Suicide, harcèlement, viol… Pourquoi et comment discuter de « 13 Reasons Why » avec les adolescents

13 reasons whyOn m’en parlait, je l’ai regardée… et vais aujourd’hui, épisode par épisode, donner des ressources et des points de discussion possibles avec les adolescents sur la série « 13 Reasons Why«  diffusée depuis le 31 mars par Netflix. Celle-ci mérite de la part de tout éducateur, parents comme professeurs, une grande attention, car elle aborde de manière explicite les thèmes du harcèlement, du viol et du suicide avec l’école et la famille en toile de fond. Tirée du roman américain de Jay Asher (« Treize Raisons« ), la série raconte en 13 épisodes l’histoire de Hannah Baker, une adolescente de 17 ans, qui met fin à ses jours après avoir été victime de harcèlement en milieu scolaire et d’agression sexuelle au cours d’une soirée alcoolisée chez un camarade de classe. Si la série connaît un succès foudroyant auprès des jeunes, il est important que les adultes en encadrent la vision. Non seulement certains épisodes montrent très explicitement des viols (épisodes 9 et 12) et un suicide (épisode 13), mais l’irréversibilité de cet acte est gommée par la narration. En effet, la narratrice de « 13 Reasons Why » n’est autre que la défunte Hannah, qui, juste avant de mourir, a envoyé à ceux qu’elle juge responsables de sa mort des cassettes audio sur lesquelles elle explique les événements qui l’ont conduite au suicide. Entendre d’outre-tombe la voix de l’héroïne, qui semble donc toujours en vie au cours des 13 épisodes, atténue dangereusement la réalité de sa mort. Hannah agit comme un chef d’orchestre à travers ses cassettes, et continue post-mortem à exercer un pouvoir sur les vivants. Or, les adolescents fragiles doivent comprendre que le suicide ne rend pas tout puissant. Au contraire. Celui qui le comment n’est plus en mesure de profiter de la peine, des remords, des élans d’affection suscités par son acte. Par ailleurs, les causes d’un suicide sont complexes, et la responsabilité ne peut pas être uniquement rejetée sur l’entourage : comme le dit l’un des personnages de la série, la décision appartient avant tout à la personne qui le commet. Il est donc impératif, à travers le dialogue ouvert par cette série, que les adultes décodent ces présupposés, au même titre qu’ils doivent discuter des situations dans lesquelles les jeunes personnages s’engagent de manière souvent involontaire ou maladroite (harcèlement, sexisme, homophobie, mise à l’écart, propagation de rumeurs, diffusion de photos à caractère humiliant…). Ces actions reposent souvent sur la loi du silence, la loi du plus fort et la non assistance à personne en danger. De même, il est crucial de leur rappeler que les adultes sont là pour les aider à trouver des solutions à des situations qui bien que ressenties sur le moment comme insurmontables, s’avèrent, à l’échelle du temps, passagères. Voici, avant de passer en revue chaque épisode, deux liens utiles visant à prévenir tout passage à l’acte tragique et définitif :

https://suicideecoute.pads.fr/

http://sante.gouv.qc.ca/conseils-et-prevention/prevenir-le-suicide/

Episode 1. Hannah, une lycéenne de 17 ans, est arrivée depuis 2 mois dans son nouvel établissement. Sa seule amie, Kat, déménage. Lors d’une soirée, elle tombe amoureuse d’un joueur de basket, Jansen. Leur premier rendez-vous donne lieu à leur premier baiser. Cependant, Jensen laisse publier par ses amis une photo suggestive qu’il a prise de Hannah allongée laissant supposer qu’ils auraient eu une relation sexuelle dès le premier soir. Il ne dément pas, et Hannah acquiert la réputation d’être une fille facile. Double peine pour l’héroïne : le regard méprisant des autres sur elle et la trahison de celui dont elle était tombée amoureuse.

Points de discussion : Vulnérabilité d’adolescents arrivant dans un nouvel établissement  / Propagation de rumeurs / Droit à l’imagediffusion de photos de mineurs dénudés ou dans des situations à caractère sexuel / Confiance à accorder à un inconnu, même de son âge, même de son école / Apprendre à dire « non » malgré la pression du groupe, à s’interposer face aux rumeurs nuisant à la réputation de quelqu’un.

Episode 2. Un trio se forme entre Hannah et Jessica et Alex, deux autres élèves nouvellement arrivés. Leur relation immédiate et fusionnelle évolue à mesure qu’ils apprennent à se connaître. Peu à peu, l’amitié se transforme et Jessica et Alex développent une relation amoureuse sans le dire à Hannah, qui se sent exclue.

