Rockwell – The problem we all live with

ART DU VISUEL DU XXème siècle

INTRODUCTION
UN PEU D’HISTOIRE
CONTEXTE POLITIQUE DE L’OEUVRE
LE THEME
STYLE ET TECHNIQUE
LA COMPOSTION DU TABLEAU
INTERPRETATION
PERCEPTION DE L’OEUVRE PAR SES CONTEMPORAINS
CONCLUSION

Introduction

Ce tableau de  91 cm × 150 cm (36 in × 58 inches ) est une huile sur toile polychrome réalisée en 1964, par Norman Rockwell.
Exposé dans le Musée Norman Rockwell à Stockbridge, Massachussetts ( Etats-Unis ), il a été prêté à la Maison Blanche d’Octobre 2010 à juillet 2011.
Le tableau a été réalisé pour illustrer la double page centrale du magazine ‘Look’ du 14 janvier 1964. Cela faisait moins d’un an que Rockwell collaborait avec ce bimensuel à très fort tirage, fondé en 1937 aux Etats-Unis, et qui jusqu’à sa disparition en 1971, proposait à ses lecteurs un contenu où l’accent était mis sur l’image plus que sur les articles.

Rockwell y intervenait en tant que commentateur de faits d’actualité, ce qui lui laissait une liberté de création qu’il n’avait pas connue au ‘Saturday Evening Post’ pour lequel il avait travaillé pendant 40 ans.

Son oeuvre est considérée aujourd’hui comme un jalon essentiel dans l’histoire des Droits Civiques américains puisque le support, – le ‘Look magazine’, était lu par des millions de personnes et que l’artiste, perçu jusque là comme l’illustrateur léger d’une Amérique heureuse et intemporelle,  y dénonce la violence et l’injustice de la ségrégation  raciale.
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Un peu d’Histoire

Qu’est-ce que la ségrégation raciale ?

Au terme de la guerre civile américaine, aussi connue sous le nom de Guerre de Sécession (1861-1865), le Congré Américain vote en 1865 le 13ème amendement qui abolit l’esclavage. Le 14ème amendement (1868) accorde la nationalité américaine aux Afro-Américains et le 15ème (1870) un droit de vote à tous les individus mâles, quelle soit leur origine raciale.

Affiche visible au Musée Wilberforce, à Hull.

Pendant la période de Reconstruction (1865-1877), cette nouvelle législation fut imposée dans les Etats du sud, autrefois esclavagistes. En réaction, émerge le Klu Klux Klan , qui prône la suprématie de la race blanche WASP (= white Anglo-Saxon Protestants).

Ku Klux Klan
Membres du Klan dans les années 1900

Les élites blanches du sud promettent d’apporter leur soutien au candidat Rutherford Hayes en échange d’un assouplissement de cette législation. Le Compromis de 1877 marque la fin de l’occupation militaire du sud, mais aussi la remise en cause des droits accordés aux Afro-Américains, notamment après l’adoption des lois Jim Crow qui instaurent la ségrégation raciale.
Les lois Jim Crow accordaient aux municipalités, comtés (paroisses en Louisiane), ou états, le droit de promulguer et de faire appliquer des lois imposant la séparation forcée des communautés raciales, comme celles promulguées en Floride :

  • Mariage
    « Tout mariage entre une personne blanche et une personne nègre ou entre une personne blanche et une personne d’ascendance nègre à la quatrième génération est interdit. »
  • Cohabitation
    « Tout nègre et toute femme blanche, ou tout homme blanc et toute femme nègre qui ne sont pas mariés et qui vivent habituellement ensemble ou occupent la même chambre la même nuit sont punissables d’un emprisonnement ne pouvant dépasser 12 mois ou d’une amende maximale de 500 dollars. »
  • Éducation
    « Les écoles pour enfants blancs et pour enfants nègres devront être séparées. »

