Opter pour la coopération scolaire, pas pour la compétition

une-idee-folle-ecole-documentaire-bande-annonce-1Une idée folle : passionnant documentaire de Judith Grumbach sur l’école et les orientations pédagogiques permettant de former de futurs citoyens dans un monde en mutation notamment écologique et technologique. Au moment où les notes commencent à s’accumuler sur le bulletin du premier trimestre de vos enfants, voici extrait de ce documentaire le regard que porte le biologiste et fondateur du Centre de Recherche Interdisciplinaire François Taddéi, sur notre système scolaire encore trop élitiste :

« Le problème d’un système éducatif basé sur la compétition, c’est que par définition, il n’y aura qu’un seul premier de classe par classe. Et si en plus l’on crée des classes dans lesquelles on met tous les premiers de classe, alors il y aura très peu d’enfants qui auront été premiers de classe toute leur vie. Et si quand on n’est pas premier de classe on croit qu’on est un moins que rien, cela veut dire qu’on crée une société dans laquelle la plupart des gens sont convaincus qu’ils ont très peu de valeur, et ça c’est juste catastrophique.

Par contre, si on apprend à coopérer, et si on apprend à se rendre compte qu’au-delà des capacités individuelles de chacun, le collectif est capable de faire des choses qu’aucun d’entre nous se saurait faire seul, alors on développe complètement une autre perspective, et que ce soit dans le monde de l’entreprise, le monde associatif ou même dans la famille : à tous ces échelons-là, on a évidemment besoin de coopérer pour arriver à faire mieux ensemble qu’on ne saurait faire seul. »

Une idée… bien plus sage que folle !

Nathalie Anton

Pour un usage raisonné des écrans

Capture d_écran 2017-09-08 à 20.49.47Je reproduis aujourd’hui des extraits d’une interview donnée le 5 juillet dernier sur le site de L’Obs avec Rue 89, par le psychiatre Serge Tisseron à propos des écrans. Il explique en quoi la régulation de leur usage est importante pour le développement de l’enfant et de l’adolescent. En cette période de rentrée, soulignons que le temps passé devant les écrans doit être régulé pour les collégiens et lycéens, car il nuit notamment à celui de leurs devoirs et à la qualité de leur sommeil.

« Pour apprendre à se concentrer, le bébé doit se concentrer. On apprend à faire quelque chose en le faisant. Et pour un bébé, c’est s’intéresser à une chose, la flairer, la porter à la bouche, ce sont les jeux spontanés du bébé.

Le problème, c’est que quand la télé marche, il est dérangé. Ses périodes de jeu spontané se réduisent. Or des études ont montré que c’est la longueur de ces périodes de jeux spontanés qui détermine les capacités de concentration ultérieures. (…)

Les parents doivent aussi jouer aux jeux traditionnels avec leur enfant. Or beaucoup de parents ne jouent qu’à la tablette, et du coup l’enfant investit la tablette comme un moyen d’accès à l’adulte.

Il est très important de nommer les temps d’écran et de les autoriser tous les jours à la même heure. C’est ce qui permet à l’enfant d’apprendre à attendre et cela favorise l’apprentissage ultérieur de l’autorégulation. (…)

Le problème principal des écrans (…) est le temps qu’on y passe. Ce ne sont pas les écrans qui sont toxiques, c’est leur mauvais usage. Entre la naissance et 3 ans, c’est du temps pris sur l’ensemble du développement. Entre 3 et 6 ans, ils détournent des activités manuelles indispensables, entre 6 et 9 ans, de l’apprentissage des basiques, et entre 9 et 18 ans, de l’investissement scolaire. »

Je rappelle que Serge Tisseron, également docteur en psychologie, est à l’origine des repères (ou balises) 3-6-9-12, à savoir pas de télévision avant 3 ans (l’entrée en maternelle), pas de console personnelle avant 6 ans (entrée en CP), pas d’Internet avant 9 ans (l’âge de la maîtrise la lecture et de l’écriture), pas de réseaux sociaux avant 12 ans (l’entrée dans l’adolescence).

« Aucun écran n’est mauvais en soi, tout dépend du moment et de la façon de les introduire dans la vie de l’enfant, exactement comme on le fait en diététique pour les aliments. »

Nathalie Anton

Mieux comprendre la question des rythmes scolaires en primaire

Le 28 juin dernier, un décret paru au Journal Officiel autorisait les établissements du premier degré à revenir à la semaine de 4 jours, au lieu des 4 jours et demi institués en 2013. Un tiers des écoles a adopté cette proposition à la rentrée 2017. Afin de mieux saisir les enjeux de ces choix pour les enfants et leurs familles, je vous propose aujourd’hui quelques chiffres et notions clés sur ce sujet cyclique et vertigineux…

Les élèves de primaire en France se rendent à l’école 36 semaines par an, ce qui correspond à la moyenne des autres pays de l’OCDE* (Rapport Regards sur l’éducation 2016.)

