D’opéra en opéra…

Billet de blog rédigé à partir du travail d’Annabelle C., élève de 2nde « Patrimoines/ Histoire des Arts » à l’issue de la visite de l’opéra de Saint-Etienne en avril. La partie sur l’Opéra Garnier lui a été adjointe en complément.

Extérieur de l’Opéra de Saint Etienne

Visite de l’Opéra de Saint-Etienne

Le mardi 9 avril, dans le cadre de notre EDE Patrimoines-Histoire des Arts, nous avons suivi une visite de l’Opéra de Saint-Étienne.

Le tout premier théâtre à Saint-Étienne aurait ouvert en 1765 Place Chavanelle. Il pouvait accueillir 200 personnes. La passion croissante des stéphanois pour l’art lyrique explique qu’à partir de 1810 de nombreuses salles dédiées à cette passion fleurissent alors à Saint-Étienne.

L’Opéra de Saint-Etienne au début du XXème siècle, place des Ursules

En 1810 justement, un premier théâtre est construit à Saint-Étienne par Réocreux. Mais, avec le temps, il est jugé insalubre et trop petit. Aussi fermera-t-il ses portes en 1853, date à laquelle le théâtre municipal est par ailleurs construit Place des Ursules par l’architecte Exbrayat. Malheureusement, le bâtiment est détruit par un incendie en 1928.

Incendie de l’opéra des Ursules

En 1969, on inaugure la Maison de la Culture et des Loisirs qui s’inscrit dans la politique culturelle menée par André Malraux. Elle comporte deux salles : le Grand Théâtre Massenet (1200 places) et le Théâtre Copeau (300 places). En 1994, la Maison de la Culture est renommée « L’Esplanade » ; en 1998, un incendie criminel détruit le Grand Théâtre Massenet et il faut attendre de longs mois pour que les stéphanois puissent reprendre le chemin du Jardin des Plantes!

Incendie de l’opéra de Saint Etienne en 1998

En 2006, « L’Esplanade » devient « l’Opéra Théâtre » de Saint-Étienne et accueille aussi bien des spectacles lyriques que des pièces de théâtre ou des ballets. Depuis 2015, « l’Opéra Théâtre » est finalement renommé, en toute simplicité, « Opéra de Saint-Etienne »! L’Opéra de Saint-Etienne est donc le symbole de 200 ans d’art lyrique, possédant ses propres ateliers de création dans ses 36 000m2. Nous avons eu la chance et le plaisir de pouvoir visiter les ateliers et de voir les « petites mains » de l’opéra à l’oeuvre. Lors de notre visite, le décor de Cendrillon était en pleine préparation. Nous avons pu échanger avec la costumière qui nous a parlé de son parcours et de son travail.

Grand Théâtre Massenet de l’opéra de Saint Etienne

L’histoire d’une production

Il faut au moins deux ans pour produire un spectacle à l’opéra.  Le directeur général et artistique détermine donc très en amont  les titres qu’il entend programmer… deux ans plus tarde! Pour un spectacle, il choisit alors un metteur en scène et un chef d’orchestre. Le metteur en scène se chargera de choisir un scénographe-décorateur, un costumier et un éclairagiste. La direction artistique va également procéder à des auditions solistes afin d’attribuer les rôles.

Huit mois avant la présentation au public, l’équipe artistique présente les décors ainsi que les costumes sous forme de maquettes. Le directeur technique, les responsables des ateliers de construction, de décorations et de couture conseillent les maîtres d’œuvre pour définir les techniques et les matériaux les plus adaptés.

Deux mois avant, on construit les décors et on confectionne les costumes. La réalisation du décor débute dans les ateliers de construction. Les grandes parties des décors sont conçus tels des puzzles pour faciliter leur manipulation sur scène. Quant aux costumes, le costumier et la chef-costumière procèdent à l’échantillonnage des étoffes. Une fois que les tissus sont sélectionnés, ils élaborent les patrons des costumes.

Six semaines avant, les artistes arrivent sur place et les répétitions débutent. Ces séances de répétition sont consacrées uniquement aux musicales. Elles se déroulent en quatre étapes essentielles :

  • les « mises en scène piano » où les artistes s’entraînent accompagnés uniquement de piano
  • la « générale piano » qui est la dernière répétition sans l’orchestre. Les maîtres d’œuvre peuvent apporter les derniers ajustements.
  • « l’italienne » : les artistes et l’orchestre travaillent ensemble sans costumes ni maquillage.
  • la « générale » est l’ultime répétition. Il y a les mêmes conditions que lors de la première du spectacle.

