auteurs de l’Yonne

21 11 2017

Les Auteurs de l’Yonne

     Ce site présente les auteurs de l’Yonne, il s’est construit peu à peu, s’enrichissant progressivement. Quelques auteurs ont pu nous échapper, de nouveaux apparaîtront dans l’avenir, cependant, globalement le corpus des 90 auteurs que nous avons établi peut être figé dans une édition papier. Dès maintenant, vous pouvez retrouvez les différents dossiers rassemblés en un volume de 168 pages, 21×27, disponible chez Lulu.com.

Deux éditions du même texte sont proposées, l’une avec des illustrations en noir et blanc (17 euro),

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l’autre avec des illustrations en couleurs (35 euros).
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Classement alphabétique des 90 auteurs ou éditeurs de manuels scolaires ayant un rapport avec le département de l’Yonne

(liste arrêtée en 2017)

Ab Der Halden Charles (1873-1962) ; Arluison Auguste Victor ; Bachelier Charles Louis Etienne (1776-1852) ; Badin Ernest (1813-1848) ; Barré Pierre ; Bataille Alain (1936-2015) ; Beaumont Roger Auguste (1929-2004) ; Bérillon Louis Eugène (1827- ?) ; Bert Paul (1833-1886) ; Bodin Marguerite (1869-1940) ; Boisseau Gustave (1868-1958) ; Bonneau Jean Marie (1797-1880) ; Boucheron V ; Carré Daniel (1946- ) ; Carteret ; Chalmeau André (1938- ) ; Charleux Elisabeth (1914-1997) ; Chignier Jo ; Clémendot Gaston (1868-1952) ; Colin Armand, éditeur (1842-1900) ; Collin L ; Coquille Raymond (1914- ?)  ; Coussement David ; Crouzet Roger (1940- ; Dalle-Rive Bernard (1951- ; Denise Henri et Jeanne (1923- ) ; Dessignole ; Dorlhac de Borne Alphonse (1821-1905) ; Dubreuil Léon (1880-1957) ; Dugenne Paul Camille (1919- ) ; Edet Francette (1950-2017) ; Les Éditions Odilon ; Euffroy Jean-Paul (1941 – ) ; Fourchotte Lucile ; Fourier Joseph (1768-1830) ; Floreau Joël (1939-2004) ; Fradet Georges Auguste (1881-1969) ; Furet Bernard (1925-2015) ; Garioud Anthelme (1921-2010)  ; Godinat Françoise  ; Goureau Moïse (1938- ) ; Guérard Christian (ca 1955- ) ; Graff Jean (1901-1994) ; Guidi Jean (1938- ) ; Hanriot Elie Ernest (1850-1928) ; Hennoque Bruno (1969- ; Heurtaux Simone (1938-1985) ; Hervé Gustave (1871-1944) ; Hugot Victor (1822- ?) ; Humbrecht Francis (1949- ) ; Isaac Jules (1877-1963) ; Jeannot & Forin, éditeurs ; Joyal Maxime (1905-1982) ; Lafaye Benjamin (1809-1867) ; Laguillaumie Pierre ; Lardry Daniel (1942- ) ; Larousse Pierre (1817-1875) ; Laurent Michel (1936- ) ; Lavaut Marguerite (1870-1932) ; Le Clercq Pierre (1949- ) ; Lorrot Danielle (1944- ) ; Lucquin S. & Lucquin L. ; Maître Roger ; Mignot Jacques (1936-2006) ; Moreau Pierre ; Mourey Jo ; Onimus Jean ( ?-2004) ; Paumier Maurice ; Peigné Léon (1863-1953) ; Peytard Jean (1924-1999) ; Pézennec Denise ; Pillon François (1830-1914) ; Pitot Nicole ; Poulain-Worobel Josette (1947- ) ; Rémond Georges (1934- ) ; Rousseau Jean-Paul (ca 1944- ) ; Saturnin Patricia (1972 – ) ; Seguin Jeanne (1895-ap. 1959) ; Séguin Kléber (1882- 1961) ; Tarnier Maurice et Marcelle (1884/1890-1939/1959) ; Thévenet Serge ; Thollois Louis (1814-1893) ; Timon Robert (1944- ) ; Tournaire Guy (1932- ) ; Tronchère Jean ; Vaillot René ; Valtat Alain (1947- ) ; Varenne Jacques et Pierre (1944/1945- ) ; Vergnaud Gérard (1952- ) ; Worobel Michel (ca 1946- ).




des choses fragiles

22 08 2015

Des Choses fragiles

 Notes de chevet      Mon engagement au « Musée du livre scolaire d’Auxerre », doit beaucoup au souci de tenter de protéger ces objets fragiles que sont les manuels scolaires. Usuels, mais fragiles. Quand ils ne sont pas dépecés par un usage trop fréquent, on les oublie dans un coin de grenier. Lorsque, par hasard, on les retrouve, ils suscitent au mieux un instant de nostalgie avant d’être rejetés avec un petit haussement d’épaule : « A quoi bon ? »

 A l’époque de Sei Shônagon, les manuels scolaires tels que nous les connaissons n’existaient pas encore. Il ne faut donc pas en chercher la trace dans ses « Notes de chevet ». Dans quelle liste Sei Shônagon aurait-elle rangé les manuels scolaires ?

Sans doute pas dans la liste « Choses qui font naître un doux souvenir du passé », car, si nombre des visiteurs du « Musée du livre scolaire d’Auxerre » retrouvent avec nostalgie le livre qui les a accompagné dans l’apprentissage de la lecture, ils ne recherchent pas ceux sur lesquels ils ont peiné et qui ne leur ont laissé aucun doux souvenir.

