1945: après la Shoah

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  Alors qu’il y a quelques jours avait lieu la journée de la mémoire des génocides et de la prévention des crimes contre l’humanité, mercredi 27 janvier, le Mémorial de la Shoah à Paris organise depuis cette date et jusqu’au dimanche 30 octobre une exposition intitulée  » Après la Shoah, rescapés,réfugiés, survivants 1944 – 1947″.

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Comme il est écrit sur le site du Mémorial « après la catastrophe, La libération de l’Europe et la fin de la Seconde Guerre mondiale soulèvent un immense sentiment de soulagement, de joie, d’espoir ». Mais un retour à la vie normale est-il possible ? Il faut rappeler que sur les 76000 juifs déportés de France vers les camps de la mort et en particulier Auschwitz seule une poignée, moins de 3000 personnes, reviennent des camps dont Simone Veil, Marceline Loridan Ivens, qui vient d’écrire un livre témoignage  » et tu n’es pas revenu » ou encore Ida Grinspan auteur de « Et je n’ai pas pleuré. Aujourd’hui il ne reste plus en France que 200 survivants des camps de la mort.

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  En complément de cette exposition un livre est à lire.Annette Wierviorka, directrice de recherche émérite au CNRS spécialiste reconnue de la mémoire de la Shoah, vient de publier « 1945 la découverte », ouvrage consacré à la découverte des camps de concentration. L’auteur nous rappelle que la découverte de ces camps s’est faite au hasard de la progression des troupes et que la libération des déportés n’était pas un but de guerre. Nous découvrons ces camps aux côtés  de deux correspondants de guerre, deux hommes qui sont parmi les premiers à entrer dans cet enfer. Le premier s’appelle Meyer Levin, il est Américain, écrivain et journaliste. Le second est un Français : Éric Schwab, il est photographe de l’AFP.

Afrique et Asie

Deux conseils de lecture aux élèves de Terminale.

Deux numéros du magazine « Manière de voir » sont à lire.

Tout d’abord le numéro 139 de mars 2015 intitulé « Poudrières asiatique ». Au sommaire des articles sur la Chine, les Corées, le Japon, le Vietnam et l’ Inde. Un article est consacré à la conférence de Yalta, en 1945 et un autre au temple Yasukuni au cœur de vives controverses entre le Japon, la Corée du Sud et la Chine en raison de la vénération de criminels de guerre condamnés par le tribunal international de Tokyo au sein de ce temple.

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A lire aussi le numéro 143 qui date d’octobre- novembre 2015. Il est consacré à l’Afrique, le titre est  » Afrique, enfer et eldorado ». Il met en lumière tous les bouleversements politiques, économiques et sociaux qui touchent ce continent en ce début de XXIe siècle.

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                                                                                      Bonne lecture !

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Bonne année 2016 !

Très bonne et heureuse année 2016 ! Tous nos vœux de bonheur et de réussite aux futurs candidats du baccalauréat !

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L’équipe d’histoire et géographie du lycée.

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LA COP21

Deux publications à consulter sur le site du journal Le Monde vous permettent,  de manière ludique, de mieux comprendre les enjeux de la COP21 qui débute ce week-end à Paris.

La première (4’18) vous permet,  de façon amusante mais instructive, de comprendre l’organisation de la COP 21 :

http://abonnes.lemonde.fr/cop21/video/2015/11/29/en-patates-comprendre-le-fonctionnement-de-la-cop21_4819896_4527432.html

La deuxième est un quizz : chaque réponse est expliquée très clairement.

http://abonnes.lemonde.fr/cop21/article/2015/11/27/quiz-testez-vos-connaissances-sur-le-climat_4819395_4527432.html

 

 

 

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Festival du Film d’Histoire de Pessac

Bonjour,

Suite aux évènements tragiques de ces dernières heures, la Région Aquitaine, la Mairie de Pessac et le bureau du Festival du film d’histoire de  Pessac en concertation avec le Préfet ont décidé d’un commun accord de reporter la 26e édition du festival. De plus, le ministère de l’Education nationale vient d’annoncer que « tous les voyages scolaires et déplacements d’élèves sont annulés sur l’ensemble du territoire national jusqu’à nouvel ordre, y compris bien sûr ceux pour l’étranger du fait de la fermeture des frontières ».

