Avantages et inconvénients des tablettes numériques à l’école

Le plan numérique lancé par l’Education nationale en mai 2015 prévoyait d’équiper à la rentrée 2016 plus de 175 000 élèves en tablettes numériques cofinancées par l’État et par les collectivités territoriales (1 256 écoles et 1 510 collèges). Nous balayerons dans cet article quelques avantages et inconvénients liés à cette ressource pédagogique récente dont la nouveauté même ne permet cependant pas encore d’avoir un recul suffisant sur son apport en terme réussite scolaire. Comme l’expliquaient les auteurs de l’enquête parue en 2013, « L’Ipad à l’école : usages, avantages et défis« , menée au Québec auprès de 6057 élèves et 302 enseignants, « premièrement, les résultats de recherches fondées sur des données empiriques et probantes sont plutôt rares dans les textes analysés. Deuxièmement, ce que l’on remarque surtout dans la littérature, ce sont plutôt des avantages présupposés et liés aux fonctions des tablettes tactiles qui sont cités, sans pour autant que ces avantages n’aient été vérifiés empiriquement en contexte scolaire« . Nous avancerons donc prudemment ces éléments positifs et négatifs qui restent à faire l’objet de plus amples études.

Quelques avantages…

  1. Alléger le poids du cartable et faciliter l’organisation. Les manuels papiers, lourds et encombrants, sont remplacés par les manuels scolaires numériques téléchargés dans la tablette numérique. En outre, les exercices faits sur ce support peuvent être archivés sans que les feuilles ne volent, ne se perdent ou n’augmentent le volume des classeurs.
  2. Rendre la lecture plus facile, en changeant notamment les tailles de police et d’interligne, en utilisant une lecture audio, en s’enregistrant lors de la lecture à haute-voix, en utilisant le dictionnaire intégré… ou encore en accédant à des ebooks libres de droits, donc à des « classiques » gratuits.
  3. Faciliter l’accès aux informations et le travail collaboratif entre élèves, grâce à la consultation des nombreuses ressources disponibles, et au partage immédiat des documents .
  4. Renforcer la lisibilité des productions d’élèves, à travers notamment la possibilité de faire des corrections ou des découpages, de manière plus aisée, moins brouillonne.
  5. Favoriser la créativité et la compréhension, grâce à la diversité des supports (texte, vidéo, audio…).
  6. Augmenter les compétences informatiques et celles liées à l’usage d’Internet. Le but étant de réduire « la fracture numérique » qui s’exprime moins désormais en terme d’accès à la technologique qu’en terme d’usage et de maîtrise de ces outils.
  7. Accroître la motivation, grâce à  l’aspect attractif et ludique de l’environnement numérique (animations, images, quizz, vidéos…).
  8. Proposer une pédagogie plus différenciée, avec des exercices adaptés et corrigés de manière immédiate par l’enseignant si le document est partagé, ou par un logiciel dans le cas de quizz. Les élèves en difficulté – voire à besoins éducatifs particuliers – bénéficient d’un support qui leur permet de lire et d’écrire clairement, d’avoir des dictionnaires ou des correcteurs d’orthographe intégrés, ainsi qu’une progression individualisée.

Quelques inconvénients…

  1. L’augmentation du temps passé devant les écrans, avec problèmes visuels ou musculaires associés (maux de cou et de dos), mais aussi lors des devoirs maison, moins « coupés » des tentations offertes par Internet.
  2. La distraction liée aux nombreuses tentations offertes par la tablette (jeux, Internet, messageries…) : à titre d’illustration (même si l’on sait qu’il est artificiel et improductif de dissocier le jeu de l’apprentissage), un peu plus de 62 % des élèves interrogés dans l’enquête précédemment citée définissent de prime abord l’Ipad en classe comme « amusant », contre 18% qui le jugent avant tout comme « utile ». 
  3. Une moins bonne mémorisation : on retient mieux ce que l’on écrit que ce que l’on tape. Le fait de dessiner les lettres renforce l’apprentissage, et l’écriture manuscrite semble stimuler la pensée, en activant plus de zones cérébrales.
  4. Une difficulté à écrire des textes longs sur tablette, plus que sur papier.
  5. Un coût économique et écologique accru : les tablettes sont plus chères qu’un manuel, elles se volent, se cassent, deviennent obsolètes ; leur fabrication nécessite un usage plus important d’eau, de minerais, et un rejet plus important de dioxyde de carbone. En outre, les déchets électriques et électroniques se recyclent beaucoup moins bien que le livre…

Du côté des enseignants ?

S’il est impossible aujourd’hui pour l’école d’ignorer ces outils, il est cependant indispensable d’avoir conscience de leurs limites et de leurs inconvénients. La formation technique et pédagogique initiale et continue des enseignants s’avère ainsi incontournable : non seulement pour les familiariser avec l’objet et ses fonctionnalités, mais pour permettre une utilisation raisonnée et optimale dans l’acquisitions des connaissances et des compétences scolaires. La mise en ligne de ressources fiables (manuels scolaires numériques, sites, logiciels…), validées par l’Education nationale, adaptées à la classe (le professeur pouvant avoir un regard en direct sur les productions de ses élèves) et correspondant aux différents niveaux et matières, est évidemment un élément clé à mettre en place.

Nous conclurons avec les auteurs de l’enquête « L’Ipad à l’école : usages, avantages et défis » : « Ce ne sont ni les technologies ni la tablette tactile qui favoriseront la motivation ou la réussite des jeunes, mais bien les usages qui en seront faits, tant par les enseignants que par les élèves. En fait, la tablette tactile n’a sa place en classe que si elle participe à l’atteinte de la mission de l’école: instruire, socialiser, qualifier (…). Les enseignants ne doivent être ni technophiles ni technophobes face à l’utilisation de la tablette tactile à l’école : notre société de l’information exige plutôt qu’ils soient technoréfléchis. » Une recommandation qui s’applique finalement parfaitement aux parents !

Nathalie Anton

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