Oct 5 2018

Ode au Pharaon

Publié par Giraldillo dans Portraits      

Le temps passe inexorablement et les plus jeunes d’entre nous ne savent peut-être pas suffisamment qui a été la légende dont nous parlerons aujourd’hui. Voici une esquisse.

A la fois légère et profonde : pharaonique ! (photo ABC)

      Curro Romero fut un cas à part, du point de vu artistique mais aussi de sa longévité. Son temple était quelque chose d’incompréhensible : il endormait littéralement les toros avec la cape ou la muleta. Il fut l’exemple même du torero court; il faisait lever les aficionados de leurs sièges ou liquidait ses adversaires sans même essayer de les montrer. Il a ramené de Madrid des broncas mémorables, sortant souvent sous des jets de coussinets. Son répertoire était on ne peut plus limité, mais ce qu’il faisait frisait la perfection. Avec la cape sa véronique et sa « demie » étaient d’authentiques parangons, avec la muleta ses passes droitières et ses naturelles d’une extrême lenteur, à mi-hauteur, restent dans nos esprits comme un modèle de temple mais nous n’oublions pas non plus ses célèbres détails : trincherilla, kikirikí, recorte et changement de main à gauche, firma, passes aidées à mi-hauteur avec la muleta glissant langoureusement sur l’épaule et les côtes du toro, son jeu de poignets ou sa passe aidée un genou à terre au temps de sa jeunesse… et aussi l’ineffable. Il avait besoin de son toro – pas toujours celui qui paraissait le plus facile – pour réaliser son Art, un toreo pur, sans concessions, sans trucages, recours ou avantages – la dizaine de coups de corne graves qu’il a subies sont là pour en témoigner – souvent sans toques, le leurre lisse, et le compas légèrement ouvert.

     Il est sorti cinq fois par la Porte du Prince de sa Séville natale où plus qu’un Roi il était un Pharaon, lui le payo, vénéré par les Gitans que les Espagnols ont confondu avec les Egyptiens. Mais c’est dans toutes les sphères de la société qu’il recrutait ses partisans, remplissant ses arènes jusqu’à la fin malgré ses longues traversées du désert (du Sinaï ?). Il y a coupé pas moins de 49 oreilles pour son étape de matador. A Madrid aussi il a été compris (chose dont il avait besoin pour se lâcher comme on dirait aujourd’hui), ce qui n’a pas été le cas  partout, et il y a triomphé en 7 occasions (3 fois pendant la feria de San Isidro) plus deux sorties a hombros par la porte des quadrilles. Mais ce torero classique avait les contrastes du baroque : pour les zones d’ombre, on ne peut passer sous silence les 7 toros qu’il n’a pas réussi à tuer, ce qui n’est finalement pas tant pour une carrière si longue. Peu importait d’ailleurs aux curristas, ses fidèles partisans au brin de romarin, son emblème, qui, patients, payaient leur entrée pour le voir au moins réaliser le paseo avec son incomparable majesté mais qui avaient toujours le secret espoir qu’il réalise trois passes et un détail ou, pourquoi pas, l’une de ses géniales faenas quand bien même il aurait comme tant de fois, perdu les trophées à l’épée, un outil qui fut toujours son talon d’Achille. Il réalisait cependant parfois la suerte suprême avec une apparente facilité mais sans s’engager, ce qui est peu dire, a paso de banderilles, en partant sur le côté et en clouant l’estoc avec la pointe des doigts. Cet esthète raffiné n’appréciait d’ailleurs pas de se rapprocher suffisamment du toro pour se tâcher de sang et même lorsqu’il coupait une oreille il la changeait aussitôt pour un rameau éponyme dont son toreo renfermait les essences. Les jours où il était à l’affiche dans sa Maestranza, on disait d’ailleurs : « huele a romero » (ça sent le romarin) et il est vrai qu’il y avait toujours une Gitane dans le quartier d’El Arenal pour nous vendre un brin de cette plante tellement méditerranéenne.

