Le renouveau stylistique de la sculpture gothique au XIIIe : le « Style 1200 »

Le renouveau stylistique de la sculpture gothique au XIIIe : le « Style 1200 »

Introduction.

Selon Panofsky, le style 1200 est le troisième  renouveau des arts en Europe du Nord (fin XIIe – XIIIe) après la « renaissance ottonienne » dans le Saint Empire du XIe – XIIe siècle et romane en France au XIIe siècle) 

https://docs.google.com/presentation/d/1iDVIkxWkT0dsoUKq0Zxv3ZIX6dhClnfZB-mAcSN-kQw/edit?usp=sharing

Caractérisé par l’essor de la grande sculpture sur pierre presque disparue jusqu’au XIe siècle et qui pénètre progressivement au Sud de l’Europe.

C’est un nouveau contact avec l’art antique.

Diaporama ici :

https://docs.google.com/presentation/d/1uYe_nY43FCdTu0ZUmCT3uFmwzDon0sY7tSSK6Dk18SE/edit?usp=sharing

Que restait-il comme vestiges antiques au XIIIe ? Sculptures (statues, reliefs de sarcophages), ornements d’architecture, orfèvrerie, monnaies, pierres précieuses… -> c’est à dire tous les arts visuels à trois dimensions (pas de peintures).

Voir aussi les sculptures du transept sud de la cathédrale de Strasbourg : https://lewebpedagogique.com/hida/?p=1202

Cathédrale de Reims, apogée du style 1200.

L’apogée de ce retour de l’Antiquité dans les arts à trois dimensions est visible  à la cathédrale de Reims ( : intérieur du mur occidental) : revers et ses magnifiques statuettes en relief nichées datant du ½ du XIIIe. Mais aussi à Notre Dame et à la Sainte Chapelle à Paris.

Le  “Portail royal” de la cathédrale de Reims et son revers.

Voir les détails de cette oeuvre exceptionnelle qu’est le revers de façade :

C’est une véritable relecture de l’arc de triomphe par les sculpteurs et architectes du gothique.  Destiné au roi de France sortant de la cathédrale, immédiatement après la cérémonie de son sacre. C’est Philippe III, successeur de Saint Louis, sacré le 15 août 1271, qui sera le premier à passer sous cette arche monumentale.

Sur les côtés, 52 niches tréflées renferment des bas reliefs avec des scènes de la vie de la Vierge, de l’enfance du Christ :

Cycle de la vie de la Vierge et de l’enfance de jésus :

Le Massacre des Innocents.

mais aussi de l’Exode des Hébreux  guidés par Moïse) et de la vie de St Jean Baptiste (: saint protecteur de la monarchie française) :

Saint jean baptise le Christ, l’ange à droite tient la tunique qu’il portera après son baptême, allusion à la tunique de la Crucifixion.

Leur caractère « classique » (c’est à dire proche des modèles antiques) est indéniable selon Panofsky.

Le revers s’inscrit dans le programme iconographique marial du portail central et de la façade toute entière. 

Voici comment le grand théologien franciscain Nicolas de Lyre commente cet ensemble iconographique :

La lettre enseigne les faits, l’allégorie ce qu’il faut croire, la tropologie ce qu’il faut faire, l’anagogie ce vers quoi il faut tendre”.

Nicolas de Lyre

le sens littéral, relatif à l’historia (les égangiles)

le sens allégorique (ou sens typologique) mise en relation de l’Ancien et du Nouveau Testament. Certaines figures et épisodes de la Bible hébraïque sont réinterprétés dans les Évangiles comme une annonce du Nouveau Testament.

le sens tropologique, tirant des scènes représentées une application morale (Vierges folles ,viergs sages) 

le sens anagogique, se rapportant à la gloire éternelle à laquelle les fidèles sont appelés.

Un détail du revers de façade de la cathédrale de Reims :

Melchisédech, grand prêtre et roi hébreux, offre le pain et le vin a? Abraham au retour de la guerre. A droite le chevalier, allusion à la « communion du chevalier » titre chrétien de cette scène. Reims revers de façade. Mélchisedech est le « Roi charitable » (livre de la Genèse, histoire d’Abraham).

Les autres chefs d’oeuvre du « style 1200 » à Reims.

Visitation de la Vierge de Reims.

