« L’homme qui plantait des arbres » de Jean Giono

L’homme qui plantait des arbres est une fiction de Jean Giono (1895-1970), écrite en 1953 et présentée comme un récit et un témoignage sur la vie d’un berger entre 1914 et 1947, Elzéard Bouffier. Le texte a d’abord été publié  aux États-Unis en 1954 puis en 1973 en France, dans des revues, et il a été traduit depuis dans de très nombreuses langues. L’auteur ayant cédé les droits de reproduction de ce texte, qui est une profonde réflexion écologique et philosophique, il est permis de le reproduire et de le diffuser.

***

Pour que le caractère d’un être humain dévoile des qualités vraiment exceptionnelles, il faut avoir la bonne fortune de pouvoir observer son action pendant de longues années. Si cette action est dépouillée de tout égoïsme, si l’idée qui la dirige est d’une générosité sans exemple, s’il est absolument certain qu’elle n’a cherché de récompense nulle part et qu’au surplus elle ait laissé sur le monde des marques visibles, on est alors, sans risque d’erreurs, devant un caractère inoubliable.

Il y a environ une quarantaine d’années, je faisais une longue course à pied, sur des hauteurs absolument inconnues des touristes, dans cette très vieille région des Alpes qui pénètre en Provence.
Cette région est délimitée au sud-est et au sud par le cours moyen de la Durance, entre Sisteron et Mirabeau ; au nord par le cours supérieur de la Drôme, depuis sa source jusqu’à Die ; à l’ouest par les plaines du Comtat Venaissin et les contreforts du Mont-Ventoux. Elle comprend toute la partie nord du département des Basses-Alpes, le sud de la Drôme et une petite enclave du Vaucluse.
C’était, au moment où j’entrepris ma longue promenade dans ces déserts, des landes nues et monotones, vers 1200 à 1300 mètres d’altitude. Il n’y poussait que des lavandes sauvages.
Je traversais ce pays dans sa plus grande largeur et, après trois jours de marche, je me trouvais dans une désolation sans exemple. Je campais à côté d’un squelette de village abandonné. Je n’avais plus d’eau depuis la veille et il me fallait en trouver. Ces maisons agglomérées, quoique en ruine, comme un vieux nid de guêpes, me firent penser qu’il avait dû y avoir là, dans le temps, une fontaine ou un puits. Il y avait bien une fontaine, mais sèche. Les cinq à six maisons, sans toiture, rongées de vent et de pluie, la petite chapelle au clocher écroulé, étaient rangées comme le sont les maisons et les chapelles dans les villages vivants, mais toute vie avait disparu.

C’était un beau jour de juin avec grand soleil, mais sur ces terres sans abri et hautes dans le ciel, le vent soufflait avec une brutalité insupportable. Ses grondements dans les carcasses des maisons étaient ceux d’un fauve dérangé dans son repas.
Il me fallut lever le camp. À cinq heures de marche de là, je n’avais toujours pas trouvé d’eau et rien ne pouvait me donner l’espoir d’en trouver. C’était partout la même sécheresse, les mêmes herbes ligneuses. Il me sembla apercevoir dans le lointain une petite silhouette noire, debout. Je la pris pour le tronc d’un arbre solitaire. À tout hasard, je me dirigeai vers elle. C’était un berger. Une trentaine de moutons couchés sur la terre brûlante se reposaient près de lui.
Il me fit boire à sa gourde et, un peu plus tard, il me conduisit à sa bergerie, dans une ondulation du plateau. Il tirait son eau – excellente – d’un trou naturel, très profond, au-dessus duquel il avait installé un treuil rudimentaire.

Cet homme parlait peu. C’est le fait des solitaires, mais on le sentait sûr de lui et confiant dans cette assurance. C’était insolite dans ce pays dépouillé de tout. Il n’habitait pas une cabane mais une vraie maison en pierre où l’on voyait très bien comment son travail personnel avait rapiécé la ruine qu’il avait trouvé là à son arrivée. Son toit était solide et étanche. Le vent qui le frappait faisait sur les tuiles le bruit de la mer sur les plages.
Son ménage était en ordre, sa vaisselle lavée, son parquet balayé, son fusil graissé ; sa soupe bouillait sur le feu. Je remarquai alors qu’il était aussi rasé de frais, que tous ses boutons étaient solidement cousus, que ses vêtements étaient reprisés avec le soin minutieux qui rend les reprises invisibles.
Il me fit partager sa soupe et, comme après je lui offrais ma blague à tabac, il me dit qu’il ne fumait pas. Son chien, silencieux comme lui, était bienveillant sans bassesse.

Il avait été entendu tout de suite que je passerais la nuit là ; le village le plus proche était encore à plus d’une journée et demie de marche. Et, au surplus, je connaissais parfaitement le caractère des rares villages de cette région. Il y en a quatre ou cinq dispersés loin les uns des autres sur les flans de ces hauteurs, dans les taillis de chênes blancs à la toute extrémité des routes carrossables. Ils sont habités par des bûcherons qui font du charbon de bois. Ce sont des endroits où l’on vit mal. Les familles serrées les unes contre les autres dans ce climat qui est d’une rudesse excessive, aussi bien l’été que l’hiver, exaspèrent leur égoïsme en vase clos. L’ambition irraisonnée s’y démesure, dans le désir continu de s’échapper de cet endroit.
Les hommes vont porter leur charbon à la ville avec leurs camions, puis retournent. Les plus solides qualités craquent sous cette perpétuelle douche écossaise. Les femmes mijotent des rancœurs. Il y a concurrence sur tout, aussi bien pour la vente du charbon que pour le banc à l’église, pour les vertus qui se combattent entre elles, pour les vices qui se combattent entre eux et pour la mêlée générale des vices et des vertus, sans repos. Par là-dessus, le vent également sans repos irrite les nerfs. Il y a des épidémies de suicides et de nombreux cas de folies, presque toujours meurtrières.

