Le manque de sommeil à l’adolescence : causes et solutions

D’après l’agence nationale française Santé Publique France, « près de 30 % des 15-19 ans sont en dette de sommeil et à 15 ans, 25 % des adolescents dorment moins de 7 heures par nuit, alors qu’ils devraient dormir environ 9h30 pour être en forme. »(1)

Les répercussions sur leur santé sont avérées :

  • Répercussions physiques : baisse des défenses immunitaires, limitation de la production d’hormones de croissance, augmentation du risque de surpoids et de diabète…
  • Répercussions psychologiquesfatigue, irritabilité, trouble de l’attention, moins bonne mémorisation, dépression…. 

Comment expliquer cette baisse du temps de sommeil à l’adolescence et comment préserver ou restaurer à cet âge des nuits de qualité ?

1/ Quelques facteurs conduisant à la réduction du temps de sommeil chez les adolescents

Biologiquement, l’heure de l’endormissement se décale naturellement entre 22h et minuit à l’adolescence, car « l’abaissement de la température corporelle qui favorise la venue du sommeil s’effectue plus tardivement » (2).

Les contraintes scolaires et extra-scolaires jouent également un rôle dans ce recul de l’heure du coucher : plus les années passent et plus la charge de travail personnel augmente, associée au stress des examens et des admissions à l’université. De même, les activités sportives ou artistiques menées après une journée d’école déjà conséquente contribuent à alourdir les emplois du temps des jeunes et à décaler l’endormissement. Et en période scolaire, une nuit commencée tardivement sera immanquablement interrompue pour démarrer les cours.

La vie sociale des adolescents et leur accès à l’indépendance les conduit à rechercher un temps étendu d’intimité dans leur chambre, et à sortir plus tard le week-end. Ces dérégulations des heures d’endormissement accroissent leur état de fatigue, et les grasses matinées ou les siestes pourtant réparatrices les empêchent de se coucher assez tôt le dimanche soir pour commencer la semaine reposés.

Enfin, les nouvelles technologies ont un impact non négligeable sur le temps de sommeil de nos jeunes : d’après une étude réalisée au cours de l’année scolaire 2013-2014 par le Réseau Morphée auprès de collégiens, près de 34 % d’entre eux passent plus d’une heure devant un écran après le dîner, et au milieu de la nuit, 26% gardent leur portable allumé, 15% envoient des SMS et 11% se connectent aux réseaux sociaux, allant jusqu’à perdre en moyenne une heure de sommeil. Car, comme l’explique la docteur Sylvie Royant-Parola, présidente du Réseau Morphée, « la luminosité de l’écran a un effet important sur la rétine, en mimant la lumière du jour. Cela donne l’impression à notre horloge interne que la nuit n’a pas encore commencé, de ce fait notre cerveau ne lance pas les signaux du sommeil. Plus le temps passé est long, plus cet effet est important, et plus l’endormissement est retardé ! » (3)

2/ Comment aider les adolescents à mieux dormir ?

Tout d’abord, en les sensibilisant à l’importance du sommeil. Souvent, ils n’en voient pas la nécessité et le considèrent comme une perte de temps. Outre les conséquences physiques liées à la privation de sommeil, il est très utile de leur expliquer combien la fatigue nuit à leur bonne humeur, à leur bien-être émotionnel, mais aussi à leur vigilance, à leur concentration et à leur capacité de mémorisation, et par conséquent, à leurs performances scolaires.

Il est important ensuite de souligner le fait que l’irrégularité du rythme de sommeil conduit à une fatigue excessive : les grasses matinées ou les siestes du weekend non seulement ne suffisent pas à rattraper totalement le manque de sommeil, mais elles conduisent à un décalage de l’heure d’endormissement qui ne permet pas de faire une voire des nuits complètes en début de semaine. Il faut donc veiller, pendant les weekend et les vacances, à ne pas trop bouleverser les heures de de coucher et de lever (pas plus tard que 10 heures du matin par exemple). Si l’on voyage, tenter de se recaler quelques jours avant la reprise des cours s’avère recommandé.

Au niveau de l’hygiène de vie, la consommation de boissons excitantes (thé, café, Coca Cola…) ou énergisantes (type Redbull) est à déconseiller, surtout l’après-midi et en soirée. De même, il dîner ou faire du sport trop tardivement retarde l’heure d’endormissement.

La chambre de l’adolescent doit être propice au sommeil, c’est-à-dire calme, sombre, chaleureuse mais tempérée. Elle doit si possible être dénuée d’écrans, à partir d’une heure négociée si besoin. Et oui, il existe d’autres alarmes que celle du téléphone portable pour réveiller le matin. Et non, on n’est pas obligé de faire ses devoirs sur un ordinateur passées 22 heures.

