Cours 2 LES MÉTAMORPHOSES DE SOI

CHAPITRE 2 : LES MÉTAMORPHOSES DE SOI

Les paradoxes de la quête du moi ne s’arrêtent pas à une identité facile à trouver. Le moi comme identité, supposée, image ou personnalité que l’on donne de soi, à laquelle on attribue une unité et doublé du problème de soi. C’est le retour réflexif sur son histoire, son vécu, c’est ce qui est recherché/ construit dans un effort de compréhension de ce que l’on vit. Enfin le « je » qui peut prendre autant de forme que de visage à jouer, simple sujet d’une parole résume la difficulté de parler de soi ou se parler à soi.

I/ La construction de soi

1) Comment parler d’une même personne

(cf textes d’Elsa GODART et de Catherine LEJEALLE)

Les ados à découvert de Catherine Vincent à lire en ligne article du 14 mai 2014

1. Le critère du selfie peut-il être celui de la ressemblance ?

Ressembler = être le même que..

Ressembler = « sembler » être comme..

« s’identifier, se souvenir, se mettre en avant »

Pascal : « on ne montre que des qualités » ( apparence contraire à l’essence)

Arguments en faveur de la ressemblance :

– but artistique :

-Critère de ressemblance = « ce qui semble être moi » ? ce qui apparait visiblement, aux yeux d’autrui comme étant moi. La ressemblance = tjs ce qui permet de me reconnaître (= de m’identifier).
= le rôle du « portrait » ; cf Alberti De pictura (XVème siècle) : le portrait a pour vocation de « rendre les absents présents » ; ? ici fonction de souvenir de l’individu.
Mais on peut aller plus loin. Cf étymologie : portrait = du latin protraho : sortir, mettre au grand jour ? le portrait est une exhibition de l’autre ou une mise en avant de traits forts…

A lire en entier Kafka, La métamorphose

2. L'autoportrait

« De Rembrandt au selfie », une histoire de l’autoportrait à Lyon

Portraits et autoportraits de FRIDA

Sur le portrait, trois points importants : pour s’identifier, pour se souvenir (ex photographies mortuaires à la morgue), ou pour se mettre en avant (ex avec les réseaux et le selfie)

3. Pour ou contre l'anonymat sur internet

Double Vie / Camouflage

« Looking Out From Within« 

 

2) Le sujet multiple :

On peut parler d’une multiplicité dans le temps mais aussi dans ce que Bergson nomme le « vécu ». Le temps du vécu est celui de la durée (opposé au temps physique, compté). Ex : une heure de philo qui passe lentement, ou une heure avec ses amis qui passe au contraire très vite.

Le temps ne peut pas être constitutif de l’identité, selon Bergson.

Sujet multiple dans l’espace ( ex dans la salle de la casse comparé à chez soi), et sujet multiple dans le temps)

Cf Bergson

« Quand je suis des yeux, sur le cadran d’une horloge, le mouvement de l’aiguille qui correspond aux oscillations du pendule, je ne mesure pas de la durée, comme on paraît le croire; je me borne à compter des simultanéités, ce qui est bien différent. En dehors de moi, dans l’espace, il n’y a jamais qu’une position unique de l’aiguille et du pendule, car des positions passées, il ne reste rien. Au-dedans de moi, un processus d’organisation ou de pénétration mutuelle des faits de conscience se poursuit, qui constitue la durée vraie. C’est parce que je dure de cette manière que je me représente ce que j’appelle les oscillations passées du pendule, en même temps que je perçois l’oscillation actuelle. Or, supprimons pour un instant le moi qui pense ces oscillations du pendule, une seule position même de ce pendule, point de durée par conséquent. Supprimons, d’autre part, le pendule et ses oscillations; il n’y aura plus que la durée hétérogène du moi, sans moments extérieurs les uns aux autres, sans rapport avec le nombre. Ainsi, dans notre moi, il y succession sans extériorité réciproque; en dehors du moi, extériorité réciproque sans succession. « 

Bergson

et Hume

« Il y a certains philosophes qui imaginent que nous avons à tout moment la conscience intime de ce que nous appelons notre moi; que nous sentons son existence et sa continuité d’existence; et que nous sommes certains, plus que par l’évidence d’une démonstration, de son identité et de sa simplicité parfaites. La plus forte sensation et la plus violente passion, disent-ils, au lieu de nous distraire de cette vue, ne font que l’établir plus intensément; elles nous font considérer leur influence sur le moi par leur douleur ou leur plaisir. Essayer d’en fournir une preuve plus complète serait en affaiblir l’évidence ; car aucune preuve ne peut se tirer d’aucun fait dont nous ayons une conscience aussi intime ; et il n’y a rien dont nous puissions être certains si nous doutons de ce fait.

