Les compétences fondamentales de l’apprentissage à distance.

Pour moi, deux compétences sont fondamentales pour réussir son apprentissage à distance : l’auto-discipline et l’organisation.

C’est le bilan que je tire de mes années d’expérience. Après avoir passé le CAPES d’allemand en suivant les cours à l’Université (Paris X Nanterre), j’ai repris mes études en 1992 pour préparer l’Agrégation d’allemand. Mais en 1992, je travaillais déjà : j’ai pris un petit temps partiel passant de 18 à 15 heures hebdomadaires. Une fois par semaine, je suivais les cours magistraux dispensés à l’Université de Paris IV. En même temps, j’étais inscrite au CNED où je rendais régulièrement mes entrainements. En 2004, j’ai repris des études d’histoire à l’UCBN auprès de ce qui s’appelait à l’époque le CTEU : Centre de Téléenseignement Universitaire. Nous recevions des cours par courrier et avions une séance par trimestre en présentiel pour chacun des modules. J’ai ensuite préparé une Agrégation d’histoire uniquement avec le CNED. A partir de 2012, mon intérêt pour le numérique s’est développé et j’ai suivi des Moocs : le premier d’entre eux Itypa. Je vous invite à lire ce que j’ai pensé de ces nouvelles manières d’apprendre sur le moment.

J’ai donc une longue expérience de l’enseignement à distance. Certes elle est portée par une motivation personnelle et une grosse curiosité intellectuelle. Mais à chaque fois, ce qui a fait la différence, c’est l’auto-discipline et l’organisation.

L’auto-discipline, c’est tout simplement se lever le matin et s’y mettre. Ou se fixer des créneaux dans la semaine consacrés exclusivement à l’apprentissage. Sans se laisser interrompre ou pire encore distraire. Car seule la régularité et la persévérance payent. Une fois trouvés le rythme et l’espace, l’apprentissage se déroule facilement. C’est comme si on se fixait un rendez-vous régulier avec quelque chose, éventuellement avec soi-même quand l’apprentissage à distance est choisi. Et à un moment, ceci devient une habitude.

L’organisation, c’est fixer des limites à ce temps qu’on met à part. Une fois ce temps écoulé, on ferme la porte et on prend en compte toutes les autres facettes de sa vie, qui sont aussi importantes et vitales. L’organisation, c’est l’art de trouver son équilibre intérieur entre la tâche qu’on se donne, le quotidien et sa vie personnelle.

Quand le confinement lié à la covid 19 a été mis en place et nous a forcés à pratiquer l’enseignement à distance, ce sont ces deux compétences là, à savoir, l’auto-discipline et l’organisation que j’ai visées. Avec deux objectifs phares : premièrement mettre en œuvre tous les moyens à ma disposition pour que les élèves s’y mettent, ce qui a impliqué non seulement la mise en ligne de contenus mais aussi d’activités diverses à rendre. Deuxièmement les accompagner dans leur organisation, en publiant les contenus avec régularité, en vérifiant leur travail et en les rappelant à l’ordre en cas d’oubli. Jusqu’aux vacances de printemps, ce suivi a fonctionné. Il devient plus difficile à mesure que les jours fériés s’enchainent, que les bulletins sont faits et que les conseils de classe ont lieu. Mais je suis fière de ce que certain(e)s ont appris durant cette période. Car s’il est important de s’intéresser aux décrocheurs, ceux qui se sont challengés méritent aussi notre attention.

Enseigner par temps de confinement : pourquoi j’ai aimé.

Oui, j’ai aimé enseigner par temps de confinement pour trois raisons :

  1. D’abord parce que je considère cette expérience comme un recentrage sur le coeur de mon métier à savoir l’enseignement et l’apprentissage.

