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L’envers du décor n’est qu’un décor de plus

Quand on joue la carte de la sincérité, de la franchise, lorsqu’on brandit son honnêteté comme un étendard, n’est-ce pas précisément un manque d’authenticité, une apparence de plus, un masque ? Car la vérité,  si elle s’affiche, devient automatiquement apparence ! Le naîf qui se sait naif ne l’est plus tout à fait, le naturel part au galop dès qu’on veut l’être. On ne peut que jouer à être ce que l’on n’est pas.

http://www.europe1.fr/emissions/la-morale-de-linfo/lenvers-du-decor-nest-quun-decor-de-plus-2869822

Révision à 15h aujourd’hui !!

Voici les sujets 2016 de l’Amérique du Nord :

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Aujourd’hui, je vais traiter du sujet : Peut-on ne pas admettre la vérité ? 

Brainstorming :

Peut-on : 3 sens de possibilités = logique, technique, morale/droit

Est-ce logique de ne pas admettre la vérité ? / Est-ce techniquement possible de ne pas admettre la vérité ? (pour quelles raisons? conditions ?) / A-t-on le droit de ne pas admettre la vérité ? (peut-être même un devoir ? =>révolte)

ne pas = négation

admettre = accueillir, reconnaitre que quelque chose est vrai, exact, fondé,supporter, tolérer, …croire

la = y a-t-il une seule vérité ? ou plusieurs ? => différents types (matérielles/formelles; foi, morale) reconnaitre une diversité de vérité peut être la condition de la tolérance contre le fanatisme ou le dogmatisme

vérité =matérielle/formelle/ erreur, mensonge, illusion,

Cherchez toutes les références que vous connaissez pour parler de la vérité : Protagoras (relativisme), Descartes, Platon, Bachelard, Nietzsche, Kant, Benjamin Constant, Sartre,  Freud

Pensez à différents domaines = science dure/molle; morale, art, culture, perception…

Comme d’habitude, essayez de trouver un plan non pas binaire mais ternaire, pas en oui/non, et un renversement en troisième partie.

Descartes : si la vérité se présente à nous comme évidente (cf.cogito)

Platon : le mieux est de ne pas admettre (croire, préjugé) « la » vérité diffusée, qu’on voudrait nous faire croire, mais de chercher à savoir ce qu’il y a derrière les apparences. cf Allégorie de la caverne

Bachelard : l’esprit scientifique doit ne pas admettre la vérité (l’opinion), mais toujours interroger la vérité précédente, chercher l’erreur. Il doit la construire et non l’accueillir

Popper : la vérité scientifique doit être falsifiable, réfutable en théorie au moins, sinon c’est une croyance. Ainsi il ne faut pas admettre la vérité telle quelle parce qu’elle serait irréfutable mais au contraire s’en méfier cf psychanalyse comparée à l’astrologie et les mythes

Nietzsche : la vérité est un stratagème des faibles pour se rassurer ou imposer sa morale aux forts. Ne pas admettre « la vérité » serait une attitude nihiliste cf. scepticisme = On peut toujours douter non de la vérité mais de nos capacités à l’atteindre. Y a-t-il une vérité si on ne peut dépasser les limites de notre perception, raison …?

Le scepticisme est une attitude qui peut découler du relativisme = si on constate la pluralités des vérités en matière de sensation, de goût alors on pourrait non pas admettre les vérités mais qu’il n’en y a pas du tout !!!

Pour le domaine de la morale :

on pourrait se demander si on peut admettre la vérité à tout prix, d’une part si on peut tout entendre, accepter de recevoir, (franchise, honnêteté…) et si on peut tout dire

La question ici peut interroger les raisons qui font que nous n’acceptons pas d’entendre la vérité : traumatismes, douleurs, mauvaise foi (Sartre), peur, préjugés, ignorance, superstition …

Pensez à Freud qui nous révèle le mécanisme de notre esprit pour se cacher une vérité en la dissimulant dans notre inconscient. On pourrait donc ne pas admettre la vérité et préfèrer la taire inconsciemment. En revanche, c’est un devoir de faire un travail sur soi pour la mettre au jour afin d’être maitre de soi, de ses pensées et désirs et être responsable.

et d’autre part, adopter contre Kant la position conséquentialiste et dire que toute vérité n’est pas bonne à dire et donc à admettre si les conséquences sont néfastes pour autrui.