Le berger qui ne fumait pas alla chercher un petit sac et déversa sur la table un tas de glands. Il se mit à les examiner l’un après l’autre avec beaucoup d’attention, séparant les bons des mauvais. Je fumais ma pipe. Je me proposai pour l’aider. Il me dit que c’était son affaire. En effet : voyant le soin qu’il mettait à ce travail, je n’insistai pas. Ce fut toute notre conversation. Quand il eut du côté des bons un tas de glands assez gros, il les compta par paquets de dix. Ce faisant, il éliminait encore les petits fruits ou ceux qui étaient légèrement fendillés, car il les examinait de fort près. Quand il eut ainsi devant lui cent glands parfaits, il s’arrêta et nous allâmes nous coucher.
La société de cet homme donnait la paix. Je lui demandai le lendemain la permission de me reposer tout le jour chez lui. Il le trouva tout naturel, ou, plus exactement, il me donna l’impression que rien ne pouvait le déranger. Ce repos ne m’était pas absolument obligatoire, mais j’étais intrigué et je voulais en savoir plus. Il fit sortir son troupeau et il le mena à la pâture. Avant de partir, il trempa dans un seau d’eau le petit sac où il avait mis les glands soigneusement choisis et comptés.

Je remarquai qu’en guise de bâton, il emportait une tringle de fer grosse comme le pouce et longue d’environ un mètre cinquante. Je fis celui qui se promène en se reposant et je suivis une route parallèle à la sienne. La pâture de ses bêtes était dans un fond de combe. Il laissa le petit troupeau à la garde du chien et il monta vers l’endroit où je me tenais. J’eus peur qu’il vînt pour me reprocher mon indiscrétion mais pas du tout : c’était sa route et il m’invita à l’accompagner si je n’avais rien de mieux à faire. Il allait à deux cents mètres de là, sur la hauteur.
Arrivé à l’endroit où il désirait aller, il se mit à planter sa tringle de fer dans la terre. Il faisait ainsi un trou dans lequel il mettait un gland, puis il rebouchait le trou. Il plantait des chênes. Je lui demandai si la terre lui appartenait. Il me répondit que non. Savait-il à qui elle était ? Il ne savait pas. Il supposait que c’était une terre communale, ou peut-être, était-elle propriété de gens qui ne s’en souciaient pas ? Lui ne se souciait pas de connaître les propriétaires. Il planta ainsi cent glands avec un soin extrême.

Après le repas de midi, il recommença à trier sa semence. Je mis, je crois, assez d’insistance dans mes questions puisqu’il y répondit. Depuis trois ans il plantait des arbres dans cette solitude. Il en avait planté cent mille. Sur les cent mille, vingt mille était sortis. Sur ces vingt mille, il comptait encore en perdre la moitié, du fait des rongeurs ou de tout ce qu’il y a d’impossible à prévoir dans les desseins de la Providence. Restaient dix mille chênes qui allaient pousser dans cet endroit où il n’y avait rien auparavant.
C’est à ce moment là que je me souciai de l’âge de cet homme. Il avait visiblement plus de cinquante ans. Cinquante-cinq, me dit-il. Il s’appelait Elzéard Bouffier. Il avait possédé une ferme dans les plaines. Il y avait réalisé sa vie. Il avait perdu son fils unique, puis sa femme. Il s’était retiré dans la solitude où il prenait plaisir à vivre lentement, avec ses brebis et son chien. Il avait jugé que ce pays mourait par manque d’arbres. Il ajouta que, n’ayant pas d’occupations très importantes, il avait résolu de remédier à cet état de choses.
Menant moi-même à ce moment-là, malgré mon jeune âge, une vie solitaire, je savais toucher avec délicatesse aux âmes des solitaires. Cependant, je commis une faute. Mon jeune âge, précisément, me forçait à imaginer l’avenir en fonction de moi-même et d’une certaine recherche du bonheur. Je lui dis que, dans trente ans, ces dix mille chênes seraient magnifiques. Il me répondit très simplement que, si Dieu lui prêtait vie, dans trente ans, il en aurait planté tellement d’autres que ces dix mille seraient comme une goutte d’eau dans la mer.
Il étudiait déjà, d’ailleurs, la reproduction des hêtres et il avait près de sa maison une pépinière issue des faînes. Les sujets qu’il avait protégés de ses moutons par une barrière en grillage, étaient de toute beauté. Il pensait également à des bouleaux pour les fonds où, me dit-il, une certaine humidité dormait à quelques mètres de la surface du sol.
Nous nous séparâmes le lendemain.