      Bref, Curro Romero était la grâce incarnée, une idée toute andalouse d’une facilité innée et il suscitait l’attente comme personne par sa personnalité naturellement fantasque. Il n’était pas LE TORERO par antonomase mais il était un torero nécessaire, loin du toreo stéréotypé, oscillant entre des bassesses bien humaines et une grandeur toute pharaonique. Comment un être aussi couard et désastreux pouvait-il se transfigurer quelques fois, se piquer au vif pour déboucher le flacon secret et nous donner ce spectacle de beauté pure à partir du chaos ? Lui parlait des duendes, autant parler de mystère.


Sep 15 2018

Sa Majesté fête ses 20 ans de règne

Publié par Giraldillo dans Portraits      

Julián LÓPEZ  ESCOBAR  “EL JULI

Ce fils de torero est né à Madrid le 3 octobre 1982. Il a été élève de l’Ecole taurine de Madrid avant de réaliser une étape météoritique en tant que novillero. Il a en effet pris l’alternative à Nîmes le 18 septembre 1998 à seulement 16 ans. Le 5 février 1999 il a coupé trois oreilles dans les arènes de la capitale mexicaine et le 23 avril suivant il a obtenu les trois trophées qui lui auraient permis de sortir par la mythique Porte du Prince s’il n’avait pas été blessé. Le 15 juin 2000 il remporte sa première oreille madrilène comme matador puis une queue à Saragosse le 12 octobre pour clore une première saison triomphale. En 2001, il obtient un double trophée à Séville le 3 mai puis il sort deux fois consécutives par la Grande Porte de Pampelune. Le 22 août il coupe deux fois une oreille à Bilbao à des toros de Victorino Martín, une prestation qui lui donne une dimension de lidiador, car c’est un torero doué d’une aussi grande technique que d’un grand courage. Les aficionados auraient cependant aimé le voir plus souvent face aux élevages réputés les plus difficiles à partir de cette date. Le jour suivant il écrivit un paragraphe de plus pour construire sa légende en étant le premier torero en quinze ans à essoriller un toro dans les arènes basques de Vista Alegre : ce toro lui laissera des stigmates à la bouche et au nez. En 2002, il sortit deux fois en triomphe de la Monumental de Insurgentes, coupant une queue le 5 février. Il triompha aussi dans ses arènes fétiches de Pampelune et Bilbao où il coupa trois oreilles à son lot de Torrestrella le 23 août après avoir gagné un appendice d’un victorino deux jours avant. Le 5 février 2005, il gracie Trojano de Montecristo à Mexico en réalisant une grande faena. Lors de l’Aste Nagusia 2005, il triomphe à nouveau avant d’attaquer la saison suivante en obtenant une oreille de poids pendant la San Isidro puis de rééditer ses exploits à Bilbao fin août. Le 5 février 2007 il triomphe une nouvelle fois dans l’ancienne Tenochtitlan puis sort enfin a hombros des arènes de Las Ventas le 23 mai. En 2009, il est l’auteur d’une bonne prestation à Séville où il perd la Porte du Prince aux aciers mais coupe deux fois une oreille en deux corridas; s’ensuivent trois trophées pour les sanfermines et un pour l’Aste Nagusia lors d’une corrida en solo suite au forfait de Perera.

El Juli débute la deuxième décennie du XXIe siècle sur le même rythme que la précédente avec un triomphe dans la capitale aztèque puis obtient une Porte du Prince le 16 avril avant un double trophée quatre jours plus tard. Le 12 juillet il obtient deux fois une oreille à Pampelune mais reçoit un coup de corne au  niveau du scrotum. Il passe ensuite par Bilbao en marquant un point. En 2011, il coupe deux oreilles à la Maestranza lors de la traditionnelle corrida du dimanche de Pâques avant d’obtenir une nouvelle Porte du Prince le 29 avril. Le 18 mai il fait en sorte de ne pas être en reste en coupant une oreille face à un Manzanares qui obtient l’ouverture des battants sang de toro de Las Ventas. Il triomphe aussi doublement pour les sanfermines : 3 oreilles le 12 juillet et 2 le 14 mais on doit lui faire 15 points de suture à Bayonne le 5 août, ce qui ne l’empêche pas de sortir par la Grande Porte à Bilbao le 23. En 2013, il sort en triomphe des arènes de Séville lors du dimanche de Résurrection après que le public ait sollicité l’octroi d’une queue mais le 19 avril il est encorné au niveau de la cuisse. En août, il rajoute à son palmarès une nouvelle Grande Porte à Bilbao. L’année suivante il remporte une oreille à Madrid et à Bilbao et triomphe à Pampelune, témoignant encore d’une grande régularité même lorsqu’il ne triomphe pas de manière absolue. C’est ce qu’il fera par exemple pour les Fallas de 2015 en repartant avec 5 appendices dans sa besace. A Séville, il connaît cette année-là les deux faces de la monnaie : une oreille et un coup de corne dans le fessier. En 2018 il est à nouveau imparable avec une nouvelle Porte du Prince.

