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Atelier 2 : Le meilleur des mondes – Aldous Huxley – « la haine des fleurs »

 

Le texte intégral ici 

— À présent, tournez-les de façon qu’ils puissent voir les fleurs et les livres.

Tournés, les bébés firent immédiatement silence, puis ils se mirent à ramper vers ces masses de couleur brillantes, ces formes si gaies et si vives sur les pages blanches. Tandis qu’ils s’en approchaient, le soleil se dégagea d’une éclipse momenta- née où l’avait maintenu un nuage. Les roses flamboyèrent comme sous l’effet d’une passion interne soudaine ; une énergie nouvelle et profonde parut se répandre sur les pages luisantes des livres. Des rangs des bébés rampant à quatre pattes s’élevaient de petits piaillements de surexcitation, des gazouil- lements et des sifflotements de plaisir.

Le Directeur se frotta les mains :

— Excellent ! dit-il. On n’aurait guère fait mieux si ç’avait été arrangé tout exprès.

Les rampeurs les plus alertes étaient déjà arrivés à leur but. De petites mains se tendirent, incertaines, touchèrent, saisirent, effeuillant les roses transfigurées, chiffonnant les pages illumi- nées des livres. Le Directeur attendit qu’ils fussent tous joyeu- sement occupés. Puis :

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— Observez bien, dit-il. Et, levant la main, il donna le si- gnal.

L’Infirmière-Chef, qui se tenait à côté d’un tableau de commandes électriques à l’autre bout de la pièce, abaissa un pe- tit levier.

Il y eut une explosion violente. Perçante, toujours plus per- çante, une sirène siffla. Des sonneries d’alarme retentirent, affo- lantes.

Les enfants sursautèrent, hurlèrent ; leur visage était dis- tordu de terreur.

— Et maintenant, cria le Directeur (car le bruit était as- sourdissant), maintenant, nous passons à l’opération qui a pour but de faire pénétrer la leçon bien à fond, au moyen d’une légère secousse électrique.

Il agita de nouveau la main, et l’Infirmière-Chef abaissa un second levier. Les cris des enfants changèrent soudain de ton. Il y avait quelque chose de désespéré, de presque dément, dans les hurlements perçants et spasmodiques qu’ils lancèrent alors. Leur petit corps se contractait et se raidissait : leurs membres s’agitaient en mouvements saccadés, comme sous le tiraillement de fils invisibles.

— Nous pouvons faire passer le courant dans toute cette bande de plancher, glapit le Directeur en guise d’explication, mais cela suffit, dit-il comme signal à l’infirmière.

Les explosions cessèrent, les sonneries s’arrêtèrent, le hur- lement de la sirène s’amortit, descendant de ton en ton jusqu’au silence. Les corps raidis et contractés se détendirent, et ce qui avait été les sanglots et les abois de fous furieux en herbe se ré- pandit de nouveau en hurlements normaux de terreur ordinaire.

— Offrez-leur encore une fois les fleurs et les livres.– 39 –

Les infirmières obéirent ; mais à l’approche des roses, à la simple vue de ces images gaiement coloriées du minet, du coco- rico et du mouton noir qui fait bêê, bêê, les enfants se reculèrent avec horreur ; leurs hurlements s’accrurent soudain en intensi- té.

— Observez, dit triomphalement le Directeur, observez.

Les livres et les bruits intenses, les fleurs et les secousses électriques, déjà, dans l’esprit de l’enfant, ces couples étaient liés de façon compromettante ; et, au bout de deux cents répéti- tions de la même leçon ou d’une autre semblable, ils seraient mariés indissolublement. Ce que l’homme a uni, la nature est impuissante à le séparer.

— Ils grandiront avec ce que les psychologues appelaient une haine « instinctive » des livres et des fleurs. Des réflexes inaltérablement conditionnés. Ils seront à l’abri des livres et de la botanique pendant toute leur vie. – Le Directeur se tourna vers les infirmières. – Remportez-les.

Toujours hurlant, les bébés en kaki furent chargés sur leurs serveuses et roulés hors de la pièce, laissant derrière eux une odeur de lait aigre et un silence fort bien venu.