L’année d’après, il y eut la guerre de 14 dans laquelle je fus engagé pendant cinq ans. Un soldat d’infanterie ne pouvait guère y réfléchir à des arbres. À dire vrai, la chose même n’avait pas marqué en moi : je l’avais considérée comme un dada, une collection de timbres, et oubliée.
Sorti de la guerre, je me trouvais à la tête d’une prime de démobilisation minuscule mais avec le grand désir de respirer un peu d’air pur. C’est sans idée préconçue – sauf celle-là – que je repris le chemin de ces contrées désertes.
Le pays n’avait pas changé. Toutefois, au-delà du village mort, j’aperçus dans le lointain une sorte de brouillard gris qui recouvrait les hauteurs comme un tapis. Depuis la veille, je m’étais remis à penser à ce berger planteur d’arbres. « Dix mille chênes, me disais-je, occupent vraiment un très large espace. »
J’avais vu mourir trop de monde pendant cinq ans pour ne pas imaginer facilement la mort d’Elzéar Bouffier, d’autant que, lorsqu’on en a vingt, on considère les hommes de cinquante comme des vieillards à qui il ne reste plus qu’à mourir. Il n’était pas mort. Il était même fort vert. Il avait changé de métier. Il ne possédait plus que quatre brebis mais, par contre, une centaine de ruches. Il s’était débarrassé des moutons qui mettaient en péril ses plantations d’arbres. Car, me dit-il (et je le constatais), il ne s’était pas du tout soucié de la guerre. Il avait imperturbablement continué à planter.
Les chênes de 1910 avaient alors dix ans et étaient plus hauts que moi et que lui. Le spectacle était impressionnant. J’étais littéralement privé de parole et, comme lui ne parlait pas, nous passâmes tout le jour en silence à nous promener dans sa forêt. Elle avait, en trois tronçons, onze kilomètres de long et trois kilomètres dans sa plus grande largeur. Quand on se souvenait que tout était sorti des mains et de l’âme de cet homme – sans moyens techniques – on comprenait que les hommes pourraient être aussi efficaces que Dieu dans d’autres domaines que la destruction.
Il avait suivi son idée, et les hêtres qui m’arrivaient aux épaules, répandus à perte de vue, en témoignaient. Les chênes étaient drus et avaient dépassé l’âge où ils étaient à la merci des rongeurs ; quant aux desseins de la Providence elle-même, pour détruire l’œuvre créée, il lui faudrait avoir désormais recours aux cyclones. Il me montra d’admirables bosquets de bouleaux qui dataient de cinq ans, c’est-à-dire de 1915, de l’époque où je combattais à Verdun. Il leur avait fait occuper tous les fonds où il soupçonnait, avec juste raison, qu’il y avait de l’humidité presque à fleur de terre. Ils étaient tendres comme des adolescents et très décidés.
La création avait l’air, d’ailleurs, de s’opérer en chaînes. Il ne s’en souciait pas ; il poursuivait obstinément sa tâche, très simple. Mais en redescendant par le village, je vis couler de l’eau dans des ruisseaux qui, de mémoire d’homme, avaient toujours été à sec. C’était la plus formidable opération de réaction qu’il m’ait été donné de voir. Ces ruisseaux secs avaient jadis porté de l’eau, dans des temps très anciens. Certains de ces villages tristes dont j’ai parlé au début de mon récit s’étaient construits sur les emplacements d’anciens villages gallo-romains dont il restait encore des traces, dans lesquelles les archéologues avaient fouillé et ils avaient trouvé des hameçons à des endroits où au vingtième siècle, on était obligé d’avoir recours à des citernes pour avoir un peu d’eau.
Le vent aussi dispersait certaines graines. En même temps que l’eau réapparut réapparaissaient les saules, les osiers, les prés, les jardins, les fleurs et une certaine raison de vivre.
Mais la transformation s’opérait si lentement qu’elle entrait dans l’habitude sans provoquer d’étonnement. Les chasseurs qui montaient dans les solitudes à la poursuite des lièvres ou des sangliers avaient bien constaté le foisonnement des petits arbres mais ils l’avaient mis sur le compte des malices naturelles de la terre. C’est pourquoi personne ne touchait à l’œuvre de cet homme. Si on l’avait soupçonné, on l’aurait contrarié. Il était insoupçonnable. Qui aurait pu imaginer, dans les villages et dans les administrations, une telle obstination dans la générosité la plus magnifique ?

À partir de 1920, je ne suis jamais resté plus d’un an sans rendre visite à Elzéard Bouffier. Je ne l’ai jamais vu fléchir ni douter. Et pourtant, Dieu sait si Dieu même y pousse ! Je n’ai pas fait le compte de ses déboires. On imagine bien cependant que, pour une réussite semblable, il a fallu vaincre l’adversité ; que, pour assurer la victoire d’une telle passion, il a fallu lutter avec le désespoir. Il avait, pendant un an, planté plus de dix mille érables. Ils moururent tous. L’an d’après, il abandonna les érables pour reprendre les hêtres qui réussirent encore mieux que les chênes.
Pour avoir une idée à peu près exacte de ce caractère exceptionnel, il ne faut pas oublier qu’il s’exerçait dans une solitude totale ; si totale que, vers la fin de sa vie, il avait perdu l’habitude de parler. Ou, peut-être, n’en voyait-il pas la nécessité ?

En 1933, il reçut la visite d’un garde forestier éberlué. Ce fonctionnaire lui intima l’ordre de ne pas faire de feu dehors, de peur de mettre en danger la croissance de cette forêt naturelle. C’était la première fois, lui dit cet homme naïf, qu’on voyait une forêt pousser toute seule. À cette époque, il allait planter des hêtres à douze kilomètres de sa maison. Pour s’éviter le trajet d’aller-retour – car il avait alors soixante-quinze ans – il envisageait de construire une cabane de pierre sur les lieux mêmes de ses plantations. Ce qu’il fit l’année d’après.

En 1935, une véritable délégation administrative vint examiner la « forêt naturelle ». Il y avait un grand personnage des Eaux et Forêts, un député, des techniciens. On prononça beaucoup de paroles inutiles. On décida de faire quelque chose et, heureusement, on ne fit rien, sinon la seule chose utile : mettre la forêt sous la sauvegarde de l’État et interdire qu’on vienne y charbonner. Car il était impossible de n’être pas subjugué par la beauté de ces jeunes arbres en pleine santé. Et elle exerça son pouvoir de séduction sur le député lui-même.
J’avais un ami parmi les capitaines forestiers qui était de la délégation. Je lui expliquai le mystère. Un jour de la semaine d’après, nous allâmes tous les deux à la recherche d’Elzéard Bouffier. Nous le trouvâmes en plein travail, à vingt kilomètres de l’endroit où avait eu lieu l’inspection.
Ce capitaine forestier n’était pas mon ami pour rien. Il connaissait la valeur des choses. Il sut rester silencieux. J’offris les quelques œufs que j’avais apportés en présent. Nous partageâmes notre casse-croûte en trois et quelques heures passèrent dans la contemplation muette du paysage.
Le côté d’où nous venions était couvert d’arbres de six à sept mètres de haut. Je me souvenais de l’aspect du pays en 1913 : le désert… Le travail paisible et régulier, l’air vif des hauteurs, la frugalité et surtout la sérénité de l’âme avaient donné à ce vieillard une santé presque solennelle. C’était un athlète de Dieu. Je me demandais combien d’hectares il allait encore couvrir d’arbres.
Avant de partir, mon ami fit simplement une brève suggestion à propos de certaines essences auxquelles le terrain d’ici paraissait devoir convenir. Il n’insista pas. « Pour la bonne raison, me dit-il après, que ce bonhomme en sait plus que moi. » Au bout d’une heure de marche – l’idée ayant fait son chemin en lui – il ajouta : « Il en sait beaucoup plus que tout le monde. Il a trouvé un fameux moyen d’être heureux ! »
C’est grâce à ce capitaine que, non seulement la forêt, mais le bonheur de cet homme furent protégés. Il fit nommer trois gardes-forestiers pour cette protection et il les terrorisa de telle façon qu’ils restèrent insensibles à tous les pots-de-vin que les bûcherons pouvaient proposer.