On annonce son déclin depuis longtemps et pourtant, Julián López est toujours là et il a même été le Roi de ces deux décennies (au moins jusqu’à l’apparition de Roca Rey le bien nommé), celui qui décide, sinon de tout, de beaucoup, notamment de la confortation du mono-encaste.  Instigateur du G10 puis du G5 il entend maintenir son influence et a réussi après son boycott des arènes de Séville à faire partir l’héritier Canorea. Il a arrêté de banderiller lors de la saison 2005 de manière à ce que la variété de son toreo de cape et la puissance de sa muleta soient mieux appréciées. Torero moderne, il n’a rien d’un artiste mais ne manque assurément pas de personnalité. Toréant parfois de manière baroque, il laisse traîner le leurre pour mieux dominer ses adversaires et enchaîne, tel Ojeda, les passes dans un mouchoir de poche. On peut toutefois lui reprocher un toreo profilé et une manière de tuer sortant de la suerte. Torero intelligent et habile, il s’engage quand l’occasion le requiert et si son torero manque de pureté il n’a rien de léger. El Juli, qu’on le veuille ou non, est un torero d’époque, au même titre qu’Enrique Ponce ou José Tomás, un incontournable de la tauromachie du XXIe siècle.


Août 27 2017

Dámaso : le chaînon manquant

Publié par Giraldillo dans Portraits      

Dámaso González Carrasco, né à Albacete le 11 de septembre 1948, s’est éteint à Madrid le 26 août 2017.

Il a revêtu l’habit de lumières pour la première fois en 1966, après avoir participé à de nombreuses capeas, se forgeant à l’ancienne. Il a ensuite débuté avec picadors dans sa ville natale le 8 septembre 1968. Sa présentation madrilène eut lieu le 1er juin 1969 puis il sortit par la Porte du Prince le 15 de même mois. Notons également, pour son étape de novillero, l’octroi de deux queues dans des arènes aussi importantes que Barcelone ou Valence. Il reçut l’alternative à Alicante des mains de Miguelín et en présence de Paquirri, le 24 juin 1969 avec le toro Gañolote de Flores Cubero.  Il la confirma le 14 mai 1970 parrainé par El Viti qui lui céda Barranquillo, de Francisco Galache, mais c’est de son adversaire suivant qu’il obtiendra son premier trophée à Las Ventas. Il devra attendre le 25 mai 1979 pour y couper les deux oreilles d’un toro de La Laguna avant de renouveler un triomphe, dans une corrida de Torrestrella, le 21 mai 1981. Il se retira des arènes en 1988 après avoir été encorné au ventre, une blessure infligée par un toro de Miura. Il s’agissait là de son neuvième coup de corne grave. En 1992 il réapparut pour prendre définitivement sa retraite en 1994.

Dámaso face à un mastodonte de Miura (photo Aplausos)

Dámaso González a été un torero dominateur qui peut être considéré comme le précurseur du toreo de Paco Ojeda, basé sur l’immobilité absolue. Il s’agissait d’un torero tremendista, débordant de courage et de pundonor. Si son esthétique était pour le moins discutable il était capable de toréer les toros les plus compliqués en leur appliquant la recette (secrète) du temple. Il a coupé 9 oreilles à Madrid, en sortant deux fois a hombros lors de la feria de San Isidro contre deux trophées à Séville.