Salle Massenet

La scène du Grand théâtre Massenet

Ce théâtre est composé de plusieurs parties :

  • Le plateau/la scène qui est le point central entre le côté jardin et cour
  • L’avant-scène qui est la parie la plus proche du public
  • La fosse d’orchestre, qui est une cavité devant le plateau
  • Les cintres qui sont dans la partie supérieure de la cage de scène comprenant les équipements de machineries qui permettent de faire apparaitre des décors.

Visite de l’Opéra Garnier.

A l’occasion d’une journée passée à Paris le 2 mai, les élèves des options HIDA du lycée ont pu découvrir les fastes de l’Opéra Garnier voulu par l’empereur Napoléon III et inauguré après son abdication en 1875. Le concours architectural est lancé en 1860 ; Eugène Viollet-le-Duc et le tout jeune Charles Garnier y participent. C’est finalement ce dernier qui remporte le concours en 1861. Les travaux sont lancés en 1861-1862 mais rencontrent rapidement des obstacles : une nappe phréatique est découverte sur le site et ralentit le chantier. En 1867, on dévoile la façade à l’occasion de l’Exposition Universelle mais les travaux ne sont achevés qu’en 1875.

Charles Garnier (1825-1898), architecte

Le bâtiment est fastueux, l’architecte ayant eu recours à des matériaux nobles de grand prix : on ne compte pas le nombre de tonnes de marbres issus de 30 carrières différentes! Marbre rouge pour les colonnes, marbre blanc de carrare pour les chapiteaux… Et puis la mosaïque polychrome… C’est le grand escalier qui, d’emblée, plonge dans l’atmosphère un peu surannée de la fin du XIXème siècle. Le Grand foyer de l’opéra avec sa vue dégagée sur l’Avenue de l’Opéra et le Louvre vous coupe le souffle… Comme un petit aire de « Galerie des Glaces »!

L’Opéra en construction dans les années 1860

Façade principale de l’Opéra Garnier qui donne sur l’avenue de l’Opéra et le Louvre

Quant à la salle, elle à l’italienne, toute de pourpre et de dorure… La coupole de Marc Chagall commandée par Malraux dans les années 1960 apporte un peu de légèreté dans cet espace pour le moins chargé!

Grande Salle de l’Opéra Garnier

Le jour de notre venue, un ballet était en préparation et c’est dans la quasi obscurité que nous avons découvert la Grande Salle… Ce qui ne fut pas sans rajouter un peu de magie!

Escalier d’honneur de l’Opéra

Grand Foyer de l’Opéra Garnier

Et à la fin… c’est à Paris qu’on va!!

Billet de blog rédigé par Kim B, élève de terminale inscrite en option facultative à l’issue de la journée passée à Paris au cours de laquelle les élèves ont pu visiter le Musée d’Orsay et l’Opéra Garnier.

Le groupe l’entrée d’Orsay en compagnie de Julia Bihel, étudiante à l’Ecole du Louvre

Le 2 mai 2019, nous avons eu la chance de nous rendre à Paris pour découvrir la riche et belle exposition permanente du Musée d’Orsay.

Façade Nord de la Gare/Musée d’Orsay

Il est important de rappeler que le Musée d’Orsay est initialement une gare construite à partir de 1898 sur les plans de Victor Laloux. Ce dernier est mandaté par la Compagnie d’Orléans pour édifier sa « tête de ligne » en lieu et place de l’ancienne Cour des Comptes ravagée par un incendie durant la Commune de 1871 (soulèvement des Parisiens contre le gouvernement d’Adolphe Thiers qui se traduisit par de grands incendies dans Paris, notamment ceux de l’Hôtel de Ville et du Palais des Tuileries).

Laloux s’inscrit dans la jeune tradition de l’architecture ferroviaire en construisant un bâtiment dont la structure est en acier et en verre. Cependant, afin de respecter l’harmonie du quartier, dont les bâtiments sont construits en pierre calcaire, l’architecte a choisi de faire une façade en pierre de taille avec des murs non-porteurs ; c’est ce qu’on appelle en architecture une façade « rideau ».