  2. Ensuite parce que ce temps m’a permis d’explorer d’autres manières de faire apprendre.

  3. Enfin parce que cette distance physique a permis des échanges individuels plus suivis avec les élèves.

Pour ce qui est du recentrage sur l’enseigner et l’apprendre, il s’est imposé dès l’annonce du confinement. Les questions essentielles à ce moment-là étaient : qu’est-ce que je vais proposer aux élèves, quel enseignement vais-je délivrer pour qu’ils conservent des habitudes d’apprentissage ? Comment vais-je m’y prendre ? Avec quels supports ? Diffusés comment ? Concrètement, c’était une libération par rapport aux tâches administratives et matérielles habituelles. Pas de photocopies à faire sur une photocopieuse en panne, par exemple. Ou pas d’information sur la prochaine portes ouvertes à faire passer aux élèves. Pas de choix cornélien non plus entre le fait d’assister à l’un de mes 17 conseils de classe ou faire cours. Juste enseigner et faire apprendre.

Ce temps à l’écart m’a aussi permis d’expérimenter des stratégies pédagogiques différentes. J’ai fait mes premières capsules vidéo. Parce que j’avais envie que la bonne prononciation accompagne les éléments de correction ou de synthèse de travaux soumis. J’ai aussi essayé ce que j’appelle aujourd’hui des mix : soumettre aux élèves des vidéos en allemand (lexicales, grammaticales, thématiques) à partir desquels ils doivent présenter un travail personnel. Par exemple, les secondes devaient présenter leur logement à partir de deux vidéos allemandes, l’une décrivant les différents types de logement et les différentes pièces, l’autre décrivant différentes chambres. L’objectif, les préparer à me raconter comment ils ont vécu le home-schooling.

Enfin, j’ai beaucoup apprécié une nouvelle forme d’échanges avec certain(e)s élèves, plus continu en fait, grâce au chat, aux mails et aux discussions sur le cahier de textes en ligne. Car quand un élève vous envoie un message et que vous y répondez, l’échange s’instaure en continu. Et même si vous reprenez cette discussion plus tard dans le temps, l’historique en a été gardé. Ce qui n’est pas le cas en présentiel. En classe, la communication est d’abord collective et peu se hasarderont à évoquer des choses personnelles devant le groupe classe : qui, devant ses camarades, osera dire qu’il n’a pas de traitement de textes à disposition ? De plus, les instants de dialogue en fin d’heure sont toujours tronqués, rapides, un peu volés. Car autant l’élève que le professeur doit se rendre vers le cours suivant, ou libérer la salle, ce qui implique, échanger dans le couloir.

Certes, la réflexion collective, le côté ruche de la salle de classe me manque. En même temps, quand je tends un miroir attentif à la situation d’enseignement par temps de confinement, j’y trouve des éléments de satisfaction. D’autres perspectives sur la pédagogie.

Confinement : un dispositif pédagogique 100 % FOAD.

Depuis le 16 mars 2020 que les écoles ont fermé et que les enseignants font cours à distance à l’aide du numérique, j’ai décidé de mettre en place un dispositif correspondant aux critères de la formation à distance (FOAD).

Concrètement cela signifie :

  1. Mise à disposition de contenus disciplinaires didactisés : des cours.

  2. Remise de travaux de la part des élèves : des mises en activité des élèves.

  3. Un accompagnement : permanence ENT du lundi au vendredi de 13 à 14 heures.

  4. Un suivi sur les travaux rendus : des bilans généraux s’adressant à tous, des corrections individuelles, et des exercices en correction automatique.

Pourquoi ces choix ?

  1. Parce qu’ils permettent d’utiliser les outils fournis par l’employeur, de tester leur potentiel mais aussi leurs limites. J’utilise donc l’ENT (environnement numérique de travail) et le gestionnaire de vie scolaire (nom commercial : Pronote / cahier de textes en ligne).

  2. Parce que c’était dans le droit fil des habitudes de travail de mes élèves. Tous mes cours sont sur l’ENT depuis plusieurs années. Je les publie au fur et à mesure de leur déroulement en classe. Il y a aussi des documents qui restent là toute l’année, voire sur les trois années de lycée. Par exemple, certaines fiches de grammaire, de vocabulaire, certains exercices en auto-évaluation. Partir de la base de travail habituelle permet de mieux gérer les adaptations nécessaires à une nouvelle manière d’apprendre. C’est une forme de continuité pédagogique formelle.