Par conséquent, la sortie qui était prévue à Pessac avec les élèves de TL1 et TES1  le vendredi 20 novembre pour assister à la projection de deux films et à une conférence est annulée.

Enfin nous avons tous et toutes une pensée émue pour les victimes de ces terribles attentats et pour leurs proches.

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11 novembre 1918

Des dizaines de milliers de tombes de poilus menacées de disparition

En ce 11 novembre 2015, l’article suivant du journal Le Monde permet de s’interroger sur les notions de mémoire et souvenir.

Des dizaines de milliers de tombes de poilus menacées de disparition

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Carte postale champ de bataille champenois

LE MONDE | 10.11.2015 | Par Benoît Hopquin

C’est à la fois un devoir de mémoire et un travail de bénédictin qu’a entrepris Le Souvenir français. Dans une campagne lancée cet automne, l’association entend recenser les tombes des soldats morts en 1914-1918 et dispersés dans les cimetières des 36 000 communes françaises. Il y a urgence, alors que la France célèbre le centenaire de la première guerre mondiale   : nombre de sépultures sont menacées de disparaître, quand elles n’ont pas déjà disparu, faute d’entretien et d’héritiers pour en assurer la pérennité.

Le Souvenir français, dont l’appellation désuète remonte à sa création en 1887, est méconnu mais fort de 190  000 adhérents et 1 750 comités locaux. Il s’est donné comme mission « l’entretien des sépultures et des monuments commémoratifs [qui rendent] hommage au courage et à la fidélité de tous ces hommes et ces femmes morts au champ d’honneur  ». L’association refuse ainsi la fatalité qu’annonçait l’écrivain et ancien combattant Roland Dorgelès, auteur en 1919 des Croix de bois  : «  On nous oubliera, le temps inexorable fera son œuvre, les soldats mourront une seconde fois.  »

« Le droit à une sépulture perpétuelle aux frais de l’Etat »

Paradoxe de la Grande Guerre. Elle reste dans l’histoire nationale comme l’un des pires moments d’inhumanité, de barbarie déguisée sous les atours d’un conflit moderne. Mais elle est aussi la première où le soldat a été considéré comme un individu, un être à part entière. Jusqu’alors, les militaires tués au combat étaient le plus souvent jetés, puis oubliés, dans des fosses communes, avec pour les plus chanceux l’aumône d’un monument collectif rappelant leur sacrifice. Il en était encore ainsi en 1914, au début des hostilités. Les «  pertes » étaient enterrées à la va-vite, au gré de la guerre de mouvement. A l’exemple de l’écrivain Alain-Fournier, mort le 22 septembre  1914 et retrouvé en 1991 dans l’anonymat d’une fosse commune avec vingt camarades.

Mais, très vite, une protestation devait s’élever contre ce traitement dégradant. Sorti des rangs de l’armée, l’appel à la dignité des morts – à défaut de celle des vivants – était relayé par l’opinion publique puis les politiques. Il aboutit à deux lois en 1915. La première, du 2 juillet, créait la mention «  mort pour la France  », comme une reconnaissance de dette de la nation. La seconde, adoptée le 29 décembre 1915, accordait aux poilus «  le droit à une sépulture perpétuelle aux frais de l’Etat  ».

La grande majorité du 1,4 million de morts français fut regroupée dans les 265 nécropoles nationales, qui rassemblent 740  000 corps. Ces alignements de tombes font désormais partie du paysage dans l’est et le nord de la France. Leur entretien incombe à l’Etat, au ministère de la défense, par l’intermédiaire de l’Office national des anciens combattants. Mais, à la demande de certaines familles, les corps de 240  000 soldats français leur furent restitués après la guerre. Ils furent enterrés dans les cimetières communaux. Soit regroupés dans des petits carrés militaires (il en existe 3  200 sur le territoire). Soit inhumés près des leurs.

Un avertissement sur la stèle

C’est pour ces tombes que Le Souvenir français s’inquiète aujourd’hui. «  Nous constatons qu’en pleine commémoration du centenaire, de nombreuses tombes d’ancien combattant disparaissent  », regrette Serge Barcellini, le président général de l’association. Souvent trois ou quatre générations se sont succédé depuis l’armistice du 11 novembre 1918. Beaucoup de ces sépultures ont été délaissées par les héritiers. Or les communes ont le droit de récupérer un emplacement s’il n’est plus entretenu. Elles posent un avertissement sur la stèle qui est mis à exécution au bout de trois ans, si aucun ayant droit ne se signale. Les restes sont alors exhumés, incinérés ou déposés sous sac plastique dans l’ossuaire du cimetière.

