Cours 4 HISTOIRE ET VIOLENCE

L’humanité en question (période contemporaine XX° et XXI°)

Histoire et violence

 

I) Vocabulaire

Violence : la douleur, force brutale pour soumettre quelqu’un, destruction, traumatisme, violence physique ou mentale, crime contre l’humanité

Hobbes contre Rousseau (la perfectibilité dans le second discours)

Histoire : faits qui ont marqué l’humanité en bien ou en mal, faits passés importants, faits jugés digne de mémoire

les violences(causes) dans l’histoire(effets) = guerres, crimes contre l’humanité,…

L’histoire amène à la violence comme nous pouvons le retrouver dans les arts (gravure peinture,..) mais aussi dans la littérature, dans les archives,…

Est ce que l’histoire « est » violence ?

OU

Est ce que la violence « est » histoire ? C’est-à-dire qu’un fait sans violence ne rentrerait pas dans l’histoire.

L’histoire à l’origine signifiait enquête

(Les premier historiens sont grecs)

L’histoire ne se réduit ni à un ensemble de l’histoire passée ni a une connaissance des évènements passés

l’histoire n’est pas seulement un récit réel ou fictif

 Cela pose en philo un problème : la question du sens (signification et direction)

On peut se demander si l’histoire est violence, d’autre part l’histoire n’est elle pas faite de témoignages de la violence à l’œuvre dans toute société. Comment penser et témoigner de l’indicible ? Et en particulier, que peuvent les arts, la littérature, face à la violence dans / de l’histoire ?

Le lien entre histoire et violence prend un sens particulier en philosophie, parce que ce n’est pas la question du récit ni celle de la mémoire qui sont en jeu, mais celle du sens de l’histoire. Quelle signification peut-on donner à une humanité emprise à la violence de l’histoire ? Comment exprimer cette violence de l’humanité elle même (violence souvent indescriptible, remettant en question les progrès de communautés et de sociétés humaines dans l’histoire ?

Peut-on rendre compte de toutes les formes de violences, en donnant une même direction, une destination à l’humanité ?

2) La violence de l’histoire au XXème et XXIème siècles

Dans les conflits du XXème apparaît une violence proprement humaine, à l’échelle mondiale, qui fait l’histoire. Les deux Guerres mondiales, les génocides, les mouvements anti-colonialistes, sont les témoins d’une violence familiale, sociétale, qui s’étend à l’échelle mondiale. On peut se demander comment et pourquoi la violence s’exprime dans l’histoire du XXème siècle.

La violence = force, puissance, pouvoir, l’autorité

Mais peut on parler de force, d’une puissance absolue ? Peut – on parler de sa force? ex = il est fort > on ne sait pas quelle type de force, on ne peut pas parler dans le sens absolu « la force »

Est-ce que l’histoire est un rapport de force ? Nous avons cette difficulté de montrer si la violence est inscrite dans l’histoire , comment la dire dans l’histoire. L’art est l’expression même de la violence dans l’histoire.

 La représentation dans l’histoire de la violence sert à la dénoncer, l’exposer, pour purger nos passions, témoigner, ne pas oublier, résister.

Exercice de réflexion : S’exprimer 5-6 lignes à quoi cela vous fait penser (utiliser des références d’art ou littéraire.)

  •  Le racisme : 

Le racisme pendant la Seconde Guerre Mondiale (Aryens, Juifs, Tsiganes…), esclavage… Racisme « biologique », pseudo-scientifique. N’y a-t-il pas aussi un racisme de classe? On pourrait étendre le racisme à bon nombre de discriminations (sexe, classe, ethnie…). « Le barbare, c’est celui qui croit en la barbarie » Levis Strauss.