L’œuvre ne courut un risque grave que pendant la guerre de 1939. Les automobiles marchant alors au gazogène, on n’avait jamais assez de bois. On commença à faire des coupes dans les chênes de 1910, mais ces quartiers sont si loin de tous réseaux routiers que l’entreprise se révéla très mauvaise au point de vue financier. On l’abandonna. Le berger n’avait rien vu. Il était à trente kilomètres de là, continuant paisiblement sa besogne, ignorant la guerre de 39 comme il avait ignoré la guerre de 14.

J’ai vu Elzéard Bouffier pour la dernière fois en juin 1945. Il avait alors quatre-vingt-sept ans. J’avais donc repris la route du désert, mais maintenant, malgré le délabrement dans lequel la guerre avait laissé le pays, il y avait un car qui faisait le service entre la vallée de la Durance et la montagne. Je mis sur le compte de ce moyen de transport relativement rapide le fait que je ne reconnaissais plus les lieux de mes dernières promenades. Il me semblait aussi que l’itinéraire me faisait passer par des endroits nouveaux. J’eus besoin d’un nom de village pour conclure que j’étais bien cependant dans cette région jadis en ruine et désolée. Le car me débarqua à Vergons.
En 1913, ce hameau de dix à douze maisons avait trois habitants. Ils étaient sauvages, se détestaient, vivaient de chasse au piège : à peu près dans l’état physique et moral des hommes de la préhistoire. Les orties dévoraient autour d’eux les maisons abandonnées. Leur condition était sans espoir. Il ne s’agissait pour eux que d’attendre la mort : situation qui ne prédispose guère aux vertus.
Tout était changé. L’air lui-même. Au lieu des bourrasques sèches et brutales qui m’accueillaient jadis, soufflait une brise souple chargée d’odeurs. Un bruit semblable à celui de l’eau venait des hauteurs : c’était celui du vent dans les forêts. Enfin, chose plus étonnante, j’entendis le vrai bruit de l’eau coulant dans un bassin. Je vis qu’on avait fait une fontaine, qu’elle était abondante et, ce qui me toucha le plus, on avait planté près d’elle un tilleul qui pouvait déjà avoir dans les quatre ans, déjà gras, symbole incontestable d’une résurrection.

Par ailleurs, Vergons portait les traces d’un travail pour l’entreprise duquel l’espoir était nécessaire. L’espoir était donc revenu. On avait déblayé les ruines, abattu les pans de murs délabrés et reconstruit cinq maisons. Le hameau comptait désormais vingt-huit habitants dont quatre jeunes ménages. Les maisons neuves, crépies de frais, étaient entourées de jardins potagers où poussaient, mélangés mais alignés, les légumes et les fleurs, les choux et les rosiers, les poireaux et les gueules-de-loup, les céleris et les anémones. C’était désormais un endroit où l’on avait envie d’habiter.
À partir de là, je fis mon chemin à pied. La guerre dont nous sortions à peine n’avait pas permis l’épanouissement complet de la vie, mais Lazare était hors du tombeau. Sur les flans abaissés de la montagne, je voyais de petits champs d’orge et de seigle en herbe; au fond des étroites vallées, quelques prairies verdissaient.
Il n’a fallu que les huit ans qui nous séparent de cette époque pour que tout le pays resplendisse de santé et d’aisance. Sur l’emplacement des ruines que j’avais vues en 1913, s’élèvent maintenant des fermes propres, bien crépies, qui dénotent une vie heureuse et confortable. Les vieilles sources, alimentées par les pluies et les neiges que retiennent les forêts, se sont remises à couler. On en a canalisé les eaux. À côté de chaque ferme, dans des bosquets d’érables, les bassins des fontaines débordent sur des tapis de menthes fraîches. Les villages se sont reconstruits peu à peu. Une population venue des plaines où la terre se vend cher s’est fixée dans le pays, y apportant de la jeunesse, du mouvement, de l’esprit d’aventure. On rencontre dans les chemins des hommes et des femmes bien nourris, des garçons et des filles qui savent rire et ont repris goût aux fêtes campagnardes. Si on compte l’ancienne population, méconnaissable depuis qu’elle vit avec douceur et les nouveaux venus, plus de dix mille personnes doivent leur bonheur à Elzéard Bouffier.

Quand je réfléchis qu’un homme seul, réduit à ses simples ressources physiques et morales, a suffi pour faire surgir du désert ce pays de Canaan, je trouve que, malgré tout, la condition humaine est admirable. Mais, quand je fais le compte de tout ce qu’il a fallu de constance dans la grandeur d’âme et d’acharnement dans la générosité pour obtenir ce résultat, je suis pris d’un immense respect pour ce vieux paysan sans culture qui a su mener à bien cette œuvre digne de Dieu.

Elzéard Bouffier est mort paisiblement en 1947 à l’hospice de Banon.

***

Dans une lettre que Giono a écrite en 1957 au Conservateur des Eaux et Forêts de Digne, M. Valdeyron, il précise qu’il souhaite que son récit, certes fictif, puisse avoir une « utilisation pratique » et que soit menée une véritable « politique de l’arbre ».

C’est un de mes textes dont je suis le plus fier. Il ne me rapporte pas un centime et c’est pourquoi il accomplit ce pour quoi il a été écrit.

Cher Monsieur,
Navré de vous décevoir, mais Elzéard Bouffier est un personnage inventé. Le but était de faire aimer l’arbre ou plus exactement faire aimer à planter des arbres (ce qui est depuis toujours une de mes idées les plus chères). Or si j’en juge par le résultat, le but a été atteint par ce personnage imaginaire. Le texte que vous avez lu dans Trees and Life a été traduit en Danois, Finlandais, Suédois, Norvégien, Anglais, Allemand, Russe, Tchécoslovaque, Hongrois, Espagnol, Italien, Yddisch, Polonais. J’ai donné mes droits gratuitement pour toutes les reproductions. Un américain est venu me voir dernièrement pour me demander l’autorisation de faire tirer ce texte à 100 000 exemplaires pour les répandre gratuitement en Amérique (ce que j’ai bien entendu accepté). L’Université de Zagreb en fait une traduction en yougoslave. C’est un de mes textes dont je suis le plus fier. Il ne me rapporte pas un centime et c’est pourquoi il accomplit ce pour quoi il a été écrit.
J’aimerais vous rencontrer, s’il vous est possible, pour parler précisément de l’utilisation pratique de ce texte. Je crois qu’il est temps qu’on fasse une « politique de l’arbre » bien que le mot politique semble bien mal adapté.
Très cordialement
Jean Giono