Même les concessions accordées à perpétuité – le plus courant à l’époque – n’accordent aucune garantie d’éternité. Les communes peuvent les récupérer après trente ans pour le commun des mortels, cinquante ans pour les soldats tués au combat. A Paris, de nombreuses tombes de poilu ont ainsi disparu depuis longtemps. Dans la pratique, selon la tradition, du moins pour les petites communes qui ont moins le souci de la place que les grandes villes, les municipalités attendent souvent cent ans avant de libérer l’espace. Et c’est ainsi que les tombes des soldats de la première guerre se retrouvent actuellement menacées.

« Un élément de mémoire qui rassemble »

Le Souvenir français propose aux communes de prendre en charge l’entretien des tombes en déshérence. Tantôt l’association regroupe les dépouilles dans un carré militaire, comme elle l’a fait récemment dans le cimetière de Montrouge. Tantôt elle restaure les tombes individuelles   : ce fut le cas en octobre de celle de Jean-Albert Montiès, mort en juillet 1918 et inhumé au cimetière Gaillard à Agen. «  Ces tombes sont un élément de mémoire qui rassemble  », justifie Serge Barcellini.

Dans le Nord, Philippe Duretête, responsable du comité Flandre-Lys du Souvenir français, fait ainsi le tour des cimetières de sa région à la recherche des stèles non entretenues. « Parfois, elles sont couvertes de lierre, les mentions sont effacées par l’humidité, explique ce bénévole, technicien de maintenance à Estaires. On engage alors le dialogue avec la mairie pour savoir quoi faire.  » Les 45 membres de Flandre-Lys découvrent régulièrement de telles tombes délaissées. L’un d’eux récupère parfois dans la poubelle du cimetière un pot de fleurs pas trop moche, jeté par une famille. Il le dispose sur l’emplacement du poilu négligé par les siens et le pays. Afin de montrer que quelqu’un pense encore au «  mort pour la France  » abandonné là

 

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FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM D’HISTOIRE (Suite)

Nous trois ou rien de Kheiron (sortie le 4 novembre)

Nous trois ou rien

L’Iran est décidément à l’honneur en cette période .

Pour compléter les publications précédentes (l’avant dernière donne l’organisation de la journée à Pessac pour les TL1 et TES 1), l’interview de Kheiron ( en cliquant sur le lien, 8 ’15 ) sur France Inter concernant la sortie de son film .

Humoriste devenu célèbre pour son rôle dans Bref sur Canal plus, Kheiron réalise un long-métrage – Nous trois ou rien (sortie 4 novembre) – dans lequel il retrace l’histoire de sa famille ayant fui l’Iran pour la France, à Stains (93) où il a grandi

http://www.franceinter.fr/emission-le-79-kheiron-donner-une-information-avec-humour-ne-desarme-pas-le-message

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FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM D’HISTOIRE DE PESSAC (suite)

Keywan Karimi, jeune cinéaste iranien, est condamné à 6 ans de prison et 223 coups de fouets

Le Proche-Orient dont l’Iran à l’honneur durant le festival du film d’histoire de Pessac comme vous l’a indiqué le précédent article (dans lequel vous trouverez l’organisation de la journée du 20 novembre pour les TL 1 et les TES 1).

Ci-dessous le lien vers un article du quotidien Le Monde qui montre que les difficultés qu’a connues le réalisateur du film Les Chats persans ( film tourné clandestinement, projeté le 20 novembre) sont toujours d’actualité.
Keywan Karimi, jeune cinéaste, est condamné à 6 ans de prison et 223 coups de fouets pour avoir critiqué le gouvernement et tourné – il nie ce fait- une scène de baiser considérée comme une « insulte envers le sacré ».