L’un des étudiants leva la main ; et, bien qu’il comprît fort bien pourquoi l’on ne pouvait pas tolérer que des gens de caste inférieure gaspillassent le temps de la communauté avec des livres, et qu’il y avait toujours le danger qu’ils lussent quelque chose qui fît indésirablement « déconditionner » un de leurs ré- flexes, cependant… en somme, il ne concevait pas ce qui avait trait aux fleurs. Pourquoi se donner la peine de rendre psycho- logiquement impossible aux Deltas l’amour des fleurs ?

Patiemment, le D.I.C. donna des explications. Si l’on faisait en sorte que les enfants se missent à hurler à la vue d’une rose, c’était pour des raisons de haute politique économique. Il n’y a pas si longtemps (voilà un siècle environ), on avait conditionné

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les Gammas, les Deltas, voire les Epsilons, à aimer les fleurs – les fleurs en particulier et la nature sauvage en général.

Le but visé, c’était de faire naître en eux le désir d’aller à la campagne chaque fois que l’occasion s’en présentait, et de les obliger ainsi à consommer du transport.

— Et ne consommaient-ils pas de transport ? demanda l’étudiant.

— Si, et même en assez grande quantité, répondit le D.I.C., mais rien de plus. Les primevères et les paysages, fit-il observer, ont un défaut grave : ils sont gratuits. L’amour de la nature ne fournit de travail à nulle usine. On décida d’abolir l’amour de la nature, du moins parmi les basses classes, d’abolir l’amour de la nature, mais non point la tendance à consommer du transport. Car il était essentiel, bien entendu, qu’on continuât à aller à la campagne, même si l’on avait cela en horreur. Le problème con- sistait à trouver à la consommation du transport une raison économiquement mieux fondée qu’une simple affection pour les primevères et les paysages. Elle fut dûment découverte. – Nous conditionnons les masses à détester la campagne, dit le Direc- teur pour conclure, mais simultanément nous les conditionnons à raffoler de tous les sports en plein air. En même temps, nous faisons le nécessaire pour que tous les sports de plein air en- traînent l’emploi d’appareils compliqués. De sorte qu’on con- somme des articles manufacturés, aussi bien que du transport. D’où ces secousses électriques.

) Le conditionnement

  • Les individus sont conditionnés. On remarque le champ lexical utilisé : « déconditionner », « conditionnés » ou encore les termes « faire en sorte » et « faire naître le désir de ».
  • Huxley détaille les moyens de ce conditionnement qui sont techniques et médicaux.
  • Ce conditionnement a plusieurs effets, il n’y a plus aucune spontanéité, les hommes agissent seulement par réflexe.
  • Il y a une absence totale de liberté mais les hommes n’en sont pas conscients puisqu’ils sont « conditionnés ».
  • Le but de ce conditionnement est avant tout la rentabilité économique, le souci de pousser à la consommation. Les activités doivent être payantes.
  • Tout cela s’intègre dans une logique d’ensemble d’où les améliorations que le directeur signale.
  • Rien n’est donc laissé au hasard.
  • L’enchaînement est parfait (voir la structure : « nous… mais nous… en même temps… pour que… de sorte que… d’où…).

II) Le rôle de la science

Le conditionnement n’est possible que grâce aux progrès de la science dans deux domaines : la technique et l’économie. Donc ceux qui maîtrisent ces savoirs sont les décideurs, et les autres sont les conditionnés : c’est le règne de la technocratie (pouvoir par la technique).

1. Les décideurs

  • Ils s’appuient sur leur savoir et ils ont une vision globale qui leur permet de savoir ce qui est bon, selon leurs critères bien sûr, pour la société toute entière, et donc de modifier certains points si nécessaire.
  • Au XIXe siècle déjà certains courants comme le positivisme se sont faits les défenseurs d’une politique fondée sur la science et la technique, d’un gouvernement de spécialistes.
  • Ici le Directeur appelé froidement le DIC est un décideur, il fait partie de leur groupe (« nous »). Il est patient, calme (il n’y a aucune ponctuation émotive, ses phrases sont claires, avec des structures grammaticales nettes), il est sûr de lui et d’ailleurs il est très convaincant (il n’y a qu’à voir la réaction de l’étudiant à la fin). Il n’y a aucune place dans son discours pour la remise en question de ce qu’il explique, aucune ironie !
  • Les étudiants présents sont de futurs décideurs ; ils adhèrent totalement aux propos du DIC.