 

En 1987 est sorti un très beau film d’animation du Canadien Frédéric Back (1924-2013), auquel le comédien Philippe Noiret a prêté sa voix en tant que narrateur dans la version française :

Expression écrite à partir du court-métrage « Loin du 16e »

Exercices d’écriture à partir de Loin du 16e de Daniela Thomas et Walter Salles – résumé du film, description du personnage principal, opinion personnelle

Dans le film Loin du 16e, on peut voir Ana. Elle a les cheveux longs et bruns. Son visage est très beau avec des yeux marron et des lèvres fines. D’après son apparence, elle semble venir d’un pays du sud. Elle a l’air stressé et surmené. Ana porte une veste bleue et un jean, elle a un sac à dos noir. Elle ne porte pas de bijoux.
Le film montre une femme immigrée qui garde un enfant pour une femme très riche. Tous les jours, elle doit prendre le train et le métro pour aller travailler. Pendant ses heures de travail, son enfant reste à la crèche. Pour gagner sa vie, elle doit supporter ces conditions. On a l’impression qu’elle n’est pas satisfaite avec la situation.
Moi, j’aime le film parce qu’il montre sans paroles, avec des images très fortes, différents problèmes de la société française.

***

Une femme, qui a un bébé, vit modestement. Elle s’occupe de son enfant et garde un bébé dans un grand appartement à Paris.
Dans le film, elle chante une chanson en espagnol pour calmer les bébés.
Description morale et physique : Elle paraît malheureuse. Son enfant grandit dans une vie modeste et elle doit faire un travail stressant où elle s’occupe d’un bébé qui peut grandir dans une vie luxueuse, pendant que son enfant est dans une crèche. Elle a l’air belle. Elle a un joli visage et de beaux cheveux. Elle porte des vêtements simples mais confortables.
Avis personnel : Je pense qu’un travail comme ça, ce doit être très dur. On n’a pas le temps de faire quelque chose avec ses propres enfants mais on doit s’occuper des enfants des autres.

***

Dans le court-métrage, on voit comment Ana, une jeune femme qui pourrait être d’origine sud-américaine, passe sa journée. Elle se lève tôt et elle emmène son bébé dans une crèche. On peut remarquer qu’elle n’a pas beaucoup de temps parce qu’elle marche très vite. Mais quand son bébé, qui est déjà dans son lit à la crèche, commence à pleurer, elle prend le temps de lui chanter une chanson pour enfants en espagnol. Elle sourit même.
Après, elle doit prendre un train et deux métros différents pour arriver au travail. Elle travaille comme nounou pour une famille riche qui vit dans le 16e arrondissement de Paris, dans un appartement très grand et élégant. On ne voit pas la mère du bébé mais on entend qu’elle demande à Ana si elle peut rester plus longtemps ce jour-là. Ana répond qu’elle peut rester plus longtemps mais c’est clair qu’elle ne veut pas.
Dans la dernière scène, Ana chante la même chanson pour l’autre bébé. Mais pas de la même manière : elle semble fatiguée et absente et elle ne sourit pas.
Description physique et morale : Ana est une jeune femme avec une silhouette délicate, des yeux marron et des cheveux longs et bruns. Sa langue maternelle est l’espagnol. Ana travaille très dur. Elle doit se lever très tôt le matin et parcourir un long trajet jusqu’à son travail. Elle aime beaucoup son bébé et ferait tout pour lui.
Avis personnel : C’est admirable, ce que fait Ana. Je pense que c’est très dur de vivre une vie comme la sienne. Je me demande pourquoi elle vit en France et comment elle est arrivée là. Peut-être qu’elle espère que son bébé aura un jour une vie meilleure.

Clips : Rosenstolz et Charlotte Gainsbourg

Une chanson en allemand et une chanson en anglais en cours de FLE ? Oui, pourquoi pas, quand ce sont surtout les clips qui nous intéressent !
Sorti récemment, le clip de Charlotte Gainsbourg sur sa chanson Deadly Valentine, dont elle a réalisé la mise en scène, m’a rappelé un clip bien plus ancien, celui du groupe berlinois Rosenstolz sur la chanson Ich bin ich. Dans les deux cas, la structure est celle d’un court-métrage dont les protagonistes apparaissent à trois âges différents : l’enfance, l’adolescence et l’âge adulte (interprété par les chanteurs). Deadly Valentine va plus loin et montre aussi la vieillesse.

Ich bin ich – Rosenstolz

 

Deadly Valentine – Charlotte Gainsbourg

 

Ce sont donc ici les images des clips – et bien sûr aussi le sens des chansons – qui peuvent donner lieu à une exploitation en cours de langue, en ayant pris soin de fournir aux apprenants un lexique bilingue (voir ici les versions français-allemand (pdf) et allemand-français (pdf) du lexique), pour leur permettre de décrire ce qu’ils voient), et non le texte en tant que tel. Les deux « court-métrages » (que l’on peut visionner avec et sans le son) suggèrent des histoires de vie qui ne demandent qu’à être racontées. Après une première identification des situations et des lieux représentés (la RDA des années soixante-dix et quatre-vingts dans un clip, New York aujourd’hui et plus intemporel dans l’autre), plusieurs voies sont possibles : s’en tenir à une description des clips en en étudiant le découpage, résumer chaque séquence dans une grille avec des photos pour support, raconter l’histoire du point de vue d’un des personnages ou de celui d’un narrateur omniscient, sous la forme d’une nouvelle, imaginer des dialogues à différentes étapes de l’histoire,  des lettres, des journaux  intimes, des articles…

« Loin du 16e » de Daniela Thomas et Walter Salles

Un court-métrage de la série Paris je t’aime (2006)
sur le 16e arrondissement
par Daniela Thomas et Walter Salles

avec Catalina Sandino Moreno

 

 

  • le making of du court-métrage (avec sous-titres en français) :

 

Qui gardera les enfants ?
un podcast de Charlotte Bienaimé (arte radio, 2018) sur les nounous et les femmes de ménage étrangères au service des familles blanches

Pistes pour le cours :

  • mots-clés sur ces thèmes : l’exil, la vie en banlieue, Paris, les grandes villes, le travail, la précarité, la monoparentalité, les droits des femmes, le droit au travail, le travail des femmes immigrées, notamment de celles ayant en charge la garde des enfants, au service des femmes de la petite-bourgeoisie locale (blanche), les différences sociales…
  • monologues et dialogues sur ces thèmes à imaginer, à jouer…
  • écriture d’une lettre, d’une page de journal intime, de petites annonces…

Expression écrite à partir du court-métrage : travaux d’étudiants (niveau B1)

Notes sur l’expression du goût et des sentiments

… en construction !