 Choses qui font naître un doux souvenir du passé

Les roses trémières desséchées.
Les objets qui servirent à la fête des poupées.
Un petit morceau d’étoffe violette ou couleur de vigne, qui vous rappelle la confection d’un costume, et que l’on découvre dans un livre où il était resté, pressé.
Un jour de pluie, où l’on s’ennuie, on retrouve les lettres d’un homme jadis aimé.
Un éventail chauve-souris de l’an passé.
(Un éventail chauve-souris : éventail d’été, souvent sorti pour les fêtes)

Notes de chevet, Sei Shōnagon (trad. André Beaujard),
éd. Gallimard / Unesco, 2015, (ISBN 9782070705337), p. 60

      Plus adéquate me semble être la liste « Choses qui ne servent à rien mais rappellent le passé ». J’y ajouterais donc deux items. Tout d’abord, pour l’enseignant, pastichant un item existant :
« Un homme qui fut autrefois auprès de ses élèves le héros élégant de nombreuses découvertes intellectuelles, maintenant vieux et décrépit. »
Puis, pour les livres d’école :
« Un manuel scolaire aux bords usés dont connaît par cœur tous les préceptes. »

Choses qui ne servent à rien mais rappellent le passé

Une natte à fleurs, vieille, et dont les bords usés partent en lambeaux.
Un paravent dont le papier, orné d’une peinture chinoise est abîmé.
Un pin desséché, auquel s’accroche la glycine.
Une jupe d’apparat blanche, dont les dessins imprimés, bleu foncé, ont changé la couleur.
Un peintre dont la vue s’obscurcit.
Le rideau usé d’un écran.
Un store à tête dont le bord supérieur n’est plus recouvert.
De faux cheveux, longs de sept pieds, qui rougissent.
Un tissu couleur de vigne, teint à la cendre, dont la couleur s’altère.
Un homme qui fut autrefois le héros élégant de nombreuses aventures amoureuses, maintenant vieux et décrépit.
Dans le jardin d’une jolie maison, un incendie a brûlé les arbres. L’étang avait d’abord gardé son aspect primitif, mais il est maintenant envahi par les lentilles d’eau, les herbes aquatiques.

Notes de chevet, Sei Shōnagon (trad. André Beaujard),
éd. Gallimard / Unesco, 2015, (ISBN 9782070705337), p. 210-211

 Une permanence est assurée, chaque mardi de 14 à 16 heures, pendant les périodes scolaires au Musée du livre scolaire d’Auxerre (entrée libre).

 




Auxerre 1920

6 05 2014

 

C.F.E.N. Auxerre 1920

C.F.E.N. Auxerre 1920

le groupe candidat au Certificat de Fin d’Études Normales en 1920

AUXERRE

 Ce cliché, pris sur les marches de l’École normale d’instituteurs d’Auxerre, 25 avenue Pasteur, a été généreusement confié au Musée du Livre Scolaire, en 2014, par le docteur Jean Clerc. Y figure le groupe préparant le Certificat de Fin d’Études Normales de la promotion 1918-1920. (cliquez pour agrandir)

 G.F.E. N. Auxerre 1920

C.F.E.N. Auxerre 1920

Ces enseignants, nés au début du XXe siècle, ont pris leur retraite vers 1955-1960. Peut-être un ancien élève de l’Yonne y reconnaîtra-t-il son maître ? [au dos : A mon ami   Clerc    ..errot 118 – 121]




Auteurs scolaires de l’Yonne

16 04 2014

couv_ed02Auteurs scolaires de l’Yonne

 Le Musée du livre scolaire d’Auxerre vient de publier une édition papier de l’ensemble des notices dont il dispose sur les Auteurs icaunais de manuels scolaires. Pour tout renseignement adressez-vous à  : Alain Bataille, [email protected]

 Un volume, 21×14,5, 154 pages  répertoriant 62 auteurs icaunais de manuels scolaires. 15 euros.

Pour une commande par courrier :  adresser le bon de commande ci-dessous, accompagné de votre règlement à Alain BATAILLE – 23 rue Renoir – 89000 AUXERRE.

 Nom & Prénom :………………………………………………

 Adresse : ……………………………………………….

 Code-Ville : ………………………………….

 Commande    . .   exemplaire(s) à 15 € de l’ouvrage  Auteurs icaunais de manuels scolaires. (Port, en sus : 3,50 €)

 Ci-joint un chèque de …. €.

 ————————–

Ce volume reprend l’ensemble des notices mises en ligne sur le site « Auteurs de l’Yonne » du Webpedagogique. (voir ci-après le sommaire de l’ouvrage) 