Pour quels objectifs ?

  1. Le premier objectif est de maintenir le contact avec les élèves.

  2. Le deuxième objectif est de maintenir des habitudes de travail intellectuel. Penser à l’après. Comment imagine-t-on le retour à la « normale » en septembre avec un certain nombre d’élèves qui n’aura pas fait d’effort d’apprentissage construit depuis le 16 mars ? On perd vite : autant l’habitude de travailler que les connaissances qui ne sont pas réactivées.

  3. Le troisième est d’accompagner et de suivre les élèves. Ceci est toujours plus facile avec des outils déjà utilisés auparavant. Parce que installer un nouveau logiciel, ouvrir un compte sur un / des nouveaux service(s) peut singulièrement compliquer la question de l’organisation du travail à distance de l’élève.

  4. Le quatrième objectif, c’est d’évaluer le potentiel et les limites de l’ENT et du cahier de textes en ligne. A mes yeux, les avantages de l’ENT sont considérables. Les élèves retrouvent leurs cours au fur et à mesure des semaines. Par exemple, les élèves en garde alternée qui se retrouvent une semaine sur deux sans connexion, ont accès aux contenus et aux travaux à faire indépendamment du moment où ceux-ci ont été postés contrairement au cahier de textes en ligne qui défile dans le temps. De mon côté, tous les travaux se retrouvent là ce qui me permet de centraliser mes contacts avec les élèves. Je plains mes collègues qui ont choisi de suivre leurs élèves par mail.

  5. Le cinquième objectif (qui me paraît le plus important) est l’observation.

    1. Observer les manières de travailler des élèves. Comment certains décrochent petit à petit (à cause de la masse de travail) et voir comment on peut les épauler. Comment d’autres construisent une forme d’auto-discipline qui augmente leur confiance en eux. Comment un grand nombre se sert d’autres outils numériques pour se faciliter la tâche : je pense ici au rôle des traducteurs ou des sous-titres des vidéos. Travailler alors la compréhension (écrite ou orale) devient un vrai challenge

    2. Observer la fréquentation et les habitudes de travail générées. Concrètement, au cours de ces quatre dernières semaines, j’ai gardé le contact avec les élèves qui avaient au minimum donné des nouvelles la première semaine. Petit à petit, ils se sont mis au travail, peut-être en « trichant », mais ce n’est pas grave. Ils étaient là et ont appris à mieux utiliser l’internet.

    3. Expérimenter l’accompagnement et le suivi des élèves sur des dispositifs simples et connus. Certains ont eu du mal. À cause d’un manque de littéracie numérique (certains savent juste envoyer des mails mais pas publier sur internet). À cause de problèmes logistiques (rendre des productions écrites quand on dispose uniquement du traitement de textes du téléphone portable n’est pas simple!). À cause de situations familiales complexes (être l’ainé d’une famille dont les deux parents sont réquisitionnés pour le coronavirus et ainsi faire la classe aux plus jeunes n’est pas évident!). Essentiellement à cause de difficultés d’organisation (certains ont voulu suivre l’emploi du temps habituel mais ne s’en sortaient pas. À peine rentrés dans une activité, ils en sortaient et laissaient leur premier travail en jachère).

Bref, j’ai cherché la simplicité numérique. Essentiellement parce que le travail à distance exige des compétences « douces » bien solides. À savoir : l’auto-discipline, le sens de l’organisation et la persévérance : une autre manière d’aborder la question de l’autonomie.

Mes fraises

Mes fraises

Depuis deux semaines maintenant, je cultive des fraises. A distance.

Dans un espace numérique de terrain (ENT) nouvellement configuré. Avec plein de nouvelles pousses qui ont produit des gourmands partout et ainsi saturé mon ENT habituel. Car nous sommes nombreux à cultiver les fraises sur les ENT. Des milliers, des millions d’heures de cours y poussent. Tout ce qui se déroule habituellement dans des salles de classe avec des enseignants et des élèves se retrouve aujourd’hui sur les ENT et ce n’est pas rien. Je connais quelqu’un qui a investi dans un cours payant au CNED et qui, en ce moment, n’a plus accès à ses contenus. Cette culture-là, ce n’est pas de la culture hors-sol, c’est de la culture en bande passante et en zones blanches.