Texte de Grand Corps Malade (slam) : Un verbe (2010, album 3ème Temps, musique Gilles Bourgain)

  • Les verbes aimer, adorer, préférer, apprécier, regretter, supporter, détester sont suivis :

- d'un nom propre
- de l'article défini "le, la, l', les" + un substantif (ou un nom propre avec article, par exemple un nom de pays)
- du déterminant (ou adjectif) possessif "mon, ma, mes..." + un substantif
- du déterminant (ou adjectif) démonstratif "ce/cet, cette, ces" + un substantif
- d'une proposition subordonnée complétive conjonctive à l'indicatif introduite par la conjonction de subordination "ce qui", "ce que/qu'", "ce dont"

Chanson d'un jour d'été - Chanson du film Les Demoiselles de Rochefort (Jacques Demy, 1967) interprétée par Anne Germain et Claude Parent, qui prêtent leurs voix à Catherine Deneuve et Françoise Dorléac

Aimer la vie aimer les fleurs
Aimer les rires et les pleurs
Aimer le jour aimer la nuit
Aimer le soleil et la pluie
Aimer l'hiver aimer le vent
Aimer les villes et les champs
Aimer la mer aimer le feu
Aimer la terre pour être heureux

On ne peut que regretter l'amour envolé

 

Chanson de Pierre Perret : Au café du canal

J'aime le ciel parce qu'il est dans tes yeux
J'aime l'oiseau parce qu'il sait ton nom
J'aime ton rire et tous ces mots curieux
Que tu viens murmurer au col de mon veston

 

  • Les verbes aimer, adorer, préférer et détester sont suivis d'une proposition subordonnée complétive infinitive = une proposition qui se réduit à un verbe à l'infinitif ou qui commence par un verbe à l'infinitif
    exemple : Les enfants aiment jouer dehors.

Chanson de Benjamin Biolay : Ton héritage (2009, album La Superbe)

Si tu aimes la marée basse, le soleil sur la terrasse
Si tu aimes l'automne vermeil
Si tu aimes les soirs de pluie
Si tu aimes ce qui est bon
Si tu aimes sentir la terre

 

  • Les verbes apprécier, regretter, supporter (en général avec un adverbe : "mal", "difficilement"...) et ne pas supporter sont suivis d'une proposition subordonnée complétive introduite par la préposition (le subordonnant) "de" = une proposition qui se réduit à "de" + un verbe à l'infinitif ou qui commence par "de" + un verbe à l'infinitif
    exemples : Nous apprécions de travailler à notre rythme. Je regrette de partir si tôt. Il ne supporte pas de voir ses amis tristes.
  • Les verbes aimer, adorer, préférer, apprécier, détester, supporter (en général avec un adverbe : "mal", "difficilement"...) et ne pas supporter sont suivis d'une proposition subordonnée (circonstantielle) à l'indicatif introduite par la conjonction de subordination "quand" et qui a ici la fonction d'une subordonnée complétive
    exemple : J'aime quand tu souris. - Je n'aime pas quand tu pleures.

Chanson d'Hervé Vilard : Pas pleurer (1981)

 

  • Les verbes aimer, adorer, préférer, apprécier, détester, regretter, supporter (en général avec un adverbe : "mal", "difficilement"...) et ne pas supporter sont suivis d'une proposition subordonnée complétive au subjonctif introduite par la conjonction de subordination "que"
    exemple : Je préfère que nous partions avant le lever du soleil.

***

Poème de Boris Vian : Y'a du soleil dans la rue

Y'a du soleil dans la rue
J'aime le soleil mais j'aime pas la rue
Alors je reste chez moi
(...)

 

Chanson de Mouloudji  : Valse jaune (musique : Marguerite Monnot, sur un poème de Boris Vian)

Il y a du soleil dans la rue
Moi j'aime le soleil mais j'aime pas les gens / mais j'ai peur des gens [variante]
Et je reste caché tout l'temps
A l'abri des volets d'acier noir

Il y a du soleil dans la rue
Moi j'aime bien la rue mais quand elle s'endort
Et j'attends que le jour soit mort
Et je vais rêver sur les trottoirs
(...)

Et l'soleil
Fait le tour de la terre
Et revient sans s'en faire
Et la rue se remplit de travail et de bruit
Alors
C'est là que j'me méfie...

Car il y a du travail dans la vie
Moi j'aime pas l'travail mais j'aime bien la vie
Et j'vais voir de quoi elle a l'air
En f'sant gaffe de pas trop en faire
(...)

 

Chanson de Jacques Dutronc : J'aime les filles (1967, Lanzmann/Dutronc)

 

***

  • tout aimer ou aimer quelque chose / ne rien aimer
    j'aime tout, tu adores tout, il préfère tout, elle apprécie tout, nous regrettons tout, vous supportez tout, ils détestent tout
    je n'aime rien, tu n'adores rien, il ne préfère rien, elle n'apprécie rien, nous ne regrettons rien, vous ne supportez rien, ils ne détestent rien
  • aimer quelqu'un / n'aimer personne
    j'aime qn, tu adores qn, il préfère qn, elle apprécie qn, nous regrettons qn, vous supportez qn, ils détestent qn
    je n'aime personne, tu n'adores personne, il ne préfère personne, elle n'apprécie personne, nous ne regrettons personne, vous ne supportez personne, ils ne détestent personne

Reprise de Non, je ne regrette rien par Bernadette Soubirou et ses Apparitions (1990)

 

  • Pour les pronoms compléments remplaçant des noms et employés avec les verbes (à la forme affirmative ou négative) aimer, adorer, préférer, apprécier, détester, regretter, supporter et aussi connaître, il faut distinguer les noms d'êtres vivants (humains, animaux) et les inanimés :

- pour les noms d'êtres humains, d'animaux et les noms inanimés personnifiés ou avec lesquels on a une relation affective (pays, ville...) et les noms déterminés, on utilise les pronoms personnels compléments (COD) "me, m' / te, t' / le, la, l' / nous / vous / les"
exemples : La Méditerranée, je l'aime beaucoup. - Ce café (= ce produit-là), je le préfère à celui qu'on boit d'habitude. - Le café (= le/mon café, quand je le bois), je l'aime très chaud. - Les fruits, il les adore juteux (= les/ses fruits, quand il les mange). - Ta ville, tu la connais bien.

