Socialisme, communisme et syndicalisme en Allemagne depuis 1875

PPT soc. Allemagne

Introduction

Les socialismes et les mouvements syndicaux qui se développent à la fin du XIXe siècle grâce à l’industrialisation de l’Europe se caractérisent par une grande diversité mais aussi une forte influence du marxisme. L’essor du socialisme  est tel qu’il devient une des forces politiques majeures du XXe siècle  avant un reflux important à partir des années 1980. L’Allemagne est  emblématique de l’évolution des socialismes européens car l’affrontement entre réformistes et révolutionnaires y est particulièrement marqué, la confrontation avec des contextes successifs très différents, de l’Empire à l’Allemagne réunifiée en passant par Weimar, le nazisme et les deux Allemagnes.

Quel fut le rôle des socialismes dans la mobilisation et l’organisation du mouvement ouvrier et dans son action syndicale et politique en Europe ? 

 Pourquoi le socialisme se divise – t – il entre réformisme et action révolutionnaire et comment se manifeste cette rupture en Allemagne ?

 Comment les grandes crises du XXe siècle et l’ampleur des changements de société ont-ils affecté le socialisme et le mouvement ouvrier ?

 Comment les grandes crises du XXe siècle et l’ampleur des changements de société ont ils affecté le socialisme et le mouvement ouvrier ?

 

1/ 1875-1918 : essor et affirmation du socialisme  

 11/Révolution industrielle et développement du socialisme

 

L’Allemagne  connait une forte croissance démographique : la population passe de 41 à plus de 67 millions entre 1870 et 1913. Les effectifs de la classe ouvrière passent de 7 à 11 millions de personnes (soit 40% de la population avec les familles).

L’industrialisation que connait l’Allemagne à partir du milieu du XIXe siècle se caractérise par une forte concentration dans les Konzerns (Expl. KRUPP passe de 10 000 ouvriers en 1880 à 78 000 en 1914). De 1892 à 1914, le pays connait un véritable “take off”: la P° de charbon passe de 26 millions de tonnes en 1870 à 260 millions de tonnes en 1913.

C’est dans ce contexte que se développe l’aspiration collective à une société plus juste qu’incarne l’idéologie socialiste transformée par la pensée marxiste. En 1867, K. MARX fait publier « Le Capital », livre dans lequel il édifie un socialisme scientifique : le progrès social est le résultat de la lutte entre la classe ouvrière et la bourgeoisie et doit aboutir, par la révolution, à une dictature temporaire du prolétariat. A l’issue de ce processus révolutionnaire, se sera une société égalitaire sans classe.

 

12/ La naissance de la social-démocratie

    121/ La fondation du parti et les succès électoraux

 En 1875, lors du congrès de GOTHA, les deux partis socialistes allemands : L’Association des travailleurs allemands (1863) de LASALLE, plutôt réformiste et celui de LIEBKNECHT et BEBEL : Parti social-démocrate des ouvriers (1869), révolutionnaire, s’unissent, donnant naissance au Parti socialiste des ouvriers allemands (SAP), devenue le premier parti d’Allemagne dès 1890 et qui prend le nom de SPD en 1891 (Sozialdemocratische Partei Deuchtschlands). importance des thèses marxistes et la promotion de la lutte des classes : les ouvriers  doivent  s’émanciper  de  la  classe  capitaliste qui les oppresse et les maintient dans la misère et l’exploitation,  le  produit  du  travail  doit  être  équitablement  réparti  entre  tous  les  travailleurs,  les ouvriers sont le fer de lance de la révolution alors que les autres classes sont réactionnaires.

En 1891, le congrès D’ERFURT confirme l’orientation marxiste du parti (égalité entre les hommes et les femmes, laïcité, obligation et gratuité de l’école, défense des libertés d’expression, gratuité des soins  médicaux) mais envisage  aussi  une  action  réformiste (le  programme  réclame  ainsi  le  suffrage universel  ou  encore  l’impôt  sur  le  revenu  et  les successions).

