Les périphéries ont voté haut et fort, alors que l’abstention a progressé dans les centres urbains. Analyse géo-électorale du premier tour de la présidentielle, par Hervé Le Bras et Jacques Lévy.

Le Front national se renforce en France mais s’affaiblit dans les villes. Cette carte spectaculaire montre que la signification politique des gradients, autrement dit des degrés d’urbanité, est maximale lorsqu’il s’agit de l’extrême droite. Depuis 2002, le rejet de Jean-Marie puis de Marine Le Pen par les habitants des grandes agglomérations s’est confirmé.

Les électeurs de l’agglomération parisienne et de presque toute l’Ile-de-France confirment clairement leur refus de banaliser le FN, tandis que, à l’inverse, les périphéries les plus lointaines, dans l’Oise, l’Aube ou l’Yonne, renforcent leur adhésion à ce parti. Marine Le Pen ne s’y est pas trompée en s’attaquant directement aux habitants des centres-villes lorsque, depuis son fief d’Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), le 15 avril, elle brocardait les Parisiens, traités de  » bobos «  et stigmatisés pour s’adonner au brunch et au Vélib’.

En 2012, les grandes villes de la moitié nord et est du pays – cette France qui regroupe les bastions de la géographie lepéniste – rejoignent celles de l’autre moitié. Strasbourg, Mulhouse, Nancy, Dijon, Besançon, Lyon, Chambéry, Grenoble présentent désormais des scores faibles, comme ceux des villes de l’Ouest et du Sud-Ouest qui avaient exprimé leur rejet depuis plus longtemps. Dans le Midi méditerranéen, enfin, Aix-en-Provence et Montpellier résistent, Marseille, Avignon, Nîmes et Perpignan hésitent, dans un environnement chauffé à blanc.

La grande différence entre ces deux moitiés de la France porte sur le périurbain : au nord et à l’est, ces zones urbaines situées à l’écart des agglomérations manifestent une forte adhésion à la candidate du Front national. Au sud et à l’ouest, le périurbain est davantage tenté de soutenir le FN, mais ce soutien reste à un niveau inférieur à la moyenne nationale. Ce sont alors les marges  » hypo-urbaines « , à l’extérieur des aires urbaines, qui constituent les zones de force de l’extrême droite. Au contraire, au nord et à l’est, le périurbain choisit plus franchement Marine Le Pen.

L’espace du lepénisme, tout en se renforçant en masse, tend à perdre une part de sa consistance territoriale. Il est fait de filaments nombreux mais interstitiels, qui tissent une trame en négatif de celle des grands réseaux de communication. C’est l’espace du retrait, imposé ou volontaire, vis-à-vis de l’espace public. Inversement, l’urbanité, ce mélange de densité et de diversité, se comporte, vis-à-vis du Front national, comme un bouclier renforcé. Cette élection montre donc une radicalisation de l’espace de l’extrême droite : l’adhésion ou le refus dessinent des espaces de plus en plus étanches les uns aux autres.

Jacques Lévy, Le Monde, 25/04/2012

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2 commentaires pour “La France des marges s’est fait entendre le 22 avril”

  1.  frety dit :

    Le vote FN est très corrélé avec la délinquance, comme vous pouvez le voir sur cette carte:

    http://www.letelegramme.com/ig/generales/france-monde/france/delinquance-la-culture-du-chiffre-en-sursis-etat-des-lieux-breton-15-01-2010-737687.php

    La région parisienne semble échapper à la corrélation, mais c’est une apparence: la région parisienne compte une forte proportion de français issus de l’immigration, qui votent peu FN et qui font donc mécaniquement baisser son score.

  2.  Maria-Victoria dit :

    Frety,

    Je me permets d’intervenir pour contredire votre propos. Je pense que l’explication que vous donnez pour expliquer l’absence de corrélation parisienne est fausse. Je m’explique : vous dites que les français issus de l’immigration font pencher la balance, parce qu’ils sont nombreux à Paris. Je tiens seulement à dire que Paris intra muros est peuplée par des personnes qui ont les moyens d’y vivre (les autres vivent hors des murs). Les personnes qui ont les moyens financiers de vivre à Paris gagnent très bien leur vie. Les personnes qui gagnent très bien leur vie sont des personnes qui ont des postes à responsabilités. Les personnes qui ont des postes à responsabilités ont fait des études supérieures. Aussi, le fait que les parisiens votent pour les partis dit « classiques » (UMP PS) et dans tous les cas rejette le FN n’a rien a voir avec la délinquance mais plutôt avec le degré d’éducation des citoyens. J’entends par là que selon moi, les personnes qui adhèrent au programme de MLP sont des personnes qui ont parfois du mal à comprendre en quoi il est dangereux. Pour les autres (B.Gollnisch qui est avocat par exemple, et autres suiveurs aveugles du parti)ils sont simplement xénophobes. Soyons réalistes, la délinquance n’a rien à voir la dedans. Les milieux ruraux ont fortement voté pour MLP, or les chiffres de la délinquance à la campagne sont bas. CQFD

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