Août 13 2017

Il y a 20 ans…

Publié par Giraldillo dans Portraits      

… ou presque, prenait l’alternative José Antonio Morante  Camacho,

« MORANTE de LA PUEBLA »

 Il est né à La Puebla del Río (Séville) le 2 octobre 1978.

Il a pris l’alternative à Burgos le 29 juin 1997 des mains de César Rincón, qui lui a cédé Guerrero de Juan Pedro Domecq. Le 21 avril 1998 il a coupé les deux oreilles de Parón de Gavira lors de sa présentation comme matador à Séville ce qui lui valut d’être déclaré triomphateur de la feria. Il fit sa confirmation d’alternative le 14 mai 1998 quand Aparicio lui céda Hospedero de Sepúlveda. En été, il coupa une queue au Puerto de Santa María et termina sa première saison complète en coupant les deux appendices d’un toro à Saragosse. Le 19 avril 1999, il sortit par la Porte du Prince lors d’une course de Guadalest avant de réaliser une grande faena à Malaga en plus de couper une oreille à Bilbao où il tua recibiendo comme à Dax; à la fin de la temporada, il se fractura plusieurs vertèbres. Le 29 avril 2000, il coupa dans ses arènes de la Maestranza les deux oreilles d’un toro de Victoriano del Río après là aussi avoir tué a recibir. Son second lui infligea malheureusement deux coups de corne. En 2001, il obtint une oreille à Madrid et perdit la Grande Porte à l’épée après une faena importante à un toro de Javier Pérez Tabernero. Il réalisa une autre grande faena en 2003 et créa un chef d’œuvre à Xérès le 12 octobre en coupant une queue lors du dernier toro d’une corrida en solo. Après une nouvelle encerrona, à Madrid cette fois, il interrompit sa saison 2004 en raison d’une dépression causée dit-on par des problèmes biologiques qui avaient commencé à se manifester l’année précédente mais il revint en 2005 pour notre plus grand régal comme le 7 mai à Xérès où il obtint à nouveau une queue après une estocade recibiendo. A Grenade aussi il y eut du ‘chant profond’ le 24 du même mois et à Aranjuez le 30 mais aussi dans des arènes importantes comme Valence, Barcelone ou Salamanque. En 2006, il obtint un nouveau trophée madrilène le 6 juin. Le 26 novembre, il réalisa une bonne faena à Mexico et reçut un double trophée. En 2007, pour ses dix ans de doctorat taurin, il coupe deux oreilles à Séville le 23 avril – une course triomphale où Talavante sort par la Porte du Prince -, à base de courage comme le démontre sa réception a portagayola. Il en va de même avec l’appendice gagné le 6 juin pour la Corrida de Beneficencia où il s’afficha comme unique matador : après avoir été blessé par le cinquième, le dernier toro lui permit un excellent toreo de cape, il le banderilla et le début de faena fut d’anthologie, à base de domination, avant que l’animal ne s’éteigne. Il se retira fin juin après avoir rompu professionnellement avec son apoderado, Rafael de Paula. Il réapparut cependant l’année suivante et coupa une oreille à Madrid pendant la feria de San Isidro et une autre pour la corrida de Beneficencia. 2009 fut une de ses meilleures saisons avec tout d’abord une oreille de poids à Séville le 26 avril quelques jours après y avoir toréé une corrida de Victorino Martín avec des réminiscences de temps oubliés cape en mains puis il fut déclaré triomphateur de San Isidro après avoir rêvé le toreo par véroniques le 21 mai. Il obtient un autre appendice à Pampelune le 14 juillet mais il reçoit un double coup de corne dans la cuisse le 7 août au Puerto et un autre à San Sebastián de los Reyes le 28 du même mois.

En 2010, il reçoit une oreille pour le dimanche de Pâques sévillan et triomphe à Xérès, Nîmes (une queue pour la faena de la chaise) et se montre sous son meilleur jour à la cape pour la corrida de Beneficencia dans une rivalité avec Daniel Luque. Le 23 août 2011, il obtient l’un de ses plus grands succès en essorillant un toro à Bilbao pour une faena commencée par des doblones d’antan. Le 19 novembre 2012, c’est à México qu’il triomphe mais connaît le revers de la médaille à Huesca en 2013 en recevant un coup de corne de trois trajectoires, l’une d’elles de 30 cm, ce qui ne l’empêche pas de couper une oreille de poids à Bilbao. Le 15 avril 2016, il obtient à nouveau un double trophée chez lui malgré un toro sans gaz dont il a par contre tiré tout le parti possible. Le 13 août 2017, au Puerto de Santa María, il annonce interrompre sa saison après une bronca.