Alors, je me suis mise à la recherche de mes fraises. En tout, j’en ai 121. Vendredi 20 mars 2020, j’en avais retrouvé 59 : 52 m’avait rendu leur mission de fraise, les 7 autres m’avaient juste donné un signe de vie. Le mercredi 25 mars 2020, j’en avais 99, il m’en manquait 22. Pour pouvoir les suivre, je me suis fait un tableau sur mon calculateur : 0 pour celles dont je n’ai pas de nouvelles, 1 pour celles dont j’ai des nouvelles par fraise interposée, 2 pour celles qui m’ont contactée directement, 3 pour celles qui ont effectué partiellement le travail, 4 pour celles qui l’ont fait en entier. En clair, cela veut dire que j’ai récolté 99 productions de petites fraises que j’ai regardées. J’ai fait part de mes fraises manquantes à mon grand jardinier de proximité. Il est allé à leur recherche avec son téléphone et mes petites fraises sont réapparues. Parmi elles, il y en a pour qui ce n’est pas facile. L, par exemple : ses deux parents sont réquisitionnés dans le cadre du covid 19, elle est l’ainée de trois enfants. C’est la grande fraise du lot : la continuité pédagogique dans ce contexte ne sera certainement pas simple. L, est en seconde, travaille, rencontre des difficultés mais fait actuellement la classe à sa petite soeur. Quelle orientation après le covid 19 ? Pour l’instant, c’est sa santé et son moral qui comptent, mais après ? Dommage collatéral ou rebond ?

Sinon, dans le cadre des épreuves communes de contrôle et de confinement (E3C), j’ai revu la configuration de mon grand jardin (ENT). En élaguant, selon le principe d’Umberto Ecco : pratiquer « l’art du filtrage », en pédagogie. Un dépôt par semaine, pour que mes petites fraises puissent s’organiser plus facilement, surtout si leurs parents sont en télétravail, surtout aussi parce que 25 % d’entre elles n’ont pas d’ordinateurs mais seulement un smartphone. Avec des formats facilement téléchargeables pour que les connexions ne s’épuisent pas (la 4G non plus) et que les petites fraises puissent accomplir leur mission de petites fraises tranquillement toutes seules et qu’elles me les renvoient en une seule fois sur l’ENT. Avec des corrections et des corrigés en retour. Et pour celles qui ont de la chance (la chance de pouvoir se connecter) une permanence à l’heure du dessert (de 13 heures à 14 heures) du lundi au vendredi : l’occasion de chatter en temps réel. C’est une façon non contagieuse de les saupoudrer de mots de présence.

Voilà donc comment ces deux dernières semaines, j’ai cultivé mes fraises. J’avais envie de vous les servir sur un plateau. Je vous laisse maintenant déguster.

La question des arborescences sur les plateformes de cours en ligne (ENT).

Depuis décembre, je « patine » avec l’ENT. L’une des raisons est la modification des arborescences de cours. En effet, les élèves rencontrent deux types de difficultés. La première est liée à l’usage de la version mobile de l’ENT. Plus l’arborescence est longue, moins elle est immédiatement visible sur l’écran petit format du smartphone et surtout moins on s’y retrouve. L’idéal est donc une arborescence complète qui tient en entier sur un seul écran. Le problème n’est pas mineur quand on sait qu’un quart des élèves n’ont pas d’ordinateur chez eux pour travailler. La seconde difficulté tient à la mauvaise maîtrise des arborescences par certains élèves. Un collègue avait attiré mon attention là-dessus. Cela se confirme et constitue une surcharge cognitive. Un apprentissage que l’on croit acquis ne l’est pas. Ainsi certains élèves ne retrouvent pas le cours sur lequel ils doivent travailler même si le chemin pour y accéder leur a été clairement expliqué et détaillé, même si un lien mène directement du cahier de textes en ligne au dossier.