L’année 1909 voit la création de la NAACPNational Association for the Advancement of Colored People (=Association Nationale pour la Promotion des Gens de Couleur) qui prône notamment l’égalité des droits politiques, éducatifs, économiques et sociaux de tous les citoyens. Elle rassemble des Afro-Américains et des Blancs qui contestent la légitimité des lois Jim Crow.
Elle mène des combats contre la déségrégation sur le terrain juridique , et amène en 1954 la Cour Suprême à déclarer inconstitutionnelle la ségrégation dans les écoles élémentaires subventionnées par l’État.
Un an plus tard, sous l’impulsion de Rosa Park, une militante de la NAACP, un boycott des bus de Montgomery est organisé : il durera plus d’un an !

Rosa Parks, en 1955

D’autres groupes promulguant l’égalité des droits de tous les citoyens américains voient le jour, menés par des figures pacifistes comme le Pasteur Martin Luther King, ou plus extrémistes comme Malcolm X du Black Power ou Huey Newton des Black Panthers.
Les mois qui précédent la parution de ‘The Problem We All Live With” sont marqués par une série d’événements qui mettent en lumière les tensions raciales qui divisent la nation américaine.

Martin Luther King

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Contexte politique de l’oeuvre

L’année 1963 a été une année charnière pour Norman Rockwell, en prise avec une actualité nationale marquée par le mouvement des Droits Civiques Américains, initiés par des Noirs et des Blancs soucieux de mettre terme à la ségrégation raciale.

– En janvier,le pasteur Martin Luther King est jeté en prison suite à une manifestation pacifique. Il y rédige une lettre, dite de Birmingham
– En juin, l’activiste des droits civiques Medgar Evers est assassiné
– En août a lieu la marche sur Washington pour la liberté et le travail, lors de laquelle le pasteur King fait son discours historique ‘I have a dream’.
– En septembre, l’attentat à la bombe à l’église baptiste de la 16ème rue, à Birmingham, Alabama fait 4 victimes, quatre jeunes filles noires.

Sept mois après la parution du tableau de Rockwell, le 7 juillet 1964, sont promulguées les Civil Rights Acts, qui déclare illégale la discrimination reposant sur la race, la couleur, la religion, le sexe, ou l’origine nationale, mettant un terme définitif aux lois Jim Crow.
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Le thème

Rockwell choisit de peindre l’arrivée de la petite Ruby Bridges, 6 ans, dans sa nouvelle école. Ce n’est pas une arrivée ordinaire : l’école accueillait jusque là uniquement des enfants blancs.
EN 1960, six ans après la promulgation l’inconstitutionnalité de la ségrégation scolaire dans les établissements financés par l’Etat, les parents de Ruby, des partisans de la NAACP décidèrent de bousculer les mentalités et d’inscrire leur fille à la William Frantz Elementary School, à La Nouvelle Orléans, Louisiane. Elle n’était pas la seule dans ce cas : trois autres petites filles noires  furent inscrites dans des écoles blanches en 1960.
Les forces de police locales ayant refusé d’escorter l’enfant, ce sont des agents fédéraux (US marshals) qui l’accompagnèrent.

La petite Ruby Bridges en 1960

Ses parents décidèrent de ne rien lui dire des enjeux de cette inscription. Ils lui firent les recommandations habituelles : ” Tu vas aller dans une nouvelle école, et tu devras te comporter comme il faut.”
Pendant un an, elle passa devant une foule de blancs hostiles qui hurlaient des menaces et des insultes. De son propre aveu, elle était trop jeune pour se rendre compte de ce qui se passait, et pensait que les gens fêtaient ‘Mardi Gras’.
Mais dès qu’elle franchissait le seuil de l’école, c’était une autre blanche qui l’accueillait avec chaleur, et qui la traitait comme n’importe quelle autre élève, son institutrice Barbara Henry. Seule élève de sa classe, Ruby souffrit surtout de la solitude, en dépit de l’attention sans faille que Ms Henry lui portait, car elle n’avait pas d’amies de son âge dans cette école.
Le premier jour fut particulièrement chaotique, et Ruby et ses parents le passèrent dans le bureau de la direction, tandis que les parents blancs retiraient leurs enfants.
Le deuxième jour, une mère blanche traversa la foule avec sa fillette pour la laisser à l’école. Les autres élèves blancs suivirent le même mouvement dans les jours suivants.