Pour Sartre, la condition humaine est de mauvaise foi = l’homme se voile sa liberté et a tendance à croire que sa vie est déterminée. mais vivre de manière authentique c’est admettre la vérité, sa finitude, sa liberté, la contingence de son existence et sa responsabilité.

Pour l’art, la politique, l’histoire, la culture :

science molle ou relative à un sujet, et à l’interprétation, il n’y a pas de vérité ou plutôt une vérité. L’art est par essence offert à une multitude de spectateurs et trouve sa signification dans cette multiplicité. L’histoire varie selon celui qui l’écrit même s’il s’efforce d’être le plus objectif possible, la politique est par essence débat, dialogue donc ne peut s’enfermer dans une vérité définitive et figée au risque de tomber dans le totalitarisme, fanatisme, arbitraire; et la culture offre une diversité qui peut choquer l’ethnocentrisme qui a tendance à considérer comme exclusives ou supérieures les valeurs de son groupe. le relativisme culturel serait donc salutaire mais à condition qu’il n’entraine pas à admettre toute vérité ou la vérité de son groupe sans discernement.

On pourrait ne pas admettre « la » vérité de sa culture, la tradition, si elle portait atteinte à la liberté ou dignité humaine = ex : l’excision, la prostitution, la violence quelle qu’elle soit.

Alors après avoir interviewé tous vos philosophes sur la question, il ne reste plus qu’à faire un joli plan :)

-Il faut admettre la vérité. La vérité s’impose avec évidence, ne pas l’admettre revient à s’enfermer dans les croyances ou la bêtise, ignorance ou folie.

-Il faut commencer par admettre la vérité pour pouvoir affirmer quelque chose. la vérité se reconnait mais ne se définit pas elle même sinon cela nous conduirait à un cercle vicieux ou une régression à l’infini.

-Le cogito est la vérité indubitable

-Pour faire des sciences, pour vivre et se repérer nous devons au moins admettre la vérité, la réalité du monde qui nous entoure.

-Une vérité prouvée en sciences matérielles peut être admise puisqu’elle a été trouvée méthodiquement, elle est le résultat d’une démarche objective.

-Il faut admettre certaines vérités pour pouvoir faire des mathématiques par exemple : postulats d’Euclide sinon nous ne pourrions faire de démonstration. On ne peut pas tout démontrer puisqu’une démonstration part toujours de quelque chose déjà posé.

Transition : cependant admettre une vérité mathématique ou physique c’est en même temps admettre la possibilité de sa réfutation, condition de toute vérité scientifique. Cela s’oppose donc à l’attitude du superstitieux ou de mauvaise foi qui pourrait sans examen admettre ou refuser une vérité pour d’autres raisons que la vérité elle-même.

Ne pas admettre la vérité c’est préférer à la vérité qui blesse l’illusion ou le mensonge qui rassure 

-l’inconscient

-la superstition => crédulité, naïveté

-mauvaise foi = Sartre

-Benjamin Constant

-Il ne faut pas « admettre » la vérité mais la construire, la vérifier, l’élaborer

-douter = essence de l’esprit critique libéré des dogmes, de l’obscurantisme, de l’argument de vérité (c’est vrai parce que untel l’a dit)

-contre la paresse et la lâcheté qui admettent sans examen la vérité des autres Kant Qu’est-ce que les Lumières 

-contre l’opinion admise, la vérité scientifique est construite cad provient d’une question Bachelard

-la révolte contre la pensée unique, le dogmatisme, le fanatisme est un acte de courage et demande un véritable effort Platon allégorie de la caverne

 

Voilà en une heure ce que j’aurais fait :)

Machiavel : le mensonge en politique /le réalisme politique

Chacun comprend combien il est louable pour un prince d’être fidèle à sa parole et d’agir toujours franchement et sans artifice. De notre temps, néanmoins, nous avons vu de grandes choses exécutées par des princes qui faisaient peu de cas de cette fidélité et qui savaient en imposer aux hommes par la ruse. Nous avons vu ces princes l’emporter enfin sur ceux qui prenaient la loyauté pour base de toute leur conduite.

