Corrigé- Qu’est-ce qu’un héritage ?

Introduction = Problématiques vues en cours

I Critiques de l’héritage

  • A : C’est une entreprise vaine
  • B : narcissique
  • C : injuste

A : L’héritage s’ancre dans la finitude humaine. D’abord parce que seul l’homme hérite comme tel, l’animal ne reçoit qu’un patrimoine génétique (l’hérédité), il n’a pas de culture à transmettre (de biens matériels (outils, art) ni immatériels (savoir-faire, valeurs, traditions…). Rousseau appelle cela la perfectibilité. L’homme, seul, est capable de se perfectionner mais il est aussi le sujet « sujet à devenir imbécile » (Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes) Ensuite parce que l’héritage suppose le décès de celui qui transmet. La mort est donc la condition du lègue. Nous ne transmettrions rien si nous n’avions pas le sentiment que quelque chose pourrait être perdu. La valeur de l’héritage tient à sa fragilité.C’est la raison fondamentale du désir, de l’amour pour Diotime dans le Banquet de Platon. L’homme fini cherche à créer et procréer pour se rendre immortel. L’homme pourrait transmettre à ses enfants, ou l’humanité des biens et vivraient à travers eux. L’héritage est un moyen de conjurer le sort réservé à tout ce qui est fini dans l’humanité = l’oubli. Mais n’est-ce pas en vain que l’homme cherche ainsi à s’éterniser ? Parce que la mort est également la ruine de l’héritage. Le risque que ce dernier disparaisse, soit faussé, altéré demeure inexorablement.

Exemple =

B- Vaine, cette entreprise est également vaniteuse. On pourrait penser ,à première vue, qu’au contraire l’héritage est un don de la part de la personne décédée, gratuit et désintéressé puisqu’elle n’est plus. Ce serait même le don par excellence puisqu’il n’y aurait aucun moyen de rendre, de donner en retour par principe. Mais si on ne s’intéresse plus aux fins immédiates du geste mais aux fins lointaines. Pourquoi transmettre ? Pourquoi chercher à léguer un patrimoine matériel ou culturel si ce n’est pour se continuer ? Si, comme on l’a vu, l’héritage prend racine dans la finitude humaine, il appelle, comme tout don,  un contre-don (Marcel Mauss Essai sur le don) : celui de perpétrer son nom, de lui rendre hommage, de le commémorer. L’héritage ne serait donc que le fruit d’une volonté narcissique de laisser une trace sinon dans l’humanité du moins aux « siens ». En leur donnant, je confirme leur appartenance à MA famille. Je leur permets de progresser et du même coup de matérialiser mon égocentrisme. Je vis à travers eux, ils vivent grâce à moi. C’est finalement un échange de bons procédés dans lequel celui qui apparemment se dépossède, est gagnant.

Ex=

C : C’est d’ailleurs ce qui pourrait constituer également l’injustice de l’héritage. En effet, d’un point de vue social, l’héritage pourrait sembler illégitime car il ne ferait que perpétrer des inégalités (parfois obtenues par l’esclavage, le colonialisme ou le féodalisme) de richesse. Une société juste serait alors une société dans laquelle le mérite et le travail primeraient sur l’héritage, seul moyen de garantir « l’égalité de point de départ » (égalité des chances) que prône Bakounine dans son Catéchisme révolutionnaire (1865).Il préconise même l’abolition de l’héritage et la fonde sur le fait que « tous les droits individuels, politiques et sociaux, sont attachés à l’individu réel et vivant. Une fois mort il n’y a plus ni volonté fictive d’un individu qui n’est plus et qui, au nom de la mort, opprime les vivants. » Pour des raisons similaires, la suppression de l’héritage des moyens de production et d’échange est l’une des dix mesures transitoires proposées par Karl Marx et Friedrich Engels dans le « Manifeste du parti communiste » (1848).

Cf. Bourdieu

Transition = L’abolition de l’héritage semble être la condition pour progresser socialement et intellectuellement.

II – Il faut donc rompre avec l’héritage et privilégier le courage, l’effort et l’autonomie pour progresser socialement et intellectuellement.

A- Rompre avec l’héritage c’est faire preuve de courage (héritage =lâcheté)

Allégorie de la caverne : il faut critiquer les opinions, l’héritage qui se perpétue par tradition, notamment intellectuel où règne l’argument d’autorité. La tradition en plus de ne pas être un fondement légitime de la justice ne saurait être justifié dans le domaine du savoir

Descartes =« Nous avons tous été enfants avant que d’être hommes. »

Cette phrase est tirée du Discours de la méthode (1637) de Descartes, seconde partie.

