérisée par l’apparition d’un début de classe moyenne avide de produits moins haut de gamme, plus industriels, donc moins chers. La quatrième est la société de consommation de l’après-guerre, enfantée dans la douleur par la crise de 1929. Celle-ci est née d’une inadéquation entre une innovation technologique et industrielle débridée, notamment dans l’automobile, face à l’absence d’une vraie classe moyenne solvable. Les profits des entreprises, insuffisamment redistribués, ont alimenté une spéculation boursière effrénée. Dix ans de récession et une guerre ont été nécessaires pour donner naissance à une grande classe moyenne qui a alimenté la croissance des Trente Glorieuses.

La mondialisation a cassé ce progrès continu, maintenu artificiellement par l’endettement au début des années 2000. Une nouvelle norme émerge donc avec de nouveaux besoins, plus qualitatifs, plus en phase avec les nouvelles préoccupations mondiales, du moins dans les pays développés : l’énergie, l’écologie, la démographie et le vieillissement. Or l’histoire nous enseigne que ces normes de consommation ne naissent pas des innovations mais souvent les précèdent, puis les accompagnent et les attisent, comme le vent sur la braise. La folie des indiennes du XVIII siècle a créé le terreau pour le développement de l’industrie du tissage, point de départ de la première révolution industrielle. C’est donc maintenant que se jouent les vingt prochaines années et qu’il faut mettre en place des structures et des moyens pour favoriser et accélérer l’émergence de cette nouvelle innovation répondant à ces nouveaux besoins. Cela passe à la fois par une stimulation financière forte. On en trouve la trace dans de nombreux plans de relance, en Amérique, au Japon ou en Corée.

Mais cela demande aussi la mise en place de ce qu’Alain Villemeur appelle le « système d’innovation ». C’est-à-dire l’environnement favorable au développement d’entreprises innovantes : infrastructures, laboratoires de recherche publics et privés, universités, financiers prêts à prendre des risques. Dans ce domaine, le modèle le plus abouti est l’américain, qui a su créer un écosystème très fertile mêlant aides indirectes de l’Etat et initiative privée. Mais, là-bas aussi, le débat fait rage sur le rôle de l’innovation. Récemment, l’économiste éditorialiste de « Business Week » (2) Michael Mandel développait la thèse d’une crise née d’une insuffisante focalisation sur l’innovation. On croyait la croissance américaine fondée sur son dynamisme technologique alors qu’elle ne reposait que sur l’emprunt et les placements obligataires. Résultat, les ravages de la mondialisation n’ont pas été suffisamment compensés par l’innovation locale.

Et la France dans tout ça ? L’innovation décentralisée, l’écosystème harmonieux, les PME dynamiques, ce n’est pas son fort. Seul point positif, la création des pôles de compétitivité, unanimement reconnus comme l’embryon d’un système d’innovation qu’il faudra conforter autrement que par de nouveaux TGV, autoroutes et autres rustines keynésiennes du siècle dernier.

(1) « L’Innovation au coeur de la croissance »,Jean-Hervé Lorenzi et Alain Villemeur éd. Economica.
(2) « Innovation Interrupted », Michael Mandel, « Business Week », 15 juin 2009.

qq commentaires à l’article

L’innovation peut-elle être générée par la « crise » ?

Peut-être mais pas tout de suite : il est vraisemblable que, dans un premier temps, les décideurs vont tout faire pour que tout continue comme avant ; je pense que nous sommes en plein dans le cours de cette étape. Il n’en reste pas moins qu’il s’agit d’un sujet passionnant auquel je compte consacrer quelques commentaires tout en étant en gros d’accord avec votre billet. Je n’achèterai cependant pas l’ouvrage de Lorenzi et Villemeur car je ne vois pas ce que des économistes peuvent apporter à un tel sujet.