Malheureusement toutes ces affirmations positives sont contraires à l’expérience elle-même, qu’on invoque en leur faveur ; et nous n’avons aucune idée du moi à la manière qu’on vient d’expliquer ici. En effet, de quel impression pourrait dériver cette idée ? À cette question, il est impossible de répondre sans contradiction ni absurdité manifeste ; pourtant c’est une question à laquelle il faut nécessairement répondre, si nous voulons que l’idée du moi passe pour claire et intelligible. Il doit y avoir une impression qui engendre toute idée réelle. Mais le moi, ou la personne, n’est pas une impression, c’est ce à quoi nos diverses impressions et idées sont censées se rapporter. Si une impression engendre l’idée du moi, cette impression doit demeurer invariablement identique pendant tout le cours de notre existence : car le moi est censé exister de cette manière. Or il n’y a pas d’impression constante et invariable. La douleur et le plaisir, les passions et les sensations se succèdent les unes aux autres et jamais elles n’existent toutes en même temps. Ce ne peut donc être d’aucune de ces impressions, ni d’aucune autre qu’est dérivée l’idée du moi ; par conséquent une telle idée n’existe pas.

Mais en outre, quel doit être le sort de toutes nos perceptions particulières dans cette hypothèse ? Elles sont toutes différentes, discernables et séparables les unes des autres ; on peut les considérer séparément et elles peuvent exister séparément : elles n’ont besoin de rien pour soutenir leur existence. De quelle manière appartiennent-elles donc au moi et comment sont-elles en connexion avec lui ? Pour ma part, quand je pénètre le plus intimement dans ce que j’appelle moi, je bute toujours sur une perception particulière ou sur une autre, de chaud ou de froid, de lumière ou d’ombre, d’amour ou de haine, de douleur ou de plaisir. Je ne peux jamais me saisir, moi, en aucun moment sans une perception et je ne peux rien observer que la perception. Quand mes perceptions sont écartées pour un temps, comme par un sommeil tranquille, aussi longtemps je n’ai plus conscience de moi et on peut dire vraiment que je n’existe pas. Si toutes mes perceptions étaient supprimées par la mort et que je ne puisse ni penser, ni sentir, ni voir, ni aimer, ni haïr après la dissolution de mon corps, je serais entièrement annihilé et je ne conçois pas ce qu’il faudrait de plus pour faire de moi un parfait néant. Si quelqu’un pense, après une réflexion sérieuse et impartiale, qu’il a, de lui-même, une connaissance différente, il me faut l’avouer, je ne peux raisonner plus longtemps avec lui. Tout ce que je peux lui accorder, c’est qu’il peut être dans le vrai aussi bien que moi et que nous différons essentiellement sur ce point. Peut-être peut-il percevoir quelque chose de simple et de continu qu’il appelle lui : et pourtant je suis sûr qu’il n’y a pas en moi de pareil principe.

Mais, si je laisse de côté quelques métaphysiciens de ce genre, je peux m’aventurer à affirmer du reste des hommes qu’ils ne sont rien qu’un faisceau ou une collection de perceptions différentes qui se succèdent les unes aux autres avec une rapidité inconcevable et qui sont dans un flux et un mouvement perpétuels. Nos yeux ne peuvent tourner dans leurs orbites sans varier nos perceptions. Notre pensée est encore plus variable que notre vue ; tous nos autres sens et toutes nos autres facultés contribuent à ce changement : il n’y a pas un seul pouvoir de l’âme qui reste invariablement identique peut-être un seul moment. L’esprit est une sorte de théâtre où diverses perceptions font successivement leur apparition ; elles passent, repassent, glissent sans arrêt et se mêlent en une infinie variété de conditions et de situations. Il n’y a proprement en lui ni simplicité à un moment, ni identité dans les différents moments, quelque tendance naturelle que nous puissions avoir à imaginer cette simplicité et cette identité. La comparaison du théâtre ne doit pas nous égarer. Ce sont les seules perceptions successives qui constituent l’esprit ; nous n’avons pas la connaissance la plus lointaine du lieu où se représentent ces scènes ou des matériaux dont il serait constitué.»