– Idéologie d’Hitler dans Mein Kampf= mon combat. Idéologie antisémite et raciste envers les Juifs. Hitler s’est appuyé sur des scientifiques. Il prétend fonder une supériorité de race sur des faits scientifiques. C’est une forme de racisme. Il existe le racisme envers les gens noirs, comme l’esclavage. On connaît de grands noms comme Rosa Parks, Martin Luther King. Racisme envers la religion. Le racisme indirect comme pour les gens de couleurs qui ne vont pas être embauchés dans certains emplois. Levi Strauss « Ethnocentrisme » c’est de tout ramener à sa propre ethnie, sa propre culture, il y aurait donc un modèle universel d’hommes qu’il faut reproduire. C’est du racisme car on exclut l’autre. Intégrer et assimiler c’est du racisme car c’est nier l’autre, appeler quelqu’un « étranger » est raciste car on entend le mot « étrange ».

A. DÉFINITION DU DICTIONNAIRE CNRTL

1. Ensemble de théories et de croyances qui établissent une hiérarchie entre les races, entre les ethnies.

? En partic. Doctrine politique fondée sur le droit pour une race (dite pure et supérieure) d’en dominer d’autres, et sur le devoir de soumettre les intérêts des individus à ceux de la race. Le socialisme consiste à mettre le bien dans les vaincus, et le racisme dans les vainqueurs (S. Weil, Pesanteur, 1943, p. 176). Ces hurlements contre la raison et contre l’homme et ces cultes baroques du bel animal, du fauve blond et de la terre, le racisme et le nazisme sont néanmoins les produits inéluctables et absolument nécessaires de la philosophie naturaliste (J. Vuillemin, Essai signif. mort, 1949, p. 285):

1. … actuellement les partisans extrémistes du racisme en Allemagne, ceux qui veulent revenir à une religion nationale et raciale, ? nordique, ? antérieure au christianisme, nourrissent pour le Saint-Empire la même aversion que pour le christianisme lui-même. Mais d’autre part cependant, c’est bien par la notion du Saint-Empire, matérialisée et devenue le privilège d’un peuple naturellement élu, que l’idéal politique du racisme germanique a chance de pénétrer aujourd’hui d’autres couches de la population allemande… Maritain, Human. intégr., 1936, p. 158.

2. Attitude d’hostilité pouvant aller jusqu’à la violence, et de mépris envers des individus appartenant à une race, à une ethnie différente généralement ressentie comme inférieure. Racisme anti-juif. Le grand passage. Ce western de King Vidor est conforme à l’imagerie des années trente. Le racisme anti-indien, à l’époque, allait de soi (Le Point, 11 déc. 1978, p. 39, col. 3):

2. Difficile pour un garçon ou une fille de 1984 de croire que le but assigné à leurs pères en uniforme était de faire entrer de force dans la nation française dix millions de personnes (vingt millions aujourd’hui) qui prenaient une conscience de plus en plus nette de leur identité. Ils ne voient que trop, trente ans après, un racisme croissant se hérisser contre ces mêmes Algériens, ressentis décidément comme « différents », et les mêmes hommes parfois qui voulaient les intégrer réclamer à grands cris leur renvoi dans leur pays. Le Monde, 27 oct. 1984, p. 2, col. 1.

B. ? P. anal.

1. Attitude d’hostilité de principe et de rejet envers une catégorie de personnes. Racisme xénophobe; racisme sexuel. Réponse du ministre de l’Intérieur au cours d’une conférence de presse: « Une nation qui doute de sa police est une nation fragile. Si le racisme anti-policiers devait se perpétuer, c’est rapidement le gouvernement tout entier qui serait atteint » (Le Point, 12 sept. 1977, p. 89, col. 2). Les uns et les autres (…) parlent avec une colère identique et profonde du prix des loyers, de l’horreur solitaire des chambres de bonne, des services d’ordre des concerts, du racisme anti-jeunes, du chômage (Le Nouvel Observateur, 12 déc. 1977, p. 59, col. 1).
2. Sentiment d’hostilité de principe envers quelque chose. Existe-t-il ailleurs que chez nous cette sorte de racisme intellectuel qui inspire à chaque famille d’esprits le désir de brimer ses rivales et de les dominer ? (Mauriac, Bâillon dén., 1945, p. 447).(Un homme et une femme). (…) Une palme d’or au Festival de Cannes et quelques autres récompenses ont provoqué naguère une réaction de racisme anti-succès à l’égard de cette pathétique romance (Le Point, 19 juill. 1976, p. 7, col. 3).
– Aujourd’hui les étrangers, les migrants

