Las cosas de Sevilla

Qu’il est loin le temps où Séville put, avant de céder sa place à Amsterdam, être considérée comme la nouvelle Venise, capitale mondiale du commerce et des arts grâce à la prodigalité de ceux qui croulaient sous l’or, avant de couler. Ubi sunt la nef Victoria[1] puis les galions des Indes ? Après avoir perdu son monopole en 1765, l’ancienne Hispalis romaine puis l’Isbilia arabe et surtout son peuple, dans une période de décadence qu’elle ne voulait pas reconnaître, ont créé le toreo pour suppléer la mollesse de la noblesse en réinventant un idéal médiéval accessible à tous ceux se sentant capables de l’atteindre. Mais même si tous les ans elle rejoue le mythe de la Résurrection et si par moment elle a l’illusion baroque d’un rêve devenu réalité, comme pour son Expo’92, elle n’est plus le centre du monde, pire encore, a contrario de ce qu’elle croit, pas même du monde taurin.

La faute à qui ? A ceux qui prennent des vessies pour des lanternes, qui croient que tout ce qui brille est de l’or, qu’une torche dans une caverne est la clarté du jour, bref qui sacrifient la substance à l’apparence. De ce point de vu, le clair triomphateur d’une feria à cette heure encore inachevée est très clairement José Luque Teruel. A ne pas confondre avec le torero sévillan Daniel Luque, contraint à s’exiler en France comme d’autres avant lui et pour des raisons bien différentes; ce monsieur n’est pourtant pas torero même s’il est fils de banderillero et filleul de Luis Miguel Dominguín. Il a beau être juge, ce monsieur n’est pas impartial. Il a beau affirmer dans les colloques de l’ANPTE que chaque plaza a sa personnalité et son histoire et que les critères de ne sont pas les mêmes dans toutes les arènes, il ne fait pas honneur à la catégorie et à la grandeur de la Maestranza acquises au fil du temps, au cours de son Histoire, aussi placide que celui du Guadalquivir.

L’association des abonnés de la capitale andalouse a demandé à plusieurs reprises la destitution de ce monsieur auprès de la délégation concernée de la région autonome d’Andalousie. La nouvelle administration a jugé bon de le maintenir à un poste qu’il occupe comme titulaire depuis 2015. Entre rite et spectacle, les politiques, quels qu’ils soient, ont décidé : qu’on donne à la vox populi ce qu’elle souhaite faisant fi s’il le faut de l’éthique. Le populisme est partout, chez ceux qui nous honnissent comme chez ceux qui sont censés nous défendre. Méfions-nous de tous et – excusez la digression – en particulier de VOX qui ne nous rend pas une fière chandelle (même si son surgissement peut se comprendre comme une réaction aux positions ambigües ou clivantes de Podemos tant sur le plan culturel que sur le plan territorial). En dévalorisant la Maestranza, Monsieur Luque dévalorise la tauromachie, cette « Corrida plebéienne » pour reprendre un titre récent de Mundotoro à propos de celle de don Victorino, ce maquignon on ne plus roturier ayant gagné ses lettres de noblesse par le travail des champs. El señor Luque avait pris la décision de gracier Cobradiezmos dudit élevage en 2016 et comparé à l’indulto d’Arrojado de Cuvillo cinq années auparavant celui-ci n’avait rien de scandaleux mais peut-être s’est-il senti pousser des ailes car celui de l’an dernier par ce même président et par El Juli à Orgullito de Garcigrande (mort six mois plus tard tué par un congénère) est une honte qui vient entériner la suprématie de la noblesse mollasse sur la bravoure authentique. C’est à ce moment là que Séville a définitivement coulé, succombant aux voies d’eaux répétées. Tous, l’empresa comme les très influents maestrantes, ont mangé dans la main du Juli après son boycott sévillan, deux années durant. Que Monsieur Julián López préfère toréer du bétail de demi-caste nommé Garcigrande, libre à lui, grâce à sa catégorie professionnelle. Qu’il impose ses critères aux juges, NON ! Et il y aurait d’autres choses à dire, comme la présentation de certaines corridas ou l’attribution de trophées qui font de la Maestranza une arène de plus, un des éléments clefs d’une Champion’s League taurine purement mercantiliste. Notons simplement cette oreille protestée lors de la dernière Porte du Prince du Juli ou cette deuxième au dernier toro d’Aguado qui assombrit son triomphe au lieu de le mettre en valeur. La répétition exclue l’erreur, on est là dans une idéologie nous étant nuisible. Bravo Monsieur Luque vous êtes le véritable protagoniste de la feria, étant entendu que les toreros disent généralement cela des présidents peu complaisants. Vous avez fait très fort car vous avez largement dépassé le rubicond. Les toreros vont sans doute vous demander par contrat… si ce n’est pas déjà le cas.

[1] bateau de Magellan qui y revint en 1522 pour y conclure la toute première circumnavigation


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