Points de discussion : Relations fusionnelles à l’adolescence / Evolution des amitiés à un âge où l’on grandit et où les centres d’intérêt changent vite / Ruptures amicales et amoureuses.

Episode 3. Avec d’autres garçons de l’équipe de basket dont il veut désespérément être apprécié, Alex établit une liste de parties physiques dont les plus et moins « attractives » sont attribuées à différentes filles de l’établissement. Les « plus belles fesses » reviennent à Hannah. La liste circulant parmi les élèves, ils en déduisent injustement que Hannah serait la raison pour laquelle Alex aurait rompu avec Jessica, qui se dispute alors violemment avec Hannah. Alex avoue avoir fait cela pour énerver Jessica qui ne voulait pas coucher avec lui. Par ailleurs, les garçons commencent à parler de, puis à oser toucher les fesses de Hannah. Des graffiti dans les toilettes des filles montrent qu’elles s’insultent les unes les autres en reprenant les stéréotypes masculins.

Points de discussion : Sexisme, traitement de la femme comme un objet sexuel, que l’on peut s’approprier / Harcèlement entre pairs / Utilisation à son insu d’une personne pour en atteindre une autre / Désir d’appartenir à un groupe quitte à taire ses propres valeurs, sa propre personnalité (pression sociale).

Episode 4. Tyler, l’élève photographe du journal du lycée, est amoureux de Hannah. Il fait une fixation sur elle, l’espionne et prend des photos d’elle, notamment un soir où, Courtney, une amie, l’embrasse dans sa chambre après qu’elles ont bu en l’absence des parents de Hannah. Par dépit, il publie une des photos prise ce soir-là. Même si personne ne reconnaît sur le moment les deux jeunes filles, Hannah ne se sent plus en sécurité ni au lycée, ni dans sa propre maison.

Points de discussion : (deux citations extraites de l’épisode) « Chaque action entraîne des conséquences. » (père de Clay vis-à-vis de la consommation excessive d’alcool) / « Facebook, Snapchat, Instagram ont tous fait de nous des voyeurs. » (Hannah) / Fluctuation normale de l’orientation sexuelle à l’adolescence (attirance physique et affective ressentie pour quelqu’un du même sexe ou de sexe opposé).

Episode 5. Terrifiée d’être perçue comme homosexuelle, Courtney accuse Hannah d’être bisexuelle et de l’avoir incitée à l’embrasser, pour attirer les garçons à participer à des jeux érotiques à 3. Hannah est accusée d’être une fille facile et lascive devant Clay. Celui-ci, au prétexte que cela n’affecte en rien la considération qu’il a pour elle, n’intervient pas pour s’opposer aux insinuations.

Points de discussion : Homophobie / Que faire quand on est témoin de harcèlement ? Comment s’y opposer ?

Episode 6. Pour la St Valentin, Hannah est invitée à sortir par Marcus, un joueur de l’équipe de basket qui se montre avec elle charmant. Cependant, il arrive avec une heure de retard au rendez-vous avec 4 de ses co-équipiers, et se permet très vite de la toucher de manière inappropriée. On comprend qu’il avait parié avec ses amis sur la facilité qu’il aurait à avoir une relation sexuelle avec elle, au vu de sa réputation. Bien qu’elle le repousse violemment, Hannah se sent publiquement humiliée et coupable de générer ce genre de réactions chez les garçons.

Points de discussion : Machisme, traitement de la femme comme objet de satisfaction sexuelle / Effet de groupe, pression des pairs.

Episode 7. Un autre membre de l’équipe de basket, le très populaire Zach, veut réconforter Hannah après l’épisode de la St Valentin. Elle le repousse cependant publiquement, après qu’il a fait référence maladroitement à ses « belles fesses ». Blessé dans son orgueil, il contribue à l’isoler davantage pour se venger, et l’ignore quand elle lui fait part de sa détresse.

Points de discussion : Surmonter le dépit amoureux, accepter de ne pas plaire à l’autre sans lui faire payer / Réagir à la détresse exprimée par un camarade, même s’il n’est pas un ami / Conséquences de la mise à l’écart sur l’estime de soi et la confiance en soi et dans les autres.

Episode 8. Les notes de Hannah commencent à chuter. Elle intègre un groupe de poésie auquel participe Ryan, le rédacteur en chef du journal du lycée. Il publie, sans dire qui en est l’auteur mais sans son consentement, un de ses poèmes dans lequel elle exprime son désespoir. Les autres élèves devinent qu’il est d’elle et s’en moquent. Elle rentre à la maison et demande à ses parents de déménager. Trop pris dans la comptabilité de leur pharmacie, ils ne relèvent même pas cet appel au secours.

