Banderilles

[1]           Comme dans les suertes de cape et de muleta, il existe fondamentalement deux manières de planter les banderilles : la suerte naturelle et la suerte changée. Les banderilles doivent être placées dans la croix, et le plus lentement possible, le banderillero devant être cadré (à l’arrêt devant la tête) et avoir les mains jointes et les coudes au-dessus de la tête de manière à laisser les banderilles jointes, tout comme ses pieds, à la fin de la suerte.

[2]

Il y a peu, David Fandila “El Fandi” – qui est déjà considéré par beaucoup comme l’un des grands banderilleros de l’histoire du toreo – a popularisé dans le toreo à pied la paire dite al violín (violon), inventée par le torero comique Llapisera[3] puis reprise par le torero à cheval Bernardino Landete[3 bis], et d’abord introduite à pied par le mexicain « El Pana »[3 ter] et connue sous le nom de paire  a la Calafia. Elle consiste à planter deux banderilles avec une seule main, en faisant passer le bras par dessus l’épaule opposée. Contrairement aux suertes que nous décrivons ensuite, celle-ci doit son appellation à la manière de poser les banderilles, et non à la manière de commencer l’action, qui peut se faire de plusieurs manières.

 Suerte naturelle :

1.      Cuarteo de “recours” :

  • Media vuelta (demi-tour) : suerte de banderilles la plus ancienne, considérée aujourd’hui comme étant un « recours ». Elle consiste à appeller le toro de derrière pour exécuter ensuite un cuarteo[4](quart de cercle).
  • Al relance : elle se réalise alors que le toro sort d’une autre suerte, ici une passe de cape ou une autre paire de banderilles.
  • A toro corrido : suerte al relance provoquée, un subalterne devant courir pour provoquer la course du toro; lorsque l’animal se trouve dans la cape, c’est le moment où le banderillero l’appelle.

 2.      Cuarteo de face :

  • De poder a poder : “suerte de banderilles qui consiste à ce que le toro et le torero partent en même temps et à toute vitesse, ce dernier exécutant le cuarteo très près de la tête du toro[5]. Notons qu’il convient que le torero se situe au centre de la piste.
  • Por dentro (à l’intérieur) : le banderillero se situe dans les terrains de l’extérieur, vers le centre, d’où il commence un cuarteo pour poser les bâtons alors que le toro est parallèle aux planches, si possible, et non pas face à elles. Cette suerte peut se réaliser à l’envers, surtout avec un animal aquerenciado (réfugié dans un endroit de l’arène où il a établi son territoire), de l’intérieur vers l’extérieur. Lorsque le toro est plaçé à une distance réduite on parle de suerte de face.

Suerte changée :

  • Al quiebro (feinte) : cette suerte a été inventée par Antonio Carmona, alias “El Gordito”, en 1858[6]. Elle consiste pour le torero à appeler l’animal à pieds joints pour, après que celui-ci ait débuté sa charge, déplacer une jambe, la ceinture, le buste et les bras – donc tout le corps sauf une jambe – d’un côté, ce qui permet de modifier la trajectoire du toro. Le banderillero pose ainsi ses instruments dans la position initiale.
  • Al sesgo (en biais) : il s’agit d’une autre suerte de  “recours”, à mi-chemin entre les suertes naturelles et les suertes changées (suivant s’il y a ou non une permutation des terrains), s’exécutant avec un animal aquerenciado et à l’arrêt. Comme son nom l’indique, le banderillero va vers le toro en biais et avec célérité, ce dernier restant immobile jusqu’au dernier moment, pour se défendre.
  • Al recorte : suerte dans laquelle un écart est réalisé, les banderilles étant posées au moment de l’esquive, derrière les cornes, ce qui parfois conduit à la confondre avec la pose appelée de sobaquillo, moins méritoire, et qui n’est rien de plus qu’un cuarteo dans lequel les banderilles sont plantées en-dessous des aisselles, vers l’arrière. C’est un “recours” qui se pratique avec des toros à l’arrêt et qui gagnent du terrain. Il s’agit d’une suerte hybride à mi-chemin entre les deux catégories parfois appelée a topacarnero.

 

Le châtiment des banderilles ne met pas en danger la vie de l’animal et ce tercio n’est pour l’instant pas attaqué (« les choses dans l’ordre » doivent penser certains). Cependant, cette partie de la lidia est en train d’être recoupée (souvent seulement deux paires sont posées au lieu des trois réglementaires) sans doute pour ne pas trop fatiguer l’animal, bien que d’autres la défendent, en soutenant qu’elle permet à l’animal de se remettre après le traumatisme des piques. Ce qui est certain, c’est que la pose des banderilles est souvent peu brillante lorsqu’elle est réalisée par les subalternes et il est vrai que son utilité est relative dans le déroulement de la lidia.


[1] Photo : Aplausos.

[2] Photo : 6 TOROS 6.

[3] Source : cours de l’UNED de Pérez López chapitre 2, p.68.

[3 bis] Source : revue 6 TOROS 6 nº 559 p. 52.

[3 ter] Source : Joaquín Vidal dans El País, 2 mai 1999.

[4] Cuarteo : action de se diriger vers le toro en décrivant une courbe, de manière à ce que l’animal change sa trajectoire et ne poursuive pas le torero en ligne droite.

[5] Cf. le terme “Poder” dans le dictionnaire de M. Ortiz Blasco; Madrid, Espasa Calpe, 1991.

[6] Cf. le tome “El Toreo” de l’encyclopédie Los Toros en fascicules p. 152.

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