En effet, ils sont pour la plupart, parfois sous des habits aussi neufs que trompeurs et un peu comme les créationnistes, restés croyants en la genèse selon Saint Adam Smith (et lis disent toujours la messe en anglais) comme ceux de Moscou étaient attachés au marxisme plus ou moins adapté aux temps « modernes » … on a vu le résultat à l’Est, on est entrain de le constater en Occident … et que personne ne me dise que ce n’est pas la même chose ! Dans leurs analyses actuelles (je ne parle pas des billets journalistiques sur des sujets circonscrits), ils illustrent ce jugement de Saint-Exupéry :

« … Ah ! Le schéma que bâtiront plus tard les historiens ! Les axes qu’ils inventeront pour donner une signification à cette bouillie ! Ils prendront le mot d’un ministre, la décision d’un général, la discussion d’une commission, et ils feront, de cette parade de fantômes, des conversations historiques, avec responsabilités et vues lointaines … » (Antoine de Saint-Exupéry – Pilote de guerre – Pléiade, 1953, page 325).

Je recycle quelques citations déjà utilisées dans les blogs (encore une fois, merci aux Echos de les laisser en ligne aussi longtemps, c’est très commode pour les copier/coller) au double prétexte que la « pédagogie » si chère à nos « élites » nécessite la répétition et aussi qu’à mon âge, on ne lit plus mais on cause tout en sachant bien que l’expérience, contrairement aux connaissances, ne se transmet pas. Je souhaite cependant apporter quelques éclairages latéraux au sujet et mon plan est le suivant :

- avers et revers de l’innovation

- portrait de l’innovateur

- conditions de l’innovation : top down ou bottom up

- colonisation ou innovation

- un monde figé : est-il possible d’en sortir ?

Il y aura peut-être une conclusion … « Les ravages de la mondialisation n’ont pas été suffisamment compensés par l’innovation locale. » … on commence à se rendre compte des dégâts causés par la mondialisation : tout n’est peut-être pas complètement perdu. Il faudrait aller le clamer sous les confortables bureaux de deux grands « socialistes » : Pascal Lamy à Genève et Dominique Strauss-Kahn à Washington, dont les idéologies colonisatrices nous ont conduit où nous sommes … mais le tant célébré Jules Ferry n’était-il pas partisan des formes de colonisation de son époque ?

 

Portrait de l’innovateur.

C’est un sujet qui, semble-t-il, n’est pas abordé … normal, les économistes s’intéressent aux grands chiffres et aux beaux discours, mais laissent les moyens et l’organisation au subalterne qui, n’ayant rien compris à leur jargon, fait n’importe quoi. Commençons par nous référer à un grand innovateur :

« Quand je m’examine moi-même et ma méthode de pensée, j’en viens à la conclusion que le don de fantaisie signifie plus pour moi que quelque talent pour l’abstraction ou pour la pensée positive » (Albert Einstein, cité par Francesca Predazzi et Vanna Vannucini – Petit voyage dans l’âme allemande – Grasset, 2007, page 55).

Par contraste (j’allais écrire a contrario, comme les économistes), Gombrowicz nous décrit le personnel enseignant de l’école Piorkowski à Varsovie :

« Ce sont les cerveaux les plus solides de la capitale. Aucun d’eux n’a une seule idée personnelle et si le cas venait à se présenter, je chasserais aussitôt ladite pensée ou son penseur. Ce sont des imbéciles tout à fait inoffensifs, ils n’enseignent que ce qu’il y a dans les programmes. Vraiment, ils n’ont et ne peuvent avoir aucune pensée personnelle. » (Witold Gombrowicz – Ferdydurke – Folio, page 57).

J’ai constaté que, depuis une vingtaine d’années, les promotions en entreprises se faisaient de plus en plus selon le second profil, surtout dans les hauts niveaux. Nos apparatchiki, héritiers et financiers que j’appelle omnibus, et qui tiennent lieu de grands patrons, sont souvent des conformistes qui appliquent aveuglément la théorie ou la mode du moment : cost killers ou « faiseurs de valeur » … Allez vous promener dans les ascenseurs des tours de La Défense et regardez autour de vous, vous le constaterez à coup sûr.

De ma petite expérience, je déduis qu’un véritable innovateur peut être un fantaisiste qui passe son brainstorming intime au crible des possibilités du moment, mais aussi un rebelle (Bombardier), un perfectionniste qui n’est jamais content de ce qu’il produit (bien des patrons de PME allemandes), quitte à confier à la sous-traitance ce qu’elle peut faire mieux que lui et pas simplement pour pressurer les coûts, une personne en difficulté qui doit s’en sortir (Lego), voire celui ou celle qui a envie de tout mettre cul par-dessus tête, par exemple ceux qui ont conçu la Golf 1 après la Coccinelle (j’exagère un peu : dans les deux cas, les roues étaient en bas).