Points de discussion : Qu’est-ce qui relève de la vie privée ou de ce qui est public ? / Publication de contenu sans autorisation de la personne concernée / Reconnaître les signes d’alerte d’un mal-être exprimé 

Episode 9. Hannah se rend à une soirée après les grandes vacances où elle découvre que Justin et Jessica sont désormais ensemble. Hannah se retrouve sans être vue dans une chambre dans laquelle Jessica s’endort après avoir trop bu. Bryce, un joueur de l’équipe de basket, fait pression sur son co-équipier Justin, pour qu’il le laisse entrer dans la chambre « pour s’amuser un peu » au prétexte qu’ils partagent « tout ». Il viole alors Jessica, à moitié inconsciente, avec le consentement tacite de Justin, qui, rongé par la culpabilité, ne dira rien même après avoir dessaoulé.

Points de discussion : Consentement avant tout rapport sexuel : une personne en état d’ébriété ne peut pas être considérée consentante / Responsabiliser les adolescents… et leurs parents vis-à-vis des risques liés aux soirées alcoolisées / Comment assister une personne en danger malgré la peur ? / Comment résister à la pression des pairs face à des actes dangereux ou répréhensibles ? / Comment faire face aux sentiments de culpabilité et de honte ?

Episode 10. Après la soirée, un jeune se tue dans un accident de voiture après avoir apparemment trop bu. Ses proches se sentent coupables de n’avoir pas pu empêcher le drame.

Points de discussion : Dangers de la conduite en état d’ivresse, stratégies pour l’éviter

Episode 11. Lors de la soirée, Clay et Hannah s’embrassent enfin mais, repensant à toutes les relations avec les autres garçons dont elle a été victime jusqu’alors, elle le rejette. Au lieu de lui avouer ses sentiments amoureux, il la laisse seule dans la chambre où elle sera ensuite témoin du viol de Jessica par Bryce. Il pense être responsable de sa mort pour n’avoir pas su l’épauler quand elle en avait besoin.

Points de discussion : Culpabilité ressentie après le suicide d’un proche pour n’avoir pas dit ou fait ce que l’on aurait souhaité / Complexité des motifs poussant quelqu’un à agir ou réagir.

Episode 12. De plus en plus désemparée, Hannah déçoit ses parents et a l’impression que tout le monde irait mieux si elle n’était plus là. Elle s’invite à une soirée donnée par Bryce, qui finit par la violer dans un jacuzzi. Celui-ci n’éprouve aucun remords, au prétexte qu’elle était en sous-vêtements, qu’il connaissait sa réputation et qu’elle n’a pas dit « non ».

Points de discussion : Violences sexuelles / Que faire en cas d’agression ? Vers qui se tourner ? Comment faire face au sentiment de honte pouvant être lié à l’agression dont on a été victime ? / Jusqu’où peut-on aller pour excuser, pour couvrir le comportement d’un ami ? / Jusqu’on doit-on garder un secret s’il implique des faits répréhensibles ? 

Episode 13. Hannah confie au psychologue scolaire qu’elle a été violée, mais celui-ci minimise les faits en suggérant qu’elle aurait peut-être induit par son comportement l’agression. Il la culpabilise également en lui disant que c’est une lourde accusation à porter contre un autre adolescent. Le conseil de tourner la page qu’il lui donne finit de la convaincre que personne ne peut l’aider. A la fin de la série, les cassettes de Hannah étant rendues publiques, on apprend que son meilleur ami du départ, Alex, a apparemment tenté de se suicider.

Points de discussion : levée du secret professionnel en cas de risque de suicide ou de crime / Le suicide n’est pas la solution

Nathalie Anton

Trop d’ « amis » sur les réseaux sociaux ?

Afin d’étoffer la réflexion amorcée dans l’article précédent sur les dérives potentielles des nouvelles technologies, je citerai reseaux-sociauxaujourd’hui pour mémoire, un extrait du rapport UNICEF 2014 « Adolescents en France, le grand malaise« , dans lequel 50 % des jeunes de 6 à 18 ans interrogés utilisant les réseaux sociaux déclaraient avoir plus de 200 contacts, dont 32,5 %, plus de 300. Au-delà d’un désir de socialisation, ce grand nombre de contacts témoigne d’une recherche de popularité pouvant conduire à des situations douloureuses…

« La sociabilité par internet est devenue une des formes courantes de la vie des enfants et des adolescents. Nous avons pu vérifier que le nombre de contacts augmente avec l’âge (42,3 % des jeunes de 15 et plus ont plus de 300 contacts, contre 11,6 % pour les moins de 12 ans) et que les garçons en ont un peu moins que les filles (18 % des garçons en ont moins de 50, contre 13,8 % pour les filles).

