LeWebPédagogique - Partagez la connaissance !
ecriture-resilience

L’écriture et la confiance

Un potentiel de progrès

Dans mon bureau de graphothérapeute et coach scolaire, je reçois des élèves qui ont besoin d’un bilan sur leur écriture ou d’un accompagnement pour être plus à l’aise à l’écrit, à l’école. Chaque rencontre est différente, unique. Pourtant, je pourrais relever de nombreux points communs entre toutes ces personnalités attachantes : n’aiment pas beaucoup l’école, se sentent « nulles », préfèrent souvent les maths au français, crispent les doigts sur le crayon, possèdent un esprit vif, pertinent et une grande sensibilité… Ce sont fréquemment des enfants à haut potentiel mais quel que soit leur profil, tous possèdent un potentiel élevé : la capacité de progresser et de s’épanouir.

ecriture-resilience

Un témoignage unique

Le grand garçon de quatrième est entré dans mon bureau plein d’énergie et débordant de parole. Il s’est assis en face de moi et s’est mis à parler sans que je puisse poser la moindre question, me retraçant son parcours scolaire avec un débit de parole hors du commun. Sa mère, qui ne pouvait placer un mot, a tenté de l’arrêter. J’ai dit : « Laissez-le, s’il dit tout ça c’est qu’il a besoin de le dire. » J’aurais aimé filmer cette scène tant elle était pleine de sens et d’émotion. Il disait l’enfer vécu en primaire, les privations de récréations en CE1 et CE2.  L es 400 lignes qu’il a dû faire sans rature ni erreur. Il exprimait sa révolte face aux enseignants qui n’ont pas voulu l’aider parce qu’ils pensaient qu’on ne pouvait rien faire pour lui, son manque d’amis, son maître de CM2 qui prétendait qu’il ne pourrait pas suivre au collège…

Et puis, sa renaissance en 6e dans un collège bienveillant, avec des profs qui aident, qui donnent des photocopies ou des cours sur clé USB, qui encouragent. Et les premiers amis, mais la priorité à la réussite scolaire. Préférer réviser pendant les récrés, parce qu’enfin la possibilité d’avoir de bonnes notes. La possibilité et la fierté.

Une écriture blessée

Après l’entretien, j’ai observé ses cahiers. De la grande section au CM2, je voyais son écriture, si tortueuse, si chaotique, pleine de ratures, de retouches, de colère et de désespoir … et ça collait parfaitement avec tout ce qu’il avait exprimé. Son écriture me disait tout le mal-être de l’enfant. Non, ce n’est pas normal de rapetisser à ce point ses écrits quand on est si petit. C’est terrifiant de réaliser à quel point l’école peut blesser, diminuer. Quand son rôle est d’élever.

Enfin, en 6e, une écriture totalement différente, plus apaisée, détendue, continuait d’illustrer son récit. C’est la magie de la résilience. L’effet de la bienveillance.

Malgré tout, il reste des traces de ses chagrins d’école. Aujourd’hui en 4e, vitesse d’écriture de CM1 quand il veut être lisible. Il lui est difficile de terminer ses évaluations. Parce qu’il a appris à écrire de la pire manière qui soit, sans apprendre le sens du tracé des lettres, sans savoir que ce sont les doigts qui font le mouvement et non pas tout le bras… Et surtout, l’écrit était une punition, une humiliation durant toute son enfance ! Quelques travaux de rééducation seront donc à effectuer, et il gagnera en vitesse et en lisibilité, avec des encouragements, et un travail quotidien pour déprogrammer ses vieux automatismes et en créer de nouveaux.

Les causes les plus fréquentes de la difficulté d’écrire

  • La première cause est d’ordre technique. Les professeurs des écoles, en général, n’apprennent pas à apprendre à écrire. Et ça ne s’invente pas. Qui est responsable ? Les ESPE ? Les académies qui n’organisent pas de formation sur l’apprentissage de l’écriture ? Les enseignants qui ne peuvent que se perdre s’ils cherchent les ressources sur Internet tant elles abondent, allant du pire au meilleur ?
  • La seconde cause est plus globale et plus humaine. Peut-on enseigner sans avoir la certitude que chaque enfant peut progresser, apprendre ? Le regard que porte l’adulte sur l’enfant peut être destructeur s’il n’est pas valorisant. Croire en l’enfant et lui apprendre à croire en lui est la priorité, celle qui permet ensuite tous les progrès, tous les apprentissages.  Tous les enseignants ont le pouvoir de construire cette confiance.

 

Une chronique de Claire Nunn

Commentaires

commentaires

Claire Nunn

Enseignante en disponibilité, graphothérapeute approche plurielle et coach scolaire pour lutter contre les difficultés scolaires.

commentaire

Répondre à Philippe Crémieu-Alcan Annuler

  • Il me semble qu’un président de la République a supprimé l’école normale pensant que c’était inutile si on recrute à bac+5. Aujourd’hui, on n’apprend pas où on apprend mal à enseigner. Parce que les conséquences de la massification de l’enseignement n’ont pas été tiré, parce que l’école est pensé comme la rustine universelle des problèmes sociétaux. Se recentrer sur l’essentiel…..