J’ai donc repensé mes arborescences. J’en ai diminué la longueur. Désormais, elle ne dépasse pas cinq éléments, et si possible, j’essaie de m’en tenir à quatre éléments. Pour y arriver, j’ai créé un dossier archivage en fin de liste. C’est là que les élèves retrouvent leurs anciens cours qu’il m’arrive d’utiliser même en fin d’année. En tête de liste se trouve le dossier consacré au cours du moment. Entre les deux peuvent se trouver des dossiers spécifiques tels que grammaire ou compréhension orale. A l’intérieur du cours du moment, je procède de la même façon : quatre éléments, pas plus.

Cela signifie que sur l’Educ de Normandie, je n’utilise quasiment plus les utilitaires « fichier » ou « remarque », mais que je les ai remplacés par l’utilitaire « page » qui permet de faire des montages. Une première « page » donc accueille tous les documents utiles au cours. Une deuxième intitulée « Wörter » consigne les fiches de vocabulaire sous leurs différentes formes (audio en MP3 ou listes en PDF). Vient ensuite, si besoin, un dossier « exercices » et enfin une « remarque » qui permet de faire le secrétariat de cours.

Depuis deux semaines, je teste. Ce genre de test n’est pas évident car une organisation modifiée du cours et de son arborescence peut gêner les élèves à cause du changement d’habitude que cela génère. Comme par ailleurs, l’accès à nos salles informatiques est compliqué, voire impossible à certaines heures, je ne peux que difficilement voir par moi-même en situation réelle comment les élèves s’en sortent. Je peux encore moins les observer quand ils utilisent leurs portables car ils ne le font que de chez eux ne disposant pas de forfaits illimités. Il va donc falloir encore quelque temps avant d’obtenir un retour et de pouvoir évaluer l’impact de cette modification.

Je suis donc confrontée à trois problèmes. Le premier relève des compétences des élèves que nous croyons acquises et qui ne le sont pas, ici le repérage dans les arborescences. Le deuxième est didactique : il s’agit de trouver des solutions pour permettre aux élèves d’acquérir les compétences en question. Le troisième est purement et bêtement matériel : disposer des équipements permettant l’acquisition des dites compétences. Pour toutes ces raisons, l’expérimentation pédagogique de terrain prend donc souvent plus de temps qu’on ne l’imagine. D’autant que la question de la maîtrise des arborescences par les élèves me paraît encore plus complexe que ce que j’ai pu en percevoir pour l’instant.

Arborescence (à gauche) et « page » (à droite)

Utiliser les outils numériques en classe : mes principes pédagogiques de base.

La société (parents, enseignants, élèves et représentants de l’Education Nationale) pense que ses « digital natives » savent se servir des outils technologiques parce qu’ils sont nés avec. Observer l’attitude des élèves en classe prouve qu’il n’en est rien. Les jeunes ont besoin d’une initiation systématique à tous les sites et les logiciels utilisés en classe. J’ai donc systématisé les principes suivants.

Le questionnaire de début d’année :

En début d’année, je distribue un questionnaire à mes classes. Je veux savoir si mes élèves sont connectés et comment ils le sont. Ils me décrivent le matériel dont ils disposent, les logiciels qu’ils utilisent, les sites sur lesquels ils se rendent. S’ils n’ont pas internet, ce qui est rarissime, je m’organise aussitôt avec ma collègue documentaliste pour leur faire réserver un ordinateur sur une de leurs heures de permanence.

Des pratiques systématiquement cadrées :

Lorsque je commence à les emmener sur internet, je délimite très précisément les pages web à visiter. Car ils doivent apprendre à surfer dans la langue cible, en l’ocurence l’allemand. Il me paraît important qu’ils repèrent précisément ce qu’ils peuvent faire sur la page. J’utilise beaucoup les sites de la Deutsche Welle, la chaine publique de radio allemande destinée à l’étranger. Celle-ci permet aux internautes de télécharger en toute légalité des documents textes, audio ou vidéo. Mes élèves doivent donc apprendre à faire ces manipulations sur leur session dans un dossier destiné à l’usage exclusif de l’allemand.