Land of the free (a perfect place) de Susanna La Polla De Giovanni e Carlotta Piccinini (Italie) – 5 minutes

Synopsis :
Land of the Free (A Perfect Place) » est présenté sous forme
d’un clip musical, qui raconte un voyage à travers la mer entrepris pour échapper au danger et au mal et pour atteindre un endroit sûr pour trouver un abri, un endroit parfait où commencer une nouvelle vie….
La vidéo de « Land of the Free (A Perfect Place) » est une histoire réalisée à travers des images photographiques animées d’un voyage humain en quête de liberté. Ces images, animées par le talentueux Diego Sanna de la compagnie d’animation Bloomik, proviennent des archives de la photographe Sara Prestianni et font partie de sa recherche documentaire sur les migrations contemporaines du monde. Le choix du réalisateur d’effacer les visages des personnes figurant dans la vidéo et leurs corps reflète le processus cynique de déshumanisation qui caractérise fortement l’approche de la société contemporaine envers l’acte même de la migration. Aujourd’hui, ceux qui
émigrent sont considérés comme des ennemis, des adversaires, une menace, pour l’incapacité de comprendre que derrière l’acte de migration il y a des histoires déchirantes d’hommes et de femmes, derrière les visages dont les sentiments universels sont cachés. une humanité dans laquelle nous pouvons et devons encore essayer de nous reconnaître.
Lien de visionnage : https://vimeo.com/472244443/f964516a36

Œuvre musicale : Nina Simone Mississippi Goddam

  •  Les féminicides :

Vahit Tuna qui a accroché 440 paires de talons de femmes sur un mur pour représenter les 400 féminicides qu’il y ont eu lieu en 2018 en Turquie.

En France aussi…

Féminicide : Meurtre commis par un mari envers sa femme qui résulte d’années d’accumulation de maltraitance physique ou moral et de soumission forcée.

Le féminicide, ou femicide en anglais, est un mot-valise constitué des termes female (ou « féminin ») et « homicide », sur le même modèle que « parricide » ou « infanticide ». Il a été popularisé par deux féministes, Jill Radford et Diana Russell, qui ont publié en 1992 le livre Femicide, The Politics of Woman Killing (en français : « L’Aspect politique du meurtre des femmes »).

Fréquemment utilisé en Amérique latine et repris par des instances internationales, comme l’Organisation des Nations unies (ONU) ou l’Organisation mondiale de la santé (OMS), il n’est entré dans le dictionnaire Le Petit Robert français qu’en 2015.

Quelle est sa définition ?

Il s’agit du meurtre de femmes ou de jeunes filles lié au fait qu’elles sont des femmes. Le caractère genré du motif doit être présent. Une femme tuée dans le cambriolage d’une banque ou par un chauffard ne peut pas être de facto considérée comme victime d’un féminicide. Le meurtrier n’est pas nécessairement un homme.

L’OMS distingue plusieurs cas :

  • le féminicide « intime », commis par le conjoint, actuel ou ancien de la victime. Selon une étude citée par l’Organisation mondiale de la santé, plus de 35 % des femmes tuées dans le monde le seraient par leur partenaire, contre 5 % seulement des meurtres concernant les hommes ;
  • les crimes « d’honneur » : lorsqu’une femme accusée d’avoir transgressé des lois morales ou des traditions — commettre un adultère, avoir des relations sexuelles ou une grossesse hors mariage, ou même avoir subi un viol — est tuée pour protéger la réputation de la famille. Le meurtrier peut être un homme ou une femme de la famille ou du clan ;
  • le féminicide lié à la dot, en particulier en Inde, lorsque des jeunes femmes sont tuées par leur belle-famille pour avoir apporté une somme d’argent insuffisante lors du mariage ;
  • le féminicide non intime, crime qui implique une agression sexuelle ou dans lequel les femmes sont explicitement visées.