2. Les masses

  • Ce sont les « gens de caste inférieure », « les basses classes », « les masses », ou même seulement « on », pronom indéfini très révélateur.
  • Eux, bien entendu, ne possèdent pas la science, donc par conséquent ils subissent et ils obéissent. Ils n’ont pas d’autre choix.

III) L’efficacité

  • C’est ce que vise avant tout le monde décrit par Huxley.
  • Les deltas ont horreur des livres dont ils ne liront pas, donc ils ne réfléchiront pas, donc ils ne se révolteront pas.
  • Les deltas ont horreur des fleurs dont ils ne passeront pas leur temps à admirer les fleurs et la nature, ce qui est gratuit ; et à la place de cette perte de temps, ils auront des loisirs payants.
  • Les deltas aiment les sports de plein air avec des appareils compliqués, donc ils dépenseront pour utiliser les transports pour pouvoir aller à la campagne, et ils dépenseront encore pour acheter des appareil compliqués.
  • On constate que le système est pensé de telle sorte qu’il n’y ait aucun gaspillage.
  • C’est un système rationalisé où l’on gère les comportements humains.
  • On produit artificiellement grâce à la biologie et à la génétique, des individus conformes aux exigences du système. Et on le fait froidement sans état d’âme.

Conclusion :

  • Il est facile d’établir des analogies avec la société actuelle, à savoir une efficacité optimale en matière économique, une incitation à la consommation, une évolution de la génétique qui permet d’intervenir médicalement sur sa propre nature et d’en modifier les composantes.
  • Cependant il y a bien évidemment des différences majeures : nous refusons de lier l’économie et la génétique au nom de la liberté des individus.
  • Pourtant notre société aussi pratique le conditionnement mais par d’autres techniques, comme la publicité par exemple.
  • Ainsi notre liberté de choix est censée être préservée mais il faut faire attention aux messages subliminaux.
  • On pratique la sélection biologique pour les animaux et le végétaux mais les manipulations sur les êtres humains sont interdites (lois de bioéthique).
  • Attention cependant, il faut aussi penser aux idées du régime nazi avec l’élimination des « races inférieures » et les expériences sur les détenus. Des dérives sont toujours possibles même de nos jours.

Questions élaborées en atelier :

 

Mémoire, langage et conscience de soi

Suite à une discussion très intéressante avec mes élèves de TS1, voici quelques documents sur le rôle de la mémoire et du langage pour la prise de conscience de soi et la possibilité de se constituer une identité narrative.

D’abord la question de savoir si « nous pensons dans les mots » :

https://www.philo52.com/articles.php?lng=fr&pg=2032

un site très riche sur le rapport entre mémoire et langage :

http://lecerveau.mcgill.ca/flash/a/a_10/a_10_p/a_10_p_lan/a_10_p_lan.html

et des articles sur la question des souvenirs avant trois ans et demi :

https://www.ouest-france.fr/leditiondusoir/data/803/reader/reader.html?t=1469722356310#!preferred/1/package/803/pub/804/page/6

Pourquoi ne nous souvenons-nous pas de notre naissance ?

http://www.slate.fr/story/131900/souvenir-prime-enfance

 

Corrigé : Peut-on se mentir à soi-même ?

Pour voir les les merveilleux dessins au brouillon.

Accroche : définition du mensonge : attitude qui consiste  délibérément, intentionnellement, volontairement à taire ou travestir la réalité, la vérité que l’on connait  dans le but de tromper autrui. Le mensonge implique donc manque de sincérité, de franchise, d’honnêteté. Il ne saurait y avoir un droit de mentir (peut-on) puisque il s’oppose à la confiance, fondement de la relation à autrui. Il est donc contraire à la morale.