David Hume, Traité de la nature humaine (1740), trad. A. Leroy, Éd. Aubier, 1946, pp. 342-344.

II- L’hypothèse de l’inconscient psychique

Cf Freud qui introduit cette idée d’inconscient psychique.

Les « petites perceptions » Leibniz (ex : on regarde la mer sans voir les millions de gouttelettes qui composent une vagues).

« D’ailleurs il y a mille marques qui font juger qu’il y a  à tout moment un infinité de perceptions en nous, mais sans aperception et sans réflexion, c’est-à-dire des changements dans l’âme même dont nous ne nous apercevons pas, parce que les impressions sont trop petites et en trop grand nombre ou trop unies., en sorte qu’elle n’ont rien d’assez distinguant à part, mais jointes à d’autres, elles ne laissent pas de faire leur effet et de se faire sentir au moins confusément dans l’assemblage.(…) Et pour juger encore mieux des petites perceptions que nous ne saurions distinguer dans la foule, j’ai coutume de me servir de l’exemple du mugissement ou du bruit de la mer dont on est frappé quand on est sur le rivage. Pour entendre ce bruit comme l’on fait, il faut bien que l’on entende les parties qui composent ce tout, c’est-à-dire les bruits de chaque vague, quoique chacun de ces petits bruits ne se fasse connaître que dans l’assemblage confus de tous les autres ensemble, c’est-à-dire dans ce mugissement même, et ne se remarquerait pas si cette vague qui le fait était seule. Car il faut qu’on en soit affecté un peu par le mouvement de cette vague et qu’on ait quelque perception de chacun de ces bruits, quelques petits qu’ils soient ; autrement on n’aurait pas celle de cent mille vagues car cent mille rien ne saurait faire quelque chose. G. Leibniz, Les nouveaux essais sur l’entendement humain, Préface

Les rêves et la folie échappent au « je pense donc je suis » car c’est l’inconscient.

Cf Michel Foucault « Histoire de la folie à l’age classique »

Selon Descartes, esprit = conscience, mais Freud rajoute que l’esprit à également une part d’inconscient (mais le corps est toujours séparé de l’esprit).

« L’homme n’est pas maître de sa propre maison » Freud. Il n’est pas conscient de tout ce qui se passe dans son esprit car il y a une part d’inconscient qui nous échappe. (ex de « symptômes » :rêves, pleurs, tremblements…)

« Dans le cours des siècles, la science a infligé à l’égoïsme naïf de l’humanité deux graves démentis’. La première fois, ce fut lorsqu’elle a montré que la terre, loin d’être le centre de l’univers, ne forme qu’une parcelle insignifiante du système cosmique dont nous pouvons à peine nous représen ter la grandeur. Cette première démonstration se rattache pour nous au nom de Copernic, bien que la science alexandrine’ ait déjà annoncé quelque chose de semblable. Le second démenti fut infligé à l’humanité par la recherche biologique, lorsqu’elle a réduit à rien les prétentions de l’homme à une place privilégiée dans l’ordre de la création, en établissant sa descendance du règne animal et en montrant l’indestructibilité de sa nature animale. Cette dernière révolution s’est accomplie de nos jours, à la suite des travaux de Ch. Darwin, de Wallace’ et de leurs prédécesseurs, travaux qui ont provoqué la résistance la plus acharnée des contemporains. Un troisième démenti sera infligé à la mégalomanie humaine par la recherche psychologique de nos jours qui se propose de montrer au moi qu’il n’est seulement pas maître dans sa propre maison, qu’il en est réduit à se contenter de renseignements rares et fragmentaires sur ce qui se passe, en dehors de sa conscience, dans sa vie psychique. Les psychanalystes ne sont ni les premiers ni les seuls qui aient lancé cet appel à la modestie et au recueillement, mais c’est à eux que semble échoir la mission d’étendre cette manière de voir avec le plus d’ardeur et de produire à son appui des matériaux empruntés à l’expérience et accessibles à tous. D’où la levée générale de boucliers contre notre science, l’oubli de toutes les règles de politesse académique, le déchaînement d’une opposition qui secoue toutes les entraves d’une logique impartiale ».
Sigmund Freud, Introduction à la psychanalyse (1916),
Ile partie, chap. 18, trad. S. Jankélévitch, Payot, colt. «Petite Bibliothèque», 1975, p. 266-267.