On peut combattre de deux manières : ou avec les lois, ou avec la force. La première est propre à l’homme, la seconde est celle des bêtes ; mais comme souvent celle-là ne suffit point, on est obligé de recourir à l’autre : il faut donc qu’un prince sache agir à propos, et en bête et en homme. C’est ce que les anciens écrivains ont enseigné allégoriquement, en racontant qu’Achille et plusieurs autres héros de l’antiquité avaient été confiés au centaure Chiron, pour qu’il les nourrît et les élevât.

Par là, en effet, et par cet instituteur moitié homme et moitié bête, ils ont voulu signifier qu’un prince doit avoir en quelque sorte ces deux natures, et que l’une a besoin d’être soutenue par l’autre. Le prince devant donc agir en bête, tâchera d’être tout à la fois renard et lion : car, s’il n’est que lion, il n’apercevra point les pièges ; s’il n’est que renard, il ne se défendra point contre les loups ; et il a également besoin d’être renard pour connaître les pièges, et lion pour épouvanter les loups. Ceux qui s’en tiennent tout simplement à être lions sont très malhabiles.

Un prince bien avisé ne doit point accomplir sa promesse lorsque cet accomplissement lui serait nuisible, et que les raisons qui l’ont déterminé à promettre n’existent plus : tel est le précepte à donner. Il ne serait pas bon sans doute, si les hommes étaient tous gens de bien ; mais comme ils sont méchants, et qu’assurément ils ne vous tiendraient point leur parole, pourquoi devriez-vous leur tenir la vôtre ? Et d’ailleurs, un prince peut-il manquer de raisons légitimes pour colorer l’inexécution de ce qu’il a promis ?

À ce propos on peut citer une infinité d’exemples modernes, et alléguer un très grand nombre de traités de paix, d’accords de toute espèce, devenus vains et inutiles par l’infidélité des princes qui les avaient conclus. On peut faire voir que ceux qui ont su le mieux agir en renard sont ceux qui ont le plus prospéré.

Mais pour cela, ce qui est absolument nécessaire, c’est de savoir bien déguiser cette nature de renard, et de posséder parfaitement l’art et de simuler et de dissimuler. Les hommes sont si aveugles, si entraînés par le besoin du moment, qu’un trompeur trouve toujours quelqu’un qui se laisse tromper.

Parmi les exemples récents, il en est un que je ne veux point passer sous silence.Alexandre VI ne fit jamais que tromper ; il ne pensait pas à autre chose, et il en eut toujours l’occasion et le moyen. Il n’y eut jamais d’homme qui affirmât une chose avec plus d’assurance, qui appuyât sa parole sur plus de serments, et qui les tint avec moins de scrupule : ses tromperies cependant lui réussirent toujours, parce qu’il en connaissait parfaitement l’art.

Ainsi donc, pour en revenir aux bonnes qualités énoncées ci-dessus, il n’est pas bien nécessaire qu’un prince les possède toutes ; mais il l’est qu’il paraisse les avoir. J’ose même dire que s’il les avait effectivement, et s’il les montrait toujours dans sa conduite, elles pourraient lui nuire, au lieu qu’il lui est toujours utile d’en avoir l’apparence. Il lui est toujours bon, par exemple, de paraître clément, fidèle, humain, religieux, sincère ; il l’est même d’être tout cela en réalité : mais il faut en même temps qu’il soit assez maître de lui pour pouvoir et savoir au besoin montrer les qualités opposées.