A ce propos, apprendre à planifier les devoirs maison d’un jour puis d’une semaine à l’autre est indispensable. De même, établir une routine de travail en rentrant de l’école pour éviter de procrastiner jusqu’au dîner permet de réduire l’accumulation nocturne de la charge de travail et le stress associé. Les échanges avec les professeurs pour évoquer les devoirs maison et aider les élèves à gérer leur temps d’étude sont donc à privilégier.

La journée nationale du sommeil organisée en France le 17 mars peut être une opportunité à saisir pour ouvrir le dialogue sur ce sujet avec son enfant.

 Nathalie Anton

(1) http://inpes.santepubliquefrance.fr/30000/actus2013/041-sommeil-ados.asp

(2) Ibid.

(3) http://reseau-morphee.fr/communique-presse-adolescents-sommeil.html

L’anxiété de performance

Qu’il émane du cercle familial ou scolaire, qu’il fasse l’objet d’attentes explicites ou implicites, conscientes ou inconscientes, le poids de la réussite peut conduire chez certains élèves au développement d’une véritable anxiété de performance, dont les manifestations principales sont les suivantes :

  • maux de tête
  • maux de ventre
  • trous de mémoire pendant les tests
  • crises d’angoisse avant ou pendant les contrôles
  • perfectionnisme (l’élève passe trop de temps sur son travail, vérifie et revérifie ses réponses sans pouvoir avancer, pense qu’il n’en sait jamais assez ou devrait encore mieux faire…)
  • défaitisme (il est persuadé qu’il n’y arrivera jamais, qu’il est nul, que ce n’est même pas la peine d’essayer… et quand il réussit, il pense que c’est de la chance ou que l’enseignant a donné un contrôle trop facile !).

Cette faible estime de soi, intériorisée parfois depuis de nombreuses années, conduit les jeunes qui en sont victimes à craindre que l’intérêt, l’amour qu’on leur porte ne soit conditionné non par ce qu’ils sont, mais par ce qu’ils font. Comme l’explique parfaitement le psychopédagogue Serge Boimare dans son ouvrage Ces enfants empêchés de penser (Dunod, 2008) :

« Même quand un enfant est poussé par le désir de savoir, n’oublions jamais qu’il doit affronter la contrainte, la déception, la compétition, le changement, l’échec, le jugement… qui font aussi partie intégrante de l’apprentissage. Les ressources pour y arriver se trouvent incontestablement dans le monde interne. On les appelle parfois confiance, ténacité, estime de soi, résistance à la frustration, capacité à supporter le manque ou la solitude… Ces ressources sont singulièrement mises à l’épreuve dans les temps forts de l’apprentissage. »

Rassurer votre enfant, le soutenir, lui témoigner votre confiance permet de lutter contre son sentiment interne d’incompétence et sa tendance à la dévalorisation permanente. Il convient par ailleurs de revoir avec lui ses méthodes de travail, souvent inefficaces car chronophages, et à avertir bien sûr ses professeurs. Lui fixer des limites de temps de travail, l’inscrire à des activités extrascolaires pour s’extraire de l’étude et être revalorisé sont également des options à envisager. Enfin, le recours à une aide psychologique peut s’avérer nécessaire, pour lui permettre de mieux comprendre ce qui se joue autour de la peur de l’échec, et lui apprendre à gérer l’angoisse associée.

Nathalie Anton

Avantages et inconvénients des tablettes numériques à l’école

Le plan numérique lancé par l’Education nationale en mai 2015 prévoyait d’équiper à la rentrée 2016 plus de 175 000 élèves en tablettes numériques cofinancées par l’État et par les collectivités territoriales (1 256 écoles et 1 510 collèges). Nous balayerons dans cet article quelques avantages et inconvénients liés à cette ressource pédagogique récente dont la nouveauté même ne permet cependant pas encore d’avoir un recul suffisant sur son apport en terme réussite scolaire. Comme l’expliquaient les auteurs de l’enquête parue en 2013, « L’Ipad à l’école : usages, avantages et défis« , menée au Québec auprès de 6057 élèves et 302 enseignants, « premièrement, les résultats de recherches fondées sur des données empiriques et probantes sont plutôt rares dans les textes analysés. Deuxièmement, ce que l’on remarque surtout dans la littérature, ce sont plutôt des avantages présupposés et liés aux fonctions des tablettes tactiles qui sont cités, sans pour autant que ces avantages n’aient été vérifiés empiriquement en contexte scolaire« . Nous avancerons donc prudemment ces éléments positifs et négatifs qui restent à faire l’objet de plus amples études.