Nos grands patrons dont Les Echos publient abondamment les photos, y montrent le plus souvent des sourires satisfaits et repus de bonus et de bonne chère, signifiant ou même annonçant sans vergogne : « Tout va mieux que bien ! » … ce n’est pas ces gars-là qui vont nous innover grand-chose et, comme en plus ils intoxiquent les économistes et médiacrates à leur service, leur paresseux conformisme est largement multiplié dans la population

Vous ne nous avez pas servi la tarte à la crème de l’éducation qui serait potentiellement l’innovation de demain … d’abord, demain il sera trop tard : lorsque l’on a vu arriver tant de jeunes ingénieurs et techniciens dans les entreprises, on peut se permettre cette affirmation. Non qu’ils soient idiots, mais il faut leur laisser le temps de se roder avant de devenir de grands innovateurs.

Il nous faudrait aussi de vrais ministres de l’Enseignement, capables de maîtriser le paradoxe de la quantité et de la qualité et, depuis Jules Ferry, je crains qu’il n’y en ait pas eu de capable de trancher ce nœud gordien. Un célèbre philologue ne déclarait-il pas, dans une série de conférences prononcées à Bâle en 1872 :

« Deux courants en apparence opposés, pareillement néfastes dans leurs effets et finalement réunis dans leurs résultats dominent aujourd’hui nos établissements d’enseignement initialement fondés sur de tout autres bases : d’une part la tendance à élargir autant que possible la culture, d’autre part la tendance à la réduire et à l’affaiblir. Selon la première tendance, la culture doit être transportée dans des cercles de plus en plus vastes, selon la seconde on exige de la culture qu’elle abandonne ses plus hautes prétentions à la souveraineté et qu’elle se soumette comme une servante à une autre forme de vie, nommément celle de l’Etat. » (Frédéric Nietzsche, Sur l’avenir de nos établissements d’enseignement, tome 1 de La Pléiade, page 192. Les italiques sont du vieux Fritz.).

Le problème n’est donc pas nouveau et, si je ne suis pas du genre élitiste, j’attends qu’on le résolve. On vit en France un faux élitisme de certaines grandes écoles dont les productions en série obtenues par naissance et hyper bachotage ne font pas merveille dans les cabinets ministériels et les directions des grandes entreprises … il faudrait commencer par innover dans ce domaine pour en obtenir les parangons de l’innovation !

C’est un lieu commun que de remarquer que les enfants de la maternelle sont hyper créatifs … parfois un peu trop … ça se calme dans le primaire et disparaît dans le secondaire … c’est définitivement foutu à l’X … quant aux banquiers, cela devient ga bu zo meuh, et nos « philosophes » cosmo transcendantaux ne produisent plus que d’infâmes bouillies … Il y a donc une difficulté qui dépasse le corps enseignant : sans réinventer Freinet ni Pestalozzi, il y a des questions à se poser.

Je ne sais plus qui a succédé à ce butor de Darcos … Chatel, dites-vous ? Ben, issu du marketing et de la pommade, ça ne va pas innover des masses dans le genre intellectuel, ni au niveau organisationnel … Allez, j’arrête (momentanément si le Diable me prête vie) de dire du mal de mon prochain : « Qui es-tu donc, à la fin ? – Je suis une partie de cette force qui, éternellement, veut le mal et qui, éternellement, accomplit le bien. » (Goethe, Faust – en apophtegme à Le Maître et Marguerite, Mikhaïl Boulgakov – Le Livre de Poche n° 3062 page 45).

 

 


oct 13 2009

Protégé : fiche repère croissance et innovation

Publié par ghjattanera dans Non classé      

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oct 13 2009

Protégé : les questions sur le développement durable pour TES

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oct 12 2009

pour Première et Terminale politique montétaire ..suite

Publié par ghjattanera dans Non classé      

un article du monde sur la hausse des taux

Taux et changes

L’Australie ouvre le bal de la hausse des taux

Une banque centrale des pays du G20 a lancé cette semaine le coup d’envoi de la normalisation des politiques monétaires de la période d’après-crise. L’Australie, dont l’économie est soutenue par ses exportations et la demande chinoise de matières premières, a relevé, mardi 6 octobre, d’un quart de point, à 3,25 %, son principal taux directeur.

