La croisière pédagogique s’amuse (premier bilan et satisfecit de l’année 2021-22)

Il m’aura fallu un périple ressourçant loin de l’enfer francilien dans un paradis régional tourangeau pour revenir à cette idée saugrenue qui avait germé durant les précédentes vacances estivales, à savoir proposer régulièrement des articles portant sur ma pratique professionnelle et plus précisément mes choix pédagogiques.
Choix arrivés « à maturité », comme je l’expliquai dans mon premier article suite à mon inspection – pardon « mon rendez vous de carrière ».
Idée d’autant plus saugrenue, voyez vous, que j’avais pour ambition de rédiger deux articles par mois. Rien de moins…

Conséquence probable d’une bouffée délirante de prof en vacances, qui redécouvre une virginité professionnelle et replonge dans sa dépendance aux aspirations intellectuelles hors sol. Et ce malgré 13 années.
Je suis donc encore bel et bien un « jeune prof », indubitablement. A fortiori s’il faut encore tenir 30 ans. Non non, ne partez pas !

Bref.

Parce que, voyez-vous, il existe moult situations réelles qui vous font redescendre de votre petit nuage intellectuel, de cet éther platonicien des belles et bonnes idées (qui sont souvent à la noix, soyons francs).

La première piqûre de rappels pragmatiques fut la réception de mon évaluation finale suite à mon rendez-vous de carrière, à propos de laquelle je pourrais rédiger une série d’articles, inspirée tant par les Monty Python que par les frères. Evaluation en cours de contestation, avec saisine de la CAPA, s’il vous plait (MAJ du 16/12)

La seconde raison fut plus globalement une première partie d’année particulièrement riche d’un point de vue pédagogique et des horaires de bureau (9h-16h tous les jours + mercredi matin dans ma salle, non stop, 30’ pour manger le midi) qui rendent le temps de cerveau disponible très limité pour rédiger des articles, surtout quand on a deux enfants de moins de 6 ans à déposer avant (puis à aller récupérer après) le boulot.

Bref bis.

Pour celles et ceux qui avaient déjà jeté un œil à mon premier papier, rien de neuf mais une organisation matérielle et pédagogique plus claire et simplifiée, car rodée.

Commençons par le cadre spatial : en lien avec un projet interrogeant la place du corps et des déplacements dans les apprentissages, j’ai pu récupérer une ancienne salle d’atelier/technologie d’environ 70-80 m² remise en état avec 15 PC, auxquels j’ai pu ajouter 3 antiques PC portables reconditionnés sous Linux par mes soins sur un îlot central.
Cet ancien établi est un espace de travail pour les élèves préférant travailler debout, ou désirant y récupérer des documents dans les classeurs (fiches de compétences, enquêtes…), utiliser des manuels pour des recherches ou profiter du grand planisphère qui s’y trouve (plus intéressant que disposé sur un mur…).

Le cadre temporel à présent : qu’il s’agisse de mes classes de 5e ou de 6e (je n’ai que ces deux niveaux cette année, exception faite des deux heures avec les UPE2A), mes heures de cours suivent un découpage similaire, déjà évoqué dans mon précédent article.

Pour résumer, avant de rentrer dans le détail : deux heures de travaux de groupe dans le cadre d’un chapitre, une heure de travaux en autonomie, choisis par les élèves parmi de nombreuses possibilités, à la manière d’un vrai plan de travail (et non d’une feuille de route).

Qu’entends-je par « travaux de groupe de chapitre » ?

Il s’agit d’une activité qui ne peut être réalisée seul-e, durant laquelle les élèves doivent s’entraider, se répartir différents rôles sociaux et surtout mener des recherches différenciées dans un but commun : présenter un écrit ou une présentation orale. D’aucuns parleraient de « tâches complexes » et de « travail collaboratif » (ou coopératif à la sauce canado-suisse, pour ceux qui ont les mêmes références que moi en tête).

Voici quelques exemples de ces projets collectifs, réalisés depuis le début d’année ou prévus avant décembre :
Les élèves disposent pour cela :
– d’une trame ou d’un tableau collaboratif (papier et de plus en plus numérique, en ligne), à compléter durant une à 4 semaines (selon le nombre d’heures prévues pour ce chapitre, du niveau de la classe et de la fusion ou non de plusieurs chapitres). Un exemple de trame à compléter collectivement pour H1H2 en 5e.

– des critères explicités de réussite, rappelés régulièrement, sous la forme d’une grille, inspirée de mes tentatives avortées d’évaluer par ceintures. Il s’agit donc d’une évaluation explicite, formative, formatrice ET sommative, dans laquelle le droit aux erreurs et les remédiations sont permanentes jusqu’à la dernière heure.
Un exemple de grille de critères explicites de réussite pour H1H2 en 5e

Mais alors, quand fais-je « cours », mazette ?

Le découpage au sein d’une « heure de cours d’HG » est assez simple ; conséquence de l’année « covid » écoulée. Mon « heure » est envisagée comme un bloc de 45 (plus rarement 50) minutes de cours intensives, découpées en deux parties plus ou moins égales – la primauté revenant à la seconde :
1. cours magistral/dialogué de 15-20′ à partir de la fiche de synthèse du chapitre en cours, préparée à la maison et corrigée partie par partie durant plusieurs heures (un exemple de fiche de synthèse pour G1 en 5e)
Puis présentation ou rappels de l’activité collaborative évaluée (si la fiche de synthèse a déjà été entièrement corrigée, alors les élèves réalisent des quiz de mémorisation régulièrement jusqu’à la fin de de la période de l’activité collective)

2. le temps restant (en général 30 minutes) : démarrage ou poursuite des activités collectives, corrigées toutes les deux heures par l’enseignant (si numérique avec les 5e) ou chaque heure (si papier avec les 6e).
Il s’agit d’une phase de travail intensive, durant laquelle je papillonne, intervient auprès des élèves en difficulté, ou nécessitant quelques interventions, en raison de soucis de compréhension ou de problèmes techniques.

