Plan du cours : L’art

Introduction :

On sait que la technique apporte pour la satisfaction de ses besoins. Par comparaison, l’art peut paraitre bien inutile. Pourtant tous les peuples, depuis la Préhistoire (cf peinture rupestre)ont eu une activité artistique : peinture, décoration d’objets, tatouage, maquillage… Ce fait nous invite à nous demander si l’art est un besoin universel.

CF. texte de Hegel

On parle des Beaux-arts qui offrent des pauvres à la perception et suscitent une expérience esthétique (sensation en grec) et les arts et métiers qui règlent l’action efficace et la production d’objets utiles. Cette distinction n’a pas toujours été faite au cours de l’histoire, et elle ne peut être posée de façon tranchée comme s’il s’agissait de deux domaines exclusifs l’un de l’autre. Certaines oeuvres peuvent remplir une fonction utile comme un tapis persan ou un vase Ming; certains objets techniques peuvent être d’une esthétique recherchée (pont de Normandie)(design).

Pendant longtemps, on n’a pas séparé vraiment le technicien et l’artiste. Et l’artiste n’a pas toujours été individualisé ni valorisé. Les pyramides, les temples furent produits par des collectivités. La signature est un phénomène récent dans l’histoire. Le terme grec techne signifie art en tant qu’il se distingue de la nature (phusis). Le terme latin ans désigne l’art en général sans distinguer l’artisanat des beaux-arts. (montré par Georges Duby dans Saint Bernard, l’art cistercien). L’art remplit alors des fonctions multiples : édification religieuse, rôle politique, lieu social, investissement économique…

L’art et la technique ont en commun de relever de l’artifice fabriqué par opposition à ce qui se produit naturellement. Le premier suppose une réflexion préalable qui entraine une action volontaire pour transformer la réalité alors que le second suppose la mise en oeuvre de l’instinct. A la fixité de l’instinct s’oppose la plasticité. La distance est incommensurable entre l’activité de l’abeille et celle de l’architecte.

Ces catégories ne font sens que plus tard. C’est en Italie, à Florence, à l’époque nommée le Quattrocento, que l’on assiste à l’émergence et à la définition de l’artiste. Les peintres qui faisaient partie de la corporation des teinturiers revendiquent un statut à part  : la peinture devient chose mentale (cosa mentale) : primat de l’idée et subordination de la matière, primauté du dessin sur la couleur.

I L’art peut-il se passer de règles ?

Toute pratique artistique est inséparable d’une technique. Ainsi la technique du piano ou celle de la peinture par exemple désignent l’ensemble des procédés et méthodes nécessaires à la maitrise d’instruments. Ces règles sont fixées par des règles transmissibles et reproductibles. (on peut les apprendre cf acquis/inné).

C’est dans ce but qu’ a été créé l’académie des Beaux-arts par Louis XIV. C’est ce qui donnera le nom académisme désignant les productions qui respectent ces règles.

(Y a-t-il des règles du beau ? des critères objectifs de proportions, de l’harmonie nécessaires à la production d’une oeuvre d’art ?)

La technique fournit aussi à l’art des moyens d’expressions nouveaux (photographie, informatique, électricité…) et des supports et matériaux favorisant l’apparition de certains styles (le tube de peinture par ex a permis l’éclosion de l’impressionnisme). Le style est inséparable d’une technique (cubisme, architecture gothique…) et caractérise également les procédés singuliers qui font advenir un « monde » nouveau, une touche, une façon qui n’appartient qu’à lui de filmer, peindre… qui se retrouvent de façon permanente à travers ses oeuvres.

Mais alors si art et technique sont si proches, qu’est-ce qui différencie l’artiste de l’artisan ? Qu’est-ce qui fait d’un objet une oeuvre d’art ?

cf Texte de Alain Système des Beaux-arts 

Pour l’artisan, l’idée est préétablie et commande toute la production, de sorte qu’il pourrait en donner toutes les étapes. L’art n’est pas le pur fuit du hasard, incohérent et chaotique mais « l’idée lui vient à mesure qu’il fait ». L’oeuvre se construit devant ses yeux de sorte qu’il est lui-même spectateur de sa propre création. Ainsi il est lui-même surpris, l’oeuvre possède une transcendance, une existence par soi qui dépasse le simple objet utilitaire. Cette aura s’impose à l’artiste. Ainsi l’artiste est plus qu’un habile technicien et son oeuvre ne se réduit pas à l’application répétitives de recettes. Toute oeuvre comporte une part de risque (de ne pas plaire, de choquer, d’échec,…) et d’inconnu (l’artiste s’étonne). (Cf. L’artiste doit-il chercher à plaire ?)