Film: Deux soeurs pour un roi

Leaving to live

  •  Les violences policières :

Ref : « Le 1 » (magazine hebdo, pleins de sujets, intéressants, point précis sur des sujets d’actualité par rapport à différentes personnalités… Business !), mais aussi Philosophie Magazine, ou encore Science Humaine. Sans oublier Cerveau et Psycho, un peu plus précis.

– Georges Floyd aux Etats-Unis. Durant ces dernières années le nombres de violences policières se doublent et ça dans tout les pays. De plus les violences policières sont très souvent accompagnés de racisme.

  •  La discrimination par rapport au genre :

Georges Sand, qui devait cacher sa personnalité pour que ses écrits soient reconnus. On ne pouvait pas reconnaître une femme écrivaine, elle est donc dû changer de prénom, pour se cacher derrière en quelques sortes. Elle emprunte un nom pour se faire passer pour un homme, mais pas pour devenir un homme. Nous pouvons parler de violence faite aux femmes par rapport à la société. Ce n’est pas ce que nous entendons aujourd’hui, les choses ont changés depuis le XVIIIeme siècle. Au XX et XXIeme siècle, le genre est devenu quelque chose que l’on choisit. Par essence, l’Homme est-il mâle ou femelle? Est-il déterminé ? Est-ce le nom qui fait l’être, l’identité ? Peut-il définir une personne en tant que telle ? Simone de Beauvoir affirme que l’on choisit de devenir femme, autant que nous pouvons choisir de ne pas le devenir. Débat entre l’essentialisme et existentialisme. Question de la nature humaine. Sans transition, discrimination = violence (morale ou physique) ? Discriminer, c’est exclure, exclure, c’est faire souffrir ? C’est l’Homme qui met en question les autres Hommes.

VIDEO KILT by Rakel Ström

Film : The hate you give (tiré d’un livre)

Anti-psychiatrie : la maladie mentale est un mythe c’est à dire un mot, elle n’existe pas si ce n’est par le nom que nous assignons à quelqu’un comme une étiquette.

Exemples Un ange à ma table de Jane Campion

Rois et Reines par Arnaud Desplechin

Vol au dessus d’un nid de Coucou de Milos Forman

  • Les radicalités

Le terme radicalité(s) a connu une recrudescence d’utilisations depuis quelques années. La radicalité est souvent comprise en ce début de xxie siècle, comme un phénomène qui serait essentiellement lié au djihadisme. Mais au pluriel, il y a diverses utilisations du mot. Une doctrine est qualifiée de « radicale » lorsqu’elle va jusqu’au bout de ses conséquences, sans concession (extrémiste, intransigeante, intégriste, rigoriste…)

For Sama

  • Les guerres (ex. guerre de religion)

La guerre représente la violence à l’état pur elle a pour but de défendre une ou plusieurs idées d’ordre religieux ou politique par la violence, à l’issue d’une guerre il y a forcément des vainqueurs ainsi que des vaincus.

La Guerre, Marcel Gromaire

Durant la guerre, les soldats subissent des violences extrêmes qui les déshumanise.La déshumanisation correspond à l’action de faire perdre son caractère humain à un individu.

U2 – Bloody Sunday (Guerres d’indépendance)

film : Pearl Harbor, Full Metal Jacket (tiré d’un livre), Il faut sauver le soldat Ryan

  • Violences de la nature ou contre la nature

The wave (film, 2015) :catastrophes naturelles, Le pic de Dante,Twister

Le tremblement de terre de Lisbonne, Voltaire

V?? ? (Sable) de Vikram Aggarwal (Inde)
Un fermier découvre que son puits de forage s’est
asséché. En rentrant chez lui avec sa petite fille, il se
retrouve face à face avec un groupe de personnes qui
volent du sable sur les berges de la rivière. Il se rend
compte que l’exploitation illégale et endémique du sable détruit leur rivière et est responsable de
l’épuisement des eaux souterraines dans son village. Il va demander de l’aide au percepteur du
district, mais sa plainte est traitée avec désinvolture. Déterminé à réunir des preuves contre la
mafia du sable, il décide de prendre les choses en main.

