Archive for the ‘histoire locale’ Category

Fourier et les marais de Bourgoin

Dimanche, juillet 26th, 2015

Fourier et l’assèchement des marais de Bourgoin

     Au Moyen-Age et jusqu’à une période récente, l’accès à une pièce d’eau était très convoité. L’exploitation des ressources piscicoles était un appoint non négligeable et les réserves en protéines pouvaient s’avérer vitales en période de disette.

La gestion des étangs et petites retenues d’eau pouvait relever de l’entreprise familiale. Pour les projets plus vastes, il y fallait l’expérience de sociétés bien organisée. C’est ainsi que le Marais poitevin a été progressivement aménagé sur la base de concessions seigneuriales à des communautés religieuses, puis à une époque plus récente par des privilèges de l’état accordés à des investisseurs.

Nasse en osier

Nasse en osier

 

Nasse en osier

Nasse en osier

Casier à poisson

Casier à poisson

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au Musée de la pêche en Hongrie : les moyens de conserver indéfiniment les poissons. [Aranyponty halászati múzeum]

Au début du 19e siècle, l’aménagement des marais de Bourgoin, dans l’actuel département de l’Isère restait à entreprendre : « On ne peut voir, sans en être douloureusement affecté, la triste situation des riverains de ces marais, au teint livide, au ventre bouffi, souffrant d’obstructions, de fièvres et affligés d’une vieillesse anticipée. » C’est en ces termes que le célèbre botaniste Varenne de Fenille décrit l’insalubrité des marais de Bourgoin, en 1807.

Ces terrains marécageux sont utilisés depuis des siècles par les paysans : ils y font pâturer le bétail et récoltent la laîche servant à confectionner la litière d’hiver des animaux d’élevage. Ces terres sont essentielles aux cultures vivrières de nombreuses familles alentours, mais elles sont aussi sources de graves désagréments : odeurs nauséabondes, prolifération des maladies digestives, des fièvres paludéennes… Sans compter les noyades dues à l’instabilité et à la profondeur des marais : « Le bétail qui s’éloigne un peu trop des bords est quelquefois englouti et disparaît tout à coup, écrit Varenne de Fenille. De nombreux voyageurs s’y noyèrent.» (1)(2)

Louis XIV déjà souhaitait l’assainissement des marais de Bourgoin. En 1668, il confie cette tâche au maréchal de Turenne, à qui revient la concession des terrains. Mais Turenne meurt au combat. Son héritier, Godefroy de la Tour d’Auvergne, engage deux ingénieurs hollandais, les frères Coorte, pour entreprendre les travaux.

     En 1686, un traité est conclu pour le partage des futures terres asséchées : 7/10e reviennent aux Coorte, 3/10è aux communes et aux particuliers ! Ce partage est mal perçu par la population, qui se sent dépossédée. Les travaux ont lieu dans une ambiance hostile, avec de nombreux actes de vandalisme. Les frères Coorte sont finalement contraints de renoncer. Ils meurent peu après, ruinés. On raconte même qu’ils auraient été assassinés et enterrés quelque part dans les marais…

     Il faudra attendre 1805 pour que le projet d’assainissement redémarre sérieusement, grâce au décret pris par Napoléon mais aussi grâce aux qualités de négociation du préfet de l’Isère, l’éminent mathématicien Joseph Fourier qui réussit à apaiser l’hostilité des riverains (3). Sont concernés 1 500 hectares s’étendant sur quarante communes.

Notre collègue Jean Charles Guillaume, va publier une étude détaillée établissant la part de Joseph Fourier dans l’assèchement des marais de Bourgoin.

Joseph Fourier, alors préfet de l’Isère, maîtrise bien son sujet ; en effet, le premier « coup de pioche » est donné le 25 novembre 1808, à Chamagnieu. C’est le début d’un chantier titanesque, mené par la société Bimar de Montpellier : 600 ouvriers sont mobilisés pour creuser des centaines de canaux. Alors que les guerres napoléoniennes vident le pays de ses hommes, la main d’œuvre est difficile à trouver et on recourt à 400 prisonniers espagnols. Les travaux se déroulent dans des conditions souvent difficiles, dues à de nombreuses intempéries. Malgré tout, l’ensemble des marais sont drainés et le chantier s’achève en 1814, dans les délais exigés par Napoléon. Les terres sont alors mises en culture et donnent bientôt de magnifiques récoltes. (3)