Sommaire

Les Auteurs icaunais de manuels scolaires

Musée du livre scolaire d’Auxerre

Fourier Joseph                               p. 7

Bachelier Charles Louis Etienne  p. 11

Bonneau Jean Marie                     p. 15

Lafaye Benjamin                          p. 18

Badin Ernest                                 p. 21

Thollois Louis.                             p. 22

Larousse Pierre                            p. 24

Dorlhac de Borne Alphonse        p. 28

Hugot Victor                               p. 30

Bérillon Louis Eugène                p. 32

Pillon François                            p. 35

Collin L.                                     p. 37

Boucheron V                              p. 38

Bert Paul                                    p. 39

Dessignolle                                p. 52

Colin Armand                            p. 53

Hanriot Elie Ernest                   p. 58

Peigné Léon                              p. 60

Clemendot Gaston                    p. 62

Boisseau Gustave                     p. 66

Bodin Marguerite                     p. 68

Gustave Hervé                          p. 70

Ab Der Halden Charles            p. 72

Lavaut Marguerite                   p. 75

Isaac Jules                                p. 76

Dubreuil Léon                          p. 80

Fradet Georges Auguste           p. 82

Séguin Kléber                          p. 83

Tarnier Maurice et Marcelle   p. 88

Lucquin S & L                         p. 89

Seguin Jeanne                          p. 90

Graff Jean                                p. 93

Barré Pierre                              p. 94

Paumier Maurice                      p. 95

Charleux Elisabeth                   p. 96

Coquille Raymond                   p. 97

Garioud Anthelme                   p. 97

Thévenet Serge                        p. 97

Pitot Nicole                             p. 97

Onimus Jean                           p. 101

Dugenne Paul Camille (interview) p. 102

Jeannot & Forin, éditeurs         p. 104

Denise Henri et Jeanne (interview) p. 106

Furet Bernard (récit)               p. 112

Beaumont Roger                     p. 115

Goureau Moïse                       p. 115

Peytard Jean                           p. 115

Tronchère Jean                       p. 118

Rémond Georges                   p. 119

Rousseau Jean-Paul               p. 119

Mignot Jacques                      p. 121

Laguillaumie Pierre               p. 123

Floreau Joël                          p. 124

Laurent Michel                     p. 125

Bataille Alain                       p. 126

Crouzet Roger                     p. 127

Lucile Fourchotte                p. 128

Godinat Françoise               p. 128

Timon Robert (interview)   p. 128

Worobel Michel                  p. 128

Lorrot Danielle                   p. 137

Carré Daniel                       p. 140

Varenne Jacques et Pierre. p. 141

Valtat Alain                      p. 142

Le Clercq Pierre               p. 143

Dalle-Rive Bernard          p. 144

Hennoque Bruno              p. 145

Saturnin Patricia               p. 146

Études sur le département de l’Yonne            p. 148

Liste par matière                                             p. 152

Liste alphabétique                                           p. 155

 




Les Éditions des Sablons

10 02 2014

 

Les Éditions des Sablons

     Le développement des techniques numériques permet à des individus isolés prêts un investissement minimal d’être auto-éditeur de leurs propres productions. Ainsi, les Éditions des Sablons ont été crées dans l’Yonne, à l’instar des Éditions Odilon.

     Les Éditions des Sablons, 5 chemin des Sablons, 89410-Béon, ont été fondées, en décembre 2008, pour éditer les ouvrages de Patricia Saturnin 

     Fin 2013, cinq ans après sa création, l’entreprise prospère ; disposant d’une maquettiste, installée à Villeneuve-sur-Yonne, un imprimeur, installé à Saint-Étienne, elle envisage de recruter des commerciaux pour une diffusion extra-départementale.




Manuels anciens

11 11 2012

Manuels anciens

Au Musée du livre scolaire d’Auxerre, nous conservons tous les manuels qui nous sont proposés par les uns ou les autres. Ces volumes sont mis à disposition des chercheurs, des curieux, des nostalgiques, des étudiants. Ainsi, le fonds est exploité pour  illustrer diverses expositions dont il est rendu compte sur le site spécifique du Musée du livre scolaire d’Auxerre.

Absorbés par le travail de classement considérable de cet ensemble d’ouvrages et peut-être aussi, avouons-le, écrasé par l’ampleur de la tâche, nous ne présentons sur ce blog que la mince fraction des ouvrages d’auteurs ayant un rapport avec le département de l’Yonne… et encore, le plus souvent n’en mentionnons-nous que la seule couverture.

Nous conseillons à ceux qui s’intéressent aux manuels scolaires (anciens) de faire un détour par le blog des Manuels anciens qui propose de larges extraits de manuels et quelquefois des manuels complets.




Manuel non publié

25 10 2012

Un manuel non publié

La rumeur nous était parvenue qu’Anthelme Garioux, outre la méthode de lecture qu’il a co-signée avec Raymond Coquille était aussi l’auteur de manuels de mathématiques. Nous n’en avons pas trouvé traces, ni parmi les manuels que nous amassons, ni au catalogue des bibliothèques spécialisées. Nous n’en avons donc pas fait mention. Le récit qui suit nous donne l’explication de l’origine de la rumeur et apporte un éclairage sur le travail préparatoire à l’édition d’un manuel scolaire. 

Bernard Furet fut instituteur, puis conseiller pédagogique à Sens; il a écrit des mémoires et les a auto-publiées : Les Points de croix. Nous en extrayons cette page où il raconte l’histoire d’une édition inaboutie d’un manuel scolaire. Monsieur Furet co-signera plus tard un ouvrage de lecture avec Roger Beaumont.

           Pendant ce temps, ma vie à Piffonds continuait, bien remplie. Mon inspecteur (M. Garioux Anthelme) intéressé par ma nouvelle pédagogie du calcul, on ne disait pas encore Mathématiques dans l’enseignement primaire, me chargea d’élaborer des fiches très complètes qui après examen de sa part, auraient constitué l’armature d’un livre destiné au CM1-CM2. Chaque leçon commençait par dix minutes de calcul mental. En 2006/2007, un ministre de l’Education nationale rendit obligatoire l’enseignement du calcul mental alors qu’il n’avait jamais été supprimé. Il est possible qu’avec le règne des calculettes, ces séquences deviennent rares à l’Ecole élémentaire. Après l’exposé des procédés pour faciliter l’exécution rapide des quatre opérations, les tables de multiplication étant connues par cœur, à la fin de l’année, ces enfants auraient stupéfié bien des adultes par la vitesse de leurs calculs et l’exactitude des résultats. Après l’étude de la numération, intervenait la géométrie. Je partais de la notion des bandes parallèles représentées par des lames de papier de couleurs différentes. Quand elles étaient d’égale largeur leur intersection perpendiculaire faisait apparaître sur une vitre en plus foncé un carré, en oblique un losange. Avec des largeurs inégales on obtenait de la même façon un rectangle ou un parallélogramme. Toutes ces leçons se terminaient par des exercices de travail manuel sur cahier spécial. En système métrique, par le biais d’expériences réalisées en physique sur la pesanteur, j’essayais de montrer que la masse et le poids sont deux choses différentes : la masse caractérisant la quantité d’un corps le poids, la force que la Terre exerce sur lui. Suivaient quantité d’exercices de pesées diverses où d’un coup d’œil on devait calculer la totalité des poids sur le plateau d’une balance. Même chose avec les mesures de longueur où le décamètre (chaîne d’arpenteur) servait pour établir les dimensions des petits champs qui entouraient l’école.