« Je pensai que, pour ce que nous avons tous été enfants avant que d’être hommes, et qu’il nous a fallu longtemps être gouvernés par nos appétits et nos précepteurs, qui étaient souvent contraires les uns aux autres, et qui, ni les uns ni les autres, ne nous conseillaient peut-être pas toujours le meilleur, il est presque impossible que nos jugements soient si purs ni si solides qu’ils auraient été si nous avions eu l’usage entier de notre raison dès le point de notre naissance, et que nous n’eussions jamais été conduits que par elle. »

objectif = refonte du système des sciences, rompre, détruire les opinions incertaines.

B- L’héritage est un frein au progrès car il est synonyme d’oisiveté.

Éloge du travail contre l’oisiveté de l’héritage Kant (paresse) Qu’est-ce que les Lumières ?

Kant montre que ce qui empêche les mineurs de penser par eux-mêmes est d’abord la paresse.

« Les lumières, c’est pour l’homme sortir d’une minorité qui n’est imputable qu’à lui. La minorité, c’est l’incapacité de se servir de son entendement sans la tutelle d’un autre. C’est à lui seul qu’est imputable cette minorité dès lors qu’elle ne procède pas du manque d’entendement, mais du manque de résolution et de courage nécessaires pour se servir de son entendement sans la tutelle d’autrui. Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement : telle est donc la devise des Lumières.
    La paresse et la lâcheté sont causes qu’une si grande partie des hommes affranchis depuis longtemps par la nature de toute tutelle étrangère, se plaisent cependant à rester leur vie durant des mineurs ; et c’est pour cette raison qu’il est si aisé à d’autre de s’instituer leurs tuteurs. Il est si commode d’être mineur. Si j’ai un livre qui a de l’entendement pour moi , un directeur spirituel qui a de la conscience pour moi, un médecin qui pour moi décide de mon régime etc., je n’ai pas besoin de faire des efforts moi-même. Je ne suis point obligé de réfléchir, si payer suffit ; et d’autres se chargeront pour moi l’ennuyeuse besogne. »

Cette condamnation de l’héritage s’enracine dans un éloge du travail qui humanise l’homme. Il y a donc un enjeu moral à condamner l’héritage. Ce que l’on retrouve également dans la condamnation de l’héritage juridique et économique par les saint simoniens, Aristote et plus récemment Nobel et Keynes.

Au début du XIXe siècle, le droit d’héritage est considéré par les saint-simoniens comme générateur d’une classe d’oisifs et de parasites. Ils préconisent donc de le supprimer et de faire de l’Etat le seul héritier.
Voir des extraits de l’ouvrage d’Emile Durkheim, « Le socialisme » (1928), sur la question de l’héritage chez les saint-simoniens.

Inventeur de la dynamite, le chimiste et industriel suédois Alfred Nobel (1833-1896) fit don de sa fortune, par testament, à une fondation qui porte son nom. Cette dernière devait, grâce à des placements de toute sécurité, créer un prix annuel (prix Nobel) pour récompenser des bienfaiteurs de l’humanité dans les domaines de la physique, de la chimie, de la physiologie et de la médecine, de la littérature, et de la paix auxquels, depuis 1969, se sont rajoutés les sciences économiques. Alfred Nobel s’interrogeait à la fois sur l’effet des héritages sur la réussite individuelle et sur l’intérêt économique et social des rentes de capital.
« Ils vont trop souvent à des incapables et n’apportent que des calamités par la tendance à l’oisiveté qu’ils engendrent chez l’héritier. Un adage populaire dit « la première génération crée la fortune, la seconde la fait fructifier, la troisième la dilapide ». »

L’économiste John Maynard Keynes (1883-1946) s’interrogeait sur ce drame du système capitaliste, cette boulimie qui conduit à une accumulation sans fin du capital, n’ayant d’autre objectif que l’accumulation. « Je vois une solution immédiate, il faut matraquer l’héritage tant qu’on peut. Là aussi, c’est frapper le capitalisme au cœur. » Quant à l’inflation, elle a, selon lui, de mérite de provoquer « l’euthanasie du rentier ».