Adulé par les uns, honni par d’autres, cet immense torero est capable de réaliser n’importe quelle suerte avec une saveur d’éternité. C’est un torero d’Art en majuscule mais il est beaucoup plus que cela. Ce n’est pas par hasard qu’il a triomphé dans des arènes comme Bilbao. Nous ne détaillerons pas ici son toreo car par définition l’ineffable ne peut être exprimé et cela un autre grand génie, Rafael El Gallo l’avait déjà dit. Une grande faena de Morante est rare, de plus en plus j’ai envie de dire, mais certains lances ou muletazos sont capables à eux seuls, pris individuellement, de nous transporter, de raviver la flamme du toreo qui sommeille parfois en nous. Pour l’anecdote et pour donner un aperçu du sentiment sévillan, cette phrase d’un vieil aficionado de la Maestranza s’adressant au jeune Maestro : « Fais-nous pleurer mon cœur ! » (¡Haznos llorá mi arma !).

Statistiquement, il a coupé 15 oreilles à Séville avec une sortie par la Porte du Prince contre 5 à Madrid.


Juin 23 2017

Gregorio Sanchez

Publié par Giraldillo dans Portraits      

Il est né à Santa Olalla (Tolède) le 8 mai 1930. Son décès est survenu le 22 juin 2017.

Il torée comme novillero à partir de 1948 et il débute avec picadors à Guadalajara le 15 octobre 1952. L’année suivante, il reçoit deux coups de corne puis se présente à Las Ventas le 8 octobre 1954. Lors de la saison qui suit il est gravement blessé à Barcelone mais triomphe à Séville de 23 octobre. C’est dans ces arènes qu’il prend l’alternative le 1er avril 1956 – après avoir triomphé à Madrid le 11 mars – des mains d’Antonio Bienvenida mais il est accroché. Il subit le même sort quelques jours plus tard dans la corrida de Miura. C’est César  Girón qui la lui confirme le 14 juin et le 5 juillet il coupe les deux oreilles d’un toro, ce qui lui permet d’obtenir son premier triomphe à Madrid. En 1957, il triomphe trois fois dans la capitale espagnole, notamment le 13 juin où il coupe 4 oreilles  puis le 4 juillet où il en obtient 3 autres. Cette année-là il reçoit également un coup de corne. Pour la saison 1958 il est blessé trois fois mais il obtient un grand succès le 19 mai, à Madrid, ainsi que le 18 juin. En 1960 il obtient à nouveau trois succès sur la piste de Las Ventas : Montepío de Toreros, Corrida de la Prensa puis le 10 juillet. Il sortira également a hombros de cette plaza, quoique sans obtenir de trophées, le 13 mai 1961, aux côtés de Diego Puerta et El Viti. Il renouvelle cet exploit 6 jours plus tard (avec une seule oreille) après avoir occis 6 toros d’Atanasio Fernández suite aux blessures de Puerta et Camino. Il reçoit un coupe de corne à Palma de Mallorque en 1962 et à partir de là commence sa décadence même s’il continue à triompher ponctuellement à Madrid, comme en 1963. Il est encorné à Malaga l’année suivante et il triomphe une dernière fois à Madrid le 20 mai 1970 en coupant les 2 oreilles d’un toro de Juan Mari Pérez Tabernero, qui lui permet de sortir par la Grande Porte avec El Viti et El Cordobés, ainsi que le mayoral. Il prit sa retraite en 1973.

Gregorio Sánchez a été un torero d’un grand courage, plein de pundonor et capable de s’imposer à un grand nombre de toros. Il possédait également des manières classiques et il mérite sans doute une meilleure place dans l’histoire du toreo que celle qu’on lui a parfois donnée. Il a un coupé un total de 34 oreilles à Madrid et est sorti en triomphe à neuf reprises tout de même, dont trois lors d’une feria de San Isidro.