             Mais la véritable révolution résidait dans la volonté de transcrire les lignes de solution en phrases complètes et correctes. D’autres exercices consistaient à partir d’un énoncé exposant une situation, à demander à l’élève de rédiger les questions ou inversement donner entièrement les lignes de solution sans mentionner le résultat des opérations et imaginer le libellé du problème. Tout cela procédait d’une idée fondamentale : ne pas cloisonner étroitement chaque discipline. Toute leçon doit contribuer à l’enrichissement du capital lexical, syntaxique et orthographique de l’enfant. Les exercices d’application nombreux et variés, exigèrent beaucoup de travail et de temps. Monsieur Garioux, de son côté, avait apporté quelques rajouts et se montrait enchanté du produit. Ayant déjà fait publier un manuel de lecture aux éditions Hachette, c’est là qu’il me conduisit un jeudi. L’éditeur qui possédait depuis un mois le manuscrit sembla en apprécier I’originalité. Plusieurs voyages à Paris furent nécessaires pour contacter les gens du comité de lecture, puis les maquettistes puis les graphistes, puis… qui nous incitèrent à apporter quelques modifications. Jamais je n’aurais pu penser que l’impression d’un livre puisse faire appel à autant de compétences différentes ! A la dernière visite, la tête désolée de notre correspondant nous fit craindre encore des rectifications… Ce fut bien pire ! Le comité directeur venait d’apprendre par une fuite du ministère qu’un vaste plan de rénovation des « mathématiques » à l’école élémentaire s’élaborait. La maison devait donc se consacrer à la réalisation de nouveaux manuels et abandonner tout ce qui était prévu dans ce domaine. On nous rendit notre manuscrit. Nous revînmes de Paris bien déçus, mon inspecteur encore plus que moi. Pourquoi ? Pourtant en ce qui me concernait, cela représentait plusieurs années de travail mais je me consolai en pensant que mes élèves en avaient profité.

         Il fallut attendre deux ans pour prendre connaissance de ce modernisme basé sur la théorie des ensembles. A mon avis, les conséquences en furent désastreuses pendant plusieurs années car les enfants perdirent le sens de la numération et la connaissance des mécanismes.

 Bernard Furet (1925-…), Les Points de croix, 264 pages, biographie auto-éditée (vers 2009), p. 211

 




Anthelme Garioud, je veux lire

28 07 2012

                     Raymond COQUILLE, Anthelme GARIOUD

                     Anthelme GARIOUD, Serge THEVENET, Nicole PITOT

 

 

La méthode de lecture « Je veux lire »  nous a mis sur la piste d’une série d’auteurs dont nous savons encore peu de choses.

Anthelme GARIOUD (1921 – 2010)

Anthelme GARIOUD a d’abord été instituteur à Crémieu, avant de devenir inspecteur primaire à Avallon (89), son premier poste, puis à Sens, dans les années 1960. Son nom apparaît dans deux équipes qui travaillent à la réalisation de manuels scolaire dans des matières distinctes. En ce sens, Anthelme GARIOUD est un auteur prolifique et éclectique. Dans l’état actuel de nos connaissances, nous sommes incapables de décrire le mode de fonctionnement des équipes rédactionnelles, ni de préciser les attributions de chacun des signataires.

Dans les années 1970 Anthelme GARIOUD quitta l’Yonne pour travailler au Ministère de l’Éducation nationale, à Paris. Il conserva des attaches dans l’Yonne puisqu’il eut un fils qui fut professeur de dessin à l’École normale d’Auxerre et qui a résidé près de Sens.

Époux de Marie-Louise CHEVALLIER, chevalier de la Légion d’honneur, commandeur des Palmes académiques, Anthelme GARIOUD a été inhumé le 21 mai 2010, à Peyrieu, dans le département de l’Ain.

Un bref témoignage le concernant nous est fourni par Bernard Furet : « En 1970, /…./ Je restai donc au service d’un seul Inspecteur : M. Garioux, celui qui m’avait mis le pied à l’étrier. Plus pour très longtemps, car nommé à Paris, rue de Grenelle au ministère, il laissa la place à un débutant dans la carrière : Roger Beaumont. Les adieux de M. Garioux se déroulèrent en grande pompe dans les salons de l’Hôtel de Ville devant tout un parterre de notabilités car il était très connu dans l’arrondissement où il y avait tissé de nombreux liens d’amitié : sous-préfet, députés, maires, conseillers généraux-côtoyaient presque tous les enseignants de l’Arrondissement du primaire au secondaire. A la fin de son speech, il présenta son remplaçant. Impossible de trouver plus grande dissemblance entre deux hommes. M. Garioux, grand et fort effaçait par sa masse M. Beaumont petit et maigre ; l’un possédait une large face colorée surmontée d’une brosse grisonnante, l’autre un visage maigre et blanchâtre encadré de longs cheveux tombant sur son col ; le partant faisait preuve d’une volubilité qui n’avait d’égale que son habituelle agitation gestuelle ; le nouveau restait muet et immobile dans son coin comme une statue. Manifestement, ce genre de cérémonie l’indisposait et il ne prononça que quelques mots à peine audibles accompagnés d’une légère inclinaison du buste au moment de sa présentation. » [Bernard Furet (1925-…), Les Points de croix, 264 pages, biographie auto-éditée (vers 2009)]

 Raymond COQUILLE (né le 02/01/1914 – décès, avant 2010), instituteur, titulaire du brevet supérieur, il exerce en 1962 à Sens (rue de Lyon, classe de perfectionnement), il cosigne, la méthode de lecture : Je veux lire. Les époux Coquille habitaient à Myremy, hameau de Pont-sur-Yonne (89) et Mme  Coquille  intervenait à Chéroy dans le cadre de la médecine scolaire.