La chrématistique (de chrèmatistikos, qui concerne la gestion ou la négociation des affaires et plus particulièrement les affaires d’argent ; ta chrèmata, les richessesou deniers) est une notion créée par Aristote pour décrire la pratique visant à l’accumulation de moyens d’acquisition en général, plus particulièrement de celui qui accumule la monnaie pour elle-même et non en vue d’une fin autre que son plaisir personnel. Aristote condamne cette attitude.Aristote introduit deux formes possibles de chrématistique : la chrématistique naturelle et commercialeLa seconde forme de chrématistique est radicalement différente et est liée au fait de « placer la richesse dans la possession de monnaie en abondance ». C’est l’accumulation de la monnaie pour la monnaie (la chrématistique dite « commerciale ») qui, selon Aristote, est une activité « contre nature » et qui déshumanise ceux qui s’y livrent : en effet, toujours selon Aristote, l’homme est par nature un « zoon politikon », animal politique (politikos, citoyen, homme public). Et dans de nombreux textes, Aristote précise bien qu’il est « fait pour vivre ensemble » ou encore « en état de communauté ». C’est de ce point de vue qu’Aristote se place lorsqu’il déclare que la politique consiste avant tout à « organiser et maintenir l’état d’amitié entre les citoyens ». Ainsi, suivant l’exemple de Platon, il condamne le goût du profit et l’accumulation de richesses. En effet, la chrématistique commerciale substitue l’argent aux biens ; l’usure crée de l’argent à partir de l’argent ; le marchand ne produit rien : en l’absence de règles strictes visant leurs activités et d’un contrôle de la communauté dans son ensemble, tous sont condamnables d’un point de vue politique, éthique et philosophique.Partant de ce point de vue, Aristote traite la chrématistique comme un ensemble de ruses et de stratégies d’acquisition des richesses qui permet, aussi, un accroissement du pouvoir politique. Ainsi, il la condamnera toujours en tant que telle et donnera une place beaucoup plus importante à l’économie.

C  = Le progrès ne se conquiert qu’à condition d’abandonner les illusions de la nostalgie mortifère et paralysante, (« c’était mieux avant »).  Toute prétention nostalgique de retrouver la pureté, l’authenticité du passé, de transmettre fidèlement l’héritage et de s’y conformer ,en plus d’être vaine, a des allures de fanatisme idéologique, de dogmatisme. La sacralisation du passé est une haine de soi, du présent et une négation du futur.

Transition =  -A ce stade,  l’héritage semble illégitime en tous points. Mais ne peut-on pas penser un bon héritage ? Peut-on réellement se passer d’héritage, qui plus est, pour progresser ? Que serait une société sans héritage ?

III Ni répétition nostalgique du passé ni rupture, discontinuité, l’homme a le devoir moral d’assimiler et transmettre son héritage.

A-Une société sans héritage serait tout aussi morte que celle qui cherche à le conserver intact à tout prix. L’Histoire comme gardienne féroce du passé empêcherait certes toute évolution, réforme, progrès Mais rompre avec le passé condamnerait tout autant à la stagnation, à un éternel retour du même. En effet, si la condition de l’homme en fait un être culturel « par nature », il serait naïf de croire qu’on pourrait progresser sans héritage.

Comment hériter dans ce cas sans retomber dans cette recherche obsessionnelle de l’authenticité ? Comment être fidèle aux héritiers en « trahissant » l’héritage ?

B- Une société sans héritage se condamnerait à revivre son passé.

1-moralement, guerres,  => nécessité de tirer les enseignements de ses héritages (expliquer cela malgré la non reproductibilité des faits passés)

2- scientifiquement, artistiquement, techniquement

La condition pour bien hériter serait de s’inscrire dans les chainons de l’histoire en étant soi-même inventeur, créateur. Hériter de la démarche et non de contenu.Un bon héritage transmet tout en maintenant vivant et non en embaumant ce qu’il reçoit.