Juin 17 2017

In memoriam

Publié par Giraldillo dans Portraits      

Iván Fandiño est né à Orduña, près de Bilbao, le 29 septembre 1980. Il a revêtu son premier habit de lumières en 99 puis a débuté avec picadors en 2002. Lors de sa présentation à Madrid, le 12 septembre 2004, il obtient un appendice auriculaire d’un novillo de Navalrosal.

Il prit l’alternative dans la capitale de Biscaye le 25 août 2005 avec le toro Afrodisiaco d’El Ventorrillo, parrainé par El Juli et en présence de Salvador Vega. Ce n’est que le 12 mai 2009 qu’il confirma son doctorat accompagné à l’affiche par Ferrera et Morenito de Aranda. Cette année-là il obtient un trophée à Bilbao deux ans après le premier. En 2010 il coupe une oreille à Madrid à un toro de Guardiola Fantoni et reçoit un coup de corne chez lui. Il devient l’un des toreros préférés de l’afición madrilène en 2011 en coupant 4 oreilles sur l’ensemble de la saison mais un toro lui inflige une grave blessure à Malaga. 2012 commence fort à Valence puis à Séville (oreille et deux vueltas face aux victorinos) avant d’obtenir un nouvel appendice à Las Ventas. Il triomphe aussi à Pampelune et coupe deux fois une oreille à Bilbao où il renouvellera une excellente prestation l’année suivante. Il est unanimement considéré comme le triomphateur des saisons 2012 et 2013, en Espagne comme en France où il a été hissé vers les cieux à Arles, Mont de Marsan, Bayonne ou Dax. La Grande Porte ne veut cependant toujours pas s’ouvrir à Madrid où il coupe une nouvelle oreille alors que la corne d’un toro lui transperce la cuisse droite le 22 mai 2013. A l’automne il touche encore du poil puis au printemps suivant c’est la consécration, le 13 mai avec la sortir a hombros tant désirée avant de couper sa onzième oreille à Madrid lors de la corrida de Beneficencia. Il triomphe totalement à Mont de Marsan face à des laquintas pour la troisième année consécutive, un an avant son mano a mano non moins triomphal face à Ponce. Le reste est connu, il est plus facile d’arriver au sommet que de s’y maintenir dit-on. Pour Iván ce fut une chute en enfers à défaut d’atteindre le firmament pour son solo de 2015. Depuis le 17 juin 2017 c’est au paradis des toreros qu’il a élu résidence car il est mort comme il a vécu, en Torero.

Son toreo était sec comme un été castillan mais d’une grande vérité, généralement croisé et la jambe en avant. Point de fioritures. Comme tous les grands toreros basques, avec l’épée c’était un canon.


Avr 29 2017

Le premier empereur

Publié par Giraldillo dans Portraits      

PaquiroFrancisco MONTES  REINA  “PAQUIRO”

Il est né à Chiclana (Cadix) où il fut baptisé le 13 janvier 1805. Il est mort le 4 avril 1851, à l’âge de 46 ans, des conséquences d’une maladie.

Montes a reçu une très bonne éducation qui correspondait à la situation sociale de ses parents (son père était administrateur des biens du marquis de Montecorto). Il torée pour la première fois comme sobresaliente le 1er juin 1830. Elève de l’école de tauromachie de Séville, il a pour maestros Pedro Romero et Jerónimo José Cándido. Paquiro se présenta à Madrid le 18 avril 1831  pour son alternative1. A partir de 1832, il est l’un des toreros les plus appréciés de l’afición. En 1836, il publie sa Tauromachie, œuvre de référence rédigée par López Pelegrín “Abenamar” où il codifie définitivement la tauromachie espagnole à pied. Avec lui, tout devient plus professionnel, le nombre de banderilleros se réduit à trois, les picadors deviennent des subalternes et l’habit se modifie, notamment pour la montera qui lui doit son nom. Grande figura incontestée, Montes torée de moins en moins à partir de 1845. Il se retire à la fin de 1847 pour se consacrer au négoce des vins mais revient en 1850, en particulier à Madrid et Séville. Le 21 juillet 1851, il est gravement blessé à une jambe dans la capitale et il lui fallut plusieurs mois pour se remettre même s’il garda des séquelles de cette blessure.