2R : impossible logiquement car comment pour que le mensonge fonctionne, il faut que celui à qui on ment ignore la vérité. Si on se ment à soi-même, on connait et on ignore la vérité. Mais comment donner droit à cette expression courante, à ces situations où on dit de quelqu’un qu’il se ment à lui-même, qu’il fait « comme si » il était riche, confiant, sûr de lui ? ou indifférent à la situation qu’il subit (déni) ?

P :Il semble donc que nous soyons devant une aporie puisque la condition pour se mentir à soi-même (être celui qui ment) est la ruine pour y croire (être celui à qui on ment).

S’il est possible de dépasser le paradoxe ci-dessus, à quelles conditions ? et pour quelles raisons voudrions-nous nous tromper, être immoraux envers nous-mêmes ? Quel sens cela aurait-il de volontairement (un mensonge est volontaire) se vouloir du mal (du mal/le mal) ?

E : enjeu moral, bonheur

P :

I conditions et impossibilités logique et morale

II II Ce que l’on appelle mensonge à soi-même est en vérité soit erreur, illusion, mauvaise foi.

III Il faut se mentir à soi-même

I conditions et impossibilités logique et morale

  • énoncer une affirmation mensongère (décalage entre description et langage)=> pouvoir du langage : avoir une conscience : les êtres sans conscience réfléchie ne mentent pas et à fortiori à eux-mêmes. Il faut avoir conscience du monde et de soi dans ce monde, de la réalité pour la déguiser. = > il faut avoir une conscience (morale) pour mentir (à soi-même) (condition)
  • Mais cette conscience est la ruine du mensonge puisque comme l’indique l’étymologie (avec savoir), je ne peux pas avoir une idée et l’ignorer. Ce serait comme penser que je ne pense pas, ou douter que je doute. Si je peux faire erreur, douter de mes pensées, quand je mens, je sais que je mens.  Le cogito serait en fait un mens ergo sum. Nous ne pourrions être notre propre malin génie. C’est d’ailleurs pour cela qu’autrui est souvent la source de cette accusation de malhonnêteté. Quelqu’un qui se dirait qu’il se ment, ne pourrait se mentir…
  • Pour mentir, il faut donc être deux : un dupe et un dupé; les deux ne pouvant résider dans la même personne, si elle est définie par son unité. Kant unité du je dans mes représentations, une seule et même personne.
  • Cette unité est d’ailleurs la condition pour être une personne juridique et morale capable de répondre de ses actes (responsabilité). Le fou et l’amnésique étant plusieurs personnes dans un même homme ne peuvent être jugés ou condamnés.
  • => impossible de se mentir à soi-même car le sujet est conscient et un.

Transition : Il s’agit donc d’envisager ce que l’on a coutume de désigner comme un mensonge à soi-même et de dégager les raisons qui nous poussent à ne pas être dans le vrai.

II Ce que l’on appelle mensonge à soi-même est en vérité soit erreur, illusion, mauvaise foi.