Malgré la loi de 1878 qui interdit aux socialistes de posséder des organes de presse et d’organiser des réunions publiques, Les succès électoraux sont rapides : de 12 députés en 1881, les socialistes passent à 35 en 1890 et en 1912, le SPD est le 1er parti d’Allemagne avec 110 députés et plus d’1 million d’adhérents à 80% ouvriers.

Le SPD s’appuie sur un réseau dense d’associations qui contribuent à créer une « contre société » socialiste en accompagnant la vie des militants ; associations sportives, bibliothèques, maisons du peuple, orchestre et théâtre. Une presse de masse s’implante avec le Vorwäts, journal officiel du parti. Plus de 1200 coopératives qui permettent à leurs membres de s’approvisionner à moindre coût en dehors des circuits commerciaux classiques.

 

    122/ La social-démocrate allemande : réforme ou révolution ?

Dès l’origine, les socialistes sont déchirés entre des aspirations révolutionnaires et le désir d’une action politique légale. Ils militent, à la fois, en faveur d’une transformation radicale de la société et de changements concrets destinés à changer la vie des ouvriers dans le cadre du  système économique existant. A la fin du siècle, les divisions s’accentuent entre les révisionnistes, modérés, derrière BERNSTEIN, NOSKE et EBERT qui sont influents dans le groupe parlementaire et les révolutionnaires marxistes avec ROSA LUXEMBOURG et KARL LIEBKNECHT, fils du fondateur du SPD .

A  la veille de la 1ère guerre mondiale, le SPD est au bord de la scission : la majorité du parti participe à « l’Union sacrée » (Burgfrieden) proposée par le kaiser GUILLAUME II alors qu’une minorité pacifiste derrière Luxembourg et Liebknecht  refuse. R. Luxembourg est arrêtée et emprisonnée en février 1915 jusqu’au 8 novembre 1918, date à laquelle elle est libérée par la Révolution allemande. Pendant cette période d’emprisonnement, elle est exclue du SPD et organise de façon clandestine le mouvement révolutionnaire Spartakus qui rejoint l’USPD (Parti social-démocrate indépendant d’Allemagne) en 1917.

 

13/ Les débuts du syndicalisme allemand

  Dès 1871, des « syndicats libres »  se constituent par branches d’activités (métallurgie, imprimerie, mines). Mais le mouvement ouvrier se heurte au chancelier BISMARCK qui fait voter en 1878 une loi qui interdit toute association et manifestation. Pour désamorcer les revendications ouvrières, Bismarck fait voter d’importantes lois sociales de 1883 à 1889 (création de l’assurance maladie, retraite à 70 ans, indemnisation des accidents du travail). Cette stratégie échoue. Les différents syndicats progressent et se rassemblent en une puissance Confédération générale des syndicats allemands (ADGB) en  1892. L’essor est considérable : 280 000 adhérents en 1891, 2.5 millions d’adhérents en 1914. Grace aux cotisations, l’ADGB met à la disposition des syndiqués des centres aérés, des dispensaires, des bibliothèques. 

Ses dirigeants adhèrent au SPD et sont  proche des révisionnistes. Pour autant, ils n’hésitent pas à organiser des grèves massives (en 1905, 250 000  mineurs de la Ruhr pour diminuer le temps de travail dans les usines THYSSEN et STINNES, 450 000 mineurs en 1912).

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, l’Allemagne entre de plein pied dans la révolution industrielle, provoquant le développement d’une nouvelle classe sociale ouvrière qui cherche à défendre ses intérêts en créant parti politique et syndicat. Malgré l’opposition du pouvoir, ce mouvement ouvrier devient de plus en plus puissant au point d’être la première force politique d’Allemagne en 1914. Cette puissance politique lui permet de développer une véritable société ouvrière. Cependant, des tensions fortes persistent dans ce mouvement, en particulier quant à la question de la guerre.