Francisco Montes sera considéré comme l’empereur des toreros dans cette première partie du XIXe siècle. Grand capeador – on lui attribut l’invention du galleo, d’après ce qui est dit dans le Cossío – et sa tauromachie, quoi que toujours en mouvement est plus offensive, en avançant, donc en se croisant, dès le premier tiers (Pepe-Hillo avait été le premier à le faire à la muleta). Il est sans doute le premier torero largo, avec un répertoire varié, un maestro de la lidia, qui associe parfaitement, grâce à ses facultés physiques et intellectuelles, courage, intelligence et style. Il a en effet pratiqué les différentes suertes des différents toreos de son temps (entre autres celles du saut de la garrocha ou du saut a trascuerno2) de la meilleure manière possible, en les sublimant toutes. A la fin de sa carrière il partagea son règne avec Cúchares et El Chiclanero mais sur l’ensemble du XIXe siècle il est l’un des trois plus grands avec Lagartijo et Guerrita, deux califes cordouans (le deuxième lui-aussi empereur solitaire).

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1. D’après Los Toros de J.M. Cossío : p. 604 du tome II en deux volumes.

2. Saut au-dessus du cou du toro.


Avr 25 2017

Hommage à Palomo Linares

Publié par Giraldillo dans Portraits      

Sebastián Palomo Martínez, fils de mineur, est né à Linares (Jaén) le 27 avril 1947. Son décès a eu lieu le 24 avril 2017 à Madrid.

El 20 juin 1964 il débute  dans les arènes de Vista Alegre dans le cadre des novilladas de “La oportunidad” organisées par les Lozano-Dominguín, qui cherchaient un torerillo capable de faire concurrence au courage et à la popularité de Manuel Benítez « El Cordobés ». « Apodéré » par les Lozano il débute avec picadors en 1965 et prend l’alternative le 19 mai 1966 à Valladolid, Jaime Ostos lui cédant, devant Mondeño, la mort Feíllo de Salustiano Galache, auquel il coupe les deux oreilles, autant qu’à son second. Il reçoit deux coups de corne l’année suivante et il mène avec El Cordobés la fameuse « guerrilla » dans des villages et des arènes transportables contre l’establishment taurin. Il confirme son alternative des mains de Curro Romero le 19 mai 1970 avec le toro Presumido de Antonio Pérez Angoso et en présence de Juan José mais reçoit un double coup de corne. Le 26 mai, à Madrid, il essorille Andrajoso de Juan Pedro Domecq – un toro primé d’un tour de piste posthume – et triomphe à Séville dans la corrida de Miura aux côtés de Limeño et El Hencho. En 1971 il est blessé au Mexique mais coupa une queue dans sa capitale au début de l’année suivante. Le 22 mai 1972 il coupe les deux oreilles et la queue de Cigarrón à Madrid, un toro d’Atanasio Fernández qui fit un tour de piste post-mortem. Bien que le président de la course fut très critiqué pour sa générosité, Palomo Linares réalisa sans doute ce jour là la faena de  sa vie avec des naturelles classiques et des passes en rond à droite, genoux à terre. Il reçut un grave coup de corne lors des temporadas 1972 et 1973, et triompha à Séville le 28 avril 1976. Lors de la Corrida de Beneficencia de 1979 il fut à nouveau gravement blessé. C’est à la fin de la saison 1981 qu’il prit sa retraite mais réapparait en 1984 pour se retirer à nouveau en 1985 avant de remettre l’habit de lumières entre 1993 et 1995.

Palomo était un torero « trémendiste », spectaculaire, qui a plus triomphé que toréé au sens où les aficionados l’entendent. Il n’excellait dans aucune suerte en particulier sans avoir non plus de lacunes dans aucune. C’était somme toute un torero moyen qui avait surtout une immense volonté d’être. Il est sorti deux fois par la Grande Porte madrilène contre une par celle de Séville.