Un accompagnement systématique lors de la phase de découverte :

Chaque nouvelle page, chaque nouvel outil fait d’abord l’objet d’une heure de cours en présentiel avec un tutoriel dédié. Puis, en devoir à la maison, ils doivent refaire à l’identique le même type de travail que celui réalisé en cours. Lors de la séance suivante, ils présentent leur travail et exposent les difficultés auxquelles ils se sont trouvés confrontés. Cette séance ne donne jamais lieu à évaluation.

Une directivité pleinement assumée :

Cette procédure paraît directive. Mais elle permet un certain nombre de choses.

  1. D’abord, elle génère de l’entraide entre élèves lors de la séance en plénière.

  2. Ensuite, elle génère des échanges entre élèves, entre professeur et élèves , lors de la séance « devoirs » où tout le monde peut parler de ce qui ne marche pas. J’adore le moment où le premier élève se lance pour dire « moi, je ne suis pas arrivé à faire cela ». Parce que c’est comme si un vent frais soufflait tout à coup dans l’espace classe. La parole se libère. On ose dire ce qui ne va pas et on remercie l’autre parce qu’il s’est lancé et a tellement bien exprimé ce qu’on n’arrivait pas à dire.

  3. Puis, elle permet d’identifier les difficultés réelles des élèves ainsi que les élèves réellement en difficulté sur le plan numérique et qui autrement n’auraient pas osé demander d’aide.

  4. Enfin, elle permet d’identifier les problèmes réels de connexion ou de virus, car il y en a. Les élèves sont alors particulièrement ravis de découvrir les plans B possibles ou bien l’existence du club informatique du lycée où ils pourront trouver des copains pour les épauler.

  5. C’est grâce à ce genre de séances qu’aujourd’hui je sais à quel point les virus pourrissent la vie numérique de nos jeunes et à quel point les vrais élèves geek sont rares. Arrêtons donc de surestimer les compétences de nos élèves.

Merci Twitter.

Ça y est : les dys arrivent dans les lycées d’enseignement général de centre-ville. Une réunion « PAI » s’est tenue, où nous avons glané quelques informations. Toute heureuse que mon blog de cours soit une aide pour notre dyslexique puisqu’il peut y retrouver la trace écrite des cours sans erreur, j’envoie un tweet de joie.

Et c’est là que je vis mon premier « miracle du réseau ». Des participants du #twittMOOC, enseignants eux-aussi, me donnent des noms de comptes à suivre sur le réseau. Les contacts sont fructueux et me font parvenir des informations ciblées. Pédagogiques d’abord : avec le logiciel « opendyslexic », une police open source qui facilite la lecture, avec le blog de C. Guerrieri qui permet de se faire rapidement et efficacement une idée des implications pédagogiques de la dyslexie. Institutionnelles ensuite avec des liens autant vers des partenaires précis que vers des textes officiels. Bilan : en deux heures, j’en sais autant que mon infirmière scolaire qui tente de débroussailler le terrain depuis l’an dernier mais uniquement par la voie administrative. Conclusion : il y a des jours où critiquer les réseaux sociaux peut ne pas paraître pertinent.

Quatre mois de blog de cours.

Mon blog de cours, c’est  « Germanistes leverriens » : https://lewebpedagogique.com/germanistesleverriens/

  1. Objectif initial :

    1. Résoudre le problème de la constitution d’une liste de documents pour l’oral du bac L.

    2. Une liste de documents, ce n’est plus seulement une liste de textes. Mais nous y ajoutons des documents audio et vidéo. Or ces derniers sont très difficiles à retrouver… dans un cahier.

    3. De plus, c’est l’élève qui se constitue cette liste de documents en les organisant autour de notions pour lesquelles il a défini des problématiques. Il fournit donc une liste personnalisée.

    4. L’an dernier, les documents à utiliser portait sur une seule année scolaire. Il s’agissait de la première année du nouveau bac. Cette année, on peut envisager que les élèves réutilisent des documents et des problématiques vues l’an passé puisque premières et terminales en langue ont le même programme défini comme celui du « cycle terminal ».