 

2/ 1918-1945 : Division et affaiblissement du mouvement ouvrier

21/ la révolution spartakiste

 La situation militaire désastreuse et la misère provoque une vague insurrectionnelle qui débute, le 29 octobre 1918, par la mutinerie des marins de Kiel et d’autres ports de la Baltique qui arborent le drapeau rouge. Le 8 novembre 1918, le socialiste EISNER proclame la République socialiste de Bavière. Enfin, alors que le kaiser GUILLAUME II abdique Le 9 novembre 1918, à Berlin, Les leaders du  SPD SCHEIDEMANN et EBERT proclament la République depuis le Reichstag et dirigent le nouveau gouvernement.

Cependant les révolutionnaires de L’USPD, les Spartakistes fondent en décembre 1918 le KPD et veulent profiter de l’agitation révolutionnaire et des grèves qui se multiplient  dans de nombreuses villes (Kiel,  Hambourg  et  Brême) pour imposer un pouvoir révolutionnaire sur le modèle bolchévique. Ils accusent le SPD de trahir le mouvement ouvrier et réclament des  nationalisations  étendues, une réforme  agraire,  et le pouvoir  aux conseils  ouvriers.

Le ministre de la défense, NOSKE, rassemble les « corps francs », soldats de retour du front et ordonne la répression du mouvement qui est écrasé lors de la « Semaine sanglante » du 5 au 12 janvier. R. LUXEMBOURG et LIEBKNECHT sont assassinés le 15 janvier 1919. Au total, 1500 morts.)

Le 19 janvier 1919 est élue une assemblée constituante dominée par le SPD (37,9% des voix) et, le 11 février 1919, elle confie la présidence à EBERT.

 

22/ la division du SPD et la République de Weimar

     221/ Les réformes du  SPD au pouvoir

 La répression du mouvement révolutionnaire par les dirigeants socialistes a profondément divisé la gauche et affaibli le SPD qui perd la moitié de son électorat. Malgré tout, la gauche allemande reste influente ; en 1930, le SPD compte 1 million d‘adhérents et son syndicat, lADGB fondé le 5 juillet 1919, 8.5 millions de membres en 1932.

Leurs actions dans la coalition gouvernementale (SPD, Zentrum, Libéraux) permettent de faire voter de grandes réformes : vote des femmes et congés payés dès 1918, inscription du  droit syndical dans la constitution, conventions collectives, comités d’entreprises, journée de 8 heures et semaines de 48 h. assurance chômage en 1927, et logement social subventionné

 

     222/ Progrès et soviétisation du KPD

Le KPD, qui se remet de son échec de 1919  adopte le modèle communiste soviétique, défini par le Kominterm ou Troisième Internationale. Il se structure en s’appuyant sur la classe ouvrière par l’intermédiaire de cellules d’usine, d’associations culturelles et sportives, de troupes de théâtre prolétarien et même d’organisations paramilitaires (front rouge des combattants). Le parti communiste organise aussi le Syndicat Révolutionnaire d’Opposition (RGORevolutionäre Gewerkschafts-Opposition) qui tente des grèves insurrectionnelles (Ruhr 1921, Saxe 1923), toutes écrasées par la République de Weimar. Il progresse cependant et compte 300 000 adhérents en 1930. Il doit ce regain d’influence à la crise économique qui frappe l’Allemagne : en 1932, la P° industrielle baisse de 20%, le chômage touche 6 millions de personnes et 8 millions sont à temps partiel. Le pouvoir d’achat s’effondre avec l’inflation qui explose.

Alors que Le NSDAP progresse, le KPD dirigé par E.THÄLMANN adopte en 1928, sous l’influence du Kominterm, la tactique « classe contre classe » qui désigne les socialistes comme « l’avant-garde du fascisme », le « parti social fasciste » ruinant toutes les tentatives d’union des  gauches allemandes face à la montée du nazisme. Ainsi,  lors des élections de 1932, la division à gauche (SPD : 20.4%, KPD : 16.8%) pourtant majoritaire permet au NSDAP de devenir le 1er parti (33%) et à HITLER chancelier. le KPD refuse de s’allier au SPD pour stopper la menace du parti d’Hitler car les communistes restent hostiles à la démocratie parlementaire et pensent que la violence nazie permettra la prise de pouvoir du prolétariat.