On doit bien comprendre qu’il n’est pas possible à un prince, et surtout à un prince nouveau, d’observer dans sa conduite tout ce qui fait que les hommes sont réputés gens de bien, et qu’il est souvent obligé, pour maintenir l’État, d’agir contre l’humanité, contre la charité, contre la religion même. Il faut donc qu’il ait l’esprit assez flexible pour se tourner à toutes choses, selon que le vent et les accidents de la fortune le commandent ; il faut, comme je l’ai dit, que tant qu’il le peut il ne s’écarte pas de la voie du bien, mais qu’au besoin il sache entrer dans celle du mal.

Il doit aussi prendre grand soin de ne pas laisser échapper une seule parole qui ne respire les cinq qualités que je viens de nommer ; en sorte qu’à le voir et à l’entendre on le croie tout plein de douceur, de sincérité, d’humanité, d’honneur, et principalement de religion, qui est encore ce dont il importe le plus d’avoir l’apparence : car les hommes, en général, jugent plus par leurs yeux que par leurs mains, tous étant à portée de voir, et peu de toucher. Tout le monde voit ce que vous paraissez ; peu connaissent à fond ce que vous êtes, et ce petit nombre n’osera point s’élever contre l’opinion de la majorité, soutenue encore par la majesté du pouvoir souverain.

Au surplus, dans les actions des hommes, et surtout des princes, qui ne peuvent être scrutées devant un tribunal, ce que l’on considère, c’est le résultat. Que le prince songe donc uniquement à conserver sa vie et son État : s’il y réussit, tous les moyens qu’il aura pris seront jugés honorables et loués par tout le monde. Le vulgaire est toujours séduit par l’apparence et par l’événement : et le vulgaire ne fait-il pas le monde ? Le petit nombre n’est écouté que lorsque le plus grand ne sait quel parti prendre ni sur quoi asseoir son jugement.

De notre temps, nous avons vu un prince qu’il ne convient pas de nommer, qui jamais ne prêcha que paix et bonne foi, mais qui, s’il avait toujours respecté l’une et l’autre, n’aurait pas sans doute conservé ses États et sa réputation.

Machiavel, Le Prince, chapitre 18 Comment les princes doivent tenir leur parole

 

Quelle est la différence entre la morale et la politique : quel est leur objet ? Pourquoi est-il dangereux de respecter, par respect pour la loi morales, la morale, quand nous passons dans le domaine de la politique ?

Y a-t-il une spécificité de la responsabilité politique ? Quel est le propre de l’action politique ?

1- la politique agit sur des hommes or comme le remarque Machiavel, il faut considérer les hommes et leurs passions. La peur s’oublie moins vite que les bienfaits. Machiavel part du constat de ce que sont les hommes, non de ce qu’ils doivent être : les hommes sont méchants, naîfs, peureux… Il ne faut pas attendre qu’ils nous trompent pour les tromper. Et faire toujours le bien dans un monde de méchants, c’et dangereux, pas réaliste du moins. Ainsi la morale se règle sur ce qui doit être (même si les hommes ne sont pas bons, il faut être bon). Elle ne se soucie pas de ce qui est mais vise un idéal. La politique se règle sur ce qui est : la nature humaine, les circonstances changeantes (opportunisme, virtu; fortune;). Dans ce domaine, ce qui compte c’est le résultat. Ainsi, si un pays se fait attaquer, il ne peut pas s’en tenir à « tu ne tueras point ». Les meilleures intentions ne sont elles pas souvent désastreuses ?

2-La nature du pouvoir porte à corrompre celui qui l’exerce.

3- les responsabilités de l’homme sont à l’échelle de ses décisions : peuples, siècles…

« La fin justifie les moyens »  ou Raison d’Etat : quand la nécessité le demande, en des circonstances exceptionnelles, on doit recourir à des moyens immoraux afin de sauver le pouvoir. Ce n’est pas en vue de l’intérêt particulier du prince que l’on recourt à ces moyens. à distinguer du machiavélisme : gouverner par la ruse et la terreur.