    5. L’ élève a donc besoin d’un lieu où sont mutualisées les ressources travaillées en classe.

  2. Une ressource adoptée par les élèves, et de plus, rapidement :

    1. Lors de la panne du LCS, le blog s’est avéré être un excellent plan B.

    2. Amélioration du dialogue avec les élèves :

      1. D’abord, j’ai demandé à un groupe habitué des nouvelles technologies de tester le blog. Ils l’ont tout de suite trouvé plus pratique, plus accessible et plus clair que le LCS.

      2. Puis des demandes diverses et variées ont émergé :

        1. Mettre en ligne les fiches de grammaire que je leur avais données l’an passé.

        2. Mettre en ligne les fiches de vocabulaire.

        3. Mettre les bilans d’heures de cours (que nous mettons en commun par ordinateur en fin de séance) sur le blog.

        4. Un élève de seconde qui programme déjà depuis quelques années m’a montré ce qu’il avait fait comme document d’aide à l’apprentissage du lexique. Je n’ai pas encore réussi à l’installer sur le blog. Mais nous y travaillons.

        5. Certains ont utilisé le blog pour des messages personnels concernant leur bulletin scolaire, mais comme je modère les commentaires a priori, rien n’est apparu.

    3. L’amélioration la plus nette concerne le rattrapage des cours par les élèves quand ils sont absents.

        1. Une de mes élèves a de gros soucis de santé, est toujours inscrite au lycée, mais ne vient que très rarement. Plus besoin de mail, ni de « passage » de cours par les camarades.

        2. Mes élèves de terminale sont issus de quatre classes différentes et souvent investis dans des projets de classe divers et variés. Quand « une classe » est absente, il lui est difficile de rattraper le cours puisqu’elle n’a pas de créneau commun avec les autres classes. Avant, ils attendaient de se retrouver dans le cours d’allemand. Aujourd’hui, je les vois avec des feuilles imprimées. Par ailleurs, avant une absence prévue, ils me demandent si je compte mettre sur le blog ce que les autres auront fait.

  3. Autres avantages pédagogiques :

    1. Le blog est un facilitateur de pédagogie inversée. Je peux désormais faire travailler mes élèves chez eux sur des bandes annonces de films intégrées dans le blog. Ils préparent chez eux la compréhension orale des documents que nous traitons ensuite en classe. A l’occasion, cela augmente leur temps d’exposition à la langue. Certains enregistrent certains documents audio libres d’accès tels que ceux de la Deutsche Welle sur leur téléphone connecté et les écoutent pendant leur temps de transport dans le car.

    2. Une de mes élèves a d’importants problèmes de santé. Elle est toujours inscrite chez nous, a passé déjà certaines épreuves de bac, mais ne vient pratiquement pas en cours. Elle bénéficie d’un PAI. Le blog lui permet de suivre ce qui se fait.

    3. J’ai utilisé le blog lors de la journée portes ouvertes de l’établissement : les parents étaient très intéressés et je pense qu’il y a là matière à réflexion.

    4. Autre point à voir : j’ai le sentiment que c’est un élément fédérateur entre les élèves de plusieurs classes et ce n’est peut-être pas un luxe en allemand.

  4. Deux bémols :

    1. Si les élèves trouvent le cours sur le blog, qu’adviendra-t-il de la prise de notes ? Mais la prise de notes facilite-t-elle la mémorisation et l’organisation de la pensée ? A voir.

    2. Le sentiment de solitude au sein de l’institution. Ce blog, je l’ai fait seule. D’où mon choix d’aller sur le web pédagogique dont l’assistance a toujours été efficace (je l’ai testée sur un autre blog, bien spammé pendant un certain temps, puis un peu difficile d’accès pour des raisons que j’ignore). Or, même si je me lance, j’ai besoin d’aide. On ne peut pas dire que sur le plan juridique ou technique mon employeur soit un réel soutien.

Un blog… pour les élèves.

C’est récurrent. Le cahier de textes en ligne est un bon outil pour rattraper une absence ponctuelle. Mais pas pour retrouver les documents travaillés en début d’année, trop annotés pour être utilisés au bac, voire perdus.