 

23/ Le nazisme contre le mouvement ouvrier

 L’incendie du Reichstag en février 1933 est dénoncé comme un « complot communiste » et  permet à Hitler d’interdire le KPD le 7 avril et ses biens sont saisis le 26 mai. Le 2 mai, les syndicats sont dissous et leurs biens saisis. Le SPD qui refuse en mars les pleins pouvoirs à Hitler est interdit à son tour le 22 juin. Certains  chefs  sociaux- démocrates  choisirent l’exil  (c’est  le  cas dOTTO WELS, chef du groupe parlementaire du SPD, qui chercha à reconstituer  le  SPD à Prague, SOPADE) mais  la plupart des élus socialistes et communistes sont internés dans des camps de concentration (Dachau, Buchenwald où meurt THÄLMANN en 1944). On estime que sur les 300 000 membres du KPD, 60 000 sont arrêtés et 2000 exécutés dans les premiers mois de 1933.

Les nazis vont prendre à leur compte l’organisation du monde ouvrier : Dès mai 1933, ils créent le Deutsche  Arbeitsfront  (DAF  –  Front allemand du travail) qui remplace les syndicats. La grève  est interdite  en janvier 1934. Le DAF vise à intégrer la classe ouvrière en regroupant patrons  et  ouvriers.  Les  conflits  éventuels  sont  réglés  par  des  curateurs  de  nommés  par les nazis. Il regroupera 25 millions de travailleurs soit 50% de la pop. Création en 1935 d’un “livret du travail”.

Les socialistes et communistes tentent de lutter contre le nazisme dans la clandestinité (70 % des tracts interceptés en Allemagne par la Gestapo issus de ces deux partis). En Allemagne, la résistance se limite à des actes de résistance limités et les groupes d’opposition sont tous démantelés par la Gestapo, de 1933 à 1936. A l’étranger, le SPD, depuis Londres, et le KPD, depuis Moscou, tentent de maintenir une existence. Cependant, aucun rapprochement n’a lieu entre les deux partis.

 

3/ 1945-1989 : deux Allemagne, deux socialismes

31/ A l’ouest, renaissance et mutation du SPD

    311/ La réorganisation du mouvement ouvrier

En 1946, K. SCHUMACHER, ancien déporté à Dachau, refonde le SPD  dans les 3 zones d’occupation occidentales. La création de 2 Etats en 1949 (RFA, RDA) confirme la division du socialisme et le KPD perd rapidement toute influence (Aux élections de 1949, il obtient près de 6 % des voix et 15 élus, en 1953, 2 % des voix seulement et aucun élu, 300 000 militants en 1946 mais seulement 80 000 en 1953) il est d’ailleurs interdit à l’ouest en 1956. Malgré sa ré-autorisation en 1968, il reste peu influent car trop lié à la RDA.

En 1949, la Confédération allemande des syndicats (DGB), ancienne ADGB, devient le principal mouvement avec rapidement 5 millions d’adhérents. Elle regroupe des syndicats de branche : Expl : les salariés de la métallurgie et de l’automobile ne peuvent adhérer qu’au Syndicat de la métallurgie IG Metall. Ce mouvement syndical est particulièrement attaché au dialogue social et ne recourt à la grève que de façon exceptionnelle. Cette attitude lui permet d’obtenir la cogestion des entreprises à partir de 1952 (droit de regard sur les décisions des entreprises concernant les salariés, représentants des salariés à parité avec les représentants des actionnaires au sein des conseils de surveillance des sociétés minière et sidérurgique.

Le principe de la cogestion permet une amélioration continue des conditions de travail dans le cadre d’une « économie sociale de marché ». Ainsi en 1966, l’IG Metall obtient les 40 heures pour les ouvriers de la métallurgie.

Cette capacité à réformer est en grande partie due à la forte syndicalisation des Allemands : Au début des années 1950 (le taux de syndicalisation s’élève à 46% des salariés et  ne  descend  jamais sous  les  36   %  dans  les  années  1960  et  1970,  remontant  même à 40  % au milieu des années 1970 et 1980.