 Serge THEVENET (…-…) Il cosigne avec Anthelme GARIOUD et Nicole PITOT, à partir de 1982, chez Bordas,  une série de manuels scolaires consacrés à l’enseignement des mathématiques.

Il apparaît encore à l’organigramme du Ministère de l’Éducation nationale en 2006 comme, inspecteur général de l’éducation nationale, chargé de la sous-direction des personnels d’encadrement à la direction des personnels administratifs, techniques et d’encadrement.

 Nicole PITOT (… – …) Elle cosigne avec Anthelme GARIOUD et Serge THEVENET, à partir de 1982, chez Bordas,  une série de manuels scolaires consacrés à l’enseignement des mathématiques.

 A / Manuels de lecture :

La série « Je veux lire », signée Raymond COQUILLE, Anthelme GARIOUD est parue chez Hachette en 1966. Elle se reposait, comme beaucoup de méthodes de lecture, sur deux livrets. Le premier, au choix du maître, est à départ global ou synthétique, le deuxième propose pour la suite de l’année scolaire, à travers textes et exercices une étude systématique des sons de la langue.

« Les 160 sons de l’abbé Bertaud ne doivent pas nous étonner, il en existe encore une centaine dans Je veux lire » (Laurence Lentin, Du parler au lire)

 

On trouve quelques images extraites de ces manuels sur le Net.

Manuel scolaire, Coquille (Raymond), Garioud (A.), Je veux lire. Premier livret. Méthode synthétique, Hachette, 1966

Manuel scolaire, Coquille (Raymond), Garioud (A.), Je veux lire. Premier livret. Méthode à départ global, Hachette, 1966

Manuel scolaire, Coquille (Raymond), Garioud (A.), Je veux lire. Deuxième livret, Hachette, 1969

Outre ces livrets, tout un matériel, soit individuel, soit collectif, est proposé aux maîtres pour faciliter son enseignement :

des cahiers individuels :

Je veux lire. Éducation de la perception. Écoles maternelles 1.,  1968, Hachette

Je veux lire. Éducation de la perception. Écoles maternelles II.,  1968, Hachette

Je veux lire. Éducation de la perception. Cours préparatoire.,  1967, Hachette

Je veux lire. Cahier d’organisation linéaire. Cours préparatoire.,  1966, Hachette

Je veux lire. Cahier d’organisation linéaire. Écoles maternelles 2.,  1967, Hachette

un livret de lecture courante :

Je veux lire. Lecture courante. Premier livre. 3e livret.,  1971, Hachette

– du matériel didactique :

des affichettes :

Coéditées par Hachette et Rossignol, ces affichettes permettaient aux instituteurs de mettre en pratique la technique des « mots-supports » pour l’apprentissage de la lecture.

 pour le maître :

Je veux lire. Présentation de la méthode, CP, 1966, Hachette

Je veux lire. Fichier pédagogique. Méthodes à départs synthétique et global.,  1967, Hachette

Coquille (Raymond), Martinez (V.), Muneret (G.), Bergère (J.),  Perception. Logique. Ensembles. Mathématiques. Fichier d’utilisation.,  1969, Hachette

Coquille (Raymond) / Garioud (A.),  Tableaux muraux. A la chasse, chasseur tirant sur le gibier. Départ en vacances…., Hachette, (vers 1967)

B / Manuels de mathématiques :

Garioud (A.) / Thévenet (Serge) / Pitot (Nicole),  Math CP., Bordas,

Garioud (A.) / Thévenet (Serge) / Pitot (Nicole),  Math CP. Guide du maître., Bordas, 1982

Garioud (A.) / Thévenet (Serge) / Pitot (Nicole),  Mathématiques. CE1., Bordas, 1983

Garioud (A.) / Thévenet (Serge) / Pitot (Nicole),  Math CE1. Guide du maître., Bordas, 1983

Garioud (A.) / Thévenet (Serge) / Pitot (Nicole),  Mathématiques. Livre du maître. CE1., Bordas, 1986

Garioud (A.) / Thévenet (Serge) / Pitot (Nicole),  Mathématiques. CE2., Bordas, 1986,

Garioud (A.) / Thévenet (Serge) / Pitot (Nicole),  Math CE2. Guide du maître., Bordas

Garioud (A.) / Thévenet (Serge) / Pitot (Nicole),  Mathématiques. Livre du maître. CM1., Bordas, 1987,

Thévenet (Serge) / Pitot (Nicole),  Mathématiques. Cahier d’exercices. CM1., Bordas, 1990

Garioud (A.) / Thévenet (Serge) / Pitot (Nicole),  Mathématiques. CM2., Bordas, 1986,

Garioud (A.) / Thévenet (Serge) / Pitot (Nicole),  Mathématiques. Livre du maître. CM2., Bordas, 1989,

La collection fut reprise par l’éditeur, en 1995, puis en 2008, avec d’autres équipes rédactionnelles.




Pierre Larousse

6 06 2012

Pierre LAROUSSE

(1817-1875)

Pierre Larousse est universellement connu pour son œuvre de lexicographe et de pédagogue. Il est, avec Augustin BOYER – natif de Villiers-Saint-Benoit- fondateur de la maison LAROUSSE et BOYER qui deviendra la maison LAROUSSE. Avant de concevoir son Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, il se consacre à la rédaction de manuels scolaires.