La mère d’une camarade de classe menaça de l’empoisonner : Ruby fut autorisée à ne pas prendre ses repas à la cantine de l’école.
Une autre mère amena un jour aux portes de l’école un petit cercueil dans lequel reposait une petite poupée noire, ce qui terrifia bien plus la petite fille de 6 ans que n’importe quelle autre injure qu’elle avait entendue jusque là.
Le  psychiatre pour enfants, Robert Coles, se porta volontaire pour suivre chaque semaine la petite Ruby pendant cette première année d’école, et tira un livre de cette expérience bouleversante : L’histoire de Ruby Bridges.

Le choix de cette école fut aussi difficile à assumer pour sa famille : son père fut licencié, ses grands-parents, métayers dans le Mississippi, virent leur bail interrompu, l’épicerie où la famille faisait ses emplettes, leur ferma ses portes.
Mais parallèlement, la famille trouva des soutiens sans faille dans les communautés noires mais aussi blanches, y compris parmi celles qui envoyaient leurs enfants dans la même école que Ruby. Un voisin embaucha son père. D’autres voisins se portèrent volontaires pour surveiller leur maison, s’occuper des enfants de la famille ou pour accompagner Ruby à l’école, derrière les agents fédéraux.
La famille reçut de parfaits étrangers des lettres de soutien, des cadeaux et de l’argent.
Au bout de quelques mois, l’agitation initiale s’étant calmée, Ruby put aller à l’école en taxi.
Lorsque Ms Henry, son institutrice, apprit que d’autres enfants de première année étaient revenus à l’école et mis dans une autre classe sous la pression de leurs parents, elle alla voir la direction de l’établissement et rappela que la loi interdisait toute ségrégation scolaire. Elle insista pour qu’ils passent quelques heures par jour avec Ruby, ce qui lui fut accordé.
Les choses changèrent radicalement l’année suivante : enfants noirs et enfants blancs fréquentaient les mêmes écoles, devenaient amis, et apprenaient à accepter leurs différences.

Lorsqu’il peignit le tableau, Rockwell ne connaissait pas l’identité de la petite fille Afro-Américaine : en raison de son jeune âge et du risque de représailles envers elle et sa famille, son nom n’avait pas été divulgué dans la presse au moment où son arrivée dans l’école blanche avait été rendue publique.
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Style et technique

Rockwell utilise de la peinture à huile pour son oeuvre figurative. Chaque couche de peinture est déposée de manière uniforme avant d’être recouverte d’une couche de vernis, ce qui permet une saturation des pigments. Les dimensions de l’oeuvre originale,  91x150cm, n’ont que peu d’influence sur sa finalité : elle est appelée à être reproduite en millions d’exemplaires.

Cette huile sur toile s’inscrit dans le mouvement d’hyper-réalisme, un mouvement américain né dans les années 50, et qui tend vers un réalisme quasi-photographique. Celui qui observe une oeuvre hyper-réaliste en arrive immanquablement à se demander s’il s’agit d’un tableau ou d’une photo.
Rockwell avait découvert dans la photographie, un allié de choix pour l’expression de son art. Plusieurs clichés  furent d’ailleurs utilisés en amont de sa composition :

Reference photos for Norman Rockwell’s “The Problem We All Live With,” 1964. Photos by Louie Lamone. Photo montage created by Ron Schick. ©NRELC: Niles, IL. Norman Rockwell Museum Collections.