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http://abonnes.lemonde.fr/cinema/article/2015/10/25/condamne-a-six-ans-de-prison-le-cineaste-iranien-keywan-karimi-s-attend-a-tout_4796570_3476.html

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Le Festival International du Film d’Histoire de Pessac

Depuis 1990, chaque mois de novembre, la ville de Pessac accueille le Festival International du Film d’Histoire. Cette manifestation a pour but de marier Histoire et Cinéma.  Historiens  ( Jean Lacouture, Jean Noël Jeanneney, Jean pierre Rioux, Anne Marie Cocula…) et professionnels du cinéma ( Pierre – Henri Deleau…) ont permis à ce festival d’être aujourd’hui un événement majeur au même titre que le salon de l’histoire de Blois ou du festival de Géographie de Saint Dié des Vosges.

De nombreux thèmes ont été abordés depuis 26 ans dont la Première Guerre mondiale, l’émigration mais aussi la Guerre froide. Cette année le Festival s’intéresse au Proche et au Moyen-Orient et s’intitule  » Un si proche-Orient ».

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Deux classes du lycée ( TL1 et TES1) ont été retenues par le Festival pour assister le vendredi 20 novembre aux projections de deux films abordant la question de la jeunesse iranienne  » Persepolis » de Marjane Satrapi et « Les Chats persans » de Bahman Ghobadi. Ils pourront aussi participer à un débat sur le cinéma iranien.

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En amont de cette journée et à la suite de celle-ci les élèves sont appelés à mettre en œuvre un projet: écriture d’articles, dossiers… sur la jeunesse iranienne et les femmes en Iran.

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Voici comment cette journée devrait se dérouler:

Vendredi 20 novembre:

6h20. Départ de Saintes ( RDV devant le lycée).

8h15.Arrivée à Pessac:

8h45. 1ère projection:  Persepolis

11h30: Pique-nique

13h00:2e projection: Les Chats Persans.

14h30: Intervention d’Edith Yildizoglu, professeur documentaliste et d’Asal Bagheri, spécialiste du cinéma iranien.

15h45: départ pour Saintes.

18h00: arrivée à Saintes.

Les externes et les demi-pensionnaires doivent prévoir un pique-nique.

Mémorial de Rivesaltes : se souvenir des camps français

Un article du quotidien Le Monde concernant l’histoire du camp de Rivesaltes (près de Perpignan) et le mémorial de Rivesaltes inauguré tout récemment

L’originalité de ce camp, c’est qu’il symbolise une histoire de la France de l’internement au XXe siècle, à travers les conséquences de la guerre d’Espagne, de la Seconde Guerre mondiale, de la guerre d’Algérie, et jusqu’à la rétention des étrangers sans papiers jusqu’en 2007. Il y a donc une unité de lieu, mais une diversité d’histoires et de mémoires.

Mémorial de Rivesaltes : se souvenir des camps français
LE MONDE | 25.09.2015 à 16h37 • Mis à jour le 25.09.2015 à 19h01 | Par Michel Lefebvre

4771845_6_c292_le-memorial-du-camp-de-rivesaltes_3f6cd0da436e49b5ae36803b0e7a8b1eLe mémorial du camp de Rivesaltes conçu par l’architecte R. Ricciotti

Quand on arrive à Perpignan par l’avion du matin, alors que le soleil dispute à la brume les crêtes des Pyrénées, on découvre, en plongeant sur l’aéroport, un curieux paysage dans la plaine. Un mouchetis de traits blancs rassemblés en carrés et, au milieu, un immense rectangle couleur sable, comme une table de géant. A dix kilomètres des pistes, dans un paysage de vignes et de zones d’activités, entrelardé de routes et surplombé d’éoliennes, on arrive au mémorial du camp de Rivesaltes.
Le mémorial de Rivesaltes promet de devenir le point névralgique de la mémoire de l’internement en France
Les 210 mètres de béton posés là par l’architecte Rudy Ricciotti au nom de l’histoire et de la mémoire sont entourés d’une multitude de baraquements en ruines, parfaitement alignés. C’est ce que l’on apercevait depuis le ciel. De ces bâtiments précaires, couverts de tags, sans toit pour la plupart, au bord de l’effondrement, suintent tristesse et mélancolie. On dirait une œuvre d’Anselm Kiefer, l’artiste allemand dont les sculptures, travaillées par le temps, s’effondrent dans un fracas de verre brisé.