(Note : Pierre Larousse n’a rédigé que deux dictionnaires : le Nouveau dictionnaire de langue française et le GDU…les autres lui sont postérieurs !)

BIBLIOGRAPHIE : Si, de nos jours, les élèves le fréquentent par le truchement du dictionnaire, du larousse, on doit bien d’autres ouvrages à Pierre Larousse :

La Lexicologie des écoles

Lexicologique des écoles primaires (1849)

qui devient en 1851 : Grammaire élémentaire lexicologique.

Cours lexicologique de style (1851)

Traité élémentaire d’analyse grammaticale (1851)

Petite grammaire lexicologique du premier âge (1852)

   

  Traité complet d’analyse et de synthèse logique (1853)

Méthode lexicologique de lecture (1856)

Nouveau dictionnaire de la Langue française (1856)  qui est un ouvrage scolaire. Pierre Larousse l’a voulu petit et bon marché pour tous les élèves puissent l’emporter dans leur cartable.

Jardin des racines grecques (1858)

L’Ecole Normale (1858) C’est la première revue pédagogique à l’usage des Maîtres. Elle contient des exercices avec les corrigés dans toutes les disciplines.

Jardin des racines latines (1860)

ABC du style et de la composition (1862)

Le livre des permutations (1862)  C’est un ouvrage fondamental car il est à l’origine de la grammaire moderne telle qu’on l’a apprise et qu’on l’apprend encore à l’école.

Nouveau traité de versification (1862)  La rhétorique était une matière importante à l’époque.

Petite Flore latine (1862) Livre de citations des auteurs latins aussi important que le suivant.

Miettes lexicologiques (1863)

Traité complet d’analyse grammaticale (1865)

Grammaire littéraire (1867)

Grammaire supérieure (1868)

Grammaire complète (1868)

Exercices d’orthographe et de syntaxe appliqués (1869)

Gymnastique intellectuelle : les boutons (1870)

Gymnastique intellectuelle : les bourgeons (1871)

Gymnastique intellectuelle : les fleurs et les fruits (1873)

 La famille de Pierre LAROUSSE, aussi loin qu’on puisse remonter, est implantée dans le département de l’Yonne. Il est honoré à Toucy, sa ville natale où son buste orne la place qui porte son nom et où une active association pérennise sa mémoire et dont on pourra voir les activités en suivant le lien.

[Nous remercions l’association Pierre-Larousse pour la biographie de Pierre Larousse et la relecture de cet article.]

BIOGRAPHIE : LAROUSSE Pierre Athanase

Pierre Larousse est un Icaunais et même plus précisément un « poyaudin » de pure souche. Il naît à Toucy Le 23 octobre 1817. Edme-Athanase LAROUSSE, son père, est né le 9 septembre 1793 à Courson-les-Carrieres. Louise GUILLEMOT, sa mère, est née le 27 mars 1795, elle appartient à une très ancienne famille de tisserands-drapiers dont on trouve la trace à Toucy dès le début du XVIIe siècle.

En 1820, naît une petite sœur : Sophie-Marie-Louise. Elle aura son importance puisqu’elle est à l’origine de la « dynastie Larousse », Pierre n’ayant eu qu’un seul « enfant » son Grand Dictionnaire Universel (GDU) !

En 1823, l’enfant va à l’école. Pierre est un très bon élève et Edme PLAIT a vite remarqué l’intelligence et l’intérêt sans cesse en éveil de l’enfant si bien qu’il lui donne des leçons particulières après la classe. Ce qui lui permet d’obtenir à 17 ans, en 1834, une bourse que le Conseil Général de l’Yonne – faute d’Ecole Normale à Auxerre – attribue chaque année aux quatre meilleurs élèves du département.

Après 3 années d’études, le 17 avril 1837, Pierre Larousse obtient son brevet d’enseignement du second degré et le 9 février 1838, celui du premier degré ; il a 21 ans, le 7 mai 1838, il est nommé instituteur à Toucy où une place vient de se libérer après la démission de Joseph Barthélémy. Le voilà devant une classe d’une centaine d’élèves de 6 à 17 ans. Conformément à la loi Guizot, Larousse doit donner la première place dans son enseignement à la morale et à la religion. Mais Pierre LAROUSSE est vite déçu par cet enseignement qui ne laisse aucune place ni à l’initiative personnelle, ni à la réflexion, et qui manque cruellement de manuels scolaires. Lui qui a été libre de choisir ses lectures, qui a tout écouté à l’auberge des parents, ne tarde pas à constater la déficience de l’enseignement qu’on lui demande de dispenser. Convaincu qu’une réforme s’impose, il démissionne de son poste en mai 1840 et repart à Paris où il reprend ses études.

Commence alors une période d’une dizaine d’années difficiles au cours desquelles il va falloir vivre sans grandes ressources. Il suit tous les cours gratuits qu’il peut au Collège de France, à la Sorbonne… Certes les parents ne l’oublient pas et lui envoient périodiquement des colis contenant quelques victuailles d’autant plus appréciées qu’elles rappellent la campagne toucycoise et qu’elles améliorent considérablement les repas pour quelque temps.

Pour subvenir à ses besoins, Pierre Larousse devient répétiteur à l’Institut JAUFFRET, dans le Marais. Il y rencontre Suzanne Pauline CAUBEL ; nous sommes en 1845, il ne l’épousera qu’en 1872 mais l’appellera toujours « ma femme » ou « madame LAROUSSE » ! Entre 1848 et 1851 il devient maître d’étude, toujours à l’Institut JAUFFRET, ce qui va lui permettre de tester ses ouvrages pédagogiques dont les premiers paraissent (à Paris chez Vve Maire-Nyon) en 1849 et 1850, il s’agit de la Lexicologie des écoles primaires.