Rockwell trouva son modèle en Lynda Gunn, la petite-fille d’un couple d’amis de Stockbridge.
Un artiste hyper-réaliste montre le réel tel qu’il est. Sa vision est neutre. Une étude plus approfondie de l’oeuvre de Rockwell nous montre que par bien des aspects, elle ne peut cependant être réduite à cette seule définition, ni d’ailleurs, à celle de simple illustration.
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La composition de l’oeuvre

Contrairement à la plupart de ses œuvres antérieures , le fond de ‘The Problem We All Live With’ n’est pas ni vide, ni neutre.
Il se décompose en quatre bandes horizontales : la première, grise, et la seconde, beige, sont sensiblement de la même largeur. La troisième est beaucoup plus étroite et représente le haut de la section de l’avancé du mur que le groupe longe. La quatrième est la plus large, elle aussi de couleur beige.
La couleur des trois bandes supérieures n’est pas uniforme : le beige sale suggère la décrépitude du mur (des lézardes sont d’ailleurs visibles en différents endroits).
Trois éléments de couleur se détachent nettement sur le fond : le premier, au niveau de la poitrine du marshal en tête, est KKK, l’acronyme du Klu Klux Klan. Le KKK avait officiellement disparu en 1944, mais des groupuscules se réclamant du Klan émergèrent à partir de 1950 en réaction aux actions du Mouvement pour les Droits Civiques et se lancèrent dans toute une série d’exactions visant à asseoir la suprématie blanche.
Le second, clairement visible au dessus de Ruby, est l’inscription raciste NIGGER, qui signifie littéralement ‘négresse’. C’est ainsi que les esclavagistes du sud désignaient les noirs qu’ils avaient réduits en esclavage.
Le troisième, rouge sang, est une éclaboussure et une traînée laissées par une tomate propulsée contre le mur puis tombée sur le sol. Cette tomate est visible au pied du 4ème marshal.
Les deux inscriptions se trouvent dans la section horizontale supérieure : elles ne peuvent avoir été faites par des enfants.
De même, la largeur de l’éclaboussure, dans la même section, laisse deviner la violence du jet de la tomate, probablement lancée par un adulte. En dépit de la largeur de l’éclaboussure, il est clair que la tomate n’était pas arrivée à maturité : elle est pratiquement entière, et quelques rares morceaux de pulpe adhèrent au rebord, ou jonchent le trottoir.

Les trois autres segments horizontaux n’appartiennent pas au fond du tableau : il s’agit des rebords inférieurs et supérieurs des livres et cahiers que tient Ruby, et de sa règle, légèrement en oblique.

A ces lignes horizontales du fond correspondent les trois lignes verticales des sujets : la première rangée de marshals, la petite Ruby, et la deuxième rangée de marshals.
Ces lignes ne sont pas espacées de manière régulière : la petite Ruby est très proche des hommes qui ouvrent la marche. Cela crée une impression de dynamisme. Les quatre hommes avancent visiblement au même pas : ils ont tous la même attitude corporelle tant dans le haut que dans le bas du corps.
Si le buste de Ruby s’inscrit dans le même mouvement d’allant que les hommes de son escorte, bras gauche le long du corps, légèrement tiré vers l’arrière, bras droit lancé en avant, main droite visible à la hauteur du ventre,  ses pas ne sont pas synchronisés à ceux de son escorte.
Dans la plupart des tableaux de Rockwell, le focus se trouve au centre du tableau. Ici, il se porte sur la fillette, légèrement excentrée vers la gauche. Ce choix renforce l’impression de mouvement et de dynamisme : la petite Ruby va à l’école d’un pas décidé, et semblent marcher plus vite que les hommes qui l’encadrent.
Elle présente d’ailleurs un visage impassible et serein.