Raoni attaque Jair Bolsonaro pour « crimes contre l’humanité »

Le défenseur de la forêt amazonienne saisit la Cour pénale internationale contre le président brésilien Jair Bolsonaro qu’il accuse notamment de “persécuter” les peuples autochtones.

  • Violences sexuelles

Les violences sexuelles, telles que l’excision, qui est un acte de privation faite aux femmes, est perpétré dans certains pays africain et asiatiques, dans la violence et contre la volonté des femmes la majorité des cas, cause des traumatismes très profonds.

3) La violence en Philosophie

(tradition du XVII° avec Machiavel, Le Prince)

Un habile législateur, qui entend servir l’intérêt commun et celui de la patrie plutôt que le sien propre et celui de ses héritiers, doit employer toute son industrie pour attirer à soi tout le pouvoir. Un esprit sage ne condamnera jamais quelqu’un pour avoir usé d’un moyen hors des règles ordinaires pour régler une monarchie ou fonder une république. Ce qui est à désirer, c’est que si le fait l’accuse, le résultat l’excuse ; si le résultat est bon, il est acquitté ; tel est le cas de Romulus. Ce n’est pas la violence qui restaure, mais la violence qui ruine qu’il faut condamner. Le législateur aura assez de sagesse et de vertu pour ne pas léguer à autrui l’autorité qu’il a prise en main : les hommes étant plus enclins au mal qu’au bien, son successeur pourrait bien faire mauvais usage de l’autorité dont pour sa part il aura bien usé ; d’ailleurs un seul homme est bien capable de constituer un État, mais bien courte serait la durée et de l’État et de ses lois si l’exécution en était remise aux mains d’un seul ; le moyen de l’assurer, c’est de la confier aux soins et à la garde de plusieurs.

cf. manuel Nathan p.253

Débat en classique de philo à propos de la violence est politique. En effet toute violence repose sur la volonté de soumettre quelqu’un contre sa volonté par le recours à la force. La violence est une suspension de la légalité jugé comme étant la condition même du vivre ensemble.

Le débat philosophique s’inscrit dans la tradition des penseurs contractualistes, en particulier Rousseau et Hobbes (XVIII°).

Pour Rousseau, l’homme à l’état de nature est bon, et c’est la société qui le déprave et qui le rend violent. Le contrat est nécessaire pour mettre fin à la violence civile (la première association des hommes entre eux.

Pour Hobbes, « l’homme est un loup pour l’homme » la violence est naturelle, il faut un contrat qui puisse mettre fin à la guerre des passions la « guerre de tous contre tous ».

cf. manuel Nathan p. 248 (texte de Freud) et 249

(-> l’enfant sauvage)

On voit que le débat s’inscrit dans le cadre du vivre ensemble, du politique, c’est à dire toujours dans un rapport à autrui.

Au XX° siècle, la plupart des penseurs rejettent la violence, soit au nom du respect des individus (Alain ; Sartre) soit au nom d’une nouvelle notion qu’on appelle pacifiste (XVIII° Kant ; Projet de paix perpétuelle)  au XX° Anna Arendt et Derrida.

Que ce soit pour l’individu ou pour le vivre ensemble la plupart des penseurs écartent la notion de violence (?non-violence), mais d’autre penseurs soulignent le rôle moteur de la violence dans l’histoire ou dans les rapports humains (Freud Eros et Thanatos) . La violence, est-ce ce qui fonde ou ce qui permet le rapport humain (Max Weber) ?