Pour faire connaître sa méthode, Larousse n’a que deux solutions : ou bien il vend son ouvrage à un éditeur qui devient le propriétaire de cette première partie mais aussi le propriétaire des suivantes – ce qui aurait assuré la fortune et la célébrité de l’éditeur mais pas celle de Larousse ! Ou bien il édite « à compte d’auteur » …mais dans ce cas, il lui faut de l’argent, or ni lui, ni sa famille n’en possèdent…En fait, la solution trouvée sera de fonder en 1852 sa propre maison d’édition en compagnie d’un ancien élève de l’école Normale de Versailles : Augustin BOYER, la maison « Larousse et Boyer » ouvre ses portes au 2 rue Pierre Sarrazin. Et plus tard, au 49 rue Saint-André-des-Arts à Paris. La maison n’emploie qu’un seul commis : Emile MOREAU, petit-neveu de Boyer.

Les deux hommes ont beaucoup d’affinités communes :

•          Tous deux sont natifs de la même région et sont même compatriotes puisque Boyer est né à Villiers-Saint-Benoît, à 10 km de Toucy.

•          Tous deux ont la même formation (Ecole Normale de Versailles)

•          Tous deux sont républicains !

•          Tous deux sont fils d’aubergiste !

LAROUSSE se tue à la tâche, le mot n’est pas trop fort, il travaille 15 à 16 h par jour et les premiers symptômes de la congestion cérébrale qui l’emportera le 3 janvier 1875, apparaissent. Depuis 1872, c’est Jules qui dirige l’imprimerie et assure la continuité du GDU. A la mort de Pierre, le neveu et Mme LAROUSSE s’associent et continuent la publication du GDU sous le nom de « Veuve Larousse et Cie ». En 1878, la maison déménage au 19 de la rue du Montparnasse où elle se trouve toujours.




Charles Louis Étienne Bachelier

30 05 2012

Charles Louis Étienne BACHELIER (1)

Nota: L’essentiel du contenu de cet article est extrait des informations mises en ligne par monsieur Norbert Verdier.

Il semble que dans le département de l’Yonne, le souvenir de Charles Louis Étienne Bachelier se soit perdu. Des zones d’ombre subsistent dans le tableau de la famille BACHELIER que l’on trouve installée à Chablis dès le XVIIe siècle. Ces zones d’ombre interdisent pour l’instant d’établir un lien avec les Bachelier qui vivent encore (en 2012) à Chablis.

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Au XIXe siècle, il y a deux traditions dans le monde éditorial : une nouvelle génération d’hommes découvre et bâtit le marché éditorial ; une autre, héritière des grandes familles d’éditeurs du XVIIIe siècle conforte ses positions, les développant ou les spécialisant (2).

Charles Louis Étienne Bachelier illustre ces deux tendances de la profession. Né en 1776 à Chablis d’un père Étienne, tonnelier, et de Marie Victoire Boisseau, il s’installe à Paris vers 1800 et entre au service du libraire Denis Simon Magimel, qui se consacre presque exclusivement au domaine militaire. Par son intermédiaire, il rencontre la fille de Jean Courcier, un éditeur tourné vers les mathématiques dans la continuation de Duprat, son prédécesseur. En épousant mademoiselle Courcier, en 1804, Bachelier inscrit son parcours dans une tradition familiale portée par les mathématiques. Entre 1800 et 1811, année de la mort de Courcier, la maison édite environ deux cents ouvrages dont la moitié environ relève directement des mathématiques. Elle édite également la Correspondance sur l’École royale polytechnique lancée par Jean Nicolas Hachette, en 1804. Plus tard, en 1812, Magimel aide Bachelier à s’installer en tant que libraire, au 55 quai des Augustins, à Paris.

Bachelier devient libraire par un brevet datant du premier octobre 1812. Le 30 mai 1832, il est breveté imprimeur (en lettres) et remplace Auguste Alfred Courcier (né le 4 septembre 1809), son beau-frère et successeur de Démophile Huzard. Par ce brevet de 1832, Bachelier associe ainsi à sa librairie du 55 quai des Augustins l’imprimerie du 12 rue du Jardinet, fief de la maison Huzard-Courcier.

Devenu officiellement libraire et imprimeur, éditeur comme le précisent certaines pages de couverture des ouvrages qu’il publie, Bachelier développe la stratégie éditoriale de la maison familiale. Entre 1832 et 1852, il publie environ quatre cent soixante-dix-sept ouvrages, ce qui constitue une publication annuelle d’un peu plus de vingt ouvrages. Il est ainsi l’éditeur des deux principaux journaux de mathématiques que sont le Journal de mathématiques pures et appliquées, ou Journal de Liouville (3) et les Nouvelles annales de mathématiques (4). Le premier est destiné à publier des articles de recherche, tandis que le second s’intéresse à l’enseignement et aux concours d’entrée aux Écoles polytechnique et normale (ENS). Ces deux publications façonnent l’espace éditorial des mathématiques de cette époque.

Bachelier exerce une vingtaine d’années avant de décéder en 1853. Olry Terquem lui rend un hommage appuyé en 1854 dans « ses » Nouvelles annales de mathématiques qu’il a co-fondées avec Camille Gérono, en 1842 : « Bachelier trouva le repos et sans doute la palme du juste, vers la fin de 1852, léguant à ses enfants un nom respecté, une maison de haute réputation et un digne successeur. »(5).  Bachelier, dont le fils est mort en 1832 (6), transmet son entreprise à son gendre Louis Alexandre Joseph Mallet qui lui succède par un brevet daté du 14 mai 1853.

La maison Bachelier devient Mallet-Bachelier. Elle est accueillie avec enthousiasme si nous considérons les propos de Terquem qui veut être « l’organe de tous les géomètres » : « M. Mallet-Bachelier, son gendre, quitte une position honorable dans la magistrature pour assumer une grave responsabilité commerciale, soutenir, continuer et améliorer encore un établissement dont la célébrité est un patrimoine de famille. Puisse le succès couronner un dévouement filial si rare ! »(7).