Ainsi l’originalité de l’artiste et de son oeuvre tient à ce que son activité ne saurait se réduire à une méthode a priori formulable. Comme le montre Kant dans sa Critique de la faculté de juger, le mot génie désignait dans l’Antiquité la divinité qui présidait à la naissance, l’esprit particulier qui avait été donné à un homme pour le protéger, le guider et lui inspirer des idées originales. L’artiste possède « un talent à produire ce dont on ne peut donner de règle déterminée ». L’artiste invente en même temps qu’il produit son oeuvre la règle nouvelle qui en organise la progression. Cette création fait apparaitre une règle paradoxale car qui ne sert qu’une fois. Son oeuvre est originale car origine première. Mais la conduite du fou est aussi « originale » ?? L’extravagance du fou vient qu’il ne sait pas ce qu’il fait, sa production est involontaire. La création artistique est consciente et intentionnelle même si l’idée lui vient à mesure qu’il fait. En outre, ces oeuvres « doivent être des modèles, être exemplaires et servir d’exemple pour l’imitation ». Elles n’imitent pas mais sont imitées comme geste inaugural. Ainsi les règles techniques sont nécessaires pour l’art mais pas suffisantes; le génie artistique transcende toute règle apprise et en donne de nouvelles.

Reste à savoir si l’art peut se passer de règles morales ?

Beaucoup d’artistes ont été poursuivi pour outrage aux moeurs de leur temps (Baudelaire, les impressionnistes par ex). De même, sous les régimes totalitaires, on n’hésite pas à condamner, détruire et interdire les arts considérés comme « dégénérés ». La politique a-t-elle quelque chose à dire sur l’art ?

II L’art nous détourne-t-il du réel ?

Si le but de l’art est de représenter du Beau, alors il semble que la nature soit la première pourvoyeuse de beauté. L’art est-il au service de la beauté naturelle ? L’artiste doit-il se contenter d’imiter le plus exactement possible la nature ?

Les oeuvres seraient alors une simple reproduction (plus ou moins parfaite), et non pas création. les productions naturelles seraient toujours des modèles indépassables, inégalables. Pourtant si nous admirons une oeuvre d’or, est-ce parce qu’elle est une reproduction (plus ou moins) fidèle de la réalité ou parce qu’elle manifeste le caractère créateur de l’être humain ?

On a souvent l’impression qu’une oeuvre, en particulier picturale, nous représentent les choses telles qu’elles sont et que l’art a d’autant plus de mérite que son oeuvre est fidèle à son modèle. Si pour l’homme antique, l’art se réduit à une technique (cf. introduction), c’est qu’il ne pense pas que le beau dépende essentiellement des goûts des individus : le beau est dans le monde (cosmos = ordre, harmonie, monde mathématique // cosmétique). Ainsi faire de la beauté une réalité objective implique plusieurs conséquences :

l’artiste doit dévoiler la beauté qui l’entoure (il ne peut qu’imiter) et il lui faut pour cela trouver les mesures harmonieuses (mensurations, harmonie, symétrie, proportions…). Ainsi son statut est ambigu puisque la beauté véritable il ne peut retenir que la surface. Aussi belle soit la statue, elle ne peut rivaliser avec sa stature ? Le tableau ne révèle pas les dimensions, le volume, le toucher…

C’est en ce sens que Platon, dans la République Livre X, dénonce l’art comme « imitation d’imitation ». L’artiste n’est qu’un illusionniste, un charlatan puisqu’ils nous éloignent de deux degrés de la réalité de l’idée universelle (idée dans la « tête du démiurge, chose concrète, tableau => lit). L’art nous éloignerait de la réalité et de la vérité puisque risquerait de nous enfermer dans le règne des apparences, des images. C’est également dans cet esprit que certaines religions interdisent la représentation du divin (toujours inférieur à son modèle).