  • La connaissance de soi partiale et partielle est une ignorance, une méconnaissance involontaire. Se surprendre, s’étonner n’est pas se mentir : un menteur n’est jamais surpris par la vérité qu’il a dissimulée. Il peut seulement le feindre aux yeux des autres.
  • Si on n’évite de faire un travail sur soi, de se connaitre davantage (qualités/défauts), c’est que parfois c’est douloureux et cela demande un effort de prise de conscience, un recul. Celui qui se mentirait, se connaîtrait et se cacherait volontairement à soi-même sa vraie personnalité, son identité. Ce ne serait donc pas à proprement parler un mensonge mais une marque de paresse et/ou de lâcheté, une solution de facilité, une fuite vers ce que l’on ne veut pas se donner la peine de connaître davantage ou vers ce qu’on préférait être. Or négliger volontairement cette tâche de connaissance de soi-même, c’est comme vivre avec un inconnu toute sa vie, cohabiter avec un étranger. C’est en outre limiter sa liberté (en ne connaissant pas ses limites, ses valeurs, ses capacités…) et sa morale (comment être maître de soi-même si on ne se connait pas ?), même si cette quête est infinie, cela ne nous dispense pas de commence dès maintenant ! « Connais toi toi-même » (devoir moral) et mettre en péril son bonheur (un menteur n’est pas serein, quelqu’un qui ne se connait pas ou s’ignore délibérément est-il vraiment heureux ?
  • Cette paresse et cette lâcheté sont des marques de manque d’authenticité, de mauvaise foi. Cf Qu’est-ce que les Lumières ? Kant ; (manque de réflexion, penser par soi-même); le garçon de café Sartre
  • cette mauvaise foi est le signe d’une angoisse face à la liberté de penser, d’agir inhérente à l’homme. La peur de l’échec, du jugement, poussent certains individus à se trouver des excuses, à jouer un rôle, à justifier leurs situations par un fatalisme, déterminisme(« je ne suis pas fait pour), et celles des autres par ce même déterminisme (« ils sont faits pour cela ») ôtant d’un revers de manche leurs propres responsabilités et le mérite des autres. On pourrait également évoquer l’acrasie, de « faiblesse de la volonté » se manifestant quand nous nous engageons dans des résolutions que nous n’arrivons pas à tenir. ex: arrêter de fumer, gourmandise, amour, travailler…
  • Quelqu’un qui passe son temps à vouloir paraître riche, confiant, intelligent, sait précisément ce qui lui manque (sans doute d’abord de la confiance en lui). Ce mensonge n’en est donc pas un puisque le simple fait qu’il cherche à être quelqu’un d’autre prouve qu’il se connaît et ne s’aime pas, comme Narcisse préfèrant son image à lui-même.
  • Vouloir paraître tel ou tel aux autres est d’ailleurs le signe qu’on ne l’est pas. Quelqu’un de vraiment gentil n’a pas besoin et ne ressent pas le besoin de le prouver. Il n’attend pas la reconnaissance d’autrui. En jouant à être, en faisant semblant d’être, on ne fait qu’entériner son manque d’être. S’il faut se méfier des apparences (peut-être toujours trompeuses), c’est vis à vis de nos propres comportements qu’il s’agit d’être vigilant. « L’habit ne fait pas le moine », et sa propre foi ne se révèle pas dans le port d’un habit (Tartuffe). Quand on cherche à persuader les autres de son engagement, de sa valeur, d’un sentiment… c’est sans doute d’abord soi que l’on cherche à persuader. D’ailleurs, la qualité d’un bon comédien est son insensibilité : « C’est l’extrême sensibilité qui fait les acteurs médiocres ; c’est la sensibilité médiocre qui fait la multitude des mauvais acteurs ; et c’est le manque absolu de sensibilité qui prépare les acteurs sublimes. » Diderot Paradoxe du comédien Sensibilité : entendons émotion, émotivité, l’ensemble de ces impulsions auxquelles on s’abandonne sans les contrôler. Le comédien sensible est inégal d’une représentation à l’autre, d’une scène à l’autre ; il n’est même, à la limite, que l’acteur d’un seul rôle. Le grand comédien, lui, grâce « à l’étude des grands modèles, à la connaissance du cœur humain, à l’usage du monde, au travail assidu, à l’expérience et à l’habitude du théâtre », possède « une égale aptitude à toutes sortes de caractères et de rôles ». Sur scène, il est de « sang froid », et c’est parce qu’il n’éprouve pas l’émotion qu’il représente qu’il peut faire éprouver aux spectateurs l’effet suscité par cette émotion ; il n’est pas là pour pleurer, mais pour faire pleurer. Le comédien ne se ment pas à lui-même, mais feint l’émotion pour la faire ressentir. Plus il ment, plus il est persuasif mais ce n’est pas lui qui est dupé.

