Les relictes sont-elles des « fossiles vivants » ? …

Le concept de  relicte ou « fossile vivant » est fascinant mais à manier avec précaution:

Des chercheurs français de l’Institut de Systématique, Evolution et Biodiversité – ISYEB (Muséum national d’Histoire naturelle/CNRS/UPMC/EPHE/IRD) et un chercheur néo-zélandais publient le 1er décembre 2014 dans la revue Trends in Ecology and Evolution, un article sur les problématiques d’analyses et les prudentes méthodologies d’étude à appliquer auprès des espèces relictes.

Les espèces relictes  ?

Les espèces relictes sont des espèces vivantes que l’on croyait éteintes et qui « sembleraient  » ne pas avoir évolué.

espèce relicte: le tuatara

Une espèce relicte: le tuatara  auteur Keresh

 

Nous les considérons souvent comme  des « fossiles vivants » (terme employé par Darwin), de véritables  espèces survivantes des temps anciens.

Plus précisément, les grands groupes d’organismes  auxquels elles appartenaient  étaient autrefois très répandus et ont aujourd’hui presque complètement disparus.

 

En 1859, dans l’Origine des espèces, Darwin écrivait à propos des fossiles vivants :

« Or, c’est dans l’eau douce que nous trouvons sept genres de poissons ganoïdes, restes d’un ordre autrefois prépondérant ; c’est également dans l’eau douce que nous trouvons quelques-unes des formes les plus anormales que l’on connaisse dans le monde, l’Ornithorynque et le Lépidosirène, par exemple, qui, comme certains animaux fossiles, constituent jusqu’à un certain point une transition entre des ordres aujourd’hui profondément séparés dans l’échelle de la nature. On pourrait appeler ces formes anormales de véritables fossiles vivants ; si elles se sont conservées jusqu’à notre époque, c’est qu’elles ont habité une région isolée, et qu’elles ont été exposées à une concurrence moins variée et, par conséquent, moins vive. (1859, Chapitre 4. Circonstances favorables à la production de nouvelles formes par la sélection naturelle.) « source Dinosauria

Quelques exemples d’espèces relictes : l’Ornithorynque, le Ginkgo, le Tuatara…

une espèce relicte : l'arbre aux mille écus,  ginko biloba

une espèce relicte : l’arbre aux quarante écus, le Ginkgo biloba . Auteur Tomasz Kuran aka Meteor2017 

De nombreux travaux présument souvent à tort que les relictes auraient gardé des caractères ancestraux ou qu’elles attesteraient de la permanence des peuplements dans leur localité de vie actuelle.

L’article publié aujourd’hui  par le CNRS montre que de telles hypothèses sont souvent démenties par des analyses statistiques prudentes basées sur les arbres de parenté moléculaires (phylogénies) et l’étude des fossiles (paléontologie).

Un article du muséum de Toulouse sur le cœlacanthe précise:

556px-Coelacanth1« Les espèces actuelles présentent de grandes ressemblances morphologiques avec les fossiles datant d’au moins 300 millions d’années. C’est ce qu’on a coutume d’appeler, selon une expression employée par Darwin, un « fossile vivant ». Aujourd’hui, cependant, beaucoup de biologistes rejettent ce terme car les créationnistes l’utilisent pour nier l’évolution. En effet, si l’aspect morphologique des cœlacanthes n’a pas beaucoup changé, il n’en est rien de leur génome, comme en atteste en particulier un article récent. Les auteurs suggèrent que l’absence de prédateurs et un environnement très calme pourraient rendre compte de cet apparent « immobilisme ». source Muséum de Toulouse « Moi le cœlacanthe, un fossile vivant ? Quelle hérésie ! »

Voir l’article: Evolution: le génome du cœlacanthe africain dévoilé….

Reconstituer le passé?

Ce travail est très délicat car nous possédons souvent que des bribes d’informations sur les processus évolutifs.