Quelques avantages…

  1. Alléger le poids du cartable et faciliter l’organisation. Les manuels papiers, lourds et encombrants, sont remplacés par les manuels scolaires numériques téléchargés dans la tablette numérique. En outre, les exercices faits sur ce support peuvent être archivés sans que les feuilles ne volent, ne se perdent ou n’augmentent le volume des classeurs.
  2. Rendre la lecture plus facile, en changeant notamment les tailles de police et d’interligne, en utilisant une lecture audio, en s’enregistrant lors de la lecture à haute-voix, en utilisant le dictionnaire intégré… ou encore en accédant à des ebooks libres de droits, donc à des « classiques » gratuits.
  3. Faciliter l’accès aux informations et le travail collaboratif entre élèves, grâce à la consultation des nombreuses ressources disponibles, et au partage immédiat des documents .
  4. Renforcer la lisibilité des productions d’élèves, à travers notamment la possibilité de faire des corrections ou des découpages, de manière plus aisée, moins brouillonne.
  5. Favoriser la créativité et la compréhension, grâce à la diversité des supports (texte, vidéo, audio…).
  6. Augmenter les compétences informatiques et celles liées à l’usage d’Internet. Le but étant de réduire « la fracture numérique » qui s’exprime moins désormais en terme d’accès à la technologique qu’en terme d’usage et de maîtrise de ces outils.
  7. Accroître la motivation, grâce à  l’aspect attractif et ludique de l’environnement numérique (animations, images, quizz, vidéos…).
  8. Proposer une pédagogie plus différenciée, avec des exercices adaptés et corrigés de manière immédiate par l’enseignant si le document est partagé, ou par un logiciel dans le cas de quizz. Les élèves en difficulté – voire à besoins éducatifs particuliers – bénéficient d’un support qui leur permet de lire et d’écrire clairement, d’avoir des dictionnaires ou des correcteurs d’orthographe intégrés, ainsi qu’une progression individualisée.

Quelques inconvénients…

  1. L’augmentation du temps passé devant les écrans, avec problèmes visuels ou musculaires associés (maux de cou et de dos), mais aussi lors des devoirs maison, moins « coupés » des tentations offertes par Internet.
  2. La distraction liée aux nombreuses tentations offertes par la tablette (jeux, Internet, messageries…) : à titre d’illustration (même si l’on sait qu’il est artificiel et improductif de dissocier le jeu de l’apprentissage), un peu plus de 62 % des élèves interrogés dans l’enquête précédemment citée définissent de prime abord l’Ipad en classe comme « amusant », contre 18% qui le jugent avant tout comme « utile ». 
  3. Une moins bonne mémorisation : on retient mieux ce que l’on écrit que ce que l’on tape. Le fait de dessiner les lettres renforce l’apprentissage, et l’écriture manuscrite semble stimuler la pensée, en activant plus de zones cérébrales.
  4. Une difficulté à écrire des textes longs sur tablette, plus que sur papier.
  5. Un coût économique et écologique accru : les tablettes sont plus chères qu’un manuel, elles se volent, se cassent, deviennent obsolètes ; leur fabrication nécessite un usage plus important d’eau, de minerais, et un rejet plus important de dioxyde de carbone. En outre, les déchets électriques et électroniques se recyclent beaucoup moins bien que le livre…

Du côté des enseignants ?

S’il est impossible aujourd’hui pour l’école d’ignorer ces outils, il est cependant indispensable d’avoir conscience de leurs limites et de leurs inconvénients. La formation technique et pédagogique initiale et continue des enseignants s’avère ainsi incontournable : non seulement pour les familiariser avec l’objet et ses fonctionnalités, mais pour permettre une utilisation raisonnée et optimale dans l’acquisitions des connaissances et des compétences scolaires. La mise en ligne de ressources fiables (manuels scolaires numériques, sites, logiciels…), validées par l’Education nationale, adaptées à la classe (le professeur pouvant avoir un regard en direct sur les productions de ses élèves) et correspondant aux différents niveaux et matières, est évidemment un élément clé à mettre en place.

Nous conclurons avec les auteurs de l’enquête « L’Ipad à l’école : usages, avantages et défis » : « Ce ne sont ni les technologies ni la tablette tactile qui favoriseront la motivation ou la réussite des jeunes, mais bien les usages qui en seront faits, tant par les enseignants que par les élèves. En fait, la tablette tactile n’a sa place en classe que si elle participe à l’atteinte de la mission de l’école: instruire, socialiser, qualifier (…). Les enseignants ne doivent être ni technophiles ni technophobes face à l’utilisation de la tablette tactile à l’école : notre société de l’information exige plutôt qu’ils soient technoréfléchis. » Une recommandation qui s’applique finalement parfaitement aux parents !

Nathalie Anton