Le projet n’est pas anodin et sa réussite doit beaucoup à son pilotage ; pour preuve ce qui se passe après le départ de Fourier : l’euphorie ne dure qu’un temps… Quatorze ans plus tard, en 1828, la société Bimar, asphyxiée financièrement, vend ses terrains et les obligations d’entretien des ouvrages ne sont pas respectées. Dans le même temps, les paysans se mettent à extraire la tourbe des marais – utilisée pour fertiliser les terres après avoir été brûlée ou pour remplacer le bois de chauffage – à grande échelle, sans se soucier de détériorer les digues et les canaux. Les ouvrages se dégradent et des étangs réapparaissent au milieu des terres… Il faudra attendre les années 1940 pour arriver à une rénovation générale du dispositif de drainage. (3)

 

(1) [http://www.isere-magazine.fr/culture/histoire/Pages/138-Assechement-marais-Bourgoin/L-assechement-des-marais-de-Bourgoin.aspx]

(2) [http://royal-dragons.forumactif.com/t2398-l-assechement-des-marais-de-bourgoin]

(3) [http://www.isere-magazine.fr/culture/histoire/Pages/138-Assechement-marais-Bourgoin/Assechement-des-marais-de-Bourgoin-deux-siecles-de-peripeties.aspx]

 

 

Fourier l’œuvre oublié

Mardi, juin 2nd, 2015

Fourier, 1895, l’œuvre oublié

 Nous avons déjà évoqué sur ce blog, l’oubli dans lequel fut plongée la pensée de Fourier vers le milieu du XIXe siècle avant de trouver un nouvel éclat lorsqu’on sut l’exploiter avec les applications que l’on connaît maintenant.

 Une autre illustration de cet oblitération est fournie par l’ouvrage de Chalamet, « Jean Felber » que nous citons plus loin. Cet ouvrage, publié en 1895, propose des lectures courantes  destinées aux classes élémentaires ; il présente l’histoire d’une famille alsacienne, la guerre franco-allemande, des descriptions et excursions à travers la France. Il propose en outre une monographie de 64 pages, spécifique à chaque département. Pour l’Yonne, cette monographie est due à Arluison et Carteret, inspecteurs primaires. Davout y paraît sur plus d’une page ; une page est consacrée à Jean-Roch Coignet, soldat de l’Empire ; la biographie de Paul Bert couvre aussi une page. Quant à Joseph Fourier, il n’est évoqué qu’au détour de deux maigres paragraphes. Notons tout de même qu’à l’époque où Arluison et Carteret rédigeaient leur ouvrage, une statue de bronze représentant Fourier grandeur nature due au sculpteur Faillot ornait la place de la mairie d’Auxerre.

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(Nous nous proposons de revenir dans un prochain article sur l’histoire de cette statue qui mérite d’être contée. Sans attendre la rédaction à venir de cette notice, sur la destruction de cette statue, le lecteur pressé peut consulter le tome 50 du bulletin de la Société des Sciences Historiques et naturelles de l’Yonne, année 2012/2, pages 123 à 152 « Vendanges de bronze dans l’Yonne sous l’Occupation », par Bernard Richard.)

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Le XIXe siècle.

Le dix-neuvième siècle est caractérisé par un grand  mouvement scientifique auquel l’Yonne a pris part.

Le département envoya, à l’Ecole normale qui se fondait, Fourier qui était professeur de mathématiques à l’école militaire d’Auxerre ; plus tard, Fourier entra à l’Ecole Polytechnique, puis il partit avec d’autres savants pour suivre Bonaparte en Egypte ; il faut secrétaire perpétuel de l’Institut d’Egypte, et composa la préface du grand ouvrage publié par les savants qui faisaient partie de cet institut.

Nommé préfet de l’Isère, puis du Rhône, il démissionna bientôt, pour se livrer à des travaux scientifiques. On lui doit plusieurs ouvrages sur les mathématiques. /…/

  1. Chalamet, Jean Felber, 1895, éd. Alcide Picard et Kaan

Edition du département de l’Yonne avec une monographie historique, géographique, agricole et pittoresque de 64 pages, signée de MM. Arluison et Carteret, inspecteurs primaires, Officiers d’académie.

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