La Gare d’Orsay

La gare n’étant desservie que par des locomotives électriques, il n’y a pas d’émanations de fumées ; aussi l’architecte peut-il imaginer un vaisseau fermé (ce qui diffère sensiblement des autres gares parisiennes dont les halls sont ouverts à tous les vents!) dont les voutes sont percées de verrières et décorées de caissons colorés. L’ambition de Victor Laloux est par ailleurs de créer des espaces les plus confortables et luxueux possibles, plus luxueux que ceux d’une gare traditionnelle, la salle de réception témoigne de cette ambition. Le peintre Edouard Détaille va même dire, avec un sens aigüe de la prémonition, que ce bâtiment a plus l’air d’un musée des Beaux-Arts que d’une gare! Quoi qu’il en soit, la gare d’Orsay et son hôtel sont inaugurés juste avant l’Exposition Universelle, le 14 juillet 1900. Les statues du rhinocéros et du cheval qui sont présentées devant le musée en témoignent : elles étaient à l’origine devant le Palais du Trocadéro (aujourd’hui détruit) construit, lui aussi, pour l’Exposition Universelle.

Le Rhinocéros d’Orsay autrefois installé sur le parvis du Trocadéro

De 1900 à 1939, la gare est très active et sert de terminus aux trains qui viennent du Sud-Ouest de la France. Malgré sa modernité, elle est rapidement dépassée par l’évolution du chemin de fer, et, à partir de 1939, la longueur de ses quais n’est plus adaptée aux trains qui ont beaucoup évolué ; elle est donc obligée de fermer. Elle devient alors centre d’expédition puis accueille des réfugiés à la Libération avant de devenir un théâtre. Un projet de destruction est envisagé en 1971. Mais l’émoi et la colère suscités chez les Parisiens par la destruction des halles de Baltard (tout de verre et d’acier également) changent la donne et l’idée de transformer la gare en musée se fait jour. Et ce d’autant qu’à l’époque, on ne savait plus où mettre les oeuvres des peintres impressionnistes.

L’horloge d’Orsay : un rappel de la fonction première du bâtiment

Il a ainsi fallu convaincre les politiciens, Jean Chatelain, qui été le directeur des musées de France, mais aussi Jacques Duhamel, ministre de la culture. La décision officielle de la construction du Musée d’Orsay est prise le 20 octobre 1977. En 1978 le bâtiment est classé monument historique, et c’est à partir de ce moment que commencent les travaux de transformation de la gare en musée. Ils durent de 1978 à 1986 et sont confiés à une équipe de trois jeunes architectes, Pierre Colboc, Renaud Bardon et Jean-Paul Philippon, de plus, l’italienne Gae Aulenti s’est occupée de l’aménagement intérieur. L’objectif était de conserver une oeuvre architecturale de 1900 en l’adaptant à une nouvelle fonction, celle d’être un musée à vocation internationale. En ce sens ce projet est précurseur puisque c’est la première fois qu’une architecture industrielle est adaptée pour accueillir un grand musée.

La grande nef du Musée d’Orsay

Le musée est inauguré en 1986 par le Président François Mitterrand (bien que le projet ait été initié par son prédécesseur, Valéry Giscard-d’Estaing) qui aurait voulu qu’une empreinte socio-historique apparaisse dans le musée avec l’installation d’une locomotive du Creusot mais les conservateurs ont été réticents et cette locomotive n’est jamais entrée en gare!

Vue des salles d’exposition du Nouvel Orsay dont la scénographie a été repensée au début des années 2010

La collection se forme à partir de trois grands musées : le Louvre, le Musée du Jeu de Paume et le Musée d’Art Moderne sans compter certaines des oeuvres du Musée du Luxembourg qui font l’objet de dépôts dans le musée. L’originalité du Musée d’Orsay se trouve dans le fait qu’il est est un musée interdisciplinaire : nous pouvons y trouver de la peinture, des arts graphiques, de la sculpture, des arts décoratifs (ce qui est à la fois utilitaire et artistique comme le mobilier ou encore les objets d’art), de nombreuses maquettes, mais également de nombreuses expositions temporaires sur la littérature, la musique, le cinéma. C’est également le premier musée des Beaux-Arts où est présentée pour la première fois la photographie. Avant 1986, la photographie n’était en effet pas considérée comme un art à part entière.

Le thème de notre visite portait sur « L’art comme reflet de la société » et notamment durant la deuxième moitié du XIXème siècle. Parmi les artistes qui nous ont été présentés, il y a Jean-François Millet, avec son célèbre tableau Les Glaneuses réalisé en 1857.