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Le site du camp de Rivesaltes aujourd’hui

Le camp de Rivesaltes, aux portes de Perpignan, n’est qu’un point dans la cartographie française de l’internement au XXe siècle. En parcourant la France d’ouest en est, de Gurs (Basses-Pyrénées) au Vernet (Ariège), d’Argelès-sur-Mer à Saint-Cyprien (Pyrénées-Orientales), on découvre des lieux de mémoire et d’histoire dont il reste peu de chose, à part des stèles fleuries et des tombes. On peut aussi visiter quelques musées, comme celui, exemplaire, de la maternité d’Elne (Pyrénées-Orientales), ou des lieux préservés, comme la briqueterie du camp des Milles (Bouches-du-Rhône).
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Le site du camp de Rivesaltes aujourd’hui

Mais le mémorial de Rivesaltes, par l’ampleur de son ambition muséographique et pédagogique, par le nombre de communautés dont les ressortissants ont été internés ou accueillis – Espagnols, juifs, Tsiganes ou harkis –, par la magie et les dimensions du site et par la beauté austère et respectueuse du bâtiment, promet de devenir le point névralgique de la mémoire de l’internement en France. Le mémorial abritera, sous sa chape de béton, salles pédagogiques, auditorium, expositions permanentes et temporaires.
4771847_6_3722_le-site-du-camp-de-rivesaltes-aujourd-hui_d115dcc145e3f7537c27f7ab03efb675Le site du camp de Rivesaltes aujourd’hui

Pour comprendre en quoi ce lieu est exceptionnel, il faut expliquer comment, au XXe siècle, les deux guerres mondiales et les conflits coloniaux ont abouti à la mise à l’écart et à la stigmatisation de populations qualifiées tour à tour d’étrangers, d’apatrides, d’indésirables, de réfugiés, de ressortissants de pays ennemis…
4771846_6_1a77_le-memorial-de-rivesaltes-sous-un-autre-angle_c01134ab8e3012abe25c1a6a988b9411Le mémorial sous un autre angle

A la fin des années 1930, devant l’afflux de réfugiés fuyant les régimes autoritaires européens, et l’Allemagne nazie en particulier, le gouvernement français prend des mesures. « La première phase de l’histoire des camps va de « novembre 1938 à l’effondrement de mai-juin 1940 », explique Denis Peschanski, qui dirige le conseil scientifique du mémorial de Rivesaltes. «  Le 12 novembre 1938, un décret-loi est promulgué qui permet l’internement de ceux qu’on appelle les “étrangers indésirables”. La singularité, c’est qu’on interne des personnes non pas pour des crimes ou des délits qu’ils ont commis, mais pour le danger potentiel qu’ils représentent pour l’Etat. Dans cette première phase, les camps répondent à une logique d’exception. »
Alors que ces internements commencent, une catastrophe humanitaire se produit à la frontière catalane. A partir de janvier 1939, 450 000 Espagnols fuyant devant les troupes franquistes passent la frontière. Le gouvernement, débordé, interne les Espagnols à même le sable des plages, à Argelès-sur-Mer, Barcarès… Le ministre de l’intérieur déclare qu’on n’interne pas les Espagnols, mais qu’on les « concentre » : d’où l’emploi, dans les documents ¬administratifs de l’époque, de l’expression de camps « de concentration » pour qualifier certains de ces lieux. L’exode des républicains espagnols, par son ampleur et par les traces qu’il a laissées dans tout le Sud, irrigue le travail de mémoire, en France, sur l’internement.
A partir de la déclaration de guerre, en septembre 1939, on enferme des étrangers non plus comme « indésirables », mais en tant que « ressortissants de puissances ennemies ». Il s’agit, dans leur grande majorité, de juifs qui ont fui la persécution ou d’opposants politiques chassés par la répression, parfois les deux. Puis, en novembre 1939, un nouveau décret permet l’internement de toute personne jugée dangereuse potentiellement, française ou étrangère. Tous les outils sont en place : la société française a été habituée à la présence de camps dans tout le pays, ainsi qu’à la mise à l’écart et à la stigmatisation de certaines populations.
A partir de l’été 1940, la mise en place d’un régime autoritaire à Vichy ouvre une nouvelle période. Le camp s’inscrit dans une logique d’exclusion. Derrière cette politique, il y a la conviction que la déroute face aux troupes ¬allemandes ne trouve pas sa source dans des erreurs militaires, mais dans un délitement progressif de la société… depuis 1789. La décadence résulterait d’un complot des forces de l’anti-France : le juif, le communiste, l’étranger et le franc-maçon, boucs émissaires traditionnels de l’extrême droite antidreyfusarde. Dès lors, il faut régénérer la société de l’intérieur en rassemblant les éléments dits « purs » autour de valeurs traditionnelles : travail, famille, patrie, piété et ordre. Et exclure les éléments impurs, jugés responsables de la défaite.
4771850_6_8733_vue-aerienne-du-camp-de-rivesaltes-en-1942_bb50a015134c269de0d123079a0340c6Vue aérienne du camp de Rivesaltes en 1942