J’ai donc décidé de mettre mon cours en ligne, sur un blog du web pédagogique. En effet, ce support est aisément accessible à tout moment de l’année. Il comporte aussi des fonctionnalités permettant un travail collaboratif (commentaires, possibilités de contributions de la part des élèves…). En outre, on peut limiter l’accès de certains articles à un public restreint.

Sur ce blog qui s’appelle « germanistes leverriens », on trouvera essentiellement :

  1. Des documents de base. Protégés par un mot de passe. En effet, si, en classe, je peux dupliquer des documents au titre de l’exception pédagogique, je n’ai pas le droit de les diffuser à la planète entière via internet. Or la plupart de mes cours s’appuie sur des documents authentiques, souvent retravaillés par mes soins.

  2. Les documents accompagnant les premiers. Je les ai conçus moi-même. Je décide, pour l’instant, de les laisser accessibles à tous. D’avance, j’exprime ma reconnaissance à ceux et celles qui prendront la peine de me citer si jamais ils utilisent ces supports.

Il y aura aussi :

  1. des sujets de bac (pas nécessairement corrigés!)

  2. des fiches de vocabulaire

  3. des fiches de grammaire

  4. des fiches méthodologiques

  5. … et tout ce que les élèves me suggéreront d’y mettre.

Pour ce qui est de la dimension collaborative :

  1. Tous pourront rédiger des commentaires. Mais ceux-ci seront publiés uniquement après modération. (Je suis responsable de TOUT ce qui est publié sur le blog)

  2. Mes élèves pourront envoyer des contributions, mais elles-aussi seront publiées uniquement après lecture et approbation.

Tout cela avec l’espoir de créer un outil de collaboration agréable, utile, efficace et respectueux de la parole de tous.

La question de l’outil.

Les cartes heuristiques sont un outil numérique pédagogiquement intéressant. Elles gagnent d’autant plus en efficacité que les élèves les élaborent eux-mêmes.

Sauf que, techniquement et dans le cadre de l’institution, les choses ne sont pas aussi simples.

  • D’abord parce que, si les ordinateurs personnels des lycéens sont tous équipés d’une plateforme de téléchargement musical, il n’y a jamais dessus de logiciels de carte heuristique par défaut. Dans ce domaine, l’enseignant est prescripteur. Et comme chacun, en pédagogie, a ses habitudes de travail, le risque de prescriptions multiples n’est pas négligeable.

  • Ensuite parce que les postes du réseau de l’établissement où j’enseigne sont équipés d’une version de Freemind compatible avec Windows XP. Or je viens d’installer ce logiciel sur mon Windows 7. Il s’avère que le Freemind installé sur mon poste ne lit pas la version du lycée et vice-versa. Le travail des élèves risque alors d’être réduit à néant.

  • L’interopérabilité ne fonctionnant pas, il devient nécessaire de surmonter les difficultés techniques avant toute mise en oeuvre pédagogique.

Selon quels critères, dès-lors, choisir les outils ?

  • Ils doivent être premièrement faciles à utiliser et disposer d’une ergonomie conviviale et intuitive.

  • Ils doivent deuxièmement être aisément accessibles, sans installation fastidieuse.

  • Car nous devons être réalistes. Les compétences techniques de la majorité de nos élèves ne sont pas si importantes que cela, surtout depuis que les ordinateurs sont vendus pré-installés et que l’informatique dans le nuage permet d’accéder à de nombreux services uniquement sur la base d’un compte gmail.

Il est donc grand temps que nous, enseignants, investissions l’Accompagnement personnalisé afin de réellement former nos élèves au numérique. Ce ne serait pas non plus un luxe si, au moins à l’échelle de l’établissement,

  • nous engagions une réflexion et une mise en pratique collectives et cohérentes,

  • nous nous mettions d’accord, par exemple, sur UN logiciel de carte heuristique commun.

Car il y a des jours où j’ai le sentiment de piétiner et de passer à côté d’expériences intéressantes et constructives. Des jours avec trop d’obstacles ! Des jours aussi où l’on constate que l’enseignant doit aussi penser technique.