La locution latine ultima ratio regum, traduite littéralement, signifie « [la force est] le dernier argument des rois » (du latin ultima : dernier ; ratio : raison, argument et regum : des rois)

Cette locution signifie que, lorsque tous les recours pacifiques et diplomatiques ont été épuisés et qu’il ne reste plus aucune solution raisonnable, on peut se résigner à utiliser la force pour imposer ses vues.

La formule « ultima ratio regum » était l’expression favorite du cardinal de Richelieu. Le Roi Louis XIV reprit cette formule à son compte et la fit graver sur ses canons.

La fin est donc ici louable et bonne, à savoir, la conservation du pouvoir, de l’Etat ( autorité, survie de la nation, bonheur des gens..).

La démagogie, le mensonge politique était déjà défendu par PLATON dans la République comme remède à la division de la Cité, pour le bien commun. Machiavel refuse de fonder la politique sur la morale, car citoyens ne sont pas tous des gens de bien, et même s’ils le voulaient ils ne le verraient pas tous où il se trouve. « si le fait l’accuse, le résultat l’excuse ».

La difficulté est qu’il reste des abus possibles, et que la raison d’Etat peut servir à justifier tous les abus et atteintes aux droits individuels de l’homme. C’est ce que le tribunal pénal international tente aujourd’hui de repérer. ex : l’usage systématique de la torture sous Pinochet, les prisons de Guantanamo…

L’usage de moyens immoraux doit rester de l’ordre de la stricte nécessité : ex en temps de guerre : ne pas tuer les civils, on doit viser la paix et ne pas rendre impossible..

La morale déontologique de Kant

Cf. Vidéo Kant’s Axe : (Je remercie Mathilde Mousson en TS4C pour la traduction)

Si un homme d’apparence suspecte et portant une hache frappait à votre porte pour vous demander où se trouve votre meilleur ami, serait-il moralement acceptable de lui mentir ? Etonnement, Emmanuel Kant pensait que ce ne serait pas le cas. L’exemple du supposé assassin est le sien. Dire la vérité est ce que Kant appelle un impératif catégorique. Un devoir absolu qui n’admet aucune exception et qui s’applique à tous, peu importe la conséquence.

En fait, Kant avait pour argument le fait qu’en disant un mensonge qui, par hasard mènerait l’homme à la hache à trouver votre ami, cela pèserait sur votre conscience. Donc si vous dites que votre ami n’est pas dans votre maison alors qu’il l’est, et que votre ami s’enfuit par la porte de derrière et tombe sur l’homme à la hache, peu importe ce qui se passe ensuite, ce sera votre responsabilité. MAIS, si vous dites la vérité, alors les conséquences sur votre ami, peu importe à quel point elles sont mauvaises, ne pèseront pas sur votre conscience.

Cela amène à quel point sa position morale était différente de l’utilitarisme. La philosophie qui dit que l’on doit faire tout ce qui apporte le bonheur le plus grand. Les utilitaristes pensaient d’abord aux conséquences de dire la vérité ou de mentir. Contrairement à Kant, qui pensait que certaines actions étaient simplement mauvaises, même si elles avaient des conséquences positives. Ceci est connu comme l’approche déontologique de la morale.

Les critères d’une action morale pour Kant

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Le mensonge n’est pas une valeur sûre, il rend la conduite chancelante, critique de la morale conséquentialiste; faire du mal/le mal;du bien/le bien

Le mensonge ,choisi pour ses conséquences, ne saurait être un principe d’action, puisqu’il rend la conduite chancelante. Les conséquences sont par définition imprévisibles. Se fonder sur de l’infondable est par conséquent irrationnel, illogique. Mon action passerait du moral à l’immoral sous prétexte que les conséquences ne seraient pas celles escomptées.