 

   312/Le tournant de Bad-Godesberg et l’arrivée au pouvoir

 Le SPD défendait toujours le projet d’une république collectiviste et neutraliste et n’évolue pas. . Il condamne l’entrée de l’Allemagne au Conseil de l’Europe en 1949 puis dans la CECA en 1951  et l’adhésion de la RFA à l’OTAN en 1955 au nom de la préservation de l’indépendance nationale. Il réclame la réunion de l’Allemagne dans ses frontières de 1937 (c’est-à-dire avant les annexions du Reich). Il dénonce le fédéralisme et se prononce pour un État centralisé. Sur tous ces points, il est à l’opposé de la CDU. Il  connait de multiples revers électoraux  malgré  sa  forte  implantation ouvrière et urbaine. Ses échecs répétés lors des élections font reculer le nombre de ses adhérents : 900 000 en 1947, 580 000 en 1955.

Bien que le SPD ait participé à la rédaction de la Loi fondamentale donnant naissance à la RFA en 1949, ce sont les chrétiens-démocrates de la CDU qui assure le pouvoir. Pourtant le SPD est à nouveau travaillé par des divisions internes entre ceux qui veulent garder l’orientation marxiste et ceux qui veulent rompre avec elle. En 1954, une première étape est franchie avec l’abandon de la notion de parti de classe pour celle de parti du « peuple tout entier » et l’acceptation du principe de libre concurrence économique. Mais c’est un nouvel échec électoral en 1957 suivi d’un changement à la tête du parti en 1959 qui précipitent la mutation.

 Ces échecs incitent  les  sociaux – démocrates  à repenser  leur  stratégie  et  à  définir  les  contours d’un socialisme démocratique. Ce travail de rénovation aboutit au congrès de Bad-Godesberg en 1959. Le SPD abandonne officiellement le marxisme et accepte la démocratie libérale et le capitalisme. Ils abandonnent  ainsi  la  socialisation  et  la  planification stricte, optent pour le ralliement à l’économie sociale de marché (dans le cadre d’un État keynésien) reposant sur la cogestion des entreprises entre les travailleurs et les patrons.  Il ne se présente plus comme un parti de classe mais comme un parti populaire. Sur le plan international, le SPD accepte l’adhésion de la RFA au bloc occidentale et à l’OTAN.

Cette normalisation spectaculaire est confortée par l’élection d’un nouveau chef du parti en 1964, WILLY BRANDT, jeune quinquagénaire dynamique, très populaire maire de Berlin depuis 1957, qui incarne le renouvellement du parti.

Cette mutation facilite l’arrivée au pouvoir du SPD en 1966 dans un gouvernement de coalition avec la CDU puis celles de W. BRANDT (1969-1974) et d’H. SCHMIDT (1974-1982) à la chancellerie.

Au cours de cette période, le SPD conduit des réformes importantes : extension de la cogestion aux entreprises plus de 1 000 salariés, amélioration de la protection sociale, libéralisation du droit (divorce simplifié, dépénalisation de l’homosexualité, libéralisation de l’avortement)…

Promotion de « l’Ostpolitik », une politique d’ouverture à l’est et à la RDA qui normalise les relations entre les deux Allemagne dans un contexte de « Détente » dans la guerre froide, et accroit les échanges entre les deux pays. Un traité de reconnaissance mutuelle est signé en 1972 (ce qui signifie acceptation des frontières) et les deux Allemagne entrent à l’ONU en 1973. En outre, Willy Brandt reconnait pour la première fois la responsabilité allemande dans le génocide des juifs et le 7 décembre 1970 il s’agenouille devant le mémorial du ghetto de Varsovie en signe de repentance

 

