L’histoire du jazz

 

 

On dit communément que le Jazz est né en Louisiane, et à la Nouvelle Orléans pour être précis. Il serait né à la fin du XIX ème ou au tout début du XXème siècle.

A cause de son histoire très riche, la Louisiane a été traversée par des courants culturels très divers : français, tout d’abord, mais aussi Espagnols et Allemands. Mais le plus déterminant, est sans doute son patrimoine africain.

Les “negro spirituals” et les “gospels” étaient pour les esclaves noirs les rares domaines d’expression qui n’étaient pas censurés par les blancs. D’une certaine manière, en adoptant les chants religieux de ceux qui les avaient évangélisés dès leur arrivée sur sol américain, les esclaves ‘rassuraient’ leurs maîtres : ils semblaient avoir renoncé à leurs pratiques religieuses de leur pays d’origine,  jugées payennes ou amorales par les blancs. Ces pratiques religieuses faisaient peur, car elles faisaient appel à des forces obscures, dont certaines étaient à l’opposé de l’idéal d’Amour et de Pardon prôné par les Chrétiens.

Un exemple de ‘negro spiritual’ moderne:
YouTube Preview Image De plus, dans les chants religieux, et notamment dans ceux retraçant les épreuves du peuple hébreux soumis au joug égyptien mais finissant par triompher et s’en libérer, – les esclaves noirs trouvaient un écho à leurs propres épreuves, et à leurs propres souffrances, ainsi qu’ une source d’espoir inépuisable.

L’un de mes gospel singers favoris : Sam Cooke
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Enfin, il faut se souvenir qu’à leur arrivée sur le sol américain, les membres d’une même ethnie étaient séparés des leurs et dispersés géographiquement sur de très grandes distances. Parlant un dialecte africain régional ou tribal, la plupart d’entre eux étaient incapables de communiquer avec leurs nouveaux compagnons d’infortune sur les plantations où ils étaient amenés. Apprendre et chanter des chants religieux, ou des chants de travail pour soutenir la cadence ou se donner du courage, était un premier pas vers la communication et l’intégration.

Les blancs voyaient donc le chant d’un oeil plutôt favorable, sans se douter que pour certains esclaves les paroles prenaient parfois un sens détourné, – un gospel pouvait en fait indiquer en langage codé la démarche à suivre pour fuir de sa plantation, trouver les bonnes âmes sur sa route pour arriver en terre libre, le Canada.

La situation des noirs en Louisiane était particulière, car cet état était majoritairement catholique dès sa création. Les relations entre hommes blancs (d’origine française ou espagnole) et les hommes de couleur étaient bien différentes que dans les autres états du Sud des Etats-Unis à majorité protestante.
Dès le début du XVIIIème siècle, on trouvait nombre de personnes de couleur libres en Louisiane, venues d’autres états après avoir été affranchies par leurs anciens maîtres, ou bien ayant conquis leur liberté en Louisiane en reconnaissance à leur loyauté. Il était courant aussi pour un blanc d’affranchir sa maîtresse de couleur, ou leur descendance. Même si la coutume voulait que la position sociale d’un blanc soit supérieure à celle d’un homme de couleur, le sort de ceux-ci était enviable par rapport à celui des noirs dans d’autres états.
Pendant la période espagnole (de 1766 à 1803), l’émancipation des noirs s’accèlera, parallèlement au développement d’une culture et d’une vie sociale foisonnante dans cette communauté qui formait une couche sociale  intermédiaire entre les blancs et les esclaves noirs.

Certains d’entre eux avaient amassé de véritables fortunes, notamment dans l’immobilier, mais la plupart gagnaient âprement leur vie à la sueur de leur front. Ils étaient artisans : maçons, charpentiers, … Les bars à musique offraient à tous un moment de détente appréciable après une dure journée de labeur. La plupart des musiciens qui jouaient dans ces bars appartenaient à des petites fanfares : les instruments rois étaient donc les cuivres, les instruments à hanche et la batterie.
Les thèmes d’inspiration étaient divers : musique classique ou religieuse, marches militaires, mais aussi folklore français, espagnol, allemand…

Deux événements freinèrent le florissement de cette communauté en pleine mutation. Le premier fut l’avènement de la Guerre de Sécession. En Louisiane, comme dans d’autres états du Sud des Etats-Unis, on ne voyait pas d’un très bon oeil le mouvement abolitionniste qui risquait de mettre en péril leur économie et leur richesse. La crainte d’une révolte massive des esclaves noirs était nourrissait ressentiment, peur et rejet. Le nombre d’émancipations se réduisit fortement, et parallèlement, on encouragea de façon plus ou moins brutale, le départ des hommes de couleur libres dans d’autres états. Ce qui n’empêcha pas les abolitionnistes de triompher : la Louisiane fournit un nombre considérable de troupes de couleur à l’armée Fédérale du Général Grant.

Le deuxième événement fut le durcissement des lois sur la ségrégation raciale, dites lois de Jim Crow : du jour au lendemain, musiciens  blancs et musiciens noirs ne furent plus autorisés à se produire ensemble. Les musiciens professionnels noirs se tournèrent alors vers les petites formations amateures noires qu’ils firent profiter de leur expérience et de leur savoir-faire.

Cette situation perdura pratiquement jusqu’à l’aube de la première guerre mondiale, mais finit par disparaître grâce à l’engouement des jeunes blancs pour les rythmes nés dans les bars, salles de bal ou les salons de thé fréquentés par les noirs. Ce qui popularisa le jazz fut le titre d’Irving Belin Alexander’s Ragtime Band.

Un nom essentiel à retenir : celui de Louis Armstrong. Ce musicien de jazz amena une révolution dans l’univers du jazz : il s’entoura de musiciens de la Nouvelle Orléans, dont l’une des particularités étaient de pouvoir improviser un morceau à partir d’un thème musical. Louis Armstrong lui-même était capable d’improvisations époustoufflantes. La multiplication des salles des danses popularisa cette musique extraordinaire et porta au firmament des musiciens exceptionnels comme Count Basie, Duke Ellington et Charlie Parker, sans oublier des chanteuses exceptionnelles, Billie Holiday, Aretha Franklin, et ma préférée, Ella Fizgerald, dont les improvisations vocales égalaient voire surpassaient celles de leurs musiciens.

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Mes sources :

Mes cours de faculté, avec Mr Robert Springer, qui a fait découvrir à des générations d’étudiants incultes les racines du blues et du jazz
La page Wikipédia consacrée au jazz
Un article sur le
peuplement de la Louisiane
Pour en savoir plus sur les noirs en Louisiane

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