Les marchés s’attendaient à une hausse prochaine des taux d’intérêt en Australie, mais pas aussi vite. Un seul des vingt économistes interrogés peu avant la réunion de la banque centrale par l’agence Bloomberg avait prévu une hausse des taux. La Norvège pourrait suivre, estiment les économistes, dès le 26 octobre.

Pour les Etats-Unis et la zone euro, le moment de la normalisation monétaire n’est pas aussi proche. Le niveau actuel des taux d’intérêt pilotés par la Banque centrale européenne (BCE) reste « approprié », a jugé jeudi, à l’issue de la réunion de l’institution, son président, Jean-Claude Trichet. Il a indiqué que le scénario économique rempli d’incertitudes de la BCE était le même que le mois dernier. Il a cité la hausse des prix des matières premières et de l’énergie comme étant un risque qui pouvait autant peser sur la croissance que sur l’inflation.

Aux Etats-Unis, Ben Bernanke, le président de la Réserve fédérale (Fed), a déclaré jeudi que « les politiques accommodantes se justifieront sans doute pendant une période prolongée ». « A un certain stade toutefois, a-t-il ajouté ; quand la reprise économique s’ancrera, nous devrons resserrer la politique monétaire pour prévenir l’apparition d’un problème inflationniste. »

Dans l’état actuel des choses, les économistes ne s’attendent pas à ce que la Fed ou la BCE relèvent leurs taux avant mi-2010, voire début 2011 pour certains. Selon les économistes interrogés par Reuters, le taux directeur de la BCE remonterait à 1,25 % à la fin du troisième trimestre et terminerait 2010 à 1,5 %.

Malgré tout, les banques centrales commencent à réfléchir au retrait des mesures exceptionnelles et à l’allégement de leur bilan. Du côté américain, la Fed est entrée en négociation avec les banquiers pour voir comment elle pourrait réduire son bilan, qui est passé de 800 milliards de dollars avant la crise à près de 2 000 milliards (1 355 milliards d’euros) avec sa politique de rachats d’actifs.

L’Europe est inquiète

Une des pistes envisagée par la banque centrale consisterait à mettre en pension auprès du secteur financier les titres qu’elle possède dans son bilan, une opération appelée « reverse repo ». Selon les économistes de Natixis, « cette opération permettrait à la Fed de se séparer pendant une période déterminée des actifs situés dans son bilan (dans le cas présent, vraisemblablement jusqu’à leur maturité) » en échange d’une rémunération. Cela « offrirait donc le double avantage de normaliser la taille du bilan de la Fed et de drainer les liquidités excessives sur le marché américain », poursuivent-ils. Le problème est que les banquiers de proximité de la Fed, l’équivalent des spécialistes en valeurs du Trésor en France, c’est-à-dire ceux habilités à participer aux opérations de vente d’emprunts par le Trésor, ont des capacités bilantielles actuellement très limitées du fait de la crise.

La Fed chercherait donc un moyen de réaliser son opération avec des fonds de placement monétaire qui, eux, ont souffert d’un retour de l’appétit pour le risque des investisseurs et de la baisse des taux d’intérêt qui a fait fondre leur rendement.

Par ailleurs, sur le marché des changes, le billet vert a été affecté en début de semaine par un article dans la presse britannique évoquant le projet de plusieurs pays d’abandonner le dollar comme devise de négoce du pétrole. Il a poursuivi sa chute au cours de la semaine – atteignant jeudi 1,4818 dollar pour 1 euro -, au point que les banques centrales asiatiques sont intervenues sur le marché des changes pour ralentir la progression de leur propre monnaie face au dollar.

L’Europe, impuissante à contrôler sa monnaie qui est dirigée par le dollar et la politique américaine, est de plus en plus inquiète. L’engagement exprimé par les autorités américaines en faveur d’un dollar fort est « extrêmement important dans les circonstances actuelles », a rappelé jeudi M. Trichet.

Cécile Prudhomme