A gauche, on trouve un ange de l’Annonciation tourné vers une Vierge de l’Annonciation à laquelle succède une Vierge de la Visitation tournée vers Élisabeth (la mère de Saint Jean Baptiste), puis un roi (David ?) et Salomon habillés en toge romaine et emprunts de dignitas.

La Visitation était située pendant longtemps au XVIe et non pas au XIII !!!

-> La Cathédrale de Reims constitue plus généralement l’apogée de ce renouveau « classique » de la sculpture appelé « style 1200 ».

Apôtres des ébrasements du Portail du Jugement, deux magnifiques figures, une de St Pierre (inspiré du buste d’Antonin le Pieux -> Rome musée national)

et une appelée l’« homme à la tête d’Ulysse » : (troisième figure à partir de la gauche)

En fait l’inspiration antique romane (Saint-Gilles-du-Gard, Saint-Trophime d’Arles etc.) fut attirée vers le Nord, dans le gothique de la Champagne, à Notre-Dame de Paris, puis dans le monde germanique (cf. Église et Synagogue de la Cathédrale de Strasbourg :

Synagogue, original, Musée de l’Oeuvre Notre-Dame. Voir expo virtuelle ici. C’est l’ancienne loi, tête baissée, lance-étendard  brisé. Au socle : meurtre d’Abel.

Paris : l’autre grand centre de la sculpture gothique du XIIIe siècle.

Voir aussi la fameuse statue d’Adam de Notre-Dame de Paris :

Les apôtres de la Sainte-Chapelle et d’autres sculptures de la cathédrale Notre-Dame de Paris sont de véritable chefs d’œuvre du « style 1200 ».

http://www.sculpturesmedievales-cluny.fr/collection/apotres-sainte-chapelle.php

Vous trouverez un très beau catalogue complet des œuvres du Musée de  Cluny à Paris (Musée du Moyen Age) en ligne :

http://www.sculpturesmedievales-cluny.fr/accueil/index.php

Deux exemples d’apôtres de la Sainte-Chapelle qui montrent le passage du « classique » (antiquisant) à l’expressif gothique :

« le philosophe »

Voir cdescription et commentaire ici :

http://www.sculpturesmedievales-cluny.fr/notices/notice.php?id=67

« L’apôtre mélancolique » :

http://www.sculpturesmedievales-cluny.fr/notices/notice.php?id=65

Plus expressif, cet apôtre montre que plusieurs ateliers étaient à l’oeuvre en même temps sur la chantier.

Au XIIIe siècle  le gothique fait donc jeu égal avec l’art classique de l’Antiquité. Pourquoi ce retour au style classique de l’antiquité dans la sculpture gothique au XIIIe ?

Deux facteurs :

– Vision du corps en sculpture change : retour à l’interprétation du corps humain comme une entité à part entière ; mouvements, liberté -> draperie beaucoup plus libre et marquée  tout en soulignant les corps.

–  L’architecture connaît parallèlement sa mutation gothique, les portails se creusent en profondeur et se remplissent de figures aux ébrasements.

La combinaison de ces deux facteurs marque le retour de l’humanitas et de la dignitas romaine (c’est à dire tout ce qui fait l’humanité, les caractères propres de l’homme dans le monde animal.

Cette humanitas s’exprime par :

– des poses souples,

– des attitudes inspirées du contrapposto antique (ou hanchement) qui désigne  une attitude du corps humain où l’une des deux jambes porte le poids du corps, l’autre étant laissée libre et légèrement fléchie

– des draperies qui accentuent le corps au lieu de le cacher

– des figures qui commencent à s’animer et à communiquer entre elles.

 

-> La diffusion dans le Saint Empire : Les cathédrales de Bamberg et de Naumburg.

La Cène du jubé de la cathédrale de Naumburg (Basse Saxe voir carte du diaporama ) pour l’Europe germanique.

http://www.wga.hu/frames-e.html?/html/zgothic/gothic/2/index.html

Le célèbre cavalier de Bamberg :

Ce roi à cheval, connu sous le nom de Bamberger Reiter, se trouve sur le premier pilier du côté nord du choeur de la cathédrale de Bamberg :
Cavalier de Bamberg, 1230-3, h: 236 cm, Grès, Cathédrale de Bamberg

Ici les figures semblent plus expressives, plus individualisées, plus animées, les sculpteurs du monde germanique ayant une tendance à l’affectation, à la caractérisation  comme en témoignent les prophètes du jubé du choeur est de Bamberg.

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