Le gendre fait prendre une extension considérable à la librairie et à l’imprimerie. Sur la période 1854-1863, Mallet-Bachelier publie environ quatre cent vingt-trois ouvrages soit environ une quarantaine par an. La production a donc été approximativement doublée par rapport à l’ère Bachelier. Toutefois, Mallet ne donne pas à la maison d’édition son seul nom : le nom Bachelier reste invariablement associé au sien. Dans les catalogues insérés à la fin des ouvrages, il se présente comme « gendre et successeur de Bachelier » et, dans la continuité de Bachelier, comme « imprimeur-libraire du Bureau des longitudes – de l’École impériale polytechnique – de l’École centrale des arts et manufactures – du Dépôt central de l’artillerie ». Mallet n’est pas qu’un successeur de son beau-père au sens où il aurait été reconduit dans les diverses responsabilités éditoriales octroyées à Bachelier. Il met aussi en place de nouvelles stratégies éditoriales. La « cible » visée par la maison s’élargit ; elle est désormais libraire « pour les mathématiques, la physique, la chimie, les arts mécaniques, les Ponts et chaussées, la marine et l’industrie » comme en attestent les extraits de catalogue insérés presque systématiquement dans les ouvrages et constitués le plus souvent d’une dizaine de pages, au moins.

De la rue de Seine à l’Institut

Les mathématiques figurent systématiquement en tête mais la maison vise nommément tout ce qui concerne le secteur scientifique, technique (génie mécanique, civil, maritime) et industriel. À noter également l’intrusion dans les catalogues de la vente d’instruments de calcul (règles à calcul) ou de globes. La montée en puissance de Mallet-Bachelier est également inscrite géographiquement. En août 1860, l’imprimerie passe d’une petite cour obscure (le 12, rue du jardinet) au 10, rue de Seine, aux portes de l’Académie. Désormais, librairie et imprimerie sont voisines, au 55 quai des Augustins pour la première et au 10 rue de Seine, pour la seconde. La maison Mallet-Bachelier est désormais sise au cœur de la vie scientifique parisienne, éditorialement et géographiquement.

Les réalisations de Bachelier sont sans cesse louées et récompensées lors des expositions universelles. Les récompenses s’adressent, au-delà de l’éditeur, à son directeur de l’imprimerie, Théodore Bailleul. C’est lui qui, tout au long du siècle, a fait progresser significativement la typographie des mathématiques. « [L]es calculs sont présentés avec tant de discernement, les lettres si bien alignées et nivelées, les divers symboles si expressifs, la justification si agréable à l’œil, qu’on est tenté de croire que M. le directeur Bailleul, par une seconde vue, a l’intelligence des formules gigantesques qu’il peint sur le papier. » souligne Terquem dans son Bulletin de bibliographie, d’histoire et de biographie mathématiques, annexé aux Nouvelles annales.

[…]

Le géomètre Joseph Alfred Serret émet un jugement plus général, lorsqu’à la suite de la parution de son célèbre cours d’algèbre, en 1849, il écrit : « J’ai comparé les formules du spécimen de l’imprimerie Bachelier que j’ai entre les mains, avec les formules analogues d’ouvrages publiés par M. Bachelier il y a une dizaine d’années, puis avec les formules d’ouvrages publiés par d’autres éditeurs français, anglais, allemands et italiens. Cette comparaison me permet d’affirmer que l’imprimerie typographique de M. Bachelier répond de la manière la plus complète à tous les besoins de l’Analyse Mathématique actuelle, et que les ouvrages publiés par cet éditeur, depuis six ans, l’emporte, d’une manière incontestable (au point de vue des formules) sur tous les ouvrages de Mathématiques que j’ai entre les mains. »

Un texte de Galois dans les Annales de Gergonne, en 1828-1829 :

Un texte de Galois dans les Annales de Gergonne, en 1828-1829.

Un texte de Galois dans les Annales de Gergonne, en 1828-1829.


… et dans le Journal de Liouville, en 1846 :

… et dans le Journal de Liouville, en 1846.


En 1864, le fonds Bachelier est racheté par un certain Gauthier-Villars. Il écrit à « ses » auteurs : « J’ai l’honneur de vous informer que je me suis rendu acquéreur de l’Imprimerie et de la Librairie de M. Mallet-Bachelier. Je ne négligerai rien pour conserver les bons rapports que mon prédécesseur a toujours eu avec ses Correspondants, et pour maintenir la réputation que la maison s’est acquise par ses travaux typographiques. ». La maison Bachelier entre ainsi dans une autre succession, celle de l’empire éditorial Gauthier-Villars.

D’après Norbert Verdier


(1) D’après : http://images.math.cnrs.fr/Le-libraire-imprimeur-es.html

(2) Parinet, Élisabeth Une histoire de l’édition à l’époque contemporaine XIXe-XXe siècle, Éditions du Seuil, 2004, 151-152.

(3) Le Journal de Liouville est encore aujourd’hui un des journaux de références de la communauté mathématique. Il est édité par Elsevier.

(4) Initialement publiées par Carilian-Goery, les Nouvelles annales sont reprises par Bachelier, fin 1848.

(5) Terquem, Olry Bachelier (Charles-Louis Étienne) , Nouvelles annales de mathématiques, I, 13 (1854), 223-227.

(6) Victor Bachelier a été condisciple de Liouville à l’École polytechnique. Il est mort très jeune en 1832 dans des circonstances que nous ignorons.

(7) Terquem, Olry Bachelier (Charles-Louis Étienne) , Nouvelles annales de mathématiques, I, 13 (1854), 223-227.