   313 /Le renouveau de l’extrême gauche

 L’évolution du SPD est contestée à partir des 60’s par l’APO (Opposition extraparlementaire), mouvement fondé par des étudiants qui refusent l’abandon du marxisme. Elle prône la révolution et la libération de la femme. . L’Union socialiste allemande des Étudiants, syndicat étudiant proche du SPD rompt avec lui en 1960 et amorce une évolution ultragauchiste sous la direction de RUDI DUTSCHKE. Cette opposition non-parlementaire culmine en avril 1968 dans un vaste mouvement de contestation étudiante qui dégénère en émeutes urbaines spectaculaires, violemment réprimées par les forces de l’ordre. Certains de ces membres vont progressivement basculer dans le terrorisme : Fraction armée rouge (RAF: “Rote Armee Fraktion”, 1970) avec ANDREAS BAADER et ULRIKE MEINHOF   qui a  assassiné  34  personnes, mais ne compta  au  maximum que 80 membres  actifs. D’autres participeront à la fondation des Grünen (les “verts”)

 

32/ Le socialisme en RDA

   321/ Une société dominée par le SED

 En zone soviétique allemande, Moscou impose en 1946 la fusion des deux partis qui donne naissance au SED (Parti socialiste unifié d’Allemagne) dirigé à partir de 1949 et la création de la RDA  par W. ULBRICHT ( 1949-1971).

La  Constitution  de  la  RDA de 1949  établit un régime communiste : abolition de la propriété privée, planification, enrôlement des citoyens. Il s’agit de construire le “socialisme réel” reprenant l’héritage de la gauche communiste allemande et le modèle soviétique. Le parti est organisé selon le modèle soviétique du centralisme démocratique : les décisions sont prises par le Bureau politique et imposées à tous.

Un semblant de démocratie est maintenu (élections au suffrage universel, reconnaissance des libertés fondamentales des individus : conscience, parole, réunion ainsi que des droits sociaux : loisirs, construction, travail) mais la réalité du pouvoir est détenu par le SED qui noyaute l’appareil d’Etat et fournit au régime ses principaux cadres dirigeants (WALTER ULBRICHT au pouvoir de 1950 à 1971, ERICH HONECKER de 1971 à 1989, à la fois secrétaire général du SED et président du Conseil d’Etat)

Le parti s’appuie sur des organisations de masse pour inféoder la société : La Jeunesse Libre Allemande (FDJ), les Pionniers, La Confédération des femmes allemandes. Ces organisations offrent au SED le monopole de la scolarisation, de la politique culturelle, des vacances…

 Le syndicat unique, FDGB : la Confédération libre des syndicats allemands)  est totalement dominé par le parti et la grève est interdite à partir de 1961. Elle assure la politique culturelle en gérant 500 maisons de la culture et 17 000 bibliothèques.

.La Stasi, créée en 1950, joue un rôle de plus en plus important : 90 000 fonctionnaires et jusqu’à 500  000  «  collaborateurs  officieux » chargés d’espionner leur entourage immédiat.

Le SED place la RDA sous la tutelle soviétique : adhésion au Kominform, au Pacte de Varsovie, au Comecon. L’économie est collectivisée et planifiée (plan quinquennal à partir de 1951). La priorité est donnée aux industries lourdes au détriment des biens d’équipement et de consommation. Rapidement les inégalités apparaissent entre les cadres du parti privilégiés et la masse qui n’a pas d’accès au logement et qui se ravitaillent dans les magasins d’Etat. Le « socialisme réel » débouche sur une économie de pénurie.

 

     322/ Contestation, répression et fin de la RDA

 En 1953, l’augmentation des cadences de 10% provoque des grèves et finalement un soulèvement le 17 juin. L’insurrection gagne toute la RDA et les ouvriers réclament des élections libres et la réunification. Les troupes soviétiques interviennent pour sauver le régime : 55 tués, 15 000 arrestations. 60% des cadres du SED sont renvoyés. La contestation est étouffée mais plus de 3 millions d’allemands fuient le pays jusqu’en 1961, date de la construction du mur de Berlin (On dit que les Allemands “votent avec leurs pieds”).

La Pérestroïka lancée à partir de 1985 encourage les oppositions et les manifestations se multiplient (500 000 personnes à Leipzig en octobre 1989). Le mur est ouvert le 9 novembre.

 

4/ Socialisme et syndicalisme dans l’Allemagne réunifiée depuis 1990.

 41/ L’affaiblissement de la gauche allemande et des syndicats

 Après la réunification allemande du 3 octobre 1990, le SED disparait mais il remplacé par le PDS (Parti du socialisme démocratique) composé d’anciens communistes est-allemands.