Et durant les heures de travail autonome alors ?

Je pourrais y répondre simplement avec ce document projeté aux élèves durant ce temps bien particulier.

C’est peu ou prou la même organisation, avec pour différence principale selon les nécessités du moment :
un temps privilégié de quiz de mémorisation dans la semaine sur les chapitres précédents

et/ou

– un « quoi de Neuf » lié à l’un des thèmes de la fiche « HG partout et tout le temps » (cf infra ; j’adore cette pédanterie universitaire), ce qui permet de développer des thèmes de recherches personnelles quasi-libres, m’inspirant ainsi de la Pédagogie Freinet.

et/ou

– en fin de période de projet collectif : la restitution des productions écrites évaluées et des résultats des niveaux de maîtrise pour les présentations orales, avec un temps dédié aux rappels des consignes et à l’explicitation des grilles de critères évalués.

– durant les 30 à 40 minutes restantes : les élèves démarrent, reprennent, corrigent… les travaux choisis parmi :

En 6e : En 5e :
– les 3 classeurs des fiches de compétences techniques portant sur 6 compétences différentes en lien avec les chapitres en cours ou précédents.

MAJ (16/12) : les classeurs sont devenus des trieurs accordéons plus faciles à manipuler à deux (un de chaque côté)

– pour les plus avancés : une tâche complexe individuelle.

– les trois classeurs des 6 compétences.
– les enquêtes au choix
– les 4 billets au choix « HG partout et tout le temps » (un exemple de recherche familiale en cours)
– une recherche « Actualités et HG » pour travailler l’EMI
– avec la classe dont je suis le professeur principal, suite aux discussions en «conseil coopératif » : almanach mural « un jour un événement » et correspondance géo-anglais pour les volontaires.

Les fiches de compétences techniques sont ensuite déposées dans ces bannettes près de mon bureau.

Quand au coin « lectures libres », il est généreusement doté et s’étale de plus en plus !

Comment les élèves sont-ils évalués dans un tel « bordel pédagogique » ?

C’est la question qui inquiète les « bons élèves » qui ne me connaissent pas, surtout en 6e, déjà gagnés par l’angoisse scolaire de la lutte des places.

Je réponds donc tout simplement à ces derniers qu’ils sont évalués « tout le temps ». Et que l’évaluation est bien plus noble que sa forme caricaturale et anxiogène, celle des « contrôles de connaissances par cœur pendant une heure, dans un silence monacal, qu’on connaît depuis grande mamie car c’est ainsi que va la méritocratie française que le monde entier nous envie».

Mais plus que tout, ce qui m’intéresse c’est le lien entre les différentes formes d’évaluation que je propose, le cadre spatio-temporel et les formes de motivation (notamment intrinsèque et extrinsèque).

Concrètement, cela se traduit ainsi :

C’est bien beau tout cela mais vous n’avez pas 15 ou 18 élèves par classe ! Donc ils se partagent les PC quand ils travaillent ensemble sur des documents numériques en ligne ?

Avec mes 4 classes de 5e, je fais le pari de proposer autant que possible des projets collaboratifs qui s’appuient sur des ressources en ligne et au premier rang desquels des documents partagés modifiables à l’infini.
Ce fut le cas notamment pour les deux premiers chapitres proposés et évoqués plus haut : G1G2 (reportage) et H1H2 (scénette de la rencontre entre Charlemagne, Isaac et Haroun al Rachid).

Puisque mes classes sont composées d’une vingtaine d’élèves, j’ai fait le choix, contestable mais efficace de procéder à des « roulements d’équipes », que je pourrais résumer ainsi :

Ainsi, chaque élève dispose d’un PC et peut donc progresser dans sa maîtrise des outils informatiques et numériques et contribuer au projet collectif.

En conséquence, je ne m’ennuie pas une seconde  durant ces heures de classe « dédoublée dans le même espace » ! Mais cela me permet de constater les manifestations des différentes formes de motivation intrinsèque et extrinsèque et de pouvoir être disponible auprès d’élèves en difficulté, notamment lors des activités autonomes au choix.

Une illustration sous la forme d’une photographie prise mon bureau permet de voir le tableau des projets collectifs d’une moitié des élèves sur les PC et les rappels concernant le temps de travail autonome, projeté au tableau, pour l’autre moitié de la classe.

Concernant le travail à la maison, il est toujours le même :
– continuer la partie de la fiche de synthèse qui sera discutée en classe au cours suivant
– poursuivre le projet collaboratif car ils disposent du lien vers leur document collectif sur leur messagerie.
– réviser à l’annonce d’un quiz et surtout d’un « super QCM » de fin de période.

Au menu des prochains articles, sans aucune date de publication garantie :
– ma démarche avec les UPE2A
– le détail d’une période de trois semaines avec les 6e, depuis la réalisation d’un projet collectif jusqu’à la discussion à visée démocratique et philosophique.
– la présentation détaillée d’une période longue avec les 5e, présentant le projet collectif du chapitre, les travaux autonomes et les productions finales évaluées.

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