D’une certaine manière, on peut dire que les quatre hommes sont partie intégrante du fond : la couleur de leurs vêtements appartient d’ailleurs à la même gamme chromatique. Aux costumes beige et gris de la première rangée de marshals correspondent les costumes gris et beige de la seconde rangée. Il y a donc un effet de perspective en croix, amplifié par l’intensité de la couleur des costumes. Ceux près du mur sont le plus foncé et le plus clair.

Leur visage n’est pas représenté : Rockwell a pris le parti de ne pas les représenter au delà des épaules. Seules leurs mains nous renseignent sur leur appartenance ethnique, et comme pour leurs costumes, leur couleur n’est pas uniforme.

Le focus est clairement identifiable : c’est la petite Ruby, seule personne représentée dans son intégralité. Les couleurs choisies pour Ruby sont  la plus claire (celle du nœud dans ses cheveux, de sa robe et de ses chaussettes), et la plus foncée (celle de sa peau).
Elle porte des vêtements bien coupés, empesés et immaculés.
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Interprétation

La petite fille est encadrée par quatre officiers fédéraux, mais leur présence n’est pas perçue comme menaçante. Il existe une correspondance entre Ruby et son escorte, grâce aux éléments colorés du tableau : le blanc de la robe, symbole de pureté et d’innocence de Ruby se retrouve dans la chemise du premier marshal, et du mandat qu’il transporte dans sa poche.
Le bleu de la couverture de son cahier fait écho au costume du marshal derrière elle.
Le jaune de sa règle se décline à la fois dans les insignes d’agents fédéraux et dans le brassard qu’ils portent autour de leur bras. La correspondance est aussi sémantique : au mot “ruler” (la règle à tracer de l’enfant) fait écho “the rule”, la règle, la loi, rappelée par l’inscription “Deputy US Marshal”, clairement lisible sur les brassards.

A ces couleurs vives font écho les couleurs ternes des insultes : le gris du KKK est si pâle qu’on risque de ne pas le percevoir. De même, le gris du mot NIGGER se détache très mal sur le fond beige du mur. D’une certaine façon, cela atténue la virulence des propos.
Le sigle KKK et l’insulte  sont  de la même nuance de gris que les taches qui le maculent et des lézardes qui le fissurent. Ils sont donc connotés négativement.
L’élément le plus perturbant est l’éclaboussure, dont la forme générale n’est pas sans rappeler celle de l’aigle portant la devise : e pluribus unus.
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C’est comme si l’aigle symbolisant l’unité de l’Amérique venait d’être foudroyé en plein vol.

La perspective du tableau fait écho au titre de l’oeuvre ‘The problem We All Live With’. Celui qui regarde le tableau ne peut s’identifier aux US marshals sans visage, qui par leur costume et leur attitude représentent les concepts de loi et de justice, aveugle car elle s’exerce sans s’arrêter aux apparences.

Allégorie de la justice, les yeux bandés

C’est comme si le spectateur se trouvait au milieu de la foule qui regarde passer l’enfant, immanquable dans son champ de vision. A lui de choisir le sens qu’il souhaite donner au mot “problème” : l’arrivée sous escorte de cette enfant noire dans une école où elle est régulièrement inscrite, ou des marques du racisme ordinaire s’exerçant sur une créature innocente ?

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Perception de l’oeuvre par ses contemporains

La réponse du public fut mitigée. Rockwell et le ‘Look Magazine’ reçurent un courrier abondant dans les mois qui suivirent, allant des critiques les plus acerbes aux louanges les plus dithyrambiques. Les admirateurs de la première heure, habitués à la légèreté et la cocasserie des peintures que Rockwell produisait du temps où il travaillait pour le ‘Saturday Evening Post’, furent déboussolés par la gravité de ce tableau.
Cela renforça indubitablement son impact.
Après le choc initial, la plupart des abonnés de ‘Look magazine’ se penchèrent sur le problème de la ségrégation raciale avec un regard neuf.
Le regard porté sur Rockwell changea lui-aussi. Les critiques de son époque, qui ne voyaient en lui qu’un illustrateur farceur et léger, soulignèrent son courage et son engagement.
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Conclusion

Le mot qui nous vient à l’esprit au moment de conclure est le mot “Rupture“.