La réunification n’est pas favorable au SPD qui s’y est montré réticent et les 1ères élections législatives de l’Allemagne réunifiée sont une défaite pour le SPD (33.5%) et le PDS (2.5%) face à  la coalition de droite du chancelier KOHL (1982-1998).

A  l’est, le syndicat unique FGDB s’autodissout et il est remplacé par DGB mais son audience recule : de 12 millions en 1991, les effectifs tombent à 6 millions en 2009 (stables depuis).  Ils sont moins en phase avec les préoccupations environnementales qui se traduisent pas le poids des « verts », la tertiarisation (IG Metall, syndicat le plus puissant, dans le  secteur  de  la  métallurgie,  a  ainsi  perdu  un million  d’adhérents,  entre  1990  et  2001) et l’essor des classes moyennes, la hausse du nombre des indépendants, montée du chômage, multiplication des activités à temps partiel…) et aux problématiques liées à l’Europe et au contexte de la mondialisation. 

  

42/ Le SPD au pouvoir

 Après 16 ans d’opposition (depuis 1983), le SPD remporte les élections de 1998 dans une coalition « rouge-verte : G. SCHRÖDER devient chancelier et développe la stratégie du « Neue Mitte » (nouveau centre) favorable au libéralisme économique. Devant la montée du chômage (un  peu  plus  de 3  millions  de  chômeurs  en  1998,  4.2 en 2005) il lance la réforme « Agenda 2010 » : les lois dites « HARTZ » adoptées entre 2003 et 2005 libéralisent les conditions de travail et réduisent la protection sociale (indemnités chômage). Ce virage entraine un profond malaise dans le parti et chez les militants dont le nombre, proche d’un million dans les années 1970, passe à moins de 600.000 en 2005. Des  législatives  anticipées en 2005 sont organisées  elles entrainent  la défaite de  GERHARD SCHRÖDER face à la  CDU d’A.MERKEL. Le SPD rejoint alors la coalition avec la CDU jusqu’en 2009 mais cette expérience lui est préjudiciable car aux élections de 2009, il retombe à 23% des voix.

  

43/ Une nouvelle gauche

 En 2005, des militants du SPD et des syndicalistes contestent la politique de Schröder et fondent l’Alternative électorale-travail, justice sociale » (WASG). Le PDS devient le « Linkspartei » (Parti de gauche) et il est rejoint par des militants SPD. Finalement, en 2007, le Linkspartei et WASG fusionnent pour donner naissance à « Die Linke » (la Gauche) dont le leader O. LAFONTAINE est un ancien dirigeant du SPD .Il obtient 12% des voix aux législatives de 2009, alors que le SPD en obtient 23%. Depuis il a connu des revers électoraux et plafonne aux alentours de 7%. Il est plus particulièrement influent dans les  anciens  Länder  de la RDA dans lesquels l’Ostalgie est de plus en plus sensible.

  

Conclusion

Le cas allemand est emblématique de l’impact des grandes crises du XXe siècle sur l’évolution du mouvement ouvrier européen. Le ralliement de la majorité des socialistes et des syndicats à la défense nationale dans le cadre d’unions sacrées lors de la Première Guerre mondiale enterre les visées pacifistes et internationalistes mais favorise l’intégration des formations ouvrières à la nation.  La révolution russe, la défaite et la crise économique des années 30 contribuent au développement d’un contexte révolutionnaire qui accentue les déchirements au sein du mouvement ouvrier. La guerre froide consacre, avec celle de l’Allemagne et de l’Europe, la division entre socialistes et communistes. Enfin, le contexte de la mondialisation entraine une nouvelle rupture. Finalement c’est l’histoire, depuis la fin du XIXème siècle, de  la confrontation permanente des courantes réformiste ( améliorer les conditions ouvrières par la négociations)  et révolutionnaire ( créer une société nouvelles) qui se poursuit, l’utopie marxiste  contre le réalisme social-démocrate, voire, aujourd’hui social-libéral.

 

 

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