Après la défaite, les camps français, dont celui de Rivesaltes, camp militaire à l’origine, sont passés sous l’autorité du ministère de l’intérieur. Rivesaltes doit désormais répondre à la crise des camps d’internement de la zone sud à l’automne 1940, et accueillir des familles victimes d’une forte mortalité et d’une forte morbidité.
Quand Rivesaltes ouvre officiellement, le 14 janvier 1941, on compte à peu près 50 000 internés en zone non occupée, Afrique du Nord incluse, contre moins de 5 000 en zone occupée. De 1940 au printemps 1942, la logique d’exclusion prime. Pour l’essentiel, elle est l’œuvre du régime de Vichy. A partir du printemps et de l’été 1942, la donne change : l’occupant allemand prend la main. Et impose une nouvelle logique, la déportation systématique des juifs de France. Le camp d’internement devient un élément essentiel de cette politique.

4771853_6_95a3_deux-gardiens-du-camp-devant-les-detenus_85503d3f89d673119c49f0d33d172c8bDeux gardiens du camp devant les détenus 1941-1942

« Vichy accepte, poursuit Denis Peschanski, au nom de la collaboration, de cogérer la mise en œuvre de la “solution finale”, en organisant les rafles, comme celle du Vél’ d’Hiv à Paris, les 16 et 17 juillet 1942, et en livrant les juifs de la zone sud. Entre août et novembre 1942, soit avant l’invasion de la zone sud par les troupes allemandes, 10 000 juifs auront été livrés depuis la zone non occupée pour aller à Drancy, principal centre de transit vers les camps d’extermination. »
Vichy va livrer des juifs français ou étrangers vivant en France. Parmi eux, des juifs expulsés d’Allemagne en octobre 1940 par les Gauleiter (« gouverneurs ») de Sarre, du Pays de Bade et du Palatinat : plus de 7 000 d’entre eux avaient été conduits en train vers la zone non occupée. Vichy proteste avant de céder, et finit par les interner dans le camp de Gurs, puis de Rivesaltes. C’est une population âgée, fragile, qui subira une forte mortalité : 1 200 morts en deux hivers.

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Rivesaltes va jouer un rôle singulier dans ce dispositif. Le camp sera pourvoyeur de déportés juifs, tout comme Gurs, Les Milles ou Le Vernet. Mais, à partir du 5 ou du 6 septembre 1942, il devient ce que l’historien Serge Klarsfeld, avocat de la cause des déportés juifs en France, appelle « le Drancy de la zone sud ». Le camp est le centre interrégional regroupant les juifs de la zone non occupée.
En juin 1940, il ne restait presque plus d’Espagnols détenus en France. Ils seront réinternés en masse par le régime de Vichy, au nom de la logique d’exclusion. Une partie de ceux qui s’étaient engagés auprès de l’armée française et qui avaient été pris sur le front seront retirés des camps de prisonniers de guerre par les Allemands et déportés à Mauthausen.
Environ 2 400 juifs seront déportés vers l’Allemagne
Le bilan de cette première période du camp, entre 1941 et 1942, est lourd : 17  500 personnes internées, dont 53 % d’Espagnols, 40 % de juifs et un peu plus de 7 % de Tziganes. Environ 2 400 juifs seront déportés vers l’Allemagne, où ils seront exterminés. Près de 2  500 autres, sélectionnés pour la déportation, ne sont pas partis pour Drancy grâce à la mobilisation d’œuvres d’assistance et à l’action de Paul Corazzi, l’envoyé du préfet des Pyrénées-Orientales.