Pascal Préface au Traité du vide « l’homme est produit pour l’infinité » « à leur exemple en faire les moyens et non pas la fin de notre étude, et ainsi tâcher de les surpasser en les imitant. » Pour Pascal, le véritable hommage, la meilleure façon d’hériter des travaux de ses prédécesseurs est d’imiter leurs démarches plus que leurs doctrines. En ce sens, critiquer, remttre en cause la théorie, c’est le respecter, faire ce que lui-même à fait en son temps.

https://coursphilosophieperre.weebly.com/uploads/6/0/1/6/60165137/pascal_pr%C3%A9face_trait%C3%A9_du_vide_instinct_raison_commentaire.pdf

https://www.ac-grenoble.fr/PhiloSophie/logphil/oeuvres/pascal/vide/vide1.htm

http://www.lettresenligne.net/references/Pascalconnaissanceprogressivedelhumanite.pdf

Des nains sur des épaules de géants (en latin : nani gigantum humeris insidentes) est une métaphore attribuée à Bernard de Chartres, maître du XIIe siècle, utilisée pour montrer l’importance pour tout homme ayant une ambition intellectuelle de s’appuyer sur les travaux des grands penseurs du passé (les « géants »).

Citée par ses élèves Guillaume de Conches, puis Jean de Salisbury, elle est également utilisée au fil des siècles par divers scientifiques, comme Isaac Newton ou Blaise Pascal.

Au livre III du Metalogicon (1159), Jean de Salisbury fait dire à son maître Bernard de Chartres : « Nous sommes comme des nains assis sur des épaules de géants. Si nous voyons plus de choses et plus lointaines qu’eux, ce n’est pas à cause de la perspicacité de notre vue, ni de notre grandeur, c’est parce que nous sommes élevés par eux. »

« Mais la plus grande douceur est d’occuper les hauts lieux fortifiés par la pensée des sages, ces régions sereines d’où s’aperçoit au loin le reste des hommes, qui errent çà et là en cherchant le chemin de la vie… »

— Lucrèce, De rerum natura, livre II, v.7 sqq.

Isaac Newton a ensuite revivifié cette formule, en déclarant : « Si j’ai vu plus loin, c’est en montant sur les épaules de géants2. »

Sur les épaules des géants (« On the shoulders of giants ») est le nom donné à la mission Apollo 17.

Le slogan, mis au singulier, (« Sur les épaules d’un géant ») est utilisé sur la page d’accueil de Google Scholar.

L’expression est aussi utilisée dans l’introduction de l’émission radiophonique Sur les épaules de Darwin animée par Jean-Claude Ameisen sur France Inter : « Sur les épaules de Darwin… Sur les épaules des géants ».

Marcel Gauchet fait référence à cette image en introduction du Désenchantement du monde : « nous sommes des nains qui ont oublié de monter sur les épaules de géants. Si l’altitude de leurs prouesses nous est interdite, le secours de leur taille nous reste offert ».

ex = hériter d’Aristote, ce n’est pas s’en tenir à sa physique qualitative mais s’inspirer de sa démarche, de son étonnement, de sa volonté de comprendre, et de tendre vers la vérité.

dette = devoir non pas de garder intact, inchangé, figé dans le temps, faire « revivre », répéter à l’identique mais au contraire de faire vivre, dans une nouvelle époque, nouveau contexte, préoccupations, enjeux…

Toute fondation est transgression mais pas rupture. Chaque maillon est origine, principe. Pour hériter, c’est-à-dire, devenir propriétaire de ce qu’on ne possède pas encore, il faut se l’assimiler, y laisser son cachet personnel à son tour. C’est un passage de témoin. Pour que l’héritage perdure, il faut le modifier, et ce en le gardant vivant. Si comme le dit Arendt, nous n’avons pas les clés pour comprendre notre héritage, c’est à nous de lui donner de la consistance, de l’interpréter, de le faire nôtre. On hérite de ce qui nous revient, de ce qu’on n’a pas encore, mais qu’on doit faire sien.

ex: ferme, musique, académie qui fige les canons de beauté / Impressionnisme contre les canons de l’Empire

C- Une société sans héritage, sans passé n’aurait pas d’identité ni conscience de sa responsabilité vis à vis des générations futures (devoir de transmettre)

-orphelin

-Cf. Article de Mattéi

-enjeux politiques, individuels …

-sen sentir commune appartenance à sa nation, mais aussi à l’humanité en général= partager une histoire, des valeurs, langue, références, connaissances,  fictions qui rassemblent les hommes du passé du présent et du futur.

d’autant plus important à cause du phénomène de la globalisation.

cf. Paradoxe de la globalisation Lévi Strauss = tendance à se résorber mais besoin d’une autre pour rester vivante.

Miroir de Cassandre Bernard Weber , Hans Jonas Éthique de la responsabilité

Conclusion 

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