    – Si le sujet ignore une partie de la réalité, ce ne peut être volontairement, on parlera alors de déni ou dénégation inconscients. Un mécanisme de censure du surmoi entraînera un refoulement de souvenirs ou éléments de la réalité insurmontables par la conscience, consistant à les maintenir dans l’inconscient. On ne peut pas parler ici de mensonge à soi-même si on entend le soi comme une personne caractérisée par son unité. Si on conçoit comme Freud que « le moi n’est pas maître dans sa propre maison », qu’il y a une altérité fondamentale au coeur du sujet (« Je est un autre » Rimbaud), si on peut ne pas être soi-même, si on peut être hors de soi, alors pourrait-on admettre l’idée qu’une partie de soi mente à une partie… Mais peut-on encore parler de « soi-même » ? Comment pourrions-nous même disqualifier moralement l’acte de quelqu’un qui serait en même temps actif et passif de son mensonge, qui ne pourrait assumer et pâtir en même temps ? Le fondement même de la morale semble être mis en abîme par la possibilité que le sujet puisse être plusieurs…

    Transition : Nous venons de voir ce que l’on a coutume de considérer à tort comme du mensonge à soi-même et les raisons de chaque phénomène. Mais n’y a-t-il pas une raison plus radicale, fondamentale de se mentir à soi-même ? qui s’enracinerait dans la nature finie et consciente de l’homme. De plus, peut-on imaginer quelqu’un qui se voudrait du mal volontairement ? (cf. Socrate Protagoras; acrasie )

    III Il faut se mentir à soi-même

  • la nécessité d’avoir des illusions, de rêver, d’espérer même et surtout quand tout nous invite à l’attitude inverse. Croire/ savoir : croire en l’amour, le bonheur, la liberté, la paix… le fatalisme de celui qui ne se ment pas, qui désespère, cette lucidité est tout autant mortifère que le fatalisme de mauvaise foi. Il ne s’agit pas de faire semblant, de se leurrer volontairement, de vivre dans l’illusion et la crédibilité en proie aux superstitions; mais de garder un regard neuf, ouvert au monde et au changement, aux lendemains qui chantent.  Cette naïveté, cet étonnement optimiste du philosophe s’oppose au réalisme morbide du savant pragmatique. Continuer de croire en soi, en l’humanité … semble nécessaire, vital au risque de tomber dans un état dépressif.
  • Le fataliste est sans doute plus proche de l’idéaliste qu’on le croit. Il s’agirait de trouver un mensonge à soi-même salvateur, bénéfique qui ne chercherait pas à la malhonnêteté à soi et aux autres mais une illusion qui donnerait du sens à nos actions, un motif d’entreprendre, le coeur du désir comme nostalgie de l’étoile et que l’imagination embellit et pare, et nous rend l’objet comme présent et sensible. Rousseau
  • Il y aurait donc une bonne façon de nous mentir, un bon usage. Une façon de faire diversion, de nous divertir de l’essentiel, de volontairement nous éloigner de ce qui nous tourmente, nous taraude. C’est ce que Pascal appelle le divertissement qu’il dénonce et paradoxalement loue. L’homme essaie de fuir sa condition, sa finitude, de ne pas y penser en s’occupant sans cesse l’esprit, négligeant la proie si on lui donnait. La guerre, le travail, les jeux sont toutes des diversions pour échapper à l’ennui (être odieux). Ce n’est pas tant l’idée de se retrouver sans rien faire que le fait de savoir qu’on sera amené à penser à soi-même qui nous fait participer à ce processus. Pascal nous invite à prendre conscience de cela sans pour autant le condamner car il précise cependant  que cette illusion dans laquelle nous nous plongeons volontairement est essentiel pour être heureux ici-bas car elle nous procure nos seuls moments de joie.

On peut donc se mentir à soi-même, c’est même nécessaire pour des êtres conscients, des « roseaux pensants », ce serait l’unique moyen d’être heureux comme des hommes.

La question « qui suis-je » admet-elle une réponse exacte ? Perles, erreurs et corrigé

1- Il faut rester au moins 3 heures !!!! Vous ne pouvez pas réaliser un devoir digne de ce nom en partant avant. Tous les élèves partis avant auraient pu facilement améliorer leur devoir en prenant le temps de développer, corriger leur copie.

2- L’orthographe peut être améliorée en respectant certaines règles de base : les pluriels, les participe passé (mettez au féminin), les fautes les plus courantes : il a tort et pas tord ;  langage et pas language; philosophie et non phylosophie; malgré et non malgrés; Lock, Pascale,  Décarte; un enfant en basage; partial et non partialle;

3- Respectez la forme dissertative : on passe des lignes entre les parties, on va à la ligne à chaque nouvel argument.. cf comment faire une dissertation

4- On ne commence pas une partie par un auteur ni un connecteur logique comme En effet, ou Cependant…

5- Les références doivent être exactes : ne pas se tromper sur l’auteur ni l’oeuvre.