En 2008, le nombre d’heures de cours hebdomadaires dans les écoles maternelles et élémentaires a été réduit à 24 heures, contre 26 heures précédemment. Cela équivaut à 864 heures de cours par an (24 heures par jour x 36 semaines), contre 799 en moyenne dans les autres pays de l’OCDE.

En 2008 toujours, ces 24 heures de cours ont été réparties sur 4 jours dans la semaine (lundi, mardi, jeudi et vendredi), soit 6 heures de cours quotidiennes. L’année scolaire totalisait ainsi 144 jours d’école par an (4 jours x 36 semaines), contre 187 en moyenne dans les autres pays de l’OCDE. La garde des enfants le mercredi était laissée à la discrétion des parents.

En 2013, le nouveau gouvernement a conservé les 24 heures de cours hebdomadaires, mais a souhaité les répartir différemment, pour diverses raisons :

  • le nombre quotidien d’heures de cours jugé trop lourd pour les enfants
  • le nombre annuel de jours de classe jugé trop faible pour la pérennité des apprentissages
  • la rupture de rythme le mercredi en plus du weekend, entraînant deux désynchronisations dans la semaine, jugées néfastes par les chronobiologistes. En effet, le rythme de l’école demandant un effort d’ajustement par rapport au rythme de la maison, la vigilance de l’enfant le lundi et le jeudi se trouve perturbée.

Suite à cette réforme, les élèves sont passés de 140 jours d’école par an à 162. En outre, les heures de cours du mercredi matin ont permis d’alléger d’environ 45 minutes les autres journées des écoliers. Le gouvernement a alors encouragé les communes à mettre en places de « nouvelles activités périscolaires » culturelles et sportives sur ce temps dégagé, en allouant un fonds de soutien estimé à 400 millions d’euros par an.

Comment expliquer le retour à la semaine de 4 jours ?

La flexibilité proposée aujourd’hui aux écoles par le nouveau ministre J.M. Blanquer permettra d’abord de réduire le fonds de soutien de l’état ainsi que l’effort financier demandé aux communes, non seulement pour mettre en place ces activités périscolaires, mais également pour assurer les transports en commun et la cantine le mercredi matin.

Outre les arguments financiers, cette décision s’appuie notamment sur des critiques émises concernant :

  • la fatigue décrite par certains parents chez leurs enfants qui, inscrits aux activités périscolaires, passeraient finalement plus de temps en collectivité par semaine (mais aucune étude n’a été réalisée pour authentifier ce ressenti)
  • la qualité inégale des activités périscolaires proposées en fonction des communes, et le fait que certaines d’entre elles soient payantes

Ce retour en arrière suscite à son tour des critiques :

  • les chronobiologistes déplorent toujours le choix de la semaine de 4 jours, tel François Testu pour qui  « la semaine de quatre jours est le pire des rythmes possibles. »
  • les effets sur la fatigue ou les apprentissages de la semaine de 4,5 jours n’ont pas eu le temps d’être évalués
  • « le retour à la semaine de quatre jours risque de se faire aux dépens des femmes : plus de 40 % des femmes dont le plus jeune enfant était en âge d’aller à l’école primaire ne travaillaient pas le mercredi avant la réforme de 2013. C’est deux fois plus que pour les hommes. » (Etude des économistes Emma Duchini et Clémentine Van Effenterre, parue dans Le Monde du 27 juillet dernier)

Voilà, je l’espère, des éléments pouvant alimenter les discussions et qui sait… ouvrir la réflexion sur le secondaire : en France, sans les options facultatives, les collégiens suivent 991 heures de cours par an contre 915 heures en moyenne dans les autres pays de l’OCDE. Cela équivaut à 26 heures de cours par semaine au minimum. Les élèves de seconde ont un horaire plancher de 28,5 heures par semaine, mais en fonction des filières et des options, l’emploi du temps d’un lycéen peut dépasser les 35 heures…

Nathalie Anton

* »L’Organisation de coopération et de développement économiques est née en 1960 lorsque 18 pays européens, les États-Unis et le Canada ont uni leurs forces pour fonder une organisation vouée au développement économique. Aujourd’hui, l’OCDE compte 35 pays Membres à travers le monde, de l’Amérique du Nord et du Sud à l’Europe et l’Asie-Pacifique. En font partie beaucoup des pays les plus avancés, mais aussi des pays émergents comme le Mexique, le Chili et la Turquie. » (source : http://www.oecd.org/fr/)

Image : Harold Loyd dans Safety Last ! (1923)