C’est ce qu’illustre Sartre dans sa nouvelle le Mur qui se déroule à Madrid pendant la guerre Civile opposant franquistes et républicains. Le protagoniste Pablo Ibbieta est arrêté par les officiers franquistes qui l’interrogent et lui demandent de révéler où se trouve leur chef. Voulant se jouer des officiers et surtout voulant épargner son chef, il leur ment en leur disant qu’il est caché dans le caveau des fossoyeurs du cimetière. Il est vite relâché et apprend par la suite que c’est précisément là que les officiers ont trouvé le chef des républicains… Les conséquences sont donc imprévisibles, elles ne sauraient servir de principe.

C’est, en outre, confondre bonheur et morale. Quand je choisis de mentir à autrui pour son bonheur, je postule ce qui le rendrait heureux. Or cela, je ne peux le connaître. Je ne peux définir le bonheur d’autrui. Le prétendre, c’est un abus de pouvoir. Il faut donc distinguer faire du bien et faire le bien; faire du mal et faire le mal. Parfois, on fait du mal en faisant le bien (étant moral) (dire la vérité); parfois on fait du bien en faisant le mal (étant immoral) (donnant de la drogue à quelqu’un).

Le mensonge est sanctionné par la loi positive.

Le mensonge ne saurait être un droit pour la société. En effet, il s’oppose aux but comme aux moyens du droit. Le droit est établi pour garantir la cohésion sociale. Or le mensonge introduit du désordre. Il implique que l’n considère tous les individus de la même manière, qu’il ait le même traitement. Or celui qui ment fait exception pour lui-même, il s’autorise ce qu’il refuse aux autres. Son mensonge ne fonctionne que si on le croit (donc que ce n’est pas un droit, public comme tel), que si les autres lui font confiance. Si les gens ne le croyaient pas, son mensonge raterait son but, il ne serait donc pas moral. Enfin le droit suppose un pacte, un contrat de confiance entre les individus (je suppose que les gens suivent en règle générale les règles). Le mensonge est donc le contraire du droit dans sa définition.

La vérité est-elle la suprême valeur ? Lâcheté; Qui mérite la moralité ?

b-Faut-il tout sacrifier au profit de la vérité ? surestimation et hiérarchie des valeurs : conséquentialisme

La condamnation intransigeante du mensonge se fonde sur une surestimation de la vérité, or faut-il tout sacrifier au profit de la vérité ?

Depuis Platon, la philosophie s’affirme contre l’illusion, le préjugé, l’idéologie. Or on peut se demander s’il faut privilégier la vérité aux dépens de toute autre valeur ? La vérité est une valeur certes inestimable, préférable à l’illusion mais il existe d’autres valeurs dignes d’intérêt et qu’il serait injuste de systématiquement sacrifier.

Nietzsche affirme contre les philosophes socratiques que choisir la vérité dans certains cas, c’est se cacher par mauvaise foi, c’est faire preuve de lâcheté.

De plus, le conséquentialisme refuse de considérer les actions morales abstraitement des circonstances, de manière a priori, indépendamment des circonstances. Il faudrait toujours envisager la singularité des cas.

Enfin, pour Benjamin Constant (conséquentialiste), tout le monde ne mérite pas la moralité. Si quelqu’un avec de mauvaises intentions s’apprêtent à commettre un méfait, je  ne lui dois pas la vérité.

Cependant, le risque du conséquentialisme c’est de tomber dans la casuistique (liste de cas) des moines du Moyen-Age. La morale serait subjective, relative. On ne peut refuser la moralité aux individus, choisir d’être moral avec certains. D’une part, parce que nous ne pouvons savoir si ceux qui n’ont jamais mal agi ne le feront pas un jour, d’autre part, parce que c’est s’abaisser à ceux que l’on critique, c’est commettre ce que l’on condamne et tomber dans un cercle vicieux, voire une surenchère (puisque il est immoral, je le suis…)

Il faut donc analyser les limites du conséquentialisme avec la position kantienne.

 

 

 

 

c-On ne peut rester les « mains sales » : choisir la vérité, n’est-ce pas faire preuve de lâcheté ?; singularité des cas; qui mérite la moralité ?