« Ces informations doivent être contrôlées par des échantillonnages et des analyses statistiques appropriés, comme si elles résultaient d’une expérience de laboratoire conduite avec un protocole construit a priori.L’origine récente ou ancienne de la relicte, ou la représentativité de sa localisation géographique, ne sont pas connues a priori et devraient être prudemment documentées. »source CNRS

Etudier en détail la relicte:

« Leur étude permet de documenter la pluralité des dynamiques de diversification ou d’extinction dans différents groupes d’organismes. Elles ont en outre une valeur « patrimoniale » exceptionnelle dans la conservation de la biodiversité puisqu’elles sont les uniques représentantes de vastes groupes d’organismes presque totalement disparus. » source CNRS

Télécharger le communiqué du CNRS: communique_de_presse_espece_relicte_ou_fossile_vivant_museum_national_d_histoire_naturelle(1)

Evolution: le génome du cœlacanthe africain dévoilé….

Le génome du cœlacanthe vient d’être séquencé par une équipe internationale….

Quelques précisions ont  sur le cœlacanthe :

on pensait que le cœlacanthe était éteint depuis 70 MA: Les fossiles connus  étaient  datés de – 400 à – 70 millions d’années ( pas de fossiles découverts entre – 70 millions d’années et nos jours )…

Les paléontologues pensaient donc que les cœlacanthes avaient disparu  au cours de la crise Crétacé-Tertiaire( il y a -65 millions d’années ).

Quelle énorme surprise fut la découverte d’un spécimen actuel en 1938 !
Marjory Latimer  le découvrit dans un chalutier: c’était  un poisson de 2 m de long et de couleur bleue , pêché au large de l’archipel des Comores.

Le cœlacanthe est-il une forme intermédiaire entre les poissons et les tétrapodes ( vertébrés avec deux paires de membres et à respiration pulmonaire, incluant les amphibiens, les oiseaux, les reptiles et les mammifères dont l’homme) ?

Le cœlacanthe possède des branchies et des poumons; le squelette interne de ses nageoires paires montre un agencement des os comparable à celui des tétrapodes.

 

 

 

 

NB: D’autres poissons, les dipneustes, « lung fish »,  possèdent à la fois des poumons et des branchies : ils vivent dans les lacs mais peuvent également vivre hors de l’eau.

Trois genres de Dipneustes: Neoceratodus (Australie), Protopterus (Afrique centrale) et Lepidosiren (Amazonie) existent aujourd’hui. Ils  furent  abondants dans les eaux douces au Mésozoïque (ère secondaire de – 251 MA à  — 65,5 Ma), en milieu marin au Dévonien(-400 à -362 MA).

File:G?tehal.jpg

Protopterus annectens at Paris Aquarium Auteur:Mathae

Ces formes intermédiaires permettraient-elles  de situer l’origine des vertébrés tétrapodes chez les poissons?

http://www.dailymotion.com/video/xoe31d

Que montre le séquençage de l’ ADN du cœlacanthe africain, Latimeria chalumnae. publié le 17 Avril 2013  ?

Les résultats de l’étude fournissent de nouveaux aperçus sur l’histoire évolutive du cœlacanthe africain et d’éventuels indices sur la façon dont les créatures aquatiques sont passées à la vie sur terre.

L’étude révèle que les dipneustes, des poissons à poumons, sont plus proches des tétrapodes que les cœlacanthes

Le séquençage du génome de la seconde espèce connue de cœlacanthe, le cœlacanthe Indonésien, devrait permettre d’affiner la compréhension de l’évolution des gènes …..

« le génome du coelacanthe contient environ 25% d’éléments transposables. Les transposons sont des séquences d’ADN mobiles et répétées qui peuvent induire des mutations et sont considérées comme des moteurs puissants de l’évolution et de la biodiversité. Les analyses démontrent que le coelacanthe contient en fait plus de familles différentes d’éléments transposables que les oiseaux et les mammifères, certaines de ces familles ayant été actives pendant l’évolution du coelacanthe et ayant façonné de manière significative son génome. Ainsi, ce dernier ne peut être considéré comme inerte au niveau évolutif malgré l’apparente absence de changements morphologiques majeurs pendant l’évolution. Cette observation questionne donc l’impact des éléments transposables sur l’évolution morphologique du coelacanthe. Le séquençage du génome de la seconde espèce connue de coelacanthe, le coelacanthe Indonésien, devrait permettre d’affiner la compréhension de l’évolution des gènes et des éléments transposables dans le génome de ce fossile vivant. »

Voir  le Communiqué du CNRS 17 Avril 2013, en anglais sur Nature.com