fin du XIX°: Hegel, Nietzsche, Marx

a) Hegel: la dialectique du maître et de l’esclave

  • Autant l’un que l’autre ont besoin d’être reconnus : sans l’esclave, le maître n’est rien, il n’a plus de reconnaissance, plus de force,…il devient dépendant de son esclave ce qui amène à un retournement dialectique
  • Le maître dépend toujours matériellement de son esclave, il est supérieur à  son esclave mais cela jusqu’à ce  que son esclave soit encore soumis à lui
  • Le maître devient de plus en plus inactif, sa relation à ce qui est, dépend du travail de l’esclave. Relation nécessaire pour transformer le donné naturel par le travail de l’esclave en produits, en marchandises. L’esclave est donc le principal moteur de transformation du réel par la négation de ce qui est. Il a donc conscience de sa propre existence, de sa propre individualité et de sa propre mort.
  • L’esclave devient conscient de lui-même en ayant peur de la mort, et en même temps il devient le moteur de l’histoire, il saisit l’authenticité d’un individu. Par analogie, Hegel affirme que l’histoire de la guerre entre les états aboutit à assimiler les plus faibles en transformant les plus puissants en empire. Sans la violence, l’historicité de l’existence humaine est impossible, un monde entièrement pacifique est en contradiction avec la nature même de l’histoire. Contrairement aux moralistes qui recherchent la paix et l’harmonie dans l’histoire, Hegel la définit au niveau individuel comme collective en terme de lutte à mort pour la reconnaissance.

cf. Phénoménologie de l’esprit

cf. Manuel Nathan p. 282

b) Sartre: l’intersubjectivité

  • L’intersubjectivité, c’est la médiation de moi-même au monde en prenant conscience de son propre corps dans le regard de l’autre : « La nature de mon corps me renvoie à l’existence d’autrui et à mon être-pour-autrui. Je découvre avec lui un autre mode d’existence aussi fondamental que l’être-pour-soi et que je nommerai être-pour-autrui » (L’Être et le Néant) cf cours les métamorphoses du moi
  • C’est le sentiment de honte qui fait surgir autrui dans le monde: « La honte est honte devant quelqu’un. Autrui est le médiateur indispensable entre moi et moi-même. J’ai honte de moi tel que j’apparais à autrui » (id.)
  • L’intersubjectivité prend la forme d’un conflit qui défini tout rapport humain. En effet on ne peut pas penser des relations à autrui dans des termes de coopération, d’échange. La conscience cherche toujours à instrumentaliser autrui.

c) Marx :

Il distingue 2 niveaux de réalités: l’infrastructure désigne le vrai monde, celui de la matière, du travail, des manières de production. Et la superstructure qui renvoie au monde des idées en particulier les idées de la classe dominante et donc un monde d’illusion. Il va montrer que la classe bourgeoise est fondée sur ses propres illusions. L’idéologie chez Marx signifie la domination d’une classe sur une autre. Domination d’autant plus violente qu’elle correspond à de pure illusion. La classe bourgeoise crée ses propres violences. C’est une violence qui ne correspond à rien, elle est juste inventé mais n’est pas réelle. Les 2 niveaux de réalité montrent qu’il y a pire qu’une violence restitué, vécu, c’est celle d’une conscience illusoire qui permet la domination d’une classe sur une autre, c’est la violence histoire d’une idéologie.

d) Marx Weber:  Le savant et le politique.

Marx Weber forge le concept de violence légitime. Il défini l’État comme une institution détenant le monopole de l’usage de la force physique  » Sur un territoire donné ». Il dénonce cette violence masquée mais qui est nécessaire. La violence légitime consiste à masquer la violence sous le manteau du droit par exemple par des lois, des titres, des mots, des raisons et des justifications. L’habit de policier vaut plus que la matraque du policier. Quand un État autorise des individus à user de la violence (la légitime violence) les individus tiennent cette légitimité comme absolu par délégation dans toutes formes de relation à autrui. Cette légitimité d’autre part, vient d’un double processus ceux à qui est confié la légitimité de la violence et ceux qui acceptent de céder leurs volontés à une force supérieur en échanges de leurs sécurités. Ce qui veut dire que toutes violences autres que celle de l’état est illégitime.

Texte :

« Nous entendrons uniquement par politique la direction du groupement politique que nous appelons aujourd’hui « État », ou l’influence que l’on exerce sur cette direction.Mais qu’est-ce donc qu’un groupement, « politique » du point de vue du sociologue ? Qu’est-ce qu’un État ? Lui non plus ne se laisse pas connaître logiquement par le contenu de ce qu’il fait. Il n’existe en effet presque aucune tâche dont ne se soit pas occupé un jour un groupement politique quelconque ; d’un autre côté il n’existe pas non plus de tâches dont on puisse dire qu’elles aient de tout temps, du moins exclusivement, appartenu en propre aux groupements politiques que nous appelons aujourd’hui États ou qui ont été historiquement les précurseurs de l’État moderne. Celui-ci ne se laisse définir sociologiquement que par le moyen spécifique qui lui est propre, ainsi qu’à tout autre groupement politique, à savoir la violence physique.