Notons aussi que celles et ceux qui appartiennent à des réseaux sociaux ne sont que 35 % à estimer qu’ils se sentent très valorisés par ces contacts.

15 % considèrent qu’ils sont valorisés, mais de façon insuffisante, 30 % ne se sentent pas vraiment valorisés et 12 % pas du tout. Ces résultats confirment que si les enfants et adolescents qui appartiennent à des réseaux sociaux y trouvent un moyen d’étendre leur sociabilité, ils peuvent aussi en éprouver une insatisfaction, voire une frustration quand ils considèrent que leur notoriété ou leur popularité sur ces réseaux est inférieure à ce qu’ils souhaiteraient. La mise en scène de soi sur ces réseaux est à l’origine d’un besoin de reconnaissance qui semble être sans limite tant il est amplifié par la technique elle-même de la valorisation personnelle par ces liens numériques. Soulignons ici que 13 % des répondants affirment avoir déjà été agressé ou harcelé sur internet ou sur les réseaux sociaux. 34 % voient des images sur Internet ou à la télévision qui les choquent ou leur font peur et 41 % regardent des émissions réservées aux adultes ou qui ne sont pas adaptées à leur âge. Ils sont 19 % à affirmer qu’ils utilisent l’ordinateur et internet avec un adulte à leur côté. Ces résultats devraient militer en faveur d’une plus grande vigilance des parents et de la société en général à l’égard des enfants et des adolescents sur les usages potentiellement dangereux de ces nouveaux supports de connaissance et de communication. »

Nathalie Anton

Affiche : http://www.drogue-polynesie.com/

1:54 de Yan England : le cinéma témoigne du harcèlement

Projeté en avant première le 30 mars dernier à l’ONU, dans le cadre du festival Focus on French Cinema, le film 1:54 du Québécois Yan England a donné lieu à un panel sur la question du harcèlement en milieu scolaire auquel j’ai été invitée à participer. En effet, ce film extrêmement poignant qui relate le calvaire de deux lycéens harcelés en raison de leur homosexualité est très révélateur de ce qui caractérise les situations de harcèlement. Il illustre tout d’abord de manière implacable les trois traits qui le définissent :

  • Une violence répétée : pendant 5 ans, l’un des personnages du film est harcelé par ses pairs. Cette violence s’exerce sous différentes formes (verbale – par l’attribution de surnoms méchants ou d’insultes à caractère homophobe-, physique -bousculades, coups, détérioration d’effets personnels, séquestration, jet de nourriture à la figure-, et psychologique – propagation de rumeur, diffusion de photos portant atteinte à la dignité de la victime, chantage-). Elle est également furtive et il est très difficile pour les adultes de repérer ce qu’on appelle ces « micro agressions » réitérées. L’expérience de physique-chimie menée en classe lors de la première scène constitue une parfaite métaphore de ce qu’est ce harcèlement : une succession de petits foyers allumés délibérément (des “micro violences” souvent minimisées par les pairs et les adultes), aux yeux de tous, et qui aboutissent, comme une bombe à retardement à l’explosion finale (sous forme de violence auto- et/ou hétéro-agressive).
  • Une violence intentionnelle : bien que les personnages agresseurs excusent leurs actes en expliquant que “c’était juste pour rire”, l’intention de nuire est réelle dans les cas de harcèlement. Le fait d’agir quand les adultes ont le dos tourné en témoigne. Le “c’est pour rire” révèle en fait la volonté des harceleurs de mettre les rieurs de leur côté pour isoler un peu plus leur victime et gagner en popularité, de leur absence d’empathie, de leur absence de culpabilité, et enfin de leur désir de minimiser leur cruauté aux yeux des adultes.
  • Un déséquilibre de pouvoir entre l’agresseur et la victime : ce déséquilibre peut être de nature psychologique – le harcèlement du héros débute par exemple au moment de la mort de la mère, soit à un moment de grande fragilité émotionnelle- ; de nature physique ou de nature numérique. On dénombre ainsi trois agresseurs contre deux victimes dans le film. Mais le véritable déséquilibre numérique vient de l’implication des pairs, dont les regards indifférents, amusés voire approbateurs permettent aux agresseurs de légitimer leurs actes et de les commettre en toute impunité. Les sentiments de honte, d’isolement et même de culpabilité de l’élève harcelé s’en trouvent renforcés : il se dit à tort que si tout le monde cautionne ce qu’il subit, c’est qu’il doit bien avoir une part de responsabilité. C’est pourquoi lutter contre le harcèlement en milieu scolaire implique de prendre en compte cette situation triangulaire et d’agir auprès de la victime, des auteurs, mais aussi des témoins.