Avr 15 2017

Cagancho

Publié par Giraldillo dans Portraits      

Joaquín  RODRÍGUEZ  ORTEGA  “CAGANCHO”

Il est né à Séville, dans le quartier de Triana, le 17 février 1903. Il est mort à Mexico le 1er janvier 1984.

Ami d’enfance de Gitanillo de Triana, dont la cape l’inspirera, la vocation se réveille tôt chez ce torero gitan aux yeux verts et à la peau oliveâtre. Il torée sa première novillada en 1923 à San Fernando puis se présente à Séville le 25 juillet 1924. Il triomphe pleinement à Valence en 1925 et le 4 juillet 1926 il déchaîne les passions du public barcelonais par son toreo de cape. Il répète son triomphe dans ces arènes le 25 juillet puis il impressionne aussi les madrilènes par son art et son temple, le 5 août 1926, jour de sa présentation dans la capitale. Cagancho devient matador de toros à Murcie des mains de Rafael El Gallo, le 17 avril 1927 face à Orejillo de Carmen de Federico et il confirme son alternative face  à Naranjo de Montalvo avec Valencia II pour parrain, le 22 juin. En 1930 il parvient à toréer 68 fois en Espagne. Il est blessé à Madrid le 7 mai 1931, ce qui marque le départ d’une inflexion descendante dans sa carrière. Pour la corrida d’inauguration des arènes de Las Ventas, le 21 octobre 1934 il réalise une faena qui lui permet de couper un trophée. Connaissant des hauts et des bas d’un toro à un autre ou d’une saison à l’autre, celle de 1935 sera somme toute assez bonne. Le 16 août 1936, en pleine Guerre Civile, il est, poing levé, au paseo du festival dit patriotique organisé dans la capitale espagnole. Ses admirateurs auront encore quelques fois l’occasion de se délecter de son Art, comme en 1948 dans les arènes madrilènes de Carabanchel. Il a toréé sa dernière corrida à Barcelone le 6 septembre 1953 avant de partir s’installer au Mexique où il va toréer toute l’année suivante. C’est cependant le 28 février 1964, lors d’un festival dans la capitale mexicaine, qu’il se fera couper définitivement la coleta.

Cagancho fut un véritable torero artiste, capable du meilleur comme du pire. Il devint meilleur matador en avançant dans sa carrière et, avant Manolete, il toréa à pieds joints, de profil et la muleta en retrait. Il est incontestablement l’un des grands artistes inspirés de l’histoire de la tauromachie et l’idole de l’afición mexicaine. Voici sa phrase la plus célèbre, restitués ainsi par José Bergamín : “L’affirmation gitane du torero Cagancho qui disait qu’ « au-delà de Despañaperros on ne torée pas, on travaille »1« .

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1. In La claridad del toreo p. 34.

 


Avr 1 2017

Félix Rodríguez

Publié par Giraldillo dans Portraits      

Félix Rodríguez avait les qualités pour devenir figura, la vie en a décidé autrement mais il convient pour nous, aficionados, de se souvenir de lui au moment où l’on arrive à ses 80 ans d’alternative.

Considéré comme un successeur de Gallito, comme l’infortuné Granero peu avant, les espoirs mis en lui furent anéantis par une maladie vénérienne.

Né à Santander le 23 juin 1905, il passe son enfance à Valence. C’est là qu’il commence à toréer en public en 1922 puis avec ceux du castoreño l’année suivant. Sa présentation à Madrid a lieu le 5 avril 1925.

Il prend l’alternative le 27 mars 1927 à Barcelone des mains de Valencia II. Moins d’un mois après, le 24 avril, il confirme son doctorat avec Antonio Márquez pour parrain.

Aficionado au jeu et aux dames de petite vertu, il tombe malheureusement malade en 1928. Il fait 65 défilés en 1929 mais perd progressivement ses facultés ce qui le rendra plus inconstant avant de se retirer au début des années 30. Sa dernière corrida eut lieu à Perpignan le 19 juin 1932.

Il mourra le 21 janvier 1943 à Madrid après être devenu paralytique.

Il fut un torero complet, intelligent, classieux et courageux, aussi bon avec la cape, qu’avec les banderilles et la muleta.