Cours 5 L’Humanité en question.

Il y a plusieurs sens à donner à l’humanité :

– Anthropologique, ce qui permet de dire qu’un homme est un homme, de parler du propre de l’homme.

-Moral, sont considérés comme des hommes ceux qui se comportent de manière vertueuse, comme un homme devrait se comporter

-Bio-technologique, l’homme augmenté

( – et Biologique, l’homme est un animal comme les autres (mammifères) )

Pour ces trois domaines, le point commun est que l’homme se représente lui-même, dit lui-même son humanité selon un « je suis un homme » de comparaison.

L’humain et ses limites

Hlp cours 8/04

Les limites de l’humain

transition > violence et histoire/limites de l’humain

les violences de l’humanité ont un lien très important à l’histoire

en s’appuyant sur des faits (guerres mondiales) : valeurs religieuses, valeurs morales sont remises en question.

monde ou la violence semble exacerbée (référence : Hannah Arendt)

Limites : quelque chose que l’on ne peut pas dépasser

Limites = détermination

Limiter l’humain, limiter ce qu’il est

Définir l’homme : définir ce qu’il est et lui mettre les limites.

Comprendre la définition de l’homme par ce qui n’est pas homme :

  • Logos : la raison // le langage C’est un langage raisonné.

  • Les représentations de l’homme dans le monde / aux dieux, demi-dieux (les héros) et / aux animaux

> ex: Prométhée, Frankenstein

Création de l’homme par l’homme

Référence : Le principe responsabilité, Hans Jonas

Kant : l’homme n’est jamais un moyen mais toujours une fin (sa dignité)

  1. La responsabilité

    « Le Prométhée définitivement déchaîné, auquel la science confère des forces jamais encore connues et l’économie son impulsion effrénée, réclame une éthique qui, par des entraves librement consenties, empêche le pouvoir de l’homme de devenir une malédiction pour lui. La thèse liminaire de ce livre est que la promesse de la technique moderne s’est inversée en menace, ou bien que celle-ci s’est indissolublement liée à celle-là. Elle va au-delà du constat d’une menace physique. La soumission de la nature destinée au bonheur humain a entraîné par la démesure de son succès, qui s’étend maintenant également à la nature de l’homme lui-même, le plus grand défi pour l’être humain que son faire ait jamais entraîné. »

    Hans Jonas, Préface, Le principe de responsabilité, Éthique pour la civilisation technologique.

    Le progrès des sciences et des techniques ont permis à l’homme de réaliser le rêve de Descartes de « se rendre comme maître et possesseur de la nature, » en développant une puissance inégalée sur la nature y compris les autres vivants. Mais l’homme est resté aveugle aux conséquences de cette toute puissance. C’est en ce sens que les lumières se sont changées en leur contraire et que l’homme est devenu une menace pour lui-même.

    Hans Jonas explique ce retournement du développement scientifique et technique par deux facteurs :

    1. Le facteur démographique et les besoins organique des populations menacent d’excéder les ressources alimentaires et vitales de la planète.

    2. Le développement des technologies au XX° siècle crée une double menace : celle de modifier les formes de la vie et celle de faire exister une matière inédite. Cette capacité de modifier l’existant et de créer de l’existant produit de nouveaux dangers aussi bien celui de la dévastation de la nature comme celui de se transformer lui même. (les exemples sont les intoxications chimiques et radioactives comme les avancées en biologie)

    Il n’y a pas de « sagesse », de « morale » à laquelle on puisse se référer face à ces nouvelles menaces, aucune éthique traditionnelle ne peut répondre à cette nouvelle situation. L’absence de critère comme le « bien et le mal » pour y conformer nos actions exige de penser une nouvelle éthique s’appliquant à des domaines nouveaux.

TEXTE MANUEL p.309 Platon le mythe de Prométhée

La thèse de Hans Jonas  dans le TEXTE MANUEL p.326

renvoie à un présupposé moral important. L’homme est doté d’une part de la connaissance, et d’autre part de la liberté, c’est-à-dire de la possibilité d’agir de telle façon qu’il est responsable de ses actions. Ce qui fait de l’homme le seul être moral de la planète est cette responsabilité. Or l’accroissement de la puissance d’agir grâce aux technologies est lié au développement de la connaissance humaine. Est-ce pour autant que notre faculté de discernement a augmenté ? L’exploitation abusive de la nature par l’homme est devenue comme une seconde nature, dans les sociétés occidentales en particulier il est devenu impossible aux hommes de se libérer de ces modes de vie même si, en parallèle nous avons la possibilité de calculer les conséquences à venir, même si nous pouvons ouvrir les yeux et reconnaître que l’homme seul porte la responsabilité de ce désastre en cours. Il s’agit de comprendre et de tenir compte de ce paradoxe de l’accroissement de cette liberté qui accroit notre responsabilité. Nous sommes responsables non seulement à l’égard du proche (du prochain) mais aussi du lointain, en particulier le lointain dans le temps, les générations futures dont, nous dit Hans Jonas, « nous n’avons pas le droit d’hypothéquer l’existence par notre simple laisser-aller »

Ainsi, c’est notre liberté qui porte en elle des obligations. La liberté, ce n’est pas faire ce que l’on veut, c’est s’imposer des limites pour exercer son pouvoir et rendre possible la relation des hommes entre eux comme la relation de l’humanité à la nature. Notre obligation par exemple est de réduire notre consommation pour le bien de l’humanité future mais aussi de la nature : on voit par là que l’éthique ne se réduit plus aux seuls rapports d’homme à homme mais prend une dimension quasi-cosmique.

« L’idée de départ est que la puissance technologique moderne crée un type de problèmes éthiques inconnus jusqu’à ce jour (ce que Jonas appelle »transformation de l’essence de l’agir humain”). Avant l’homme pouvait penser (à tort ou à raison) que ses interventions techniques sur la nature étaient superficielles et sans danger, que la nature rétablirait elle-même ses équilibres fondamentaux, et qu’au fond pour chaque génération nouvelle la nature était exactement telle que la génération précédente l’avait trouvée. Aujourd’hui, nous savons (ou devrions savoir) que notre technologie peut avoir des effets irréversibles sur la nature, de par son ordre de grandeur et sa logique cumulative. L’ordre de grandeur se mesure en quantité d’énergie dépensée par tête, mais aussi en traces physiques-géographiques et en rebuts de“qualité” inédite (les déchets nucléaires, par exemple, qui resteront dangereux pendant des millénaires). La logique cumulative de la technique moderne est une chose connue ; Jonas parle d’effet boule de neige, ou d’inertie dynamique ;l’idée est que la puissance technologique nous impose les conditions non seulement de son maintien, mais surtout de son renforcement : logique de la fuite en avant ; la technique exerce une véritable contrainte, “anonyme”, sans sujet(personne ne veut cette logique), non maîtrisable. Un des ressorts de cet auto-accroissement sans fin de la puissance technique est la nécessité où sont les hommes de réparer les dégâts dus à la technologie, par de nouvelles innovations techniques qui créent elles-mêmes de nouveaux problèmes, et ainsi de suite. Ainsi, la technique moderne se comporte comme une “nature”, c’est-à-dire une nécessité, un cadre imposé; la technique est même, “d’une certaine manière,devenue sauvage” ; il faut donc la domestiquer. » (Bernard Sève, “Hans Jonas et l’éthique de la responsabilité”, Esprit,Octobre 1990)

 

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