Chanson de Gaëtan Roussel : Dis-moi encore que tu m'aimes (2010, Roussel/Dahan, album Ginger)

 

- pour les autres inanimés, voire pour des noms collectifs, des noms désignant une catégorie, on utilise le pronom démonstratif complément (COD) "cela/ça" ou bien on n'utilise pas du tout de pronom (mais on peut toujours ajouter, avec des variations selon le verbe, un adverbe : "bien", "beaucoup"...)
exemples : Le chocolat, j'adore ça. Le chocolat, j'adore ! - Les légumes, il déteste (ça). - La foule, tu n'aimes pas tellement (ça). - Barcelone, nous ne connaissons pas encore. - Et le rock français, vous connaissez ?

  • Pour les pronoms compléments remplaçant des propositions subordonnées...

a) ... introduites par "quand" (le cas échéant), par "ce qui", "ce que/qu'", "ce dont", par "que" ou dans le cas d'une proposition infinitive, on utilise le pronom démonstratif complément (COD) "cela/ça" avec tous les verbes cités*
exemples :
Nous aimons quand vous souriez - Nous aimons cela/ça
Je préfère que tu sois toi-même - Je préfère cela/ça
Tu détestes arriver en retard - Tu détestes cela/ça

Chanson de Téléphone : Ça, c'est vraiment toi (1982, album Dure limite)

avec les paroles :

 

b) ... qui suivent le verbe supporter, on peut aussi utiliser le pronom complément "le"
exemples :
Il supporte mal d'habiter dans une ville polluée - Il supporte mal cela/ça ou Il le supporte mal
Nous ne supportons pas qu'on puisse impunément porter atteinte aux droits humains  - Nous ne supportons pas cela/ça ou Nous ne le supportons pas

c) ... *qui suivent le verbe regretter, il vaut mieux utiliser seulement "le" (ici, "ça" est considéré comme familier) :
Il regrette d'être arrivé en retard / Il regrette que ses paroles aient été trop dures - Il le regrette

 

  • Foutaises - Court-métrage de Jean-Pierre Jeunet (1989) avec Dominique Pinon

version sous-titrée avec hélas de petites erreurs - transcription correcte ci-dessous :
"Mais j'aimais pas... et j'aime toujours pas les cadavres des sapins de Noël sur les trottoirs en janvier."
"Tu sais ce qu'on a acheté ce matin avec les copains ? Pour le casse-croûte à dix heures ? Trois baguettes, deux camemberts et deux p'tits Côtes-du-Rhône ! Vingt-trois francs chacun, ça nous a coûté..."

 

 

« Gauguin » de Barbara

Une chanson de Barbara (1930-1997)

Gauguin – Lettre à Jacques Brel

Il pleut sur l’île d’Hiva-Oa.
Le vent, sur les longs arbres verts
Jette des sables d’ocre mouillés.
Il pleut sur un ciel de corail
Comme une pluie venue du Nord
Qui délave les ocres rouges
Et les bleus-violets de Gauguin.
Il pleut.
Les Marquises sont devenues grises.
Le Zéphir est un vent du Nord,
Ce matin-là,
Sur l’île qui sommeille encore.

Il a dû s’étonner, Gauguin,
Quand ses femmes aux yeux de velours
Ont pleuré des larmes de pluie
Qui venaient de la mer du Nord.
Il a dû s’étonner, Gauguin,
Comme un grand danseur fatigué
Avec ton regard de l’enfance.

Bonjour monsieur Gauguin.
Faites-moi place.
Je suis un voyageur lointain.
J’arrive des brumes du Nord
Et je viens dormir au soleil.
Faites-moi place.

Tu sais,
Ce n’est pas que tu sois parti
Qui m’importe.
D’ailleurs, tu n’es jamais parti.
Ce n’est pas que tu ne chantes plus
Qui m’importe.
D’ailleurs, pour moi, tu chantes encore,
Mais penser qu’un jour,
Les vents que tu aimais
Te devenaient contraire,
Penser
Que plus jamais
Tu ne navigueras
Ni le ciel ni la mer,

Plus jamais, en avril,
Toucher le lilas blanc,
Plus jamais voir le ciel
Au-dessus du canal.
Mais qui peut dire ?
Moi qui te connais bien,
Je suis sûre qu’aujourd’hui
Tu caresses les seins
Des femmes de Gauguin
Et qu’il peint Amsterdam.
Vous regardez ensemble
Se lever le soleil
Au-dessus des lagunes
Où galopent des chevaux blancs
Et ton rire me parvient,
En cascade, en torrent
Et traverse la mer
Et le ciel et les vents
Et ta voix chante encore.
Il a dû s’étonner, Gauguin,
Quand ses femmes aux yeux de velours
Ont pleuré des larmes de pluie
Qui venaient de la mer du Nord.
Il a dû s’étonner, Gauguin.

Souvent, je pense à toi
Qui as longé les dunes
Et traversé le Nord
Pour aller dormir au soleil,
Là-bas, sous un ciel de corail.
C’était ta volonté.
Sois bien.
Dors bien.
Souvent, je pense à toi.