« Tout État est fondé sur la force », disait un jour Trotski à Brest-Litovsk. En effet, cela est vrai. S’il n’existait que des structures sociales d’où toute violence serait absente, le concept d’État aurait alors disparu et il ne subsisterait que ce qu’on appelle, au sens propre du terme, l’« anarchie ». La violence n’est évidemment pas l’unique moyen normal de l’État — cela ne fait aucun doute —, mais elle est son moyen spécifique. De nos jours la relation entre État et violence est tout particulièrement intime. Depuis toujours les groupements politiques les plus divers — à commencer par la parentèle — ont tous tenu la violence physique pour le moyen normal du pouvoir. Par contre il faut concevoir l’État contemporain comme une communauté humaine qui, dans les limites d’un territoire déterminé — la notion de territoire étant une de ses caractéristiques —, revendique avec succès pour son propre compte le monopole de la violence physique légitime. Ce qui est en effet le propre de notre époque, c’est qu’elle n’accorde à tous les autres groupements, ou aux individus, le droit de faire appel à la violence que dans la mesure où l’État le tolère : celui-ci passe donc pour l’unique source du « droit » à la violence. Par conséquent, nous entendrons par politique l’ensemble des efforts que l’on fait en vue de participer au pouvoir ou d’influencer la répartition du pouvoir, soit entre les États, soit entre les divers groupes à l’intérieur d’un même État.

En gros, cette définition correspond à l’usage courant du terme. Lorsqu’on dit d’une question qu’elle est « politique », d’un ministre ou d’un fonctionnaire qu’ils sont « politiques », ou d’une décision qu’elle a été déterminée par la « politique », il faut entendre par là, dans le premier cas que les intérêts de la répartition, de la conservation ou du transfert du pouvoir sont déterminants pour répondre à cette question, dans le second cas que ces mêmes facteurs conditionnent la sphère d’activité du fonctionnaire en question, et dans le dernier cas qu’ils déterminent cette décision. Tout homme qui fait de la politique aspire au pouvoir — soit parce qu’il le considère comme un moyen au service d’autres fins, idéales ou égoïstes, soit qu’il le désire pour lui-même en vue de jouir du sentiment de prestige qu’il confère.

Comme tous les groupements politiques qui l’ont précédé historiquement, l’État consiste en un rapport de domination de l’homme sur l’homme fondé sur le moyen de la violence légitime (c’est-à-dire sur la violence qui est considérée comme légitime). L’État ne peut donc exister qu’à la condition que les hommes dominés se soumettent à l’autorité revendiquée chaque fois par les dominateurs. »

Weber (Max), Le savant et le politique, 1919

4) Le visage

Emmanuel Levinas, philosophe du XXeme siècle a connu la guerre et l’exil.  Il veut faire un lien entre son expérience de prisonnier de guerre et son visage. Que signifie un visage qui parle ? Peut on s’interroger sur un visage relativement a un animal ?
Son œuvre majeure : Totalité et infini. Il veut montrer que la morale est un absolu désignant le thème de toute relation à autrui qu’il nomme responsabilité pour autrui.
Levinas va montrer que c’est l’hétéronomie du sujet qui rend la morale nécessaire. L’expérience d’autrui fait que l’homme existe et existe toujours pour autrui. Cette expérience prend la forme du visage.
Le visage de l’homme se décrit comme misérable, vulnérable et ne se tient pas juste aux mots « yeux, bouches, joues ». Le visage peut aussi être défini par une supplication. « Le visage s’impose à moi sans que je puisse cesser d’être responsable de sa misère. »
La rencontre avec autrui met dans l’impossibilité de décrire ou de connaître le visage mais dans la nécessité de répondre à la question morale. L’ambivalence de cette question morale est que le visage est à la fois invitation à tuer et aussi interdiction de tuer. La relation à autrui passe donc par la. Le visage qui ne parle pas mais il exige une réponse. Le visage d’autrui me ramène a ma responsabilité totale. Je dois répondre de tous les autres.
Les animaux ont il un visage ?
L’animal est témoin de notre humanité et de la violence entre les hommes. Mais il est complètement hors circuit de la morale. Ils ne sont pas responsable de nous. Nous en sommes responsable car nous entrons en relation avec eux. Eux non.