Le film de Yan England montre bien par ailleurs combien le harcèlement scolaire est démultiplié par les nouvelles technologies, impliquant là aussi les tiers qui regardent, commentent, transfèrent… comme le dit la campagne en France contre le cyberhacèlement : “liker, c’est déjà harceler”.

  • D’abord, la victime n’a plus aucun répit. Elle est harcelée 24h/24 – on voit le héros du film consulter son portable la nuit-, en dehors des lieux où s’exercent le harcèlement scolaire “traditionnel” (trajet, campus, bâtiment scolaire). Même chez lui, son père à ses côtés, le téléphone qui vibre représente autant de coups portés à l’adolescent sans que l’adulte n’en ait conscience.
  • Ensuite, le fait d’agir par écran interposé favorise l’anonymat et réduit l’empathie : l’agresseur se permet plus de choses puisque sa victime n’est pas en face de lui, qu’il ne la voit pas réagir, qu’il ne l’entend pas pleurer…
  • Enfin, Internet offre une puissance de dissémination virale : en quelques heures, une vidéo compromettante du héros est ainsi vue par près de 3000 personnes, là encore sans que les adultes n’ait la moindre idée de ce qui se passe.

Les parents et les personnels de l’établissement s’avèrent particulièrement absents, aveugles ou défaillants dans le film. Les brimades se font principalement en leur absence et lorsqu’ils sont présents :

  • soit ils ne voient pas ce qui se passe
  • soit ils l’ignorent (ils ne relèvent pas le surnom « Francine » pour « Francis » par exemple)
  • soit ils l’interprètent mal (l’agressivité inhabituelle du héros passe aux yeux de son père pour une expression de la crise d’adolescence)
  • soit ils ajoutent à la culpabilité de la victime : lorsque celle-ci explose, c’est elle qui est accusée d’être responsable, ou lorsqu’elle est moins performante scolairement, les adultes sont déçus et exercent sur elle une forte pression de réussite.

Par conséquent, tandis que les agresseurs agissent en toute impunité, les victimes perdent confiance dans les adultes qui les entourent. Ils pensent qu’ils ne peuvent rien faire, ont peur qu’ils aggravent la situation ou qu’ils l’interprètent à leur désavantage.

C’est pourquoi lutter contre le harcèlement demande une mobilisation et une implication de tous les adultes, parents et personnels de l’établissement. Des campagnes de prévention permettant de les informer et de les sensibiliser sont nécessaires, de manière à renforcer non seulement leur vigilance en amont, mais aussi la  cohérence dans la gestion de ces situations : dans la plupart des cas, le harcèlement prend fin lorsque les adultes manifestent fermement le fait qu’ils ne toléreront pas que de tels actes se perpétuent.

Travailler avec les autres élèves est tout aussi fondamental. Il convient de lutter contre la pression de conformité qui s’exerce à l’adolescence, et qui conduit à l’exclusion des différences (dans le film, les héros sont rejetés parce qu’ils sont homosexuels, premiers de la classe, moins à l’aise en société…). Démonter la mécanique du harcèlement, susciter l’empathie, appeler au courage et à la responsabilité de tous les élèves s’avère incontournable, car la désapprobation des pairs s’avère être un facteur protecteur majeur contre le harcèlement.

C’est parce que le harcèlement a des conséquences dramatiques qu’il ne faut pas le minimiser, y être attentif et s’y opposer. Les cas de suicide liés sont rares, mais les conséquences toujours douloureuses, aussi bien sur les plans :

  • scolaire – difficultés de concentration, chute des résultats, absentéisme, décrochage…-
  • physique -maux de ventre, de tête, troubles du sommeil, des conduites alimentaires…-
  • comportemental -agressivité, engagement dans conduites à risques et addictives, scarifications…-
  • psychologique – perte de l’estime de soi, troubles anxio-dépressifs, pensées suicidaires, passages à l’acte…-

Engager une mobilisation de l’ensemble de la communauté éducative est un impératif à ne surtout pas balayer : d’après les enquêtes nationales, 1 à 2 élèves par classe déclarent être victimes de harcèlement… et seuls la moitié oseraient en parler à un adulte. Il est urgent de s’opposer ensemble à la loi du silence, la loi du plus fort, et la non assistance à personne en danger.

http://www.nonauharcelement.education.gouv.fr/

Nathalie Anton