Jean-François Millet (1814-1875)
Des glaneuses dit aussi Les glaneuses, 1857
Huile sur toile, H. 83,5 ; L. 110 cm
© RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Jean Schormans

Sur cette toile, il a su représenter la société paysanne de son époque. Rappelons d’ailleurs que Millet est surnommé le « peintre des paysans » car il a à coeur de représenter une société paysanne vivant dans des conditions difficiles et précaires. En effet, les terres appartenaient à de grands propriétaires et effectuaient ainsi pour eux les « travaux manuels » que les personnes aisées refusaient d’exécuter. Ainsi, à travers cette toile, il choisit de représenter des femmes en train de glaner, activité qui consistait à ramasser les restes d’épis de blé après la récolte pour améliorer leurs difficiles repas familiaux. Elles demandaient l’autorisation pour effectuer ces tâches, nous pouvons d’ailleurs observer au loin un homme haut placé (un régisseur) sur son cheval en train de surveiller chacun de leurs faits et gestes. Elles devaient en effet effectuer cette activité avant le couché du soleil. Millet a choisi de ne pas représenter de visages concrets à travers cette toile pour que chaque femme la voyant et travaillant dans les champs puisse s’y identifier. Nous pouvons cependant remarquer qu’elles sont toutes bronzées, à l’époque cette caractéristique était un marqueur social puisque les personnes travaillant en extérieur, dans les champs, étaient souvent bronzées tandis que les femmes de la ville avaient la peau blanchâtre, signe d’une vie aisée. De son vivant, les tableaux de Millet eurent peu de succès car les acheteurs potentiels était des bourgeois citadins qui ne manifestaient aucun intérêt pour ces scènes paysannes éloignées de leur quotidien et de leur préoccupations.

Nave Nave Mahana au MBA!

Le 18 mars dernier, les élèves d’option facultative et d’enseignement de spécialité ont (re)découvert le Musée de Beaux Arts de Lyon et ont effectué une plongée dans l’art européen au tournant des XIXème et XXème siècles. Erin V., élève de 1ère HIDA Spé, partage avec nous ses impressions et son coup de coeur.

À l’occasion de la visite du musée des Beaux Arts de Lyon le 18 mars dernier, l’ensemble des élèves suivant l’enseignement d’Histoire des Arts ont pris conscience des évolutions artistiques survenues au tournant des XIXème et XXème siècles.

Cette visite a été particulièrement instructive grâce à notre médiatrice,  Marion Falaise, dont la passion pour l’art fut communicative et l’envie de partager son (immense) savoir tout à fait palpable.

Auguste Rodin (1840-1917), La tentation de Saint Antoine, avant 1900, marbre, 62 cm X 97 cm X 74,5 cm, MBA de Lyon

La visite s’est organisée chronologiquement, commençant avec La tentation de Saint-Antoine d’Auguste Rodin (vers 1889), et se terminant avec Femme assise sur la plage que Pablo Picasso a peint en 1937. Notre médiatrice a particulièrement insisté sur le courant impressionniste et nous nous sommes longuement arrêtés sur Mer agitée à Etretat, une huile sur toile de Claude Monet de 1883.

Claude Monet (1840-1926), Mer agitée à Etretat, 1883, huile sur toile, 81,4 cm X 100,4 cm, MBA de Lyon

Cependant, c’est une autre oeuvre qui a retenu mon attention ; elle vous est déjà sûrement connue.

Paul Gauguin (1848-1903), Nave nave mahana, 1896, huile sur toile, 95 cm X 130,2 cm, MBA de Lyon

Ce tableau a été peint en 1896 par Paul Gauguin à Tahiti. Son titre, Nave Nave Mahana signifie « Jours délicieux » en langue vernaculaire. Cette peinture n’est pas réaliste et refuse tout code académique. Les ombres ne sont pas représentées, hormis celles sur le corps mais il n’y à pas d’ombres portées. De plus, Gauguin entoure chaque visage de traits noirs et les proportions des personnages par rapport aux végétaux ou à leur âge ne sont pas respectées. Dans son œuvre, Gauguin évoque une vision intérieure exotique et intemporelle à partir de ce qu’il perçoit autour de lui : entre idéal poétique et pesanteur mélancolique, entre délice et tristesse. Figées, lointaines, silencieuses, les yeux baissés, les visages graves, ces figures ne composent-elles pas une représentation révélatrice de l’isolement de l’artiste, malade à cette époque ?

À propos de ce tableau, Gauguin écrit dans son journal : « La figure principale sera une femme se transformant en statue, conservant la vie pourtant, mais devenant idole. Elle se détachera sur un bouquet d’arbres comme il n’en pousse pas sur la Terre mais au paradis. De toute part, les fleurs qui embaument surgissent. Les enfants s’ébattent dans le jardin, les jeunes filles cueillent des fruits. L’atmosphère du tableau doit être grave comme une évocation religieuse ».

J’ai apprécié cette visite autant pour son contenu que pour sa forme, et je remercie l’équipe de professeurs pour cette magnifique plongée au sein du musée des Beaux Arts !