5) Sur la violence

Hannah Arendt vit cette seconde guerre mondiale et est exilée aux États-Unis. Elle va essayer de comprendre cette violence. Elle a écrit 3 textes:
-Sur la violence
-Les origines du totalitarisme
-Les conditions de l’Homme moderne
Elle essaye de comprendre les rapports qu’il y a entre les grandes puissance. Ensuite elle montre de manière critique les analyses philosophique sur la violence, elle examine les rapports entre violence et pouvoir et enfin les causes de la violence.
Depuis la fin de la Seconde Guerre mondial il y a ce qu’elle appelle « La Terreur ». Pour avoir la paix il y a qu’un moyen c’est la violence. Elle veut montrer que pour préserver la paix les grandes puissances vont utiliser des instruments de violence, d’autant plus puissant qu’il consiste à se méfier des uns des autres jusqu’à anéantir la planète en un temps très courts. C’est par cette angle qu’elle explique cette violence. Pour elle la violence n’est présente dans l’idéologie du XXe siècle que de manière secondaire ou accessoire « Si la violence pouvait régler des conflits de société, la vengeance deviendrait le remède miracle à la plupart de nos maux. » Troisièmement Hannah Arendt va dénoncer la confusion entre le pouvoir et la violence « La violence n’est rien d’autre que la manifestation la plus évidente du pouvoir. » C’est cette idée qu’elle va critiquer. C’est la question que l’on trouve aussi dans l’expérience de Millgram. Jusqu’où pouvons-nous obéir? « Le jeu de la mort. »  Elle veut répondre à la question à qui obéissons-nous? Et montrer l’erreur en politique est ne concevoir un État que sous l’angle de la domination ou de l’oppression. Donc voila pourquoi il faut distinguer violence et pouvoir. L’exemple classique est le régime tyrannique qui n’est soutenu que par un faible nombre d’individus. Il ne tient que sur quelques uns qui sont affaiblis et passifs. Finalement le pouvoir ne tient pas à la violence mais à la duperie. Par là elle montre que la violence n’a pas d’existence propre, elle n’est qu’instrumentale.
Dernier point, question sur le comportement de l’être humain. Hannah Arendt critique l’idée classique d’un homme animal doué de raison qui fait de la violence une chose normale et naturelle. C’est un erreur de penser que l’Homme s’en tient à ses instincts.
Comment écrie la violence dans l’Histoire comment nommer l’innommable telles sont les questions au 20e siècle posées à l’art en général à la littérature ?
La difficulté de trouver un langage propre et rendre compte des expériences vécues est le fil conducteur de texte de tableau de sculpture et même de musique qui toujours montre et dénonce la violence.
Il y a deux possibilité :
-Soit les moyens littéraires ne peuvent pas convenir car ils relèvent de l’esthétique et en ce sens, toute fiction serait interdite.
-Soit le choix des moyens pour dire la violence est possible et l’on accepte une esthétisation qui a des conséquences étiques.
Le rapport entre violence et histoire met à jour la problématique du rapport entre réalité et représentation. Plus précisément, c’est le statut de l’art qui est en jeu, car qu’est-ce que l’art sinon ce qu’il nous donne à voir, ce qui objective la violence, ce qui la dévoile ou la met en pleine lumière.
L’œuvre d’art est en même temps ce qui permet de dépasser le caractère temporel, éphémère de l’histoire.
 » Il faut des siècles d’échos pour un mot rescapé » Georges Schwartz