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Placebo

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Il prenait ces pilules blanches tous les jours.
Lui qui s’était toujours enfermé ou retrouvé enfermé était enfin sorti de là : il avait trouvé une échappatoire. Ces pilules blanches avaient effacé toutes les pensées noires, cette bête noire qui lui rongeait le crâne ; éclairant les marques blanches de ses bras. Il avait appris à relever ses manches, et souriait dorénavant. Plus rien ne pouvait l’empêcher de sourire maintenant. En ayant été aussi bas, il ne pouvait que remonter, n’est-ce pas ? Et ces pilules représentaient ses appuis pour sortir de là. Il avait poussé son bourreau du haut de la falaise, comme celui-ci l’avait fait à tant de personnes, pour enfin se débarrasser de ses dernières chaînes.
Il allait mieux. Il avait l’air d’aller mieux.
Seuls ceux proches de lui étaient exposés aux changements, et ces derniers les prenaient en pleine tête sans rien pouvoir faire. Sa maigreur en avait alerté plus d’un, tout cela dû aux effets secondaires auxquels il n’avait jamais pensé.
Quoi que…
Si, justement. C’est justement parce qu’il y avait pensé que cela arrivait.
Il était devenu migraineux. Celles-ci s’accentuant toujours plus, rendant son suivi en classe de plus en plus compliqué. Il sentait comme un pic-vert percer son crâne à répétition pour atteindre son cerveau. Son sang battait tapait dans ses tempes à une vitesse hallucinante.
« Ça va ? » lui demandait souvent son voisin de classe. Ce à quoi il répondait toujours par un simple sourire, représentant pour lui la plus belle des réponses, lui qui n’avait plus souri aussi facilement depuis si longtemps.
Parce qu’il allait mieux.
Ses heures de sommeil avaient grandement réduit, s’étant parsemées d’insomnie. Pour lui qui n’avait jamais été insomniaque et étant d’ailleurs plutôt attaché à son sommeil, ne plus pouvoir dormir l’affectait beaucoup, et sous tous les angles. Le tic toc de l’horloge le rendait fou, malade. Sa perte de poids excessive s’expliquait par ses nausées nocturnes, causant aussi en grande parties ses insomnies. Il n’avait jamais eu de problèmes de boulimie, même au plus bas.
Tout cela s’était installé petit à petit, jusqu’à en devenir une routine malsaine.
Il était conscient que tout se passait dans sa tête, juste à cause de ces pilules blanches. Seulement, elles lui avaient tellement apporté qu’il ne les arrêterait pour rien au monde. Elles avaient pris ses inquiétudes, ses doutes, ses différentes crises, et surtout lui permettaient d’être près d’elle. Elles l’avaient rendu addict à la vie. Alors il préférait se tromper encore un peu avant de se décevoir lui-même.
« C’est quoi ces pilules blanches que tu prends tous les jours ? » lui demanda-t-elle un jour.
– Un placebo. »

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