Aristote s’oppose à Platon dans la Poêtique, en valorisant l’imitation dans l’art et en particulier dans le théâtre tragique. Il loue la mimésis pour ses vertus cathartiques : En produisant avec ses moyens propres, non ce qui a été (toujours singuliers) mais des évènements possibles (universels), le dramaturge nous dévoile, non la vie d’une personne singulière, mais des archétypes de la nature humaine (types de personnes, de destinée, de questions existentielles…). Cela suppose une certaine inventivité et une connaissance de la façon dont les objets se produisent. L’art nous permet d’apprendre de la réalité.

Par exemple, Oedipe roi de Sophocle est une pièce nous présentant le destin tragique d’une famille. Si le spectateur n’a pas, heureusement, vécu les mésaventures d’Oedipe (inceste, parricide…), il peut s’identifier, se projeter en vivant par procuration l’histoire du héros car il subsiste quelque chose d’universel dans le récit. En outre, voir cette pièce nous purifie de nos passions (pitié et crainte) et nous permet de ne pas les ressentir dans le quotidien.

Ainsi si l’art nous détourne du réel en nous présentant l’idée ou idéal, c’est pour mieux nous permettre de le comprendre, d’y retourner.

Hegel considère que c’est dans la production de l’art qu’il faut placer le beau. Ainsi l’art qui ne se contenterait que d’imiter la nature serait comme « un ver s’efforçant d’imiter un éléphant ». (Introduction à l’esthétique). Ce serait inutile, ridicule, absurde, présomptueux, contre-nature. Ce serait se prendre pour Dieu.

On peut donc finalement dépasser le paradoxe énoncé par Oscar Wilde qui dans Intentions, montre que c’est la nature qui imite l’art. En nous faisant regarder le monde avec des yeux d’artistes, les créateurs nous dévoilent la beauté des couchers de soleil, des brouillards londoniens ou des montagnes. Pendant des siècles, ces phénomènes ont existé sans qu’on les vit comme « beaux ». L’artiste en a révélé l’essence esthétique.

Qu’est-ce que l’artiste ? C’est un homme qui voit mieux que les autres, car il regarde la réalité nue et sans voiles. Voir avec des yeux de peintre, c’est voir mieux que le commun des mortels. Lorsque nous regardons un objet, d’habitude, nous ne le voyons pas ; parce que ce que nous voyons, ce sont des conventions interposées entre l’objet et nous ; ce que nous voyons, ce sont des signes conventionnels qui nous permettent de reconnaître l’objet et de le distinguer pratiquement d’un autre, pour la commodité de la vie. Mais celui qui mettra le feu à toutes ces conventions, celui qui méprisera l’usage pratique et les commodités de la vie et s’efforcera de voir directement la réalité même, sans rien interposer entre elle et lui, celui-là sera un artiste.

Bergson

 

De plus, si l’oeuvre échoue à représenter fidèlement la réalité « objective », à être figurative, peut-être qu’en la déformant elle pourrait accéder à une autre dimension de cette réalité : sociale, politique, religieuse…

ex : fresque bas relief égyptien ou tableau de MA qui représentent le peuple plus petit que les hauts dignitaires.

les demoiselles d’Avignon de Picasso représente plus sensiblement la misère, la souffrance, la déshumanisation de ces prostituées.

 

III Les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas ?

Le Beau est-il dans le monde ou dépend-il du gout des individus ? Si le beau est objectif alors on pourrait s’accorder sur des critères et démontrer, convaincre de la beauté d’une oeuvre d’art. Si le beau est subjectif, alors il serait strictement individuel, relatif.

Comment à la fois reconnaitre les variabilité de canons de la beauté au fils des époques et cultures, et en même temps s’étonner que certaines oeuvres fassent consensus ?

L’expérience dément toute tentative d’universalisation et d’objectivité de critères mais malgré tout on ne cesse de discuter sur l’art !