Je signe Léonie.
Toi, tu sauras qui je suis,
Dors bien

© Barbara (paroles et musique) – album Gauguin (1990, Philips)

 

  • Clip Gauguin (avec sous-titres en anglais) tourné à Mogador en 1990 par Bertrand Fèvre

 

  • Animation avec des tableaux de Gauguin

 

  • Entretien Barbara et Jacques Brel au sujet du film Franz – sorti en 1972, produit par les Éditions Beaux rivages, réalisé par J. Brel et co-écrit avec Paul Andréota – dans lequel ils jouent les personnages de Léonie et Léon

« Âne dormant » de Jacques Prévert

Un poème de Jacques Prévert (1900-1977)

Âne dormant

C’est un âne qui dort
Enfants, regardez-le dormir
Ne le réveillez pas
Ne lui faites pas de blagues
Quand il ne dort pas, il est très souvent malheureux.
Il ne mange pas tous les jours.
On oublie de lui donner à boire.
Et puis on tape dessus.
Regardez-le
Il est plus beau que les statues qu’on vous dit d’admirer et qui vous ennuient.
Il est vivant, il respire, confortablement installé dans son rêve.
Les grandes personnes disent que la poule rêve de grain et l’âne d’avoine.
Les grandes personnes disent ça pour dire quelque chose, elles feraient mieux de s’occuper de leurs rêves à elles, de leurs petits cauchemars personnels.
Sur l’herbe à côté de sa tête, il y a deux plumes.
S’il les a vues avant de s’endormir, il rêve peut-être qu’il est oiseau et qu’il vole.
Ou peut-être il rêve d’autre chose.
Par exemple qu’il est à l’école des garçons, caché dans l’armoire aux cartons à dessin.
Il y a un petit garçon qui ne sait pas faire son problème.
Alors le maître lui dit :
Vous êtes un âne, Nicolas !
C’est désastreux pour Nicolas.
Il va pleurer.
Mais l’âne sort de sa cachette
Le maître ne le voit pas.
Et l’âne fait le problème du petit garçon.
Le petit garçon va porter le problème au maître, et le maître dit :
C’est très bien, Nicolas !
Alors l’âne et Nicolas rient tout doucement aux éclats, mais le maître ne les entend pas.
Et si l’âne ne rêve pas ça, c’est qu’il rêve autre chose.
Tout ce qu’on peut savoir, c’est qu’il rêve.
Tout le monde rêve.

© Fatras, succession Jacques Prévert

 

  • Court-métrage Âne dormant :

[vimeo]https://vimeo.com/94801755[/vimeo]

 

Animation réalisée par Caroline Lefèvre
(Tant Mieux Prod, Bayard Jeunesse Animation),
Collection « En sortant de l’école »

  • voir les croquis du film Âne dormant
  • les 13 films de la collection « En sortant de l’école »

« La soupe à la grimace » d’Hélène Leroy et Éric Gasté

Une histoire d’Hélène Leroy (auteure) et Éric Gasté (illustrateur)
publiée en 2001 chez Bayard, coll. « Les Belles Histoires ».

Rien n’est plus imprudent que de raconter des fariboles aux enfants pour les forcer à manger ce qu’ils n’aiment pas… Une histoire très drôle sur un thème familier, celui des goûts alimentaires des enfants, avec des illustrations pleines de fraîcheur et de malice, caractéristiques des créations pour la jeunesse d’Éric Gasté.

La petite Georgette, qui habite dans le village de Jempassa, n’aime pas la soupe à la biscotte que lui prépare sa maman tous les mardis. Pour forcer Georgette à la manger, sa maman lui fait croire à l’existence d’un monstre nommé le Crackmiam, qui viendrait la chercher pour l’emporter si elle persistait à faire la fine bouche. Un mercredi, pour en avoir le cœur net, la fillette part courageusement du côté de Torgniole, à la recherche de ce fameux Crackmiam…

 

 

Bandes-annonces

Bandes-annonces des films vus par les étudiants, qui ont ensuite rédigé des résumés et critiques

Sur le chemin de l’école de Pascal Plisson (FR 2013)

 

Entre les murs de Laurent Cantet (FR 2008), adapté du roman de François Bégaudeau

 

Cette deuxième bande-annonce d'Entre les murs, sous-titrée en anglais, est différente de la bande-annonce en VF

 

Le fabuleux destin d'Amélie Poulain de Jean-Pierre Jeunet (FR 2001)

 

On connaît la chanson d'Alain Resnais (FR/UK/CH 1997)

[dailymotion]http://www.dailymotion.com/video/x22jywn_bande-annonce-on-connait-la-chanson-vf_shortfilms[/dailymotion]

 

Ensemble, c'est tout de Claude Berri (FR 2007), (un peu trop) librement adapté du roman d'Anna Gavalda

 

Intouchables d'Éric Toledano et Olivier Nakache (FR 2011)

 

Le crime est notre affaire de Pascal Thomas (FR 2008), librement adapté d'un roman d'Agatha Christie

[dailymotion]http://www.dailymotion.com/video/xpy634_le-crime-est-notre-affaire-bande-annonce-vf_shortfilms[/dailymotion]

 

Un air de famille de Cédric Klapisch (FR 1996), d'après la pièce de théâtre d'Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri

 

Les Choristes de Christophe Barratier (FR 2004), adapté du film La Cage aux rossignols de Jean Dréville

 

voir aussi La Cage aux rossignols de Jean Dréville (FR 1945)

 

La Famille Bélier d'Éric Lartigau (FR 2014)

 

voir aussi Jenseits der Stille de Caroline Link (DE 1996)

 

Les Demoiselles de Rochefort de Jacques Demy (FR 1967)

 

voir aussi La La Land de Damien Chazelle (USA 2016)

#klangberlins – Les sons de Berlin par le Konzerthausorchester

Une série musicale époustouflante : les musiciens de l’Orchestre de la Konzerthaus « jouent » sur leurs instruments les sons de Berlin
Compositeurs : Michael Edwards et Christian Tschuggnall
Réalisation des clips : Boris Seewald

La Currywurst

 

La S-Bahn et la U-Bahn

 

Le jardin zoologique

 

Le terrain de jeux

 

Le Christopher Street Day

 

La Trabi

 

L'artisanat berlinois

 

Tempelhofer Feld

 

Le photomaton

 

La nature berlinoise

 

La vie nocturne berlinoise

 

Kreuzberg

 

La valise à roulettes

 

Le making-of de la série #klangberlins