Avec ce tableau, Norman Rockwell rompt avec les codes picturaux de l’époque : les noirs ne devaient être présentés autrement que des positions de soumission. Là, la petite fille Afro-Américaine est au centre du tableau.
Ensuite, Rockwell rompt avec sa réputation d’illustrateur mièvre, dont la production édulcorée a dépeint pendant près d’un cinquantenaire une Amérique intemporelle, blanche et heureuse de vivre.
A la cocasserie des illustrations qui apparaissaient dans le ‘Saturday Evening Post’ succède la gravité de cette représentation d’un fait ancré dans l’actualité qui paraît dans le ‘Look magazine’.
De plus, en s’engageant personnellement dans une lutte qui divise la nation, Rockwell rompt avec le rôle de ‘story-teller’ qui lui avait été dévolu jusque là : ce n’est plus lui qui raconte une histoire, il invite ses contemporains à écrire l’Histoire.
Enfin, il les invite à s’interroger sur la pertinence de s’accrocher à des valeurs dépassées. N’est-il pas temps de rompre avec un passé raciste qui brime des pans entiers de la population et compromet l’unité nationale?

Pour beaucoup, la vision de cette courageuse petite fille Afro-Africaine qui avance avec confiance droit devant elle, reste le symbole de la résistance au racisme.

48 ans après ce premier ce premier pas vers l’intégration, le premier président noir des Etats-Unis était élu.

Aujourd’hui, la reproduction de ce tableau est celle qui est le plus souvent achetée au Musée Rockwell de Stockbridge, Massachusetts.

La citation que j’ai retenue est de Ruby Bridges : “Racism is a grown-up disease and we must stop using our children to spread it.” – “Le racisme est une maladie d’adultes et il faut cesser d’utiliser nos enfants comme vecteurs de contagion.”

Mes sources :
http://www.scottmcd.net/artanalysis/?p=818
http://kenlairdstudios.hubpages.com/hub/The-Problem-We-All-Live-With—Norman-Rockwell-the-truth-about-his-famous-painting
http://www.rfi.fr/ameriques/20130826-usa-etats-unis-segregation-noirs-racisme-martin-luther-king-lois-jim-crow-ku-klux-klan-face-obscure-amerique/
http://www.cbn.com/special/BlackHistory/UnderGod_RubyBridges.aspx


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Pour aller plus loin :
– sur le thème de l’esclavage et de la conquête des droits civiques, je vous recommande :

* La lecture des romans suivants :
La case de l’Oncle Tom, Harriet Beecher Stowe
– La Virginienne, de Barbara Chase-Riboud
Racines, Alex Haley
Queen, du même auteur
Beloved, Tony Morrison

* Un musée : si vous passez par Hull, la ville où j’étais assistante d’anglais, je ne saurais que trop vous recommander la visite de la maison de l’abolitionniste britannique William Wilberforce. Elle contient un nombre impressionnant d’objets relatifs aux conditions de vie épouvantables des esclaves, depuis leur enlèvement des côtes africaines jusqu’à leur vie sur les terres américaines.

* Les films anciens ou récents (la plupart sont tirés d’œuvres littéraires) :

– Autant en emporte le vent, Victor Fleming (1939)
– Devine qui vient dîner?, Stanley Kramer (1967)
– La couleur pourpre, Steven Spielberg (1985)
– Mississippi burning, Alan Parker (1988)
– Django Unchained, Quentin Tarantino (2012), – interdit au moins de 12 ans en France
– 12 years a slave, Solomon Northup (2013)
– Selma, Ava DuVernay (2014) – A voir pour comprendre l’esprit des marches pour l’émancipation

* Voici une sélection de chansons à écouter dans modération :

Tout d’abord, mon favori :


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