Si c’était véritablement subjectif, pourquoi en discuter, pourquoi s’étonner, être déçu que notre ami ne partage par notre goût ?

Pourquoi considérer son « dégoût » comme une « faute de goût » de ma part ?

Kant explique ce paradoxe en distinguant le plaisir esthétique de l’utile, l’agréable, l’intellectuel. « Le beau est ce qui plait universellement sans concept » = on ne saurait démontrer, donner une définition du beau. L’universalité n’est donc pas objective puisque tout dans l’expérience le dément. Il s’agit d’une universalité subjective = on s’attend, on espère, on prétend qu’autrui pourrait aimer (doive).

En disant, « cette fleur est belle » comme « cette fleur est rose », on ne distingue le jugement descriptif du jugement évaluait. En vérité le jugement de gout nous apprend sur le sujet alors que le jugement descriptif nous apprend sur l’objet.

Comment comprendre ce paradoxe ?

Contrairement à l’utile, l’agréable ou l’intellectuel, le plaisir esthétique « désintéressé ».  Il n’a pas intérêt à l’existence de l’objet. Il ne me sert pas à, ne satisfait pas un besoin, un désir, il n’est pas un moyen en vue d’une fin. C’est l’objet pour lui-même et non ce qu’il pourrait m’apporter qui provoque ce plaisir.

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IV Une oeuvre d’art peut-elle ne pas être belle ?

La question peut être interprétée de différentes manières :

  • du point de vue du spectateur
  • du point de vue de l’artiste

D’une part, on peut considérer à l’instar de la question précédente, que l’oeuvre n’est pas belle pour tout le monde car le beau serait subjectif, relatif à une époque ou culture. Dans ce cas, qu’est-ce qui pour le spectateur indiquerait qu’il s’agit d’une oeuvre d’art ?

D’autre part, l’artiste peut aussi chercher autre chose que le beau. Si esthétique signifie d’abord sensation, une oeuvre peut chercher à susciter l’horreur, le dégoût, la révolte…

De plus, comme Kant le souligne, on est passé de « la représentation d’une belle chose à la belle représentation d’une chose » concentrant l’art dans le geste créateur.

Ainsi ce qui nous plait dans une oeuvre n’est pas forcément sa beauté, elle n’est pas faite pour être plaisante, agréable.

http://www.europe1.fr/emissions/la-morale-de-linfo/quand-lart-depend-de-la-beaute-lart-ne-depend-que-de-lui-meme-2766241

V Faut-il être cultivé pour apprécier une oeuvre d’art ?

appartenir à une culture ?

et connaître , expert, ?

La perception s’éduque-t-elle ? Peut-on être sensible à des symboles, accéder au sens d’une oeuvre sans le cadre, les références qui lui donnent du sens ?

Faut-il connaître, comprendre pour aimer ?

Si oui, le plaisir est-il encore esthétique ? et non seulement intellectuel ?

Conclusion : Qu’est-ce qui fait d’un objet une oeuvre d’art ?

Son processus de fabrication ? son auteur ? sa beauté ? ce qu’elle représente ? la façon dont elle est considérée par les hommes ?

Questions :

1- L’art est-il un  besoin universel ?

2- L’art et la technique ont-il toujours été distingués ?

3- Suffit-il de maîtriser une certaine technique pour être un artiste ? Qu’est-ce qui différencie l’artiste de l’artisan ?

4- Pourquoi L’artiste est-il un charlatan pour Platon ?

5- Pourquoi Aristote valorise-t-il l’imitation dans l’art ?

6- A quoi Hegel compare-t-il l’artiste qui se contente d’imiter la nature ? Pourquoi ?

7- Pour Bergson, l’artiste « voit mieux que les autres » ? Que cela signifie-t-il ? Comment comprendre que pour Oscar Wilde, « la nature imite l’art » ?

8- Pourquoi ne peut-on réduire le beau à un jugement subjectif ? Que signifie pour Kant qu’il est ce qui « plait universellement sans concept » ?

9- Une oeuvre d’art peut-elle ne pas être belle ?

10- Trouvez des oeuvres d’art pour traiter le sujet « Faut-il être cultivé pour apprécier une oeuvre d’art ? »

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