 

 

Visionner et prendre des notes :

Freud, l’invention de la psychanalyse 1

et 2

 

(La parole du psychanalyse est de déchiffrer le déguisement du désir.)

Idée générale du texte: L’auteur se place dans un contexte historique mais aussi scientifique. La connaissance du système de l’univers « Copernic, la science alexandrine ». il parle de démentis car trouve que les hommes étaient dans le mensonge auparavant et veut donc en écarter quelques uns.

Premier démenti : C’est comme si l’homme ne pensait qu’à lui même. L’auteur critique l’homme car ce denier pense être au centre de tout, il pense être le centre d’intérêt de tout et de l’univers. Freud dit que la science met fin a l’idée selon laquelle l’homme est au centre de l’univers.

Le deuxième démenti : le vivant. L’homme n’est plus supérieur au règne animal. Cela touche également la religion car,ce que montre l’origine des espèces de Darwin, c’est qu’ il a aussi une descendance animale. A nouveau,  c’est la science contre la croyance. L’homme n’est plus l’œuvre de Dieu. Encore une fois, il n’est plus au centre de tout le vivant.

Le troisième démenti :

Freud se dit scientifique car il rajoute un démenti. Il fait comme si la psychanalyse était une science. l’homme serait à nouveau démenti, il va connaitre un nouveau démenti par la recherche psychologique de nos jours : cela mettrait fin à la mégalomanie,c’est-à-dire la folie des grandeurs, cette folie qui le rendait supérieur aux autres grâce à sa raison toute puissante, à sa pensée et la maîtrise de lui-même.

 

A venir :

 

Un exemple de psychanalyse FILMS /

« A Dangerous Method » de David Cronenberg (2009)

Augustine de De Alice Winocour

III- « Je est un autre », Arthur Rimbaud

« L’homme est ainsi, cher monsieur, il a deux faces ; il ne peut aimer sans s’aimer.”  Albert Camus, La Chute (1956)

 

« Ce n’est pas dans je ne sais quelle retraite, que nous nous découvrirons : c’est sur la route, dans la ville, au milieu de la foule, chose parmi les choses, homme parmi les hommes. », Ouvrage de Sartre, Situations.

C’est quoi ce monde ?

On passe d’un petit espace (route) à une chose.

Plus c’est étendu plus ça devient banal.

Peut-on envisager le moi en dehors d’un espace et d’un temps, c’est à dire en dehors d’un monde qui comprend certaines figures : La route, la ville, la foule, les choses.

Ces figures permettent-elles d’isoler le moi, d’établir un rapport qui permettent de « distinguer » l’homme parmi les hommes  ?

Quelle définition donner de soi par rapport à un paysage, un lieu, une vie sociale et finalement autrui ?

Dans le texte L’être et le néant, Sartre définit autrui comme « le médiateur indispensable entre moi et moi-même ».

« Considérons par exemple la honte… Sa structure est intentionnelle, elle est appréhension honteuse de quelque chose et ce quelque chose est moi. J’ai honte de ce que je suis. La honte réalise donc une relation intime de moi avec moi: j’ai découvert par la honte un aspect de mon être. Et pourtant, bien que certaines formes complexes et dérivées de la honte puissent apparaitre sur le plan réflexif, la honte n’est pas originellement un phénomène de réflexion. En effet, quels que soient les résultats que l’on puisse obtenir dans la solitude par la pratique religieuse de la honte, la honte dans sa structure première est honte devant quelqu’un. Je viens de faire un geste maladroit ou vulgaire : ce geste colle à moi, je ne le juge ni ne le blâme, je le vis simplement, je le réalise sur le mode du pour-soi. Mais voici tout à coup que je lève la tête ; quelqu’un était là et m’a vu. Je réalise tout à coup toute la vulgarité de mon geste et j’ai honte… Autrui est le médiateur indispensable entre moi et moi-même: j’ai honte de moi tel que j’apparais à autrui. Et par l’apparition même d’autrui, je suis en mesure de porter un jugement sur moi-même comme un objet, car c’est comme objet que j’apparais à autrui… La honte est par nature reconnaissance. Je reconnais que je suis comme autrui me voit.

