« Un livre, à quoi ça sert ? » de J.M.G. Le Clézio

 

Un livre, à quoi ça sert ?
À écrire. Ça sert à écrire, à lire, à dessiner.
À écrire ce qui est écrit, à lire ce qui est écrit.
À dessiner des animaux, des arbres, des poissons, des cendriers, des livres, des hommes, des enfants.
À dessiner tout ce qu’on voit.  
À compter aussi, à mettre des chiffres.
À raconter des histoires, l’histoire du hibou, l’histoire de la montagne creuse et de la forêt avec les loups.
À faire le ciel, à faire le soleil. À faire une chemise.
À faire un pot de fleurs, et une cigarette.

On dessine. On colorie.
On dessine les maisons.
On dessine les salamandres et les escargots.
On peut les faire à l’endroit, et puis à l’envers.
On peut les faire avec des craies, avec des pinceaux.
Avec des allumettes aussi.
Avec de la paille.
Avec des feuilles.
Avec des cheveux.
Avec de l’herbe. Avec des morceaux de bois.
On peut coller, on peut découper avec des ciseaux.
Un livre, ça peut être une boîte.
Ça sert à se rappeler, aussi.
À gribouiller.
À cacher les choses, pour que les autres ne les trouvent pas.
Ça sert à envoyer des lettres aussi. À mettre les lettres et les cartes quand le facteur les a apportées.
À coller des photos.
Un livre, ça sert à lire le journal.
On écrit les lettres, les O, les A, les Z, les W.
On écrit ZORRO, CHAT, ISABELLE.
Ça sert à courir dans le jardin.
Un livre, ça sert à mettre ce qu’on a rêvé cette nuit.
Quand on s’est bien amusé avec, on n’a plus qu’à le jeter à la poubelle.

© J.M.G. Le Clézio (1967)
L’infiniment moyen in L’extase matérielle. Éditions Gallimard, Paris

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