Meilleurs voeux de réussite… mais qu’est-ce que la réussite ?

Avant de refermer ce blog pour les grandes vacances,  je voudrais rapporter les propos que Véronique Decker a tenus sur France Culture dans l’émission Rue des écoles le 21 mai dernier. En cette fin d’année scolaire, période d’orientation, de conseils de classes et d’examens, cette directrice d’école en Seine-Saint-Denis, auteure de l’ouvrage L’Ecole du peuple (1), nous explique ce qu’est, à ses yeux, la réussite scolaire :

« Je pense que la fonction de l’école n’est pas la réussite, parce qu’on ne sait pas de quoi l’avenir est fait, parce qu’on ne sait pas quelles formations permettront d’avoir de l’emploi ou que ces emplois apportent des salaires (…). La promesse de l’école publique, c’est l’émancipation, c’est à dire le fait que chaque enfant (…) puisse rencontrer des gens qu’il n’aurait pas rencontré avec ses parents, lire des livres qu’il n’aurait pas lus spontanément, visiter des lieux dans lesquels il ne serait pas allé (…), accéder à d’autres visions du monde. Et c’est ça la formation du citoyen, c’est à dire la possibilité de se décentrer de sa propre vision pour pouvoir aborder le regard de l’autre et être empathique à l’autre. Et pour moi la fonction essentielle de l’école, c’est de donner à aux enfants les outils de compréhension du monde qui permette l’émancipation de leur pensée. (…) On voit à quel point ce mot de réussite donne aux gens une vision déformée du réel, parce qu’on n’est pas là pour réussir, s’en sortir, se sortir de quoi ? (…) L’objectif est que nous soyons capables de vivre tous ensemble et de trouver notre place, une place suffisamment juste socialement pour qu’il n’y ait pas un monde de winners et de loosers ».

Bonnes vacances à tous, et au plaisir de vous retrouver à la rentrée prochaine !

Nathalie Anton

(1) Editions Libertalia, Paris 2017

Illustration : Calvin and Hobbes, Bill Watterson

Comprendre vos ados : cours d’été !

Chers parents d’adolescents… Parce que cette période de leur vie les bouscule et les fragilise tout autant qu’elle vous fragilise et vous bouscule, quoi de mieux, pour prendre du recul, que de comprendre ce qui se joue à cet âge ?

La plateforme Fun-Mooc met ainsi en ligne, à l’attention des éducateurs, des cours gratuits sur le développement physique, psychologique et social des adolescents. Dispensés pendant 6 semaines, du 6 juin au 7 août, par Christine Cannard, psychologue clinicienne, Docteur en psychologie de l’enfant et de l’adolescent et Ingénieur de recherche à l’Inserm, ils aborderont les thèmes suivants :

  • Semaine 1 : Les changements pubertaires fondamentaux
  • Semaine 2 : À la conquête de soi
  • Semaine 3 : Les relations entre parents et adolescents
  • Semaine 4 : Les relations avec les pairs et la culture adolescente
  • Semaine 5 : L’adolescent dans le contexte scolaire
  • Semaine 6 : Les adolescents et leur santé

N’est-ce pas là une excellente raison de redevenir élève ? Si cela vous intéresse, cliquez ici !

Nathalie Jomart ([email protected] et pour suivre son blog http://grumeautique.blogspot.fr/).

Nathalie Anton

Les problèmes de discipline en classe

Je reproduis aujourd’hui des extraits de l’interview de Denis Meuret menée sur France Info par Anne Brigaudeau le 31 mars dernier. Dans une note du Conseil scientifique de la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE), ce professeur en sciences de l’éducation montre, à partir des données de l’enquête PISA 2015 (1), que les classes françaises sont victimes d’une indiscipline supérieure à celle observée dans les autres pays.

« Franceinfo : Comment peut-on comparer l’indiscipline qui règne dans les classes françaises à celle qui existe dans les autres pays ? 

Denis Meuret : Le questionnaire Pisa ne demande pas aux élèves de 15 ans des pays développés si la discipline règne dans leur classe. Il leur pose des questions très concrètes. Y a-t-il du bruit dans la salle ? Le professeur doit-il attendre longtemps avant que les élèves se calment pour débuter le cours ? Grâce à ce questionnaire, Pisa 2015 a calculé un index de « climat de discipline » selon la fréquence de la situation évoquée. S’il y a du bruit à chaque cours, l’indice sera bas. S’il n’y en a jamais ou presque jamais, il sera haut. Les pays asiatiques ont de très bons indices de discipline. Les pays anglo-saxons aussi, alors qu’ils ne sont pas les plus répressifs dans les classes.

L’indice français a chuté à partir de l’an 2000. Et il se trouve que, depuis 2012, la France est le pays où ce climat de discipline est le plus dégradé au sein de l’OCDE. L’indice a légèrement augmenté en 2015, mais il reste le plus bas, loin derrière le Japon, où le climat de discipline est le meilleur.

Est-il possible d’identifier les causes de cette indiscipline ? 

L’enquête Pisa ne nous permet pas de comprendre pourquoi les élèves français se comportent si mal en classe. Si l’on regarde de près, on constate que l’absentéisme et les retards des élèves sont, en France, plutôt proches de la moyenne de l’OCDE. On peut en déduire qu’il n’y a pas de rejet, a priori, des matières enseignées : les jeunes Français se rendent autant aux cours que les autres élèves de l’OCDE.

Certes, les relations entre élèves et enseignants ne sont pas bonnes, en comparaison avec les autres pays, mais cet indice n’est pas aussi catastrophique que celui de la discipline. L’enquête nous montre que les classes apparaissent aussi moins agitées dans le privé que dans le public, en lycée qu’en collège. En revanche, il n’y a pas de différence significative entre établissements ruraux et urbains.

Quelles pistes faut-il explorer pour remédier à ce problème de discipline ?

Je ne crois pas que l’exclusion temporaire à grande échelle soit une bonne réponse. Peut-être faut-il renforcer le dialogue entre parents et enseignants dans chaque établissement. Cela semble d’autant plus opportun qu’ils se parlent moins en France que dans les autres pays de l’OCDE, selon un questionnaire Pisa.

(…) Il faut se rapprocher davantage de la culture anglo-saxonne ou scandinave : l’école travaille avec les parents pour permettre aux enfants de progresser. Il est nécessaire de développer cette idée que les parents ne sont pas des adversaires, mais des alliés.

Pourquoi cette question de la discipline est-elle importante ?

L’indiscipline est un facteur d’inefficacité évident, même si ce n’est pas le seul. Quand elle règne, les élèves ont moins de temps pour étudier car l’enseignant passe plus de temps à rétablir l’ordre. »

Dans un article consacré au même sujet, la journaliste de L’Express Anne Benjamin explique en effet que « certains pays dans lesquels les élèves réussissent bien à Pisa ont un indice de discipline qui n’est pas très bon, comme la Finlande. À l’inverse, d’autres pays où la discipline est très stricte ont un score moyen Pisa très faible, à l’image du Kazakhstan. » Cependant, le professeur de sciences de l’éducation à l’université de Lorraine et membre de l’institut universitaire de France Eirick Prairat rappelle clairement que « ce sont des exceptions, une classe ordonnée est d’abord une classe où l’on apprend bien. » La réflexion sur le climat scolaire au sein des établissements français semble plus que jamais nécessaire.

Nathalie Anton

(1) Programme international pour le suivi des acquis des élèves, mesurant tous les 3 ans auprès de jeunes de 15 ans les performances des systèmes éducatifs de 72 pays.

Illustration : Sempé, Le Petit Nicolas.