Sartre, L’être et le néant (1943)

 

Autre auteur : Paul Ricoeur «  soi même comme un autre »

idée : deux identités qu’il appelle la mêmeté = identité idem ( identité du moi même) ; identité de ipséité = identité qui n’est pas fixe mais qui est sans cesse construite par le regard de l’autre, L’image que l’autre a de moi même.

Cette identité peut prendre autant de formes QUE NOUS AVONS DE VISAGES OU DE RÔLES à JOUER.

Cette identité ipséité = dominante au point de nier l’identité memeté ou du moins de la rendre introuvable.

Différents choix d’écriture soulignent ce dilemme entre 2 identités :

– le journal intime

– l’autobiographie

– le texte de théâtre ( rôle double du personnage, dramaturge) = Jean Luc Lagarce.

Conclusion  : des métamorphoses de soi, on peut conclure sur les paradoxes de la quête du moi. En effet, ce qui change, qui trouble, qui inquiète : c’est une identité difficile à trouver :

– le moi est une image supposée, une personne ou une personnalité que l’on donne de soi, peut être une illusion

– le moi est un résultat d’une pensée réflexive sur son vécu, son histoire. N’étant pas donné, il doit se construire, s’écrire dans un effort de ré appropriation de soi-même

– Le soi est un autre avec l’inconscient psychique c’est l’altérité qui s’introduit dans notre prétendue identité, On pourrait aussi faire réf au motif du double. C’est la dépossession de soi en une créature inquiétante libérant la part obscure et destructrice de l’homme = Maupassant, Edgar Allan Poe = la dualité. Le Cas Jekyll.

Les têtes interverties, légende hindoue de Thomas Mann :

«  L’histoire de Sita aux belles hanches – fille de Sumantra, l’éleveur de vaches issu d’une lignée guerrière – et de ses deux époux (si l’on peut dire !) est tellement sanglante et si propre à confondre les sens qu’elle met à rude épreuve la force d’âme de l’auditeur et sa faculté d’accueillir à la fine pointe de son entendement les cruelles facéties de Maya. Souhaitons-lui de prendre exemple sur la fermeté du narrateur car l’entreprise de conter pareille histoire requiert presque plus d’intrépidité qu’il n’en faut pour l’ouïr. «  Thomas Mann.

– Enfin, si l’écriture de soi ou la création artistique favorise l’introspection = il faut prendre en compte ce qui se dit et en même temps s’interdit dans tout récit, ce qui pose le problème du rapport au passé ( Souvenir = Proust ) : remémoration , construction, invention de soi ?

 « Qu’est-ce qui fascine dans un tableau, qui fait que telle œuvre plutôt que telle autre nous arrête et qu’on ne peut s’en détacher ? En ce qui me concerne, je dirais que c’est le sentiment que dans cette oeuvre-là il y a quelque chose qui pense, et qui pense sans mots. » Daniel ARASSE, Histoires de peintures p. 130manuel

Film à voir :