Cet homme d’extrême droite, responsable du Secours national, est chargé de mission à Rivesaltes quand commencent les déportations des juifs. En liaison étroite avec les œuvres de secours, il fait en sorte que la commission de tri – on disait de « criblage » – adopte une acception restrictive des critères de sélection. Il met également en place un dispositif permettant de sauver des enfants. C’est ainsi que, par exemple, si une mère abandonnait son enfant et le confiait à une organisation caritative, celui-ci échappait à la déportation, et l’œuvre se débrouillait pour l’exfiltrer du camp. Paul Corazzi, qui était également en contact avec la Résistance, a été fait « Juste parmi les Nations » en 1969.
De nombreuses organisations de secours sont présentes à Rivesaltes : le Secours suisse aux enfants, l’OSE (Œuvre de secours aux enfants), les quakers, le YMCA, la Cimade. Elles jouent à la fois la légalité et l’illégalité afin de ne pas se rendre complices de la déportation tout en gardant la possibilité d’agir pour aider les détenus dans le camp.
En novembre 1942, le camp de Rivesaltes est fermé, transformé en garnison allemande. A la Libération, retournement de l’histoire, des prisonniers allemands y sont internés pendant plusieurs années.
Pendant la guerre d’Algérie (1954-1962), des conscrits sont passés par ce lieu un jour ou deux, le temps d’être incorporés. Puis des centaines de militants du Front de libération nationale algérien y ont été internés. Enfin, 20 000 harkis, « supplétifs » de l’armée française ayant fui leur pays après son indépendance, y ont été hébergés entre 1962 et 1964.
Une unité de lieu, mais une diversité d’histoires et de mémoires
L’originalité de ce camp, c’est qu’il symbolise une histoire de la France de l’internement au XXe siècle, à travers les conséquences de la guerre d’Espagne, de la seconde guerre mondiale, de la guerre d’Algérie, et jusqu’à la rétention des étrangers sans papiers jusqu’en 2007. Il y a donc une unité de lieu, mais une diversité d’histoires et de mémoires.

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La revendication de mise en valeur de ce lieu de mémoire date du début des années 1990. Elle est portée par la société civile à l’initiative de deux personnalités locales, Claude Delmas et Claude Vauchez, et de Serge Klarsfeld. Un scandale est le déclencheur : la découverte, en 1996, d’un fichier d’internés dans une déchetterie, révélée par Joël Mettay, journaliste au quotidien régional L’Indépendant. Une pétition à dimension nationale est lancée. Immédiatement, elle trouve un relais politique grâce au socialiste Christian Bourquin. Quand il remporte l’élection pour le conseil général des Pyrénées-Orientales en 1998, il fait du mémorial de Rivesaltes l’un de ses objectifs. Il continuera à porter le projet lorsqu’il présidera le conseil régional de Languedoc-Roussillon.
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« Cela a été difficile de faire cohabiter les mémoires et les communautés », explique Denis Peschanski, qui travaille sur le projet depuis 2002. «  J’ai défendu la dimension historique et humaniste du projet. Il est impossible de dire que toutes ses populations ont connu la même histoire, mais elles ont en commun l’unité de lieu et d’avoir été des personnes déplacées. A un congrès de harkis, j‘ai dit : “Peut-être qu’on construira un jour un mémorial pour vous, mais seules vos familles viendront, plus quelques profs. Avec ce lieu-là, vous avez une opportunité. Les visiteurs qui viendront à Rivesaltes pour une autre histoire vont découvrir la vôtre et vous la leur. Là se trouve la dimension fondamentale du mémorial.” »

Problèmes de financement, choix de l’architecte… De 1998 à 2015, le projet traîne en longueur. L’ambition coûte cher. Ce mémorial représente un investissement de 23 millions d’euros, financé par la région, l’Etat et le département, et son fonctionnement s’élèvera à environ 1,5 million d’euros la première année.
Un pas décisif a été franchi le 29 août 2014, le jour de l’enterrement de Christian Bourquin. Le premier ministre, Manuel Valls, qui assiste aux obsèques, prononce des mots décisifs, engageant le soutien du gouvernement : « L’Etat doit être à la hauteur d’engagements moraux là où la République et la France ont fauté. » Une préfiguration des mots qu’il saura sans doute trouver, le 16 octobre, pour l’inauguration du mémorial.

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