6- Soulignez le nom des oeuvres

7- Les parties du plan doivent être annoncées comme des thèses, c’est-à-dire, par des phrases et non seulement des mots, thèmes.

8- Revoir la forme interrogative indirecte ex: on se demandera si la conscience est-elle…..

9-Il faut toujours expliquer une citation sinon c’est juste pour broder, « faire genre »…

10- distinguez inconscient et inconscience !!!!!

11- Reliez tous vos propos au sujet, à la question posée !! sinon c’est hors-sujet, ce n’est pas au correcteur de deviner votre réponse !!!

12- la question posée n’est pas un problème !!!!!!

13-Les expressions à bannir : « la vie de tous les jours »; « au jour d’aujourd’hui »; (ces deux expressions vous font passer pour des cakes); « moi profond » (femme actuelle); « comme par exemple » (comme=par exemple); « Depuis la naissance de l’humanité »; « depuis toujours »…

14- pas de JE pense, je crois, à mon avis, ma réponse…

15- La question d’autrui chez Sartre n’a rien à voir avec l’inconscient !!!

16- « Freud tente donc avec acharnement de prouver sa thèse.. »; « envoyés loin dans l’inconscient »; « le garçon de café pense être garçon de café donc il est garçon de café »… et s’il pense être une betterave ??

17- le moi « juge et jugé » n’a rien à voir avec autrui ! justement il est partial car il se juge lui-même !

Si besoin vous trouverez tous les conseils de méthode dans la catégorie prévue à cet effet !

Introduction

« Qui suis-je » ? Je semble être le mieux placé pour me poser la question et y répondre. La réponse me semble évidente : je connais mon état civil, ma généalogie, mon passé, mes goûts, mes pensées… Mais tout comme Roméo qui s’il ne s’appelait plus Roméo, conserverait encore les chères perfections qu’il possède », je ne me réduis pas à mon nom qu’il soit Montague ou celui de la rose. Et mon identité ne saurait pas davantage se réduire à mon ADN car l’expérience me prouve qu’il n’est pas rare de ressentir cette étrangeté, cette altérité en moi, de me surprendre, me méconnaître. Et c’est souvent lors d’une crise identitaire (adolescence, quarantaine), une remise en question, quand on ressent des remords, quand on est surpris du regard d’autrui sur soi, qu’on en arrive à poser cette question « Qui suis-je? ». Car on vit la plupart du temps comme si la réponse allait de soi, comme si notre identité ne posait pas problème, comme si elle était de l’ordre du bien connu. Il semble alors qu’on soit à la fois le mieux placé pour répondre de manière exacte à la question « qui suis-je » mais aussi le moins bien placé puisque juge et partie, on manquerait inévitablement d’objectivité, et sans aucune possibilité de vérifier, de sortir de soi pour savoir si l’on est bien ce que nous croyons être. Condamné à se voir sous le prisme de la subjectivité, on ne pourrait jamais être certain de l’authenticité du portrait que l’on fait de soi.

Peut-on alors répondre de manière exacte à cette question ? Il semble que nous soyons devant trois problèmes que nous étudierons à la faveur de trois axes :

Tout d’abord, peut-on être sûr de la réponse ? Peut-on avoir une quelconque certitude quant à la connaissance de soi ?

Nous verrons, ensuite, la réponse sera-t-elle conforme à la réalité ? Si c’est moi qui y répond, il faut pouvoir comparer ! Or comment comparer si nous l’objet et le sujet de la question se confondent ?

Enfin, la réponse ne risque-t-elle pas d’être approximative, incomplète, variant au gré de mes changements (physiques, moraux, …) ? Comment répondre de manière exacte si je change sans cesse ? Comment rester identique, exact malgré les changements ? Mon identité est-elle mise en péril sans cette exactitude ?