L’Histoire d’Adèle H.
En 1975, François Truffaut, cinéaste de la Nouvelle Vague, s’inspire d’un fait réel dans son ?lm L’Histoire d’Adèle H. En 1863, sous un nom d’emprunt, Adèle Hugo, la ?lle du poète Victor Hugo, fuit Guernesey, où la famille Hugo vit en exil, pour suivre son amant à Halifax au Canada, puis aux Antilles. Le lieutenant Pinson refuse de répondre à cet amour. Le ?lm relate cette histoire, jusqu’au retour en France d’Adèle, en 1872, et à 
son internement à la demande de son père. 
«  Cette chose incroyable de faire qu’une jeune
fille esclave au point de ne pas pouvoir sortir seule cinq
minutes pour aller acheter du papier, marche sur la mer, aille sur la mer, passe de l’ancien monde au nouveau monde pour aller rejoindre son amant; cette chose-là, je la ferai. »
Adèle HUGO, Journal, 1855.
Dorian Gray est un très beau jeune homme. Son ami peintre Basil Hallward est obsédé pas cette beauté et en tire son inspiration. Il peint donc Le portrait de Dorian Gray, son chef d’œuvre. En le voyant, Dorian formule un souhait : « Si le tableau pouvait changer tandis que je resterais ce que je suis ! ». Il fait alors la connaissance de Lord Henry, un ami de Basil, qui le séduit par ses théories sur la jeunesse et le plaisir, et le pousse à accepter ses vices et même à s’en délecter. Perverti par ces préceptes, Dorian va se lancer dans une vie de débauche et de crimes, allant jusqu’à pousser au suicide son premier amour par un harcèlement psychologique cruel, tuer son ami Basile et faire chanter un autre ami (Alan Campbell) pour faire disparaître le corps, le poussant lui aussi au suicide. Pendant tout ce temps, le tableau change, prenant la charge des crimes et de la culpabilité de Dorian qui lui reste en apparence immaculé. Dix-huit ans après son souhait, le remords le gagne et il abandonne l’idée de tromper une jeune fille, Hetty Merton, et rentre chez lui, persuadé qu’il doit changer et démarrer une nouvelle vie.
Chapitre XX
Il prit soudain sa beauté en aversion, et jetant le miroir à terre, il en écrasa les éclats sous son talon !… C’était sa beauté qui l’avait perdu, cette beauté et cette jeunesse pour lesquelles il avait tant prié ; car sans ces deux choses, sa vie aurait pu ne pas être tachée. Sa beauté ne lui avait été qu’un masque, sa jeunesse qu’une raillerie.
Qu’était la jeunesse d’ailleurs ? Un instant vert et prématuré, un temps d’humeurs futiles, de pensées maladives… Pourquoi avait-il voulu porter sa livrée… La jeunesse l’avait perdu.
Il valait mieux ne pas songer au passé ! Rien ne le pouvait changer… C’était à lui-même, à son propre futur, qu’il fallait songer…
[…]
Basil avait peint le portrait qui avait gâté sa vie ; il ne pouvait pardonner cela : c’était le portrait qui avait tout fait… Basil lui avait dit des choses vraiment insupportables qu’il avait d’abord écoutées avec patience. Ce meurtre avait été la folie d’un moment, après tout… Quant à Alan Campbell, s’il s’était suicidé, c’est qu’il l’avait bien voulu… Il n’en était pas responsable.
Une vie nouvelle !… Voilà ce qu’il désirait ; voilà ce qu’il attendait… Sûrement elle avait déjà commencé ! Il venait d’épargner un être innocent, il ne tenterait jamais plus l’innocence ; il serait bon…
Comme il pensait à Hetty Merton, il se demanda si le portrait de la chambre fermée n’avait pas changé. Sûrement il ne pouvait être aussi épouvantable qu’il l’avait été ? Peut-être, si sa vie se purifiait, en arriverai-t-il à chasser de sa face tout signe de passion mauvaise ! Peut-être les signes du mal étaient-ils déjà partis… S’il allait s’en assurer !… Il prit la lampe sur la table et monta… Comme il débarrait la porte, un sourire de joie traversa sa figure étrangement jeune et
s’attarda sur ses lèvres… Oui, il serait bon, et la chose hideuse qu’il cachait à tous les yeux ne lui serait plus un objet de terreur.
Il lui sembla qu’il était déjà débarrassé de son fardeau.
Il entra tranquillement, fermant la porte derrière lui, comme il avait accoutumé de le faire, et tira le rideau de pourpre qui cachait le portrait…
Un cri d’horreur et d’indignation lui échappa… Il n’apercevait aucun changement, sinon qu’une lueur de ruse était dans les yeux, et que la ride torve de l’hypocrisie s’était ajoutée à la bouche !…
La chose était encore plus abominable, — plus abominable, s’il était possible, qu’avant ; la tache écarlate qui couvrait la main paraissait plus éclatante ; le sang nouvellement versé s’y voyait…
Alors, il trembla… Était-ce simplement la vanité qui avait provoqué son bon mouvement de tout à l’heure, ou le désir d’une nouvelle sensation, comme le lui avait suggéré lord Henry, avec un rire moqueur ? Oui, ce besoin de jouer un rôle qui nous fait faire des choses plus belles que nous-mêmes ? Ou peut-être, tout ceci ensemble ?…
Le Portrait de Dorian Gray (1890), Oscar Wilde (1854-1900)
EXERCICE TYPE BAC :
Question d’interprétation littéraire : Comment ce texte expose-t-il les paradoxes de la conscience de soi ?
Essai littéraire 1 : Peut-on véritablement scruter son âme comme Dorian Gray lorsqu’il regarde son tableau ?
Essai littéraire 2 : « Si le tableau pouvait changer tandis que je resterais ce que je suis ! » Comprenez-vous le voeu de Dorian
Gray, ou considérez-vous qu’il est souhaitable de changer en vieillissant ?

Ressources sur la folie

La folie, l’art, la littérature