I Je peux répondre avec certitude que je suis (ce que je suis, mais pas qui je suis)

-Seul l’homme se pose cette question et peut y répondre parce qu’il a une conscience (contrairement aux animaux). Cf. « Posséder le Je », l’enfant troisième personne…ex : test du miroir

-Mais s’il peut répondre facilement lorsqu’il s’agit de dire ce qu’est un objet, en revanche il semble voué à se décrire de manière non exhaustive (à l’infini). On peut donner l’essence d’un objet, sa définition, sa fonction; ce qui est impossible pour l’homme. Le définir reviendrait à lui coller des étiquettes, des stéréotypes, à l’identifier à. La réponse ne serait donc pas exacte, mais dirait ce qu’il est, comme autre chose, ce qu’il a en commun, ce qu’il partage avec d’autres. Cf. Sartre coupe-papier; essence/existence; Beauvoir féminisme…

-Je peux répondre avec certitude que je suis. Ma pensée me révèle mon existence comme chose pensante, dont la grandeur est de se savoir misérable (fini), dont la dignité est de faire l’unité dans ses représentations.

Transition =Mais cette vérité indubitable est partagée avec tous les hommes quand ils pensent; elle est anonyme, impersonnelle parce qu’universelle (essence humaine) Descartes (cogito), Kant (pas unicité); sommes-nous voués à ne pas nous connaître ? que savons-nous de nous ?

II Mais ma réponse peut manquer d’objectivité et d’impartialité (besoin de la médiation d’autrui)

-moi juge/jugé; juge et partie; sur/sous estime; Narcisse; partial,

-on peut se mentir à soi-même, se leurrer, croire qu’on a une essence définie, qu’on peut répondre exactement à la réponse qui suis-je, comme le garçon de café; mais c’est preuve de mauvaise foi, cela cache une angoisse d’assumer de n’être rien, ou de pouvoir tout être, la liberté. Prétendre qu’on peut répondre exactement cache une volonté de ne pas se poser la question, se remettre en cause, c’est se chosifier.

-besoin du regard d’autrui , médiateur entre moi et moi-même; honte; enfer c’est les autres; Sartre; la question peut être posée à autrui mais il ne faut pas se réduire à sa réponse. Elle n’est pas exacte, il faut combiner deux réponses, regards : le sien et celui d’autrui afin de mieux se connaître. Poser la question à autrui est donc salvateur et instructif. (pas unité), mais réponses multiples

Transition :Mais nous devons nous poser la question et tenté d’y répondre malgré les difficultés pour pouvoir répondre de ses actes et acquérir la liberté.

III Et la question « qui suis-je » est sans cesse à reposer car mon identité change, ne se dévoile pas immédiatement et s’affirme dans l’action.

-réponse partielle car connaissance incomplète de soi : surprise, étonnement, regret… et changements => identité personnelle à construire, unité, unicité, ipséité, mémoire, conscience  Locke; fou, amnésique « hors de soi » j’ai changé »; réponses multiples, puzzle

la réponse ne peut être exacte car la question est mal posée : l’identité n’est pas identique, elle change or « qui suis-je? » présuppose une fixité, une stagnation. On devient, on a à être bien plus qu’on est. Une chose est, le sujet existe. La question est à poser sans cesse au cours de la vie, seule la mort pourra fournir une réponse exacte mais toujours au passé. C’est donc une question qui ne peut être posée par la personne au présent, puisque lorsqu’elle pourrait y répondre (essence figée), elle ne peut plus (elle est morte).

-l’inconscient nous empêche de nous connaitre totalement… Freud mais on peut s’approcher de la réponse en travaillant sur soi, introspection, psychanalyse.

-La question prend son sens quand la situation accule l’individu; lorsque la situation l’oblige à s’affirmer contre, lui fait obstacle. On s’identifierait alors plus contre qu’à quelque chose ou quelqu’un. L’affirmation du sujet serait effective dans l’opposition. Ainsi l’action de transformer le monde (l’objet qui s’oppose à moi), la révolte, le combat l’oppression seraient autant de moyens et d’occasions pour le sujet de se poser la question « Qui suis-je » et d’y répondre par l’action et le projet de son existence. « Nous